‹ L'ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres de V e siècle à la RévolutionChapitre 44 sur 101 · VI. — CÉRÉMONIES SINGULIÈRES DES ENFANTS DE CHŒUR · texte numérisé non relu

VI. — CÉRÉMONIES SINGULIÈRES DES ENFANTS DE CHŒUR

Tel était le rôle des enfants dans les offices ordinaires : il y en avait d'autres où leur participation était absolument singulière.

A. — V Alléluia fouetté

Le matin de la Septuag'ésime, ils suivaient une coutume curieuse et propre à l'église de Chartres. On sait que ce jour-là l'ég'lise dépose Y Alléluia : Festum Septuagesimœ in qua deponitur Alléluia, dit le Martyrologe, parce qu'elle se prépare dès lors au Carême. Nos enfants, de concert avec la liturgie chartraine, s'imaginèrent de dramatiser cette déposition.

D'abord, avant de se résigner à laisser ce cri de joie, on le répétait pendant tout l'office. Aux Vêpres, il formait à lui seul toutes les antiennes. L'hvmne lui était consacré :

Alléluia, dulee carmen, Vox perennis gaudii, Alléluia, laus suavis Est choris cœlestibiis, Quam canunt Dei manentes In domo per sœcula.

A Matines, l'Invitatoire et les antiennes n'étaient que des Alléluias répétés. Les trois derniers répons étaient entrecoupés d'Alléluias. Ils mettaient en scène YAlleluia pleurant sur son départ et vantant sa douceur : Alléluia, nomen bonum melius est quant divitiœ, ou bien faisant appel à la justice de Dieu contre son expulsion : Alléluia, judica judiciian nieum... A Laudes, les cinq antiennes ne se composaient, comme les précédentes, que d'Alléluias. Chacun des versets du 5e psaume, Laudate Dominum de cœlis, se terminait par un ou plusieurs Alléluias. L'hymne de Laudes, comme celle des premières Vêpres, était aussi tout entière consacrée aux beautés de YAlleluia. L'oraison commençait par ces mots : Deus qui nos alleluiatici ! . . . Enfin, tout l'office se terminait ainsi : Benedicamus Domino, alléluia, alléluia... Deo dicamus grattas, alléluia, alléluia \

Mais alors commençait une scène bien naïve et particulière aux enfants de chœur de Chartres. Ailleurs, par exemple à Toul et en Allemagne, on enterrait YAlleluia, et pour figurer sa sépulture, on portait une motte de terre avec la croix et les chandeliers, en chantant et en gémissant, jusqu'à un endroit du cloître où on l'enfouissait. Ici l'on procédait d'une autre manière. La semaine précédente, comme on voit dans les Comptes de 1587 à 1595, on avait acheté aux enfants douze trompes ou toupies2 et douze fouets pour 12 sols et une courroie ou peau de mouton pour 4 sols. Le jour de la Septuag'ésime arrivé, à la fin des Laudes, après le cri d'adieu suprême à YAlleluia, les enfants jetaient

1 Cf. Année liturgique de Dom Guéranger : Le Temps de la Septuagésime, p. 111-118.

2 G. 418, an. 1586 : elles coûtaient seulement 10 sols.

leurs toupies dans le chœur, et frappant sur elles avec leur fouet, les faisaient rouler sur elles-mêmes. Ils les chassaient ainsi dans le haut de la nef, autour du chœur, et par la gTande nèfles expulsaient dans le parvis, pendant que tous les chanoines assemblés et une foule de peuple les contemplaient. Ces toupies, ainsi jetées dehors, figuraient Y Alléluia chassé du temple jusqu'au Samedi-Saint.

Le 28 juin 1532, le Chapitre voulut abolir ce jeu de la toupie ■ ; mais il n'y réussit pas : il vivait encore vers 1700, et l'abbé Lebeuf 2 en parle d'après quelqu'un qui en avait entendu raconter la description à Mgr Godet des Marais.

B. — Le Dragon

* Aux Complies de Pâques, c'était une autre fête. Quand tous les Saluts avaient pris fin, une procession s'organisait, en tête de. laquelle s'avançait une croix hastée au bout d'un long* manche. Suivait le draconnaire : c'était un homme qui portait, au sommet d'une grande perche, un drageon, dont la g"ueule béante était remplie de paille allumée. A l'aide d'une ficelle on lui faisait ouvrir ou fermer les mâchoires. Le défenseur du drageon marchait devant avec des bottes de paille ; il était accompag"né d'un enfant tenant une lanterne à la main pour

' G. 340, Br., L. f. 93.

2 Lettre autographe de M. Lebeuf, sous-chantre, à M. Brillon, du 7 juillet 1727, dans les Recherches sur Chartres, de Janvier de Flainville, 2e vol., p. 82. — Voir aussi les Variétés historiques, 4752, t. m, p. 159, article de Lebeuf. Il dit qu'autour de la toupie Alléluia était écrit en belles lettres d'or. Il parle des dépositions de YAlleluia à Toul et ailleurs. — Voir aussi Tarticle du P. Blume, S. J. Stimmen aus Maria Laach, 21 avril 1897, p. 429-443.

rallumer le feu éteint : venaient encore un thuriféraire et un porte-orceau sans eau bénite. Le dragon symbolisait le démon vaincu par la résurrection du Christ et conduit hors du temple chrétien !.

G . — Le pigeon

A la Pentecôte, on dramatisait la descente du Saint- Esprit. Au xive siècle, cela se faisait d'une façon fort gracieuse. Le Directoire nous apprend qu'alors on laissait tomber de la voûte, dans le chœur, des fleurs et des feuilles, dont la couleur et les parfums symbolisaient le baume et l'éclat du Saint-Esprit. Plus tard, on faisait descendre d'en haut un pig*eon, en souvenir de la colombe quia coutume de représenter la troisième Personne. Un enfant de chœur s'en emparait ensuite et le portait chez les chanoines et les fidèles pour en obtenir des présents. En 1715, on observa que le porteur du pigeon s'enivrait souvent , et l'on fut sur le point de supprimer cet usage. On le maintint, cependant, à la condition qu'à l'avenir on adjoindrait au porteur un second enfant choisi parmi les plus sages. En 1765, le sous-doyen s'étant plaint que le pigeon distrayait tout le chœur, on députa vers Tévêque, et de concert avec lui, on abolit cette cérémonie 2.

1 Bibl. de Ch., Ms. 1093, f. 32. — Lépinois, Ier v. Appendice. — Rouen, avait sa gargouille: Paris, son dragon de Saint-Marcel; Tarascon, sa Tarràsque; Provins, son dragon et sa lézarde.

2 R. G., 1725, 26 mai; 1765, 22 avril. — La veille de saint Piat, dit Challine, on jette de grosses fumées d'encens dans l'église. Bibl. comm., Ms. 1074, p. 141 v.

D. — Le bonhomme blanc

La veille de la Toussaint, à l'issue des premières Vêpres, les enfants prenaient part à une procession aussi bizarre que celle du soir de Pâques. On descendait solennellement dans la Crypte. En tête, marchait un chapelain du baschœur, revêtu d'une aube, coiffé d'un amict, et portant sur un plateau, fixé au bout d'un long* bâton, une pyramide de 72 cierges allumés, nombre égal à celui des chanoines. On appelait ce chapelain le bonhomme blanc. Les enfants de chœur et la foule s'efforçaient, en le bousculant, de faire éteindre quelques-uns de ses cierges : car Ton disait qu'il mourait autant de chanoines dans l'année qu'il y avait de cierg*es éteints dans la Crypte. Cette procession fut abolie au Chapitre de la Saint-Jean-Baptiste, en 1667 K

E. — La Fête des Fous et les Saints-Innocents

Mais, où les enfants faisaient les cérémonies les plus curieuses, c'était à leur fête patronale des Saints-Innocents. Cette fête rentrait dans la catégorie de celles qui suivaient Noël, et qui, de toute antiquité, dans la Cathédrale et les monastères, se célébraient par les clercs les jours mêmes de Saint Jean, de Saint Etienne, des Saints Innocents, ou à leurs octaves dans les premiers jours de janvier. Les diacres commençaient le jour de Saint Etienne ; les

' G. 340, Est. f. 68.

sous-diacres continuaient le jour de Saint Jean ; les enfants de chœur terminaient aux Saints Innocents. Les uns et les autres avaient peu à peu, sans doute sous l'influence des anciennes réjouissances païennes qui avaient lieu à cette époque, transformé ces graves et pieuses fêtes en fêtes légères et même bouffonnes. A cause de leurs bizarreries, on les appelait d'un nom générique : la Fête des Fous. Dès le xne siècle, plusieurs Conciles et plusieurs Chapitres les interdirent : elles le furent, par exemple, en 1168. Mais, malgré les anathèmes dont elles furent encore souvent frappées dans la suite, elles persistèrent, et ne furent définitivement atteintes que par les condamnations du Concile de Baie, en 1411.

A Chartres, la première défense apparaît en 1297 ' dans YOrdinatio servicii Ecclesiœ. « Que dans les octaves de la Nativité et des fêtes suivantes, est-il dit, l'on cesse absolument les excentricités accoutumées, c'est-à-dire, qu'on ne change ni le chant ni le costume et que le service soit célébré avec solennité. » Les clercs, paraît-il, se mettaient en chapes et chantaient des épitres farcies. Nous en avons encore plusieurs qui d'ailleurs sont très intéressantes. Malgré cette interdiction, on continua la fête des Fous. Le Directoire du xive siècle signale aux fêtes de Saint Etienne et de Saint Jean la procession des diacres et des prêtres sans autre allusion, mais aux Vêpres de l'octave de Noël il ajoute ces simples mots, qui en disent long : Fit festum subdiaeonorum sine online, quid quisque melius. L'ordonnance de 1297 avait d'ailleurs été partiellement rapportée dès 1300 2.

4 Cari. N.-D., II, 233.

Un Chapitre général de cette année maintint expressément la fête des Fous, mais à condition qu'elle serait célébrée dévotement : Quod festiim fatuorum rémanent omnino et celebretur dévote. En 1301 on défendit seulement' de la faire pendant la messe d'Obit : ce qui était assez légitime '. Mais il y eut quand même des abus, et, en 1313, on revint à l'ancienne sévérité 2. On distingua pour la première fois entre la fête des Fous et celle des Innocents. On défendit l'une, on permit l'autre. « Que le jour des Innocents, disait-on, les enfants d'aube célèbrent honnêtement leur fête, c'est-à-dire, avec chapes, lisant bien, chantant convenablement et décemment. Mais que toutes les fêtes des Fous disparaissent. Dorénavant nous les réprouvons, et nous statuons que les contrevenants à cette défense perdront tous les émoluments des jours où tombent ces fêtes. »

A partir de ce temps, la distinction entre les deux sortes de fêtes fut toujours maintenue. Nous la retrouvons dans l'ordonnance de 1366 qui interdit de nouveau la fête des Fous et spécialement le Doyen du bas chœur, et réserve celle des Innocents et le chant pascal.

« Il y a des chanoines, dit cette ordonnance, qui ayant perdu le sens des choses divines, prétendent pouvoir, à certaines fêtes et spécialement aux octaves de Noël, de Saint Etienne, de Saint Jean l'Evangéliste et des Saints Innocents, en vertu de ce qu'ils appellent une coutume et qui serait mieux dit un abus, se livrer dans l'église à certains jeux qu'on nomme la fête des Fous, à l'occasion

desquels ils jouent des comédies et prennent soit des masques, soit des habits de femmes, soit d'autres costumes très indécents. Ils renouvellent les mêmes désordres le lendemain de la Résurrection. »

Tout fut supprimé. « On ne conservera, ajoute expressément l'ordonnance, que le jeu de Pévêque des enfants d'aubes, auquel les enfants seuls prendront part, et le chant que l'on appelle Chorea, chant accoutumé au temps pascal. Et encore ces deux usages le Chapitre les tolérera tant qu'il les jugera bons1. »

Bien que très sévère, cette ordonnance ne fut pas plus exécutée que les précédentes. En 1479, le Chapitre lança un nouveau décret dans lequel, en proscrivant la fête des Fous, il réserva encore expressément la fête des enfants2. « Vu, disait-il, les scandales, les insolences, les turpitudes, les abus, les plaintes, les discours et autres abus perpétrés plusieurs fois par les heuriers matiniers et autres personnes du chœur et des draps de l'église, dans la fête des Fous qui se célèbre chaque année le Ie' janvier pour le déshonneur et la honte de l'Eglise, et au grand scandale de beaucoup, — le Chapitre a détruit, aboli et complètement supprimé, la dite fête des Fous, et il a décidé qu'à l'avenir ceux qui la célébreraient et éliraient un Pape des Fous, ou prêteraient à ceux-là secours, conseil et faveur de quelle que manière que ce serait, encourraient des censures et des condamnations, ipso facto. »

« Cependant, ajoute encore l'ordonnance, les enfants

2 G. 340, Est. f. 23.

d'aube, pourront, s'ils le veulent, célébrer et solenniser leur fête des Saints-Innocents, comme ils ont coutume chaque année. »

Mais voici un frappant exemple de la ténacité des abus et de leur influence sur ceux mêmes qui les condamnent. En 1485, moins de sept ans après cette prohibition, le Chapitre allouait 60 sols tournois sur les tailles de l'église, pour aider à faire les frais de la fête des Fous. En 1501, il autorisait expressément pour le 1er janvier cette fête et une comédie, et le 3, il accordait 3 livres 10 sols aux enfants et 35 sols pour leur évêque l.

Cependant en 1505, on tenta un dernier effort pour la suppression de ces cérémonies scandaleuses 2. Souchet dit qu'à cette époque certains fléaux « purent faire rentrer les chanoines en eux-mêmes et leur faire reconnaître qu'ils souffraient en leur église une momerie qui en doit estre bannie bien loing; comme de fait ils l'abrogèrent. C'estoit le Papifol ou Pape des Fous que les chantres ou matiniers de l'église élisoient de leur corps, et ce Pape, ses cardinaux, lesquels, le premier, second, troisième et quatrième premiers jours de l'année, commettoient force insolence, tant en l'église que par la ville, par laquelle ils courroient avec habits dissolus, et exigeoient de ceux qu'ils rencontroient, fussent-ils ecclésiastiques ou laïcs, de l'argent, par force et violence, s'ils ne leur en vouloient bailler de bon gré, sans respect de qui que ce fut. »

Cette ordonnance fut répétée en 1506 et 1507 3, mais

1 Bibl. mun., 1016, Bril., 0. f. 111.

2 Souchet, III, 458.

8 Bibl. mun., 101G, Br., O. f. 111.

presque inutilement. On résolut alors de régler ce que Ton ne pouvait détruire. On décida que six anciens heuriers matiniers et douze chanoines resteraient au chœur pour l'office pendant que les autres se réjouiraient ; on arrêta qu'en aucun cas les prêtres ne pourraient prendre d'habits déshonnêtes, et l'on ne parla plus ensuite du fameux Papifol.

A partir de ce temps, en effet, il n'est plus question que de la fête des Saints-Innocents. Elle s'était développée avec toute la naïveté du moyen-âg*e. Les enfants choisissaient l'un d'entre eux qu'ils nommaient leur évêque, comme les prêtres et les diacres élisaient un Pape. Ils le revêtaient de tous les habits pontificaux, du rochet, du camail, de la croix pectorale, du bâton pastoral et de la mitre. Eux-mêmes étaient habillés en chanoines, avec le surplis, l'aumusse et la chape, et ils occupaient les hautes stalles, tandis que les vrais chanoines occupaient les stalles inférieures. L'un d'eux était nommé grand chantre et en faisait les fonctions ; le Chapitre lui accordait même le bâton cantoral. Le petit évêque officiait à la messe chantée par un chanoine et recevait les honneurs dus à sa dignité ; il se tenait au chœur sur l'un des sièges épiscopaux1. Il donnait la bénédiction solennelle et offrait à baiser son anneau. Deux de ses camarades faisaient diacre et sous-diacre. Ce dernier montait au jubé et chantait la curieuse épitre farcie des Saints-Innocents, sur une très belle mélodie. Après chaque phrase latine il disait la traduction française 2. En 1500, il y avait un hymne spécial

2 Bibl. de Cli. Ms. 520, f. 355, du xm« s.

pour cette fête commençant ainsi : Celsa pueri concrepent melodia l.

Les Vêpres étaient aussi solennisées par les enfants, leur chantre et leur évêque, de la même manière. Et quand les offices étaient finis, ils sortaient chez leurs parents, ou bien quêtaient des étrennes par la ville. Malheureusement, à l'exemple des heuriers, ils se déguisaient et se livraient à divers excès. Le soir venu, ils se réunissaient à un banquet que le petit évêque leur offrait à l'aide d'une allocation annuelle du Chapitre. Ils invitaient ordinairement les chantres.

Chaque année, quelques jours avant cette fête, un enfant sollicitait l'autorisation de la célébrer, et toujours il l'obtenait. Mais, à cause des excès qui s'y commettaient, le Chapitre y ajoutait des restrictions qui devenaient avec les ans de plus en plus étroites. En la permettant de 1543 à 1546, il recommandait de s'y comporter modeste , non vagando extra domum nec ecelesiam. Mêmes réserves en 1554, 1565, 1569, 1578 2. Elles se retrouvent dans les statuts synodaux de 1550 : « Que ni les écoliers ni les clercs ou enfants de chœur, ni les prêtres, y lisait-on, ne fassent rien de fou ni de ridicule dans l'église, et qu'ils ne souffrent pas que personne en fasse aux fêtes de Saint-Nicolas, de Sainte- Catherine, et des Saints-Innocents 3. » En 1572, on avertit les enfants de passer leur fête modeste, nec sua indumenta mntando, absque vagando... more solito.

' Missel chartrain de 1500.

2 Copies de Janvier de Flainville. Recherches sur Chartres, Il vol. p. 84, 98.

3 Statuta dioc. Carnot. Chartres, Roux, 1733. p. 97. Ces statuts reproduisent ceux de 1520 et de 1538.

Le synode de Chartres, en 1575, renouvelait le décret du concile de Baie contre les spectacles dans les églises, et M^r de Thou, qui l'avait aussi rappelé dans sa Norma pie vivendi, présenta des réclamations au Chapitre sur ces fêtes, en 1573. Son intervention donna lieu à une long*ue ordonnance, rendue cette même année, par laquelle il fut enjoint aux enfants de ne plus se placer dans les hautes stalles, de célébrer absque mitra et baculo pastorali, de ne plus élire d'évêque, de ne point donner la bénédiction, et de se tenir dans les stalles inférieures '. Ces interdictions furent répétées les deux années suivantes; on prohiba de plus, en 1574 et 1575, le bâton cantoral qu'ils portaient depuis longtemps. On leur permit encore d'aller chez leurs parents chercher leurs étrennes, à condition de garder leurs habits ordinaires. On leur donna aussi une subvention comme cela se faisait d'ailleurs dès 1501.

Ces arrêtés furent observés pendant quelques années, mais la cérémonie de l'évêque fut reprise. En 1613(23déc), on donna 5 livres à l'évêque de la maison des enfants, Jacques Halle, sur l'office des tailles, pour supporter les frais de son banquet: en 1614, on lui alloua 6 livres, vu sa pauvreté, mais sans tirer à conséquence. Depuis lors, chaque année jusqu'à la Révolution, cette gratification de 100 sols fut maintenue. Pendant tout le xvne siècle, elle fut accordée avec les mêmes formalités. Un des enfants entrait en plein Chapitre et demandait la permission nécessaire : on la lui donnait à condition que tout se passerait more solito, et on y joignait une subvention. En 1654,

1 Janvier de Flainville, ut supra.

Poulain déclara au Chapitre que, vu leur maladie, les enfants ne pourraient célébrer leur fête, et réclama quand même l'allocation : elle lui fut octroyée.

Cependant, les usages accoutumés continuèrent à être de plus en plus réduits. L'enfant qui officiait recevait encore l'hommage des chanoines. Plusieurs d'entre eux l'ayant refusé en 16741, il se plaignit : le Chapitre, lui donnant raison, décida de ne rien innover, et enjoignit aux opposants d'observer aussi fidèlement les cérémonies des Innocents que les autres (2 décembre). En 1700, il y eut une nouvelle plainte contre la cérémonie de l'évêque. Quelquesuns voyaient avec peine que cet enfant portât rochet, camail rond, bonnet carré, croix pectorale et chape. On la supprima définitivement le 24 décembre. On abolit en même temps les congés et les sorties. Deux enfants seulement devaient aller chercher les gratifications. En 1707, les autres eurent beau demander la permission de sortir individuellement : elle leur fut refusée. Les choses restèrent en cet état au xvme siècle. La fête fut maintenue à l'octave des Saints-Innocents, et, chaque année, un enfant , en présentant au Chapitre les souhaits de bonne année de la Maîtrise, sollicitait l'autorisation de la célébrer. Celui qui présentait cette requête, quelquefois l'un des plus petits, comme il arriva le 2 janvier 1711, adressait aux chanoines assemblés un discours en latin. En 1716 (4 janvier) et en 1718, deux d'entre eux tinrent un dialogue en cette langue, dans lequel ils offraient au Chapitre les vœux de bon an de leurs camarades, et lui demandaient la per-

« Bibl. de Gh. M. 1093, f. 31.

mission de célébrer leur fête, more solito, tout en se recommandant à ses libéralités. La subvention ordinaire de cinq livres, augmentée d'une gratification de 20 sols, personsonnelle aux petits orateurs, servait au repas que les enfants prenaient le soir, et auquel ils invitaient les heuriers matiniers pour les récompenser d'avoir chanté la messe De Beat a à leur place.

En 1729 ', les chanoines chargés de la révision du Bréviaire dirent dans leur rapport que la suppression des octaves de Saint-Etienne, de Saint- Jean, des Saints Innocents leur paraissait très raisonnable ; elle n'eut pas lieu quand même, et tout continua comme auparavant. La fête fut aussi épargnée dans la révision de 1784 : elle fut seulement reportée au 28 décembre. On la garda ainsi jusqu'à la Révolution : on conserva de même le discours latin et la petite allocation : celle-ci fut même portée à 12 livres. La dernière fête eut lieu en 1792.

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