‹ L'ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres de V e siècle à la RévolutionChapitre 59 sur 101 · LES SOINS A DONNER AUX ENFANTS MALADES · texte numérisé non relu

LES SOINS A DONNER AUX ENFANTS MALADES

malade de la volaille et de la viande pour 13 livres. Souvent le maître avançait ces petites sommes : mais il en était promptement remboursé. De plus, toujours généreux, le Chapitre tenait les malades comme présents à tous les offices où ils auraient gagné des distributions, sauf cependant à l'office de Saint-Piat. 11 les faisait remplacer, pour les leçons et répons de Matines, par les chanoines de Thiersault. Lorsque les maladies se prolongeaient trop et rendaient les enfants incapables de continuer leur service, ils étaient remis pour toujours à leurs parents, mais ils n'étaient pas abandonnés. Outre une forte gratification, le Chapitre leur procurait un gagne-pain pour le moment où ils reviendraient à la santé, comme nous verrons plus bas.

Venaient-ils à mourir à la Maîtrise ou dans la ville? un Commis à l'Œuvre en avisait officiellement le Chapitre, qui réglait le jour, l'heure et la solennité des funérailles ; il les traitait comme les heuriers matiniers.

A l'issue ou de la messe ou des Vêpres ou de Complies, on allait chercher processionnellement le corps du petit enfant d'aube : on l'exposait au milieu du chœur, et l'on chantait devant lui la messe de Requiem si c'était le matin, les Vêpres des Morts ou un nocturne de l'office des Morts, si c'était le soir. Quatre grands enfants portaient le cadavre, et à leur défaut c'était quatre prêtres. Les plus petits tenaient les coins du poêle. L'inhumation se faisait au cimetière Saint-Jérôme par le curé du bas-chœur, et devant la tombe ouverte, les marguilliers-clercs chantaient les dernières prières. On sonnait cinq volées, l'une à la levée du corps, trois autres pendant le service, et la cinquième pendant

l'enterrement. Les sonneurs et le valet de l'Œuvre qui avaient creusé la fosse étaient payés par le Chapitre (1674.) Si 1'enfartt décédait chez ses parents et était inhumé ailleurs, le Chapitre réclamait quand même le droit de rendre les derniers devoirs à son petit serviteur. Il députa ainsi, près des parents d'un enfant mort sur Saint-André, le maître et un chanoine en 1484 *, pour négocier la part qu'il prendrait à sa sépulture. Parmi ceux qui moururent à la Maîtrise, nous connaissons Jean Morchoyne, en 1388 2, un anonyme, en juillet 1589, Jean Roger, en 1653 ;i, un enfant innommé, en 1674. Jean Pasquier, en 1749, François Dautigny en 1762 4, Etienne- Louis Marigny en 1784 5. Jean Pasquier n'avait que 10 ans 1/2, Marig*ny en avait 17.

Quand les maîtres mouraient, le Chapitre laissait les frais de leur inhumation à la charge de leur famille. Nous savons ce que payèrent les exécuteurs testamentaires de Michel Pelletier, décédé en 1378 en même temps que le petit Jehan Morchoyne. Ils durent verser 3 livres à son cordonnier, 63 sols au brocanteur qui avait apprécié la valeur de ses défroques, la valeur de huit barils de vin à son marchand, 10 sols pour son cercueil, 16 livres 3 sols 4 deniers aux chanoines, aux heuriers assistant à son enterrement, et à ceux qui réci-

i R. G., 1,009, f. 104 v., 27 nov.

3 G. 340, 23 août. Br. H. f. 29.

4 R. G., 26 juin.

5 R. G., 11 août; il mourut à l'Hôtel-Dieu parce que l'infirmerie était occupée par le maître de grammaire.

tèrent les sept psaumes de la Pénitence, enfin 10 sols aux porteurs, pro port agio eorporis ad sepulturam. Les mêmes cérémonies et les mêmes redevances durent se représenter aux inhumations de Maurice Auberge (24 mars 1515), de Nicole Grousil (8 juin 1568), de Pierre Bourcy (juin 1696). Eux aussi étaient portés comme les enfants au cimetière Saint-Jérôme, à moins de dispositions contraires : on leur chantait les mêmes prières, on leur sonnait les mêmes volées. Milcent, qui avait été longtemps maître de grammaire et avait rempli cette fonction au grand contentement du Chapitre, reçut des honneurs particuliers, bien qu'il se fût retiré quelque temps avant sa mort. Le samedi 25 mars 1786, on ordonna que le lundi suivant, entre la messe canoniale et Vêpres, le corps dudit défunt serait processionnellement apporté dans l'église, « où, corpore prœsente, serait dite et chantée la messe des Morts, après quoy serait, dans le même ordre, porté au cimetière Saint-Jérôme, où il serait inhumé ». Messieurs de l'Œuvre furent autorisés à faire, aux dépens de l'Œuvre, les frais funéraires. La sonnerie fut magnifique. 11 y eut sept volées : à midi, le soir, au retour de Matines, à la levée, au commencement de la messe, au Libéra, à l'inhumation.

Gomment le Chapitre subvenait-il à toutes les dépenses exigées par l'entretien des enfants et des maîtres ? Où trouvait-il les ressources nécessaires ?

Au xive siècle, il prenait sur le fonds des tailles, des Matines ou des anniversaires 1 : mais bientôt il s'efforça de créer un budget spécialement affecté aux besoins de la Maîtrise. Il le trouva principalement dans les canonicats de Saint-Piat et de Saint-Nicolas, dans l'union de la cure de Saint-Saturnin à la manse capitulaire, dans les legs et fondations des particuliers pour les enfants, et enfin dans les distributions de différentes sortes gagnées par eux et leurs maîtres en assistant aux offices.

A. — Canonicats de Saint-Piat

En 1349, peu après l'érection de la chapelle de Saint- Piat (1324), Aimery de Ghatelux, cardinal de Saint-Martin in Montibas, et auparavant évêque de Chartres (1332- 1342), donna 12,000 florins d'or pour acheter 300 livres de revenus, afin d'établir, dans cette nouvelle chapelle, un Chapitre de douze chanoines qui, chaque jour, y célébreraient le service divin 2. Il avait stipulé que, parmi eux, deux seraient prêtres, deux diacres, deux sous -diacres et les autres acolythes et tonsurés. Selon son désir, quand toutes les formalités furent remplies, le Chapitre érigea Saint-Piat en bénéfice et collégiale : c'était en 1371. Voulant, plus tard, utiliser cette fondation en faveur de ses matiniers et de ses enfants de chœur, il obtint, le 11 mai 1430 3, du pape Martin V, une bulle qui lui con-

' R. G. 1007/2, f. 127, etc.

a Pintard. Bibl. com., Ms. 1074, p. 293.

ferait le droit de leur attribuer exclusivement ces douze canonicats. Fulminée par l'abbé de Josaphat, cette bulle fut officiellement reçue et mise en vigueur en 1434.

Mais, d'après les règles générales du Droit canon, ces bénéfices étaient inamovibles, et, d'autre part, il était difficile de concéder une pareille inamovibilité à des chantres et à des enfants de chœur. Aussi, par l'intermédiaire de Henri II, en 1555 1, le Chapitre sollicita de Paul IV une seconde bulle, qui, tout en confirmant la précédente, la bulle Martin ienne, comme on l'appelait, lui permettait de dépouiller les titulaires de ces canonicats, quand ils ne remplissaient plus leurs fonctions, et de leur en substituer d'autres. Cette bulle fut confirmée par plusieurs arrêts du Parlement, notamment le 9 juillet 1558, le 11 décembre 1642 et le 5 février 1707.

B. — Canonicats de Saint-Nicolas, fondations Thiersault

et Louppereau

Il avait donc douze prébendes à donner à ses serviteurs ; mais c'était encore trop peu pour vingt à vingtquatre heuriers et dix enfants de chœur. C'est pourquoi deux chanoines, riches et généreux, fondèrent d'autres canonicats dans la chapelle Saint-Nicolas, sise en face de l'Evêché.

Le premier de ces bienfaiteurs fut le chantre Nicolas Thiersault 2. Le 3 octobre 1584, il légua 425 livres de rente perpétuelle pour créer six canonicats dans la chapelle de

1 G. 131, f. 156, 24 janvier.

son nom, en faveur de six heuriers matiniers présentés par le Chantre, nommés par le Chapitre, à la charge que ces heuriers y chanteraient, le premier de chaque mois, à l'issue de Matines, une messe haute, pour le repos de son âme. Le Chapitre accepta cette fondation, le 27 février 1588. Elle fut augmentée, cent ans plus tard, par Jeanne de Magny *. Cette personne laissa 1,800 livres, moyennant une messe de Requiem, chaque année. Elle le fut encore par Jean Jumeau 2, heurier matinier, qui donna sept quarts de vigne, à la charge d'un Obit à trois leçons et d'une grand'messe avec Libéra. Plusieurs autres bienfaiteurs enrichirent ces canonicats qu'on appela de Thiersault, du nom de leur fondateur principal, et qui, dès le début, furent affectés aussi bien aux enfants de chœur qu'aux heuriers matiniers.

Un second chanoine 3, Claude Louppereau, fonda six autres canonicats dans la même chapelle, les 24 janvier et 27 octobre 1614, et voulut aussi que leurs titulaires fussent choisis par le Chapitre entre les heuriers matiniers : « lesquels seront tenus, ajoutait-il, de dire et chanter et célébrer par chacun jour à toujours, en ladite église Saint-Nicolas, à la fin et issue de Matines de l'église Cathédrale, messe haulte du jour, avec antienne à la Vierge, le De profundis avec les oraisons; la veille et le jour de Saint Claude (son patron), ils seront tenus de dire les premières Vêpres avec la grand'messe et les deuxièmes Vêpres de Saint Claude: moyennant quoi leur donne toutes

1 G. 431, f. 172, 5 janv. 1667.

2 G. 131, f. 172, 8 janvier 1694.

3 G. 131. f. 177. — G. 1478 et 1488.

ses terres ». Là-dessus, le Chapitre fît un règlement général touchant les chanoines de Saint-Nicolas, en 1615.

Muni de ces vingt-quatre canonicats, le Chapitre les donna fidèlement à ceux pour qui ils avaient été créés. A partir du xive siècle, de Clément Trescaille à Desvignes, presque tous les maîtres furent chanoines de Saint-Piat. Chaque jour, ils devaient assister à l'office qui s'y célébrait immédiatement après la messe De Beata, et ils recevaient 8 sols. Cette heure était gênante pour le maître de musique. En 1695, il obtint de s'en dispenser pendant un an; en 1750, on en exempta l'un des deux maîtres pour que les enfants ne fussent jamais seuls. Ordinairement ces maîtres jouaient un rôle important dans l'assemblée des chanoines de Saint-Piat ; ils en étaient souvent les archivistes ou les syndics pour les affaires temporelles. Il leur appartenait à ce dernier titre de visiter leurs terres et d'entreprendre des procès au nom de leurs collègues. Les maîtres aimaient leur petite chapelle : Clément Trescaille, Gilles Mureau, Mégret, Simon Coignet, Angenard, y fondèrent leurs anniversaires. Nicole Grousil, en 1569, Vincent Jolliet, en 1646, y instituèrent de plus un petit repas pour les enfants de chœur. Le revenu d'un canonicat de Saint-Piat, d'un Saint-Piat, comme on disait, était évalué, au moment de la Révolution, à 925 livres de rente l.

Les grands enfants de chœur qui achevaient leur temps et se proposaient de rester au service de l'Eglise, comme heuriers, étaient quelquefois créés chanoines de Saint-

* Sur S. Piat, G. 548-564 et G. 287.

Piat, même avant leur départ. Gilles Grouin, Nicolas Furet, le furent en 1482, sur la demande de Gilles Mureau. Pierre Gibon le fut de même en 1684 ; mais la plupart, après la fondation des canonicats de Saint-Nicolas, furent plutôt investis de ces derniers que des précédents *.

Nommés aussi par le Chapitre comme les maîtres euxmêmes, ces petits chanoines se faisaient comme eux installer à la Cathédrale par le Chantre , ou, à son défaut, par le plus ancien chanoine. Pour cela ils étaient conduits, revêtus du surplis, au chef de Sainte Anne, sur lequel ils juraient être nés de légitime mariage, puis à la stalle ou à la banquette qui leur était réservée. Après cette première réception, ils se présentaient à Saint -Piat où ils exhibaient à leurs confrères leurs lettres de cléricature, de nomination et d'installation. Des actes, qui nous sont conservés dans les Registres du Chapitre et dans ceux de Saint-Piat, constataient l'accomplissement de ces formalités.

Les canonicats Thiersault, de Saint-Nicolas, n'étaient conférés aux maîtres qu'à défaut de ceux de Saint Piat, et en les attendant. Ils étaient attribués ordinairement aux cinq ou six plus grands enfants, en même temps qu'aux heuriers matiniers. Ainsi, de 161 8 à 1640, quatre enfants de chœur, restant à la Maîtrise, furent simultanément chanoines de la fondation Thiersault 2. A la fin du xvnc siècle, on ne les nomma plus que sur la fin de leur service. La raison

1 G. 286, Registre des provisions.

2 G. 628, Provision de canonicats de S. Nicolas. — G. 631 et 632. Comptes de Saint-Nicolas. — G. 286. - G. 251, f. 238; 252, f. 37; 254, f. 176, 212, 219, 241, 261 ; 255, f. 47, 84.

de ce retard était que, pour être chanoine, il fallait être tonsuré, et qu'à cette époque, l'on n'accordait plus la tonsure qu'après un certain âge et des examens sérieux.

Aussi , les enfants qui voulaient être investis d'un canonicat, présentaient d'abord au maître qui, par l'intermédiaire d'un chanoine Commis la transmettait au Chapitre, leur demande d'entrée dans la cléricature. Les Commis étaient ordinairement chargés de les examiner eux-mêmes, puis, après en avoir référé, de les présenter à l'Evêque au nom du Chapitre. Lorsque tous les préliminaires étaient accomplis, les enfants admis à la tonsure sollicitaient et obtenaient l'autorisation de passer trois semaines ou un mois au Grand Séminaire de Beaulieu pour s'y préparer à l'ordination.

Une fois tonsurés, on les nommait à l'un des divers canonicats libres. Les notaires capitulai res dressaient de cette nomination un acte, appelé provision, par lequel le Chapitre, en désignant les nouveaux chanoines de Saint- Nicolas, invitait le Chantre, et, à son défaut, le plus ancien chanoine, à les mettre comme leurs voisins de Saint- Piat, en réelle et actuelle possession de leur prébende et à les installer selon les formes accoutumées. Un second acte était dressé pour la cérémonie d'installation ellemême. Celle-ci se faisait en baisant le grand autel, en sonnant la cloche de Saint-Nicolas et en prenant une stalle au chœur. Lorsqu'elle était finie, le récipiendaire jurait, sur l'honneur, qu'il serait plein de révérence et d'obéissance pour MM. les chanoines.

Les chanoines de Saint-Nicolas, de la fondation Louppereau, étaient tenus, comme nous l'avons vu, déchanter

chaque jour une messe après Matines : chaque année, ils célébraient solennellement la messe de saint Claude, et remplissaient différentes fondations ou obits. Trop peu nombreux pour acquitter seuls ces lourdes charges, ils appelaient à leur secours plusieurs enfants pour les messes en musique, et un ou deux d'entre les grands pour les messes de chaque jour. A Veillard et à Robert qui les aidaient quotidiennement, ils donnaient 3 sols par jour; à ceux qui venaient à la Saint-Claude (1651), ils offraient 1 livre 5 sols \. Ils convoquaient aussi leurs confrères, les heuriers matiniers, Ces chanoines avaient des biens et un Chapitre comme ceux de Saint-Piat. Ils possédaient, entre autres, un jardin proche de la butte de la porte des Epars, formant le coin de la rue de la Chancellerie, entre le chemin de Chartres à Mainvilliers et le jardin des enfants de chœur (12 mars 1673). Ils percevaient aussi les rentes que leur avait faites le chanoine Thiersault 2. De 1620 à 1632, nous voyons six de ces chanoines, ordinairement un prêtre, un diacre et quatre enfants de chœur se réunir à la Maîtrise, pour recevoir du Doyen leurs revenus annuels de 93 livres 15 sols, et lui en donner un reçu signé. La part revenant aux enfants de chœur était prise par le maître qui l'affectait à leurs besoins.

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