ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XI° SIÈCLES LE
jouaient des instruments. « Herbert, dit la Chronique de Fontenelle !, de famille juive, et converti dans son enfance, brillait entre tous à Chartres par sa connaissance des lettres, son talent musical et la beauté desa voix. » Pour avoir
acquis une telle réputation, cet Herbert avait sans doute
chanté dans sa jeunesse au chœur de l'église de Chartres.
Il fut plus tard moine de Saint-Père et abbé de Lagny.
Sa gloire fut éclipsée par celle de Fulbert *. Ce grand évêque, qui fut appelé la lumière des Gaules, le docteur des temps modernes, et mérita dans toutes les sciences une renommée sans égale, frappa surtout ses contemporains par sa connaissance du chant. On parla sans doute de l’art avec lequel il avait rebâti son église incendiée, mais on signala plus encore les nombreuses mélodies qu'il y fit exécuter, et par lesquelles il la rehaussa grandement, comme s'exprime Guillaume de Malmesbury, musicis modulationibus crebro extulit. Elles étaient composées, dit le même auteur, sur des airs célestes : cantus cœlestia vota sonantes. De fait nous en possédons plusieurs qui sont très belles : ce sont d'abord ses trois Répons pour la Nativité de la Sainte Vierge : Strps Jesse, Ad nutum, Solem Justitiæ. Lebeuf en fut si enthousiasmé qu'il les inséra dans l’Antiphonaire de Paris, et les Bénédictins de Solesmes les ont aussi récemment repris. De plus, nous avons retrouvé
naguère la notation primitive de l'Office de Saint Gilles,
{ Launoy, De scholis celebrioribus, t. IN, part. 17e, p. 44.
2 Voir nos Ecoles de Chartres au Moyen Age, 1. II. Voir aussi ses œuvres musicales à la fin de ses Lettres. Migne, Pat. lat., t. 141. Voir enfin notre Manuscrit chartrain du XIe siècle, 198-229,
dont il est l’auteur, et dont le texte seul nous était connu!. Il fit encore plusieurs autres morceaux, tels qu’un Xyrie farci, des hymnes et des proses pour la Trinité et la Dédicace, qui se voient dans les anciens Missels.
Ses disciples rivalisèrent avec lui. Le chantre Arnoul composa l'office de Saint Evroul, sur la demande des moines de cette abbaye, et deux d'entre ceux-ei, Hubert et Raoul, furent envoyés pour en apprendre de sa bouche les intonations. Rainaud d'Angers fut chargé de refaire les anciens Répons de Saint Florent, parce qu'il avait été, dit la Chronique de ce monastère, l'élève du grand Fulbert. Sigon de Saumur, Olbert, abbé de Gembloux, Angelran, abbé de Saint Riquier, rédigèrent aussi différents offices de saints. Raoul Mali Corona, moine de Saint Evroul, puis de Marmoutiers, Adelman, écolâtre de Liège, puis évêque de Brescia, tous disciples aussi de Fulbert, portèrent également très haut la renommée musicale de l’école de Chartres ?.
Non contents de chanter et de composer, les artistes chartrains s'accompagnaient des instruments. En tête de sa poésie De philomela, Fulbert fait appel à la Lyre, au monocorde et à l’orgue*. Adelman récite sa complainte sur ses condisciples défunts, au son des instruments harmonieux : Armonice facultatis aspirante gratia. Hildegaire se connaît au
luth de Pythagore : fidibus indulgebat pythagoreis. Enfin
1 Nous l’avons publié, avec les savantes observations de dom Pothier, et la traduction de ses Neumes d’après un Antiphonaire de Beauvais, du xrrr° siècle, dans notre Manuscrit chartrain du XIe siècle, p. 198-299,
2? Ecoles de Chartres, p. 127-199.
3 P, L.,t. 141, col. 348. On rapporte que le premier orgue connu en France fut envoyé à Pépin le Bref par l’empereur de Constantinople,