‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 27 sur 153 · ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XI° SIÈCLES · texte numérisé non relu

ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XI° SIÈCLES

Sigon, le chantre fameux, cantor annominatissimus, n'avait pas son pareil pour l'orgue: singularis organali regnabat in musica.

Quelques-uns entendent ce dernier texte de la musique

organisée, organali, c’est-à-dire du contrepoint et de l’harmonie. Si l’on peut douter que Sigon ait cultivé ce genre nouveau, il est certain qu’un autre disciple de Fulbert, Francon de Cologne, en exposa. la théorie dans deux traités de la plus haute importance pour l’histoire de la musique au moyen-âge. Dans son De cantu mensurabili et dans son De diaphonia, 11 montra, pour la première fois, comment on pouvait chanter en plusieurs parties, et comment les notes de chaque partie, au lieu d’être plaquées l'une sur l’autre à des intervalles toujours égaux, pouvaient s'accompagner à des intervalles variés, avec des valeurs et des mesures différentes. Get élève de l’école de Chartres jJetait là, dans ces deux ouvrages, les bases, non seulement du déchant, mais de toute la musique moderne. C’est de son temps d’ailleurs qu’un artiste inconnu écrivit dans un manuscrit de la Bibliothèque de Chartres deux lignes de contrepoint, les plus anciennes peut-être que l’on connaisse !.

Bibl. de Ch. man. 130. f. 50. Ce manuscrit (Xe siècle) vient de Saint- Père, et contient les traités Musica enchiriadis, Scholica enchiriadis, jadis attribués à Hucbald, et quelques autres fragments sur la musique d’Isidore de Séville, de Cassiodore, etc. Il paraît avoir été fait pour les écoles. Au XIe siècle, une main, qui peut être celle d’'Herbert, écrivit sur le folio 50 cinq alleluias. Au recto, se lisent les versets Dies sanctificatus, Multifarie olim, Video cœlos, et au verso, Pascha nostrum et Epulemur. La Paléographie musicale, 1 v., pl. XXIIT, reproduit cette page dans la grandeur de l'original, et (p. 151) fait différentes observations, à propos de ces morceaux, sur le chant à deux parties, le genre de notation, et la valeur temporaire des virga et des punctum.

« Tout est à remarquer dans cette page curieuse, disent les Bénédictins, Elle est d’abord d’un grand intérêt pour l’histoire del’harmonie au xre siècle ; car

ns

Toutes ces études musicales ne restaient pas dans la

théorie, comme il arrivait dans les écoles qui ne s'occupaient

les textes de ces alleluias sont accompagnés d’une double ligne de neumes ; nous nous trouvons donc ici en présence du chant à deux voix. La mélodie liturgique ordinaire se trouve immédiatement au-dessus du texte, et la deuxième voix au-dessus de celle-ci. Cette seconde partie procède toujours note contre note, et le plus souvent par mouvement contraire. » Les Bénédictins transcrivent bien la cantilène de l’un des versets, mais n’osent pas encore donner une traduction de la voix concomitante. « La notation, ajoutent-ils, se rattache à l’accentuation traditionnelle déjà altérée par la ponctuation, La diastématie (ou notation par intervalles) fait dans cette page une discrète apparition, soit entre les-groupes, soit dans l’intérieur des formules... »

L'Office de Suint Gilles, que nous avons déjà cité, et le Graduel, du xe siècle, provenant de la Cathédrale et conservé à la Bibliothèque de Chartres, sous le n° 47, donnent lieu à des observations semblables, desquelles il: résulte que l’école chartraine était des plus avancées dans la notation musicale, Parlant du Graduel, les Bénédictins s'expriment ainsi: « La notation de ce manuscrit de transition est un mélange d’accents et de points détachés. Pour l'étude de la diastématie ce manuscrit est très précieux : la superposition des groupes entre eux y est observée dans une large mésure. Les intervalles précis ne sont pas encore exactement gardés; mais du moins à un groupe mélodiquement aigu correspond le plus ordinairement une formule neumatique plus élevée dans l'écriture, Ge qui facilite beaucoup le déchiffrement de cette notation... »

Il semble y avoir aussi dans l'Office de Saint Gilles, composé par Fulbert, une tentative de superposition et une notation de transition. Les musiciens pourront lire, au point de vue mélodique, les remarques de dom Pothier sur cet office et les différentes comparaisons qu'il institue entre lui et les Répons de la Nativité du même prélat. Il en résulte que FKulbert suit certaines règles, étrangères au style grégorien, et propres à l’école française depuis Alcuin. Il est même probable que, si l’on pouvait retrouver et rapprocher toutes les œuvres musicales composées par les élèves de Fulbert, à Saumur, à Angers, à Gembloux, à Saint-Riquier, etc., on découvrirait que l’école chartraine avait des traditions particulières et fit faire un grand pas, non seulement à la notation, mais encore à la composition musicale, à l'harmonie et à l'exécution du chant liturgique.

Signalons, en terminant cette note, les donations de livres de chant que nous indiquent les Vécrologes du xr° siècle. Un Antiphonaire décoré d'argent, un Missel, et un beau Martyrologe furent légués par le prévôt Guillaume (58 Juin); Raimbaud (f 5 juillet) et Restald (4 98 juillet) laissérent aussi chacun un Missel. Nous n'avons conservé de ces livres que le Martyrologe de Guillaume où nous avons trouvé l'Office de Saint Gilles. L'Antiphonaire nous aurait peut-être donné de nouveaux exemples pratiques de cette harmonie, dont on reconnaît l'indication vague dans Isidore de Séville, au vrre siècle, dans Aurélien de Réomé et Scot Erigène, au 1x°.

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