‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 28 sur 153 · ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XIC SIÈCLES · texte numérisé non relu

ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XIC SIÈCLES

que du Trivium et du Quadrivium: elles tendaient à la pratique et à la bonne exécution de l'office divin, selon la coutume des Maïtrises. On a déjà pu en juger par la nature des morceaux que composèrent nos chartrains: ils étaient tous faits comme ceux de Fulbert pour rehausser le culte. Hildegaire nous fournit une autre preuve du souci qu'on avait du chant liturgique. Dans une de ses lettres datées de Poitiers, il demande à l’évêque si les heures canoniques sont célébrées par ses condisciples mieux que de coutume: an melius solito celebrent canonicas horus. D'ailleurs, l'amour des cérémonies marchait de pair avec celui de la musique sacrée. Ang'lbert, de Saint Riquier, savait tellement toutes les parties de l'office divin, que pendant toute la durée de son voyage à Rome, en compagnie du roi Robert, il n’eut jamais besoin de se servir d’un livre. Hildegaire, à Poitiers, ne cessait de quesüonner Fulbert sur des matières liturgiques. Combien de psaumes fallait-il réciter en carême? Que devait-on faire au temps de Pâques? Quel était le sens de certaines prières ? En réponse, Fulbert lui donnait des conseils pratiques sur la tenue des ornements et des linges sacrés, que nous

lisons encore dans ses lettres.

C'était done tout à la fois une Académie et une Maîtrise supérieure que cette école fameuse de Fulbert. Cette double physionomie résulte non seulement de ses programmes, où la musique et les rites avaient une si grande place, à côté des lettres et de la théologie, mais aussi du personnel qui la composait. [Il comprenait des élèves âgés déjà, et d’autres à

peine sortis de l’enfance. Les uns avaient peut-être plus

de liberté, surtout depuis que les chanoines avaient cessé la vie commune (v. 970) : les autres étaient plus étroitement sroupés. Tous à des degrés divers, correspondant à leur avancement däns la hiérarchie, Lecteurs, sous-diacres, diacres, vivaient auprès de l’évêque, et faisaient avec lui leur principale occupation de l'office divin.

Il se passait alors à Chartres le même fait qu’en Italie,

dans le diocèse d’où Fulbert était originaire!. Là, comme

4P. L., t. 1M, col. 192. Fulbert n'aurait-il pas fait partie dans son enfance d’une Maîtrise de Rome? En rapprochant deux passages où il parle de son lieu d’origine et de sa première éducation, on pourrait le conjecturer avec une forte vraisemblance. Il raconte en effet dans sa lettre à Einard (col, 199), qu'il était de Rome ou des environs. En se référant à certain codex liturgique, qu'il avait apporté jadis de sa patrie, quem ex natal patria devexeram , il ajoute qu'il l'avait pris dans la Bibliothèque de Rome, dum ego codicem… & ROMANO SCRINIO prolatum perlegam. D'après ce texte et le récit qui l'accompagne, Fulbert avait ses entrées dans une Bibliothèque ecclésiastique de cette ville, il était leclerc familier d’un évêque! Était-il lecteur, chantre, notaire? on ne le sait : en tout cas, il s’occupait des cérémonies, car le codex roulait sur ces matières.

D'autre part, dans sa seconde poésie De seipso (col. 347), Fulbert, remontant plus haut dans son enfance, rapporte qu’il fut élevé avec les enfants pauvres par le Christ, c’est-à-dire par l’Église :

Te de pauperibus natum suscepit alendum Christus el immeritum sic enutrivit et auxit, Uf collata tibi miretur munera mundus.

Nam puero faciles providit adesse magistros.

(Tu étais né de parents pauvres, se dit-il à lui-même, et le Christ s’est chargé de te nourrir...: à ton enfance il a ménagé avec prévoyance d’aimables maîtres. » D'après ces paroles, il semblerait bien que Fulbert fut admis dès ses jeunes années dans l'établissement où l'Église romaine réunissait des orphelins, et qu’on appelait Orphanotrophium. Or c'était là qu’elle recrutait aussi les principaux membres de la Schola Cantorum.

Là, Fulbert serait devenu successivement, selon l'usage, chantre, lecteur, ie etc. et enfin prêtre. C'est de là qu'il serait parti pour achever son instruction à Reims, sous Gerbert, après l’un des passages de ce docteur fameux dans la Ville éternelle,

Dans cette hypothèse, la Maitrise de Chartres au XI siècle se rattacherait directement, par la personne de Fulbert, à la Maîtrise romaine ; le chant

liturgique ie notre Église se relierait aussi assez étroitement au chant en usage à Rome à la fin du Xe siècle.

Page 1