‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 29 sur 153 · ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XI° SIÈCLES · texte numérisé non relu

ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISCOPALES DES X° ET XI° SIÈCLES

ce prélat le racontait lui-même, les clercs se tenaient auprès de leur pontife et l’assistaient à la façon de l’ancien presbyterium. Fulbert, devenu évêque à son tour, imita cette conduite, et se plut à garder près de lui des clercs de différents âges, avec lesquels il cultivait les lettres et pratiquait les chants et les rites. Il les recevait à sa table et leur faisait lire le Martyrologe, comme l’atteste l’un d'eux, Bernard d'Angers, dans ses Miracles de Sainte Foy'. Il semble même avoir plus familièrement traité un certain groupe de ces jeunes gens dont plusieurs ont été célèbres. Les membres de cette réunion privilégiée étaient Adelman, Bérenger, Sigon, Hildegaire, Guillaume, Ascelin, Arnoul, tous, remarquons le bien, tous des jeunes, tous des artistes, tous des chantres et des musiciens. Fiers de cette distinetion, ceux-ci conservèrent de leur maître et de ses entretiens un profond souvenir. Dans sa lettre à Bérenger, Adelman lui rappelait ce beau temps de leur jeunesse et lui donnait, en mémoire de Fulbert, leur père commun, le doux nom de « frère de lait », collactaneum meum fratrem te vocavi. Il lui retraçait en même temps les charmes de ces entretiens du soir, le long de l’église, où le grand évêque les exhortait avec larmes à suivre la voie droite des Pères. Sigon, de son côté, se complut, dans le Martyrologe où il avait inscrit Fulbert parmi les saints, à le représenter en qualité de Docteur, au milieu de ses élèves chéris. Plût à Dieu que sa miniature nous fût parvenue! nous aurions en elle la peinture même de la Maîtrise de Fulbert *.

4 Miracula sancte Fidis, Bouillet, 1897, p. 85. 2 Voir notre Manuscrit chartrain du XIe siècle, au frontispice.

Mais le type le plus achevé de ce groupe, celui qui doit être considéré comme le plus accompli des Maîtrisiens d'alors, dévoué à Notre-Dame, à son église, à son évêque, c’est le fameux Hildegaire. Ses lettres sont pleines de sentiments tendres et délicats, et tels que seul un jeune clerc, élevé dans le sanctuaire de Notre-Dame de Chartres, attaché à son culte, pouvait en exprimer. D'ailleurs il se dit lui-même tout à la fois le nourrisson de Fulbert et de l'Eglise de Chartres : et il faut l’en croire : « Je suis votre esclave dès l'enfance, lui disait-il, vernaculus tuus «a puero : je suis votre élève, alumnus. Vous me connaissez à fond; aux autres, je n'ai révélé qu'une partie de moi-même, à vous, j'ai dévoilé toute mon âme ». Comme il aimait son école, sa Cathédrale et ses offices! « J’obéis à vos ordres, écrivait-il encore de Poitiers à Fulbert, car je suis le plüs petit des vôtres et digne à peine d’être appelé votre serviteur. Mais il m'est bien pénible, je vous l’avoue, à moi si inculte, et qui ai tant besoin de vos leçons dechaque jour, d’être depuis si longtemps privé de votre présence et empêché de rendre mes hommages à la Mère de Dieu ». L'année suivante, ce serviteur de Notre-Dame poussait les mêmes cris: « Non je ne pourrais plus endurer, si vos ordres ne m'y contraignaient, et mon exil et ma trop longue Impuissance à rendre mes devoirs à Notre-Dame et à vous. Comme le cerf aspire après les sources des eaux, ainsi je désire m'imprégner autant que possible de vos enseignements, plus précieux pour moi que l'or, l'argent, que la vie même. » Comme il fut heureux quand il eut obtenu la permission de rester à Chartres et de suivre comme autre-

fois les divins offices! « Je suis tellement attaché au service

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de Notre-Dame, écrivait-ilalors au doyen de Poitiers, que je ne puis plus m’en éloigner sans faute et sans dommage. Je devais rentrer dans la clientèle de Gelle qui surpasse les archanges mêmes, et dont je suis le petit nourrisson ». Ces derniers mots indiquent bien le fond de tous ses sentiments : il avait été lui aussi dans son enfance le jeune clerc de Notre-Dame, il avait fait partie de son école, de sa Maîtrise: il y avait grandi près de Fulbert, dont il était compatriote, communiceps, et dont il se disait par un délicieux jeu de

mots, pupilla, la pupille et le pupille.

Tous ces traits réunis nous donnent une idée assez exacte de la Maîtrise sous Fulbert. Elle se composait tout à la fois et dés plus jeunes clercs, et de ceux qui, plus âgés, mais restant dans les ordres inférieurs au sacerdoce, fréquentaient ensemble les offices de l'Eglise et lesleçons de l'Ecole, à la suite du grand évêque. Elle comprenait, en somme, la jeunesse intelligente, aimante, artiste, dont cet illustre

prélat s'était entouré !.

1 Pour plus de détails sur les rapports des élèves de Fulbert entre eux et avec leurs maîtres, se reporter à nos Ecoles de Chartres au Moyen Age, p. 94-108.

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