‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 30 sur 153 · LA MAITRISE SE DÉTACHE DES ÉCOLES ÉPISCOPALES · texte numérisé non relu

LA MAITRISE SE DÉTACHE DES ÉCOLES ÉPISCOPALES

(Du x1° AU XIV° SIÈCLE)

Malheureusement la Maîtrise devait déchoir du haut degré de splendeur où Fulbert l'avait élevée, sitôt que ce grand homme ne serait plus.

En effet, à peine fut-il mort, que malgré les efforts de ses disciples, les discussions eucharistiques, soulevées par Bérenger, détournèrent les clercs de l’étude des cérémonies et du chant. Les querelles, auxquelles les évêques intrus de la fin du xr° siècle donnèrent lieu dans le clergé chartrain, produisirent un résultat aussi néfaste. Ces écoles, jadis si brillantes, dépérirent peu à peu, et seraient tombées tout à fait, si en 1090 le génie de Saint [ve n’était venu les ranimer.

Par suite de ces circonstances fâcheuses, la Maîtrise se sépara d'elles, et se trouva réduite pour l'avenir à ces petits clercs, chantres, lecteurs, acolythes, thuriféraires.

Par bonheur les chartes et les nécrologes, à partir de 1060, nous donnent les noms de plusieurs d’entre eux. Nous

les relèverons tous jusqu’au xiv° siècle, à cause de leur

ancienneté, et parce que les qualifications qui leur sont attribuées nous permettront de nous représenter leur organisation. Il est d'autant plus important de chercher à la définir à l'aide de tous les indices que, pendant cette période, la Maîtrise s'avance de plus en plus vers la constitution qui la régira jusqu'à la Révolution.

Six de ces petits clercs nous sont signalés par leurs noms, à la fin du xr siècle, dans le Nécrologe de Notre- Dame.

Ce sont: en 1060, Hervé, puer, acolythus et canonicus S. Marie (LIT Non. Apr.); après 1066, Geoffroi, puer et canonicus ; entre 1066 et 1090, un autre Geoffroi, puer et canonicus S. Marie (VII Kal. Apr.); Eudes, clericus, adolescens indolis egregie, sancte müsericordie Matris canonicus (IV Id. Jan.); de 1090 à 1124, Raoul, puer et canonicus (III Kal. Nov.). Une charte de 1114 nomme aussi un Robert, puer beate Marie canonicus . Saluons au passage ces Jeunes ancêtres de tous les Maïîtrisiens à venir, car ils sont bien Maîtrisiens eux-mêmes: ces termes, les mêmes pour tous et presque toujours réunis, d'enfants, de chanoines, d’acolythes, de clercs, ne permettent pas d’en douter.

Les nécrologes et les chartes du xn° et du xm° siècle nous en fournissent encore plusieurs autres, mais en les désignant par une autre formule, plus gracieuse encore : ils y sont appelés les nourrissons de l'église. Déjà Frotging” , au x° siècle, et Hildegaire, au xr, s'étaient ainsi qualifiés ;

mais à partir du xu° siècle il semble que ce soit l'expres-

1 Bibl. com., man. 222.

2 Cart. S. Père, p. 16.

sion reçue pour nommer les enfants de la Maîtrise. Elle est appliquée par le doyen Arnaud à son neveu, lorsqu'il demande au Chapitre son admission aux grandes écoles: il a été, dit-il, nourri dans notre église, nostræ nutritum ecclesiæ. L’évêque Renaud la répète à l'occasion de Gautier, neveu de Richer, quand il lui confère un canonicat malgré son âge. S'il lui fait cette faveur, c’est parce qu'il est élevé dans l’église depuis son enfance (1183-1193) !. On peut douter que Guillaume, comte du Perche, mort évêque de Châlons en 1226, ait fait partie de la Maîtrise, bien que, d'après son obit, il ait passé ses premières années d’une manière digne d’éloge dans l’église de Chartres, a primis annis in hac ecclesia laudabiliter conversatus ?. Mais le fait est certain pour Jean de Frescot, diacre et archidiacre de Blois (av. 1226), dont l'épitaphe emploie presque les mêmes termes

À ieneris annis fuit hujus cura Johannis

Carnot claræ famulari Virginis aræ. . ?

» Son bonheur dès ses plus tendres années fut de servir dans le sanctuaire illustre de la Vierge chartraine. » Quoi de plus clair pour désigner un enfant de chœur de N.-D.!

Pendant tout le xm° siècle nous retrouvons la même formule prise dans le même sens.

Le chanoine (Geoffroi de Poncey rappelle avec fierté dans son testament {Kal. Nov. 1215) qu'il fut élevé dès son enfance dans l’église de Chartres, in eadem a pueritia

1 Cart. N.-D., I, 211.

2 Cart. N.-D., UI, 40.

3 Cart. N.-D., IT, 100, IT, 185. Il était inhumé dans le Chapitre de l’abbaye de Bonneval.

educatus !, et lui lègue tous ses biens pour la fondation de six clercs qui, en réparation de ses fautes, chanteraient jour et nuit les louanges de Dieu.

De même, le doyen Thomas de Saint-Denys, qui mourut en 1241, fut nourri, dit le Nécrologe, dès ses jeunes années dans le giron de cette sainte Mère, in gremio sanctæ matris ecclesiæ a puerilibus annis nutritus ?. Guimond Fouailles5, mort en 1246 archidiacre de Blois, fut aussi, d'après son obit, chanoine tout jeune dans l'église de Chartres, «@ pueritia sua in ista canonicatus ecclesia, tout comme Geoffroi # d'Ouarville, dont on dit en 1256, qu'il fut tout ensemble nourri et promu au canonicat dans la même église, nutritus et canonicatus in hac ecclesia.

Jean, évêque de Carcassonne, en 1299 *, Pierre de Chappes (+ 1325) et Jean Pasté (+ 1328), tous deux

successivement évêques de Chartres puis d'Arras, dans la première moitié du xiv° siècle, tinrent à rappeler, sur leurs testaments, leur première éducation en l’église de Chartres, dans des termes aussi précis que Geoffroy de Poncey et les précédents.

Citons, pour terminer, Cheron de la Porte-Morard, chanoine, dont l’obit, inserit avant 1350, rapporte également qu'il fut nourri dès sa jeunesse dans cette église : a juventute in ista ecelesia nutritus °.

‘ Arch. G. 1460, 1488.

2 Cart. N.-D., HI, 217.

3 Cart. N.-D., III, 192.

# Cart. N.-D., 1, 120.

5 Arch., G. 1461 et G. 1488 : quæ qudem ecclesia nos educavit, nutrivif et ad majora sublimavit.

6 Cart. N.-D., II, 178.

Nous ne voudrions pas assurer que tous les personnages

ainsi désignés fussent des enfants de la Maîtrise. Pourtant

la plupart en étaient. Ces formules en effet ne se bornent pas à dire qu'ils passèrent leur jeunesse dans le lieu saint; elles signifient de plus qu'ils y furent élevés et qu'ils y furent chanoines dès leur enfance, c’est-à-dire qu'ils y vaquèrent dès leurs plus tendres années au service divin dans l’accomplissement des fonctions de leur âge, sous la direction du Chapitre.

Diverses chartes du xn° et du xi° siècle donnent encore un autre nom aux petits Maîtrisiens, celui de clerc ou de petit clerc, clerici, clericuli. Cest ainsi qu'elles les appellent, quand elles les considèrent dans les cérémonies liturgiques, comme acolythes, thuriféraires ou servants de messes. Appliqué au jeune Eudes par le premier Nécrologe avant 1090, il est répété sur la fin du xu° siècle, à l’occasion de quatre enfants demeurant chez le chantre Richer et qui paraissent bien être des enfants de chœur, d'autant plus que l’un d’eux n'est autre que son neveu Gautier dont nous avons parlé !. Il est encore employé quand il s’agit en 1176, 1202, 1225, 1227, 1241, de régler les droits de ceux qui portaient les cierges et la croix à différentes processions, lesquels étaient certainement, comme ces fonctions l’indiquent, de vrais enfants de chœur.

Non seulement le nom, mais la famille, la figure, le costume de deux Maîtrisiens de la première moitié du

xur° siècle, nous sont fournis par le vitrail de l’abside du

1 Cart. N.-D., I, 211.

SE DÉTACHE DES ÉCOLES ÉPISCOPALES, DU XI° AU XIV° SIÈCLE 29 chœur qui est au côté gauche de la verrière centrale. Dans le médaillon inférieur, consacré aux donateurs, se voient deux personnages, un homme tenant une bannière marquée d’une chausse rouge, et sa femme coiffée de la barrette comme les nobles dames ; au-dessus de leur tête on lit: Gaufridus. Devant eux, se tiennent debout deux enfants, la tête rasée, et revêtus d’un amict, d’une aube et d’un ceinturon; tous deux ainsi que leurs parents élèvent les yeux vers la Vierge; le plus petit tient la navette et l’encens. Que sont ces enfants de la famille des Geoffroi? Leur habit l'indique : ce sont de jeunes Mañtrisiens voués au service de Notre-Dame par la volonté de leurs

père et mère.

En rapprochant tous les indices relevés à propos de chacun de ces jeunes clercs, on peut se fare une légère idée de l'organisation de la Maïtrise du xr au xiv° siècle.

Elle se composait d'enfants, pueri, appartenant quelquefois à de hautes familles, comme Geoffroi, comte du Perche, ou du moins comme le Geoffroi du vitrail. Ces enfants portaient le costume des clercs, clerici, la tonsure, l’amict, l'aube et Le ceinturon , témoin notre verrière. [ls en remplissaient les fonctions : thuriféraires, ils tenaient la navette et balançaient l'encensoir ; acolythes, ils accompagnaient la croix et le texte des Evangiles, en têle des processions. Pour ces cérémonies, ils recevaient en différentes occasions des casuels, qui, d’abord payés sous forme de redevances matérielles, furent dès le x et le

x siècle commués en une somme fixe. Nous avons

encore les transactions qui furent alors conclues en leur nom par le Chapitre avec différentes églises de la ville.

La première fut passée avec les moines de Saint-Martin en 1176". Lelundide Pâques, ceux-ci devaientaux chanoines et aux clercs qui venaient en procession, du pain, de la viande et du vin ; aux Rogations, ils leur servaient à boire ; à la Saint Martin d'été, ils leur offraient de la boisson et des échaudés ; de même à la Saint Martin d'hiver, de la boisson. L'archevêque de Sens, Guillaume aux Blanches-Mains, pris comme arbitre, décida qu’à l'avenir ils ne fourniraient plus, à ces processions, ni nourriture ni quoi que ce soit, réserve faite pour les petits clercs qui serviraient la messe, excephs clericulis qui missae deservivent, auxquels ils paieraient seulement six écus, savoir : 40 sous chartrains le lundi de Pâques, 20 à la Saint Martin d'été, 20 à celle d'hiver, et rien pour les Rogations.

Une autre transaction de ce genre fut conclue avec les moines de Saint-Père, en 1202 et en 1225 ?. Ceux-ci recevaient le Chapitre le mardi de Pâques, la veille des SS. Pierre et Paul et le jour de leur fête; à la vigile où l'on jeûnait, ils ne lui offraient que du liquide; mais, les deux autres jours, ils devaient aux chanoines et aux enfants de chœur, de la boisson et des petits pâtés, potum et pastillos. Il fut convenu qu'au lieu de ces redevances matérielles, ils paieraient chaque année, en deux fois,

15 livres chartraines * aux chanoines, et six deniers aux

1 Cart. N.-D., I, 195.

2 Cart. N.-D., IT, 15, 407.

3 En 19295 on fixa 95 livres.

enfants qui pôrteraient les cierges. et l’encensoir, sex denarios in utroque festo pueris qui cereis et thuribulo deservirent.

Les moines de Saint-Jean sollicitèrent un arrangement semblable en 1227 !. Quand le Chapitre se rendait chez eux le mercredi de Pâques et la veille de la Décollation de Saint Jean-Baptiste, ils lui devaient ainsi qu'aux enfants, potum cum chenestellis. Onles dispensa de cette redevance pour leschanoines, mais on les contraignit de payer, à chacune de ces fêtes, six deniers aux enfants de chœur acolythes et thuriféraires, salvis tamen in utraque processione sex denarüs puerorum quos in missa contigerit cereis et thuribulo deservire.

Enfin, en 1241, les moines de Saint-Cheron obtinrent pareillement la commutation de leurs redevances *. Ils fournissaient aux chanoines et aux clercs de chœur de Notre-Dame : à la procession du jeudi de Pâques, des pains nommés vulgairement eschaudés, des viandes de porc, et du vin de Chartres, ainsi que six deniers aux enfants porteurs de cierges et thuriféraires ; le mardi des Rogations, de la boisson appelée borgerastre ; la veille de Saint Cheron, à Vêpres, quelques pains artificiels nommés canistrellos et du vin de Chartres; et le jour de la fête, six deniers aux enfants porteurs de cierges et thuriféraires. Ces prestations furent converties en une redevance annuelle de dix livres, payables, savoir : le jeudi de Pâques, quatre livres, et six deniers aux enfants acolythes

et thuriféraires ; le mardi des Rogations, quarante sous ;

4 Cart. N.-D., Il, 118. — Arch. G. 705.

2 Cart. N.-D., II, 131. — Arch. G. 697.

autant la veille de Saint Cheron, et autant le jour de la fête, plus six deniers aux mêmes enfants. Ceux-ci recevalent donc en tout douze deniers.

Enfin ces enfants chantaient : la présence de quatre d’entre eux près du chantre Richer l’insinue suffisamment. Leur part dans les chants liturgiques n’est indiquée expressément que dans l'ordonnance de 1297'. Ils étaient chargés, aux fêtes de neuf lecons, de chanter deux versets de Matines et le Benedicamus Domino. Mais lànesebornait pas leur rôle. Restreint d'abord aux versets et aux répons qui exigeaient des voix élevées et claires, il s'étendit bientôt au contrepoint ou déchant, dans lequel ils remplirent les parties hautes. Dès le x/° siècle, nous l'avons vu à l’occasion de Francon et du manuscrit dit d'Hucbald, on pratiquait cette sorte de chant savant dans l’église de Chartres. À partir de la moitié du xn° siècle, il y prit une vogue nouvelle. C’est ce qu’on peut conclure de cette phrase d’un vieil historien, attestant que la musique fut introduite à Chartres sous l’évêque Robert, vers 1155: c’està-dire qu'elle y fut plus que jamais cultivée, grâce aux facilités nouvelles apportées par la notation dite de Guy

d’Arezzo, qui fut alors complètement vulgarisée ?, C’est

4 Cart. N.-D., IT, 238.

?Le man. 520 (222) de la Bibliothèque de la Ville de Chartres, qui se fixe entre 1173 et 1220, donne la notation traditionnelle à points liés sur quatre lignes : deux sont au poinçon, la troisième pour le fa est verte, la quatrième pour l’uf est jaune. C'est un missel. Il seraitbien intéressant de posséderencore l’Antiphonaire et le Graduel du chantre Gerogius (+12 février), le Graduel du chantre Guérin (+ 20 nov.), l’Antiphonaire et le Graduel de Raoul (+ 15 sep.);tous ces personnages laissèrent ces livres à l’église de Chartres au commencement du x11° siècle, comme on le voit dans le Nécrologe (Cart. N. D. t. III) aux dates citées. — V. Rouillard, Parthénie, 1608, 2e p., p. 87.

ce qui résulte aussi d’une page curieuse du Polycratique où Jean de Salisbury signale la musique théâtrale qui faisait alors fureur jusque dans le sanctuaire. Jean de Salisbury avait été longtemps à Chartres comme élève, avant d'y revenir comme évêque, et il n’est pas impossible qu’il vise, dans ce passage, notre église !. L'on sait de plus que, dès le milieu du xin° siècle, les orgues y retentissaient dans les grandes fêtes. Saint Louis priait, en 1269, les chanoines de lever, à l’occasion de son passage, l’interdit qui les réduisait au silence ?. Selon toute probabilité, elles avaient été introduites dans l’office divin depuis de longues années; elles s'y voyaient, comme nous l'avons dit plus haut, depuis le temps de Fulbert. Il y avait donc à Chartres des chants assez étudiés et assez complexes, où les enfants devaient jouer un rôle de plus en plus important.

C'est pour ce motif sans doute que, parmi tous les enfants appliqués au service de l'autel, il se forma peu à peu un groupe plus spécialement consacré au chant, groupe qui devint plus proprement la Maïtrise. Au commencement, ils ne formaient tous qu'une seule catégorie : tous, ils étaient enfants de chœur et chanoines, comme l'indiquent les textes du xr° et du xn° siècle. Mais au xin° siècle se dessinent parmi eux deux divisions. Les

1 Jean de Salisbury Polycr. I. 6. Pat. Lat.t. 199, col. 402, dit que la musique dans les églises était raffinée à l'excès : Ea siquidem est ascendendi descendendique facilitas, ea sectio vel geminatio notularum, ea replicatio articulorum singulorumque consolidatio, sic acuta vel acutissima gravibus et subgravibus temperantur, ul auribus sui judieii fere subtrahatur auctoritas. Il ajoute qu’un fondateur

de religieuses, pour éviter cette mollesse dans le plain chant et le déchant, ordonna à ses filles de ne point chanter les psaumes, mais de les réciter.

2? Cart. N.-D., II, 187.

transactions mentionnées plus haut, en distinguant les clerici, clericuli où pueri, des canonici, laissent croire que les premiers n'étaient plus chanoines au moins en majorité comme autrefois. Alors le canonicat était trop brigué par des hommes mûrs pour être encore décerné à des enfants. Pendant un certain temps, il semble qu'il y eut côte à côte deux classes de clercs voués aux autels; les uns de famille riche, qui étaient encore chanoines, les autres de condition médiocre, qui ne l’étaient pas. Les uns et les autres se retrouvaient au chœur, et prenaient d’abord la même part aux offices, surtout aux cérémonies. Mais peu à peu les premiers s’effacèrent et se confondirent avec les autres chanoines, et les seconds, les plus petits et les plus humbles, restèrent seuls à porter le fardeau du chant. Cesenfants ne tardèrent pas à être élevés au nombre desix: du moins c’est le nombre qu'indiquent les transactions citées plus haut, en leur réservant six deniers de casuel, un denier sans doute pour chacun. C’est aussi le nombre que fonda en 1215 Geoffroi de Poncey, lorsque, par son testament, il institua six clercs pour chanter jour et nuit les louanges de Dieu. Il n’est pas sûr que ces six clercs fussent des enfants de chœur : ce pouvait être des heuriers matiniers. Cependant, si l’on tient compte des motifs qui l'amenèrent à les établir, 1l y a lieu de croire qu’il pensait à doter des jeunes lévites ayant le même état que lui dans son enfance, c'est-à-dire , faisant fonction d’enfants de chœur. Voici, en effet, comme il s’exprime le 10 des calendes de novembre

1215! : « Moi, Geoffroi de Poncey, chanoine de l’église de

Chartres, élevé dans son sein dès mon enfance, ineadem « Puericia educatus, désirant expier toutes les négligences et les omissions que j'yaicommises, voulantaussiaugmenter le culte divin, le patrimoine de Jésus-Christ et de la Bienheureuse Vierge, sa mère, j'ai donné l'argent, les propriétés et les revenus qui suivent, sur mon patrimoine et mes acquisitions légitimes, pour l'entretien de six clercs, qui suppléent à mes manquements, et sachent, veuillent et puissent, à toute heure de nuit et de jour, servir dans cette église, avec décence, science et continuité, en chantant et en psalmodiant : ad opus sex clericorum qui valeant, psallendo et canendo.…. deservire. » I charge ensuite le Chapitre de choisir ces six clercs et de les conserver ou de les révoquer à son gré.

Par qui ces enfants furent-ils gouvernés jusqu'à la fin du xm° siècle? C'est assez difficile de le déterminer avec précision. L'évêque, accaparé par d’autres fonctions et spécialement par les grandes écoles, ne s'oceupait plus d'eux. Ces petits clercs, dont plusieurs étaient chanoines, ne relevaient plus que du Chapitre. Le Doyen traitait leurs intérêts temporels au dehors, comme nous l'avons vu dans les transactions rapportées plus haut. Peut-être le Chantre avait-il un droit de haute surveillance sur leur éducation musicale, ou du moins sur leur rôle dans le chant liturg:ique? Ce qui est certain, c’est que le grand maître des écoles, l'ordonnance de 1297 l’atteste expressément :, était encore chargé de veiller à ce que les leçons de Matines fussent bien chantées, et répondait des fautes qui pouvaient

s'y commettre, Mais leurs maîtres immédiats étaient sans

1 Cart. N.-D., IL. 237.

doute les deux prêtres qui sous la direction littéraire de ce grand maître devaient les garder, et que l'on croit avoir été institués par une bulle de Calixte IT du 2 novembre11 19 Par cette bulle le pape confirmait la division d’une prébende qui s'était faite en vue d'entretenir, dit-il, deux prêtres, serviteurs de l’église. Or, une note de l'inventaire spécifie que ces deux prêtres étaient les deux maîtres chargés de l'instruction des enfants. De fait, dès le commencement du xiv° siècle, sitôt que les documents apparaissent, on trouve ces deux prêtres depuis longtemps en possession d'administrer la Maîtrise. On sait de plus que, non loin de Chartres, à Paris, la même institution surgit à la même époque. En 1127, la Maitrise de Notre-Dame se sépara de la grande école épiscopale et reçut du Chantre deux maï-

tres particuliers.

Ainsi se forma peu à peu la Maîtrise, depuis sa première époque jusqu’au xiv° siècle. Ses traits principaux étaient déterminés au commencement de ce siècle: elle ne pouvait plus subir que des modifications accidentelles. Intimement liée à la petite école cléricale du v° au x‘ siècle, puis aux grandes écoles du x° au xi° siècle, elle se détacha progressivement du xr° au xiv’, pour vivre enfin de

sa vie propre du xiv° à la Révolution.

Une légende gracieuse, qu'il nous plaît de raconter en terminant cette première partie, prouve que cette vieille Maîtrise laissa de sympathiques traces dans la mémoire des

hommes. C’est la légende de l’enfant de chœur tombé dans

4 Cart. N.-D., I, 126.

le puits des Saints Forts, légende que les historiens rattachent au temps de Saint [ve. Il y avait alors, disent-ils, parmi les petits clercs de Notre-Dame, un jeune virtuose dont la voix était si belle qu'elle ravissait les anges et les hommes, et dont la piété était si fervente qu'il ne pensait dans les cérémonies, qu’à ses chants, à sa mère, à sa Madone. Tout absorbé dans son triple amour, il descendait un jour avec les vénérables chanoines dans la vieille crypte druidique, en faisant résonner les antiques voûtes de ses accents les plus suaves. Deux objets exerçaient, là, sur son cœur un invincible charme, et la statue miraculeuse de la Vierge devant enfanter, entourée de lumières, et ce puits mystérieux, situé près de l’autel, rempli d’une eau sainte, et surtout consacré par les reliques des premiers martyrs, de ceux qui jadis avaient donné en ce même lieu leur vie pour leur foi en la Vierge Mère. Comme pour les apercevoir dans lemiroirde l'onde pieuse et pour leur faire parvenir l’expression de son amour, le célesteenfantse penchasurla margelle, et, soit que son pied eût glissé, soit plutôt que les martyrs l'eussent attiré vers eux, il tomba. L’eau s’entr'ouvrit pour le recevoir et il disparut. Grand émoi dans la foule, et surtout grande tristesse au cœur de sa pauvre mère! Impossible de le retirer. Fouiller ce puits sacré eut été un sacrilège, et puis 1l était si profond! et sans nul doute l’enfant était mort de suite, emporté dans le ciel par les saints. Ce fut un cruel deuil dans la phalange lévitique, privée de sa voix angélique, mais un deuil consolé par une haute espérance. On n’en pouvait douter : victime de sa curieuse piété, l’enfant était un martyr de plus ajouté à ceux qui

reposaient en ce lieu. Quelques jours après, la procession

QG É EE

capitulaire revint de nouveau devant la Vierge druidique : tous les yeux se dirigeaient vers l’orifice du puits près duquel la mère se tenait éplorée. Les litanies retentissaient moins belles qu'autrefois, mais ferventes pourtant, car on priait | Marie de jeter un peu de baume sur la douleur de cette Î veuve infortunée, quand soudain, du fond de l’abîme, une voix mélodieuse s’éleva, répondant à la supplication liturgique, et lon vit les eaux bouillonnantes monter jusgl qu’à la surface, et déposer sur la margelle le charmant

enfant de chœur auquel tout le monde pensait. Modeste et

grave comme autrefois, il reprit de suite sa place parmi

ceux de son âge, et ses deux premiers cris furent l’un pour 1 sa mère du ciel, l’autre pour sa mère de la terre. [n'était donc pas mort: il avait donc été préservé des eaux par l’intercession des saints et de la Vierge. C’est ce qu'on apprit bientôt de sa bouche. Il raconta lui-même qu’en arrivant au fond du puits des Saints Forts il s'était trouvé dans un lieu li enchanté, au milieu des martyrs, que Notre-Dame l'avait reçu dans ses bras et couvert de ses caresses, et que certes il y fut resté volontiers, s’il n’avait pensé à sa mère en larmes et à son sanctuaire aimé. Notre-Dame avait compris ces délicatesses de son cœur filial, et de concert:avec les saints avait consenti à le rendre pour quelque temps à la terre. Et il était là, chantant mieux encore que jadis, plus | pur et plus céleste que jamais. Et tous le reg'ardaient avec

une pieuse envie, en rendant gloire à Dieu. Quant à lui,

il grandit dans ce lieu béni et se voua pour toujours à la

Vierge qui l’avait sauvé. Et pour garder éternellement le

fl souvenir de ce miracle, on cessa dans l’église de Chartres

À de chanter les versets des répons ; carl’enfant raconta que,

ntm nn nc me ns mt mn je oo me .

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