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21 juin 1694. Il fut remplacé d'abord par Pierre Prévost, qui ne resta que trois mois, de juillet à septembre, puis par Nicolas Bernier. Celui-ci est encore un fameux maître de musique. Né à Mantes! le 21 juin 1664, il avait concouru pour la Maîtrise de Rouen en 1693, et s'était rabattu sur celle de Chartres?, le 17 septembré 1694. Malheureusement, il ne la g'ouverna que trois ans. Parti sur sa demande, le 18 mars 1698 #, il devint maître de musique de Saint Germain-l’Auxerrois, puis de la Sainte Chapelle, et mourut le 5 septembre 1734. Fétis raconte à son sujet une singulière histoire. Etant allé dans sa jeunesse à Rome pour parfaire son éducation musicale, il voulait se lier avec le fameux Caldara, et ne trouva rien de mieux pour cela que d'entrer chez lui comme domestique. Un jour que ce maître était parti, laissant sur son bureau un morceau inachevé, Bernier ne craignit pas de le continuer jusqu'au bout. Surpris à son retour de trouver son œuvre finie, Caldara voulut savoir quel artiste y avait mis la dernière main, et l’on juge de sa stupéfaction quand il apprit que c'était son propre serviteur. À partir de ce moment, les deux musiciens devinrent grands amis. Et plus tard, Bernier, se souvenant de son séjour en Italie, disait aux jeunes compositeurs : « Allez en Italie, ce n’est que là que vous apprendrez votre métier. » D'ailleurs il était lui-
même très habile. Fétis énumère les morceaux dont
1 Fétis, Dictionnaire des Musiciens.
? Maîtrise de Rouen. — I ÿ eut un Bernier (Pierre), à Saint-Quentin, en 1687 et 1695, Maitrise de Saint-Quentin, Gomard, p. 54.
3 G. 340, Br., K. p. 49.
il fut l’auteur, mais la plupart sont postérieurs à l’époque où il était à Chartres.
Huit jours après son départ (le 25 mars), la Maîtrise fut, selon l'habitude, mise au concours. Le 9 avril, on entendit Michel Quignon, clere du diocèse d'Amiens. Celui-ci s'était déjà présenté pour Rouen, le 20 novembre 1693; il y avait eu pour concurrents Gervais, maître de musique de Senlis, Michel Hermier, maître de musique de Saint-Malo, Nicolas Bernier, nommé plus haut, Michel Lamy, et François Lallouette !. On en entendit plusieurs autres encore, qui donnèrent des messes ou des motets de leur composition. Et, le 3 mai, on convoqua un Chapitre général pour choisir entre ces divers candidats. Pendant cette longue vacance, Jouet avait bien voulu se charger de conduire les enfants. Enfin, le 24 mai, on vota et Quignon fut élu.
Il renouvela d'abord son personnel en juin et juillet : il renvoya les enfants sans voix et en choisit de nouveaux ?. Il fit venir des musiciens aux grandes fêtes et le Chapitre l'indemnisa de ses frais. Désireux de se perfectionner, il demanda, en 1700, huit jours de congé pour aller entendre la musique à Saint-Germain-en-Laye; il obtint même d'être dispensé pendant un an des offices de Saint-Piat. Mais, comme les autres, il convoitait une Maitrise plus lucrative : celle d'Amiens, son pays natal, ayant vaqué, il l’obtint, et il partit après avoir demandé au Chapitre un
certificat de bonne vie et mœurs.
1 Lallouette fut maitre de chapelle de N.-D. de Paris le 17 novembre 1700; ilavait concouru avec Cabasso]l. Voir sur lui Fétis et Chartier, l’un à son nom, l’autre, p. 118.
? G. 940, Br., K. p. 49, an, 1698. — G. 551.
La Cathédrale perdait avec lui son dernier grand maître de musique. Pendant tout le xvn° siècle elle avait été favorisée; Jolliet, Jouet, Bourey, Bernier, Quignon, étaient tous des compositeurs fameux. Mais, au xvm° siècle, le système de concours produisit de moins bons résultats. Il donnait trop à tous ces maîtres la fièvre du changement. Ceux-ci rêvaient toujours d'obtenir de meilleures Maîtrises que la leur. Celle de Chartres était cotée parmi les premières. Elle venait cependant après celles de Paris, de Rouen, d'Amiens. Aussi, pendant le xvin° siècle, malgré de nom-
breux concours, elleputdifficilementgarder sestitulaires. À
peine arrivés, ils partaient ailleurs; 1ls se retiraient même souvent avant que d’être installés. Et ce fut pendant ce siècle une succession constante de musiciens, une suite presque continuelle d'examens et de vacances, dont les unes de plus d’un an furent très préjudiciables à la diseipline. On essaya plus de trente maîtres; sur dix-sept admis six ou sept démissionnèrent avant de venir, l’un d’eux resta deux ans, cinq autres trois ans: quatre gardèrent le bâton quatre, cinq, six et huit ans : Chenu le garda quinze ans et Delalande vingt-quatre.
Donc, le 13 mai 1702, un concours fut ouvert pour remplacer Quignon. Beaucoup de musiciens se présentèrent pendant ce mois et les suivants, entre autres les maîtres de Saint-Germain-l’Auxerrois et des Saints-Innocents, à Paris, ceux des Cathédrales d'Evreux, de Reims, ceux de Mantes et de Saint Martin de Tours. Ils furent recus, logés et nourris pendant leurs épreuves à la Maîtrise, et indemnisés de leurs frais de voyage. Presque chaque dimanche,
ils firent exécuter des morceaux de leur répertoire,
Ghenu fut entendu le 31 mai. On leur donna des paroles qu'ils durent mettre en contrepoint. Les 21 et 22 juillet furent consacrés à l'examen de leurs œuvres. Et, le 24 juillet, on procéda au scrutin,
Sébastien Ennelin fut élu. Né en 1650 ou 1655, cet artiste avait été d’abord enfant de chœur à Saint-Quentin:il s'était perfectionné à Noyon, en 1679, et s'était fait nommer maître de la chapelle de Saint-Louis après le décès d'Antoine Gras, le 3 juillet 1680. Il occupait encore ce poste en 1702, lors de son élection à la Maîtrise de Chartres. Mais l’évêque de Noyon, son évêque, lui refusa son exeat, et il ne put venir. Ce fut un malheur; il fut maître de musique de Saint- Quentin de 1713 à 1747, et composa trois gros recueils de messes conservés en cette ville et dont Fétis donne lerésumé?.
Force fut aux chanoines de jeter leur choix sur un autre candidat : après deux scrutins les 21 et 26 août, ils nommèrent Jacques Cabassol, maître de musique des Saints-[nnocents5, et, en guise de consolation, ils donnèrent aux autres concurrents évincés une gratification (16 sept.). Mais le nouvel élu ne garda pas longtemps son poste. Cabassol prit possession le 2 septembre et se retira 4 ans après, le 28 août 1706 *,
1 G, 340, Br., K, p. 50. Pour les maîtres du xvirie siècle, nous avons omis les références aux Registres capitulaires. Avec les dates que nousavons presque toujours données, on retrouvera facilement, dans ces Registres, les passages qui concernent chacun d'eux.
? Notes historiques sur la Maitrise de Saint-Quentin, par Gomard, p. 55.
3 Ce Cabassol avait concouru les 5 et 10 novembre 1700 avec Lallouette pour la Maîtrise de N.-D. de Paris.
# On le retrouve à Paris en 1733 où il ne reste que quelques mois; il avait été préféré dans un concours à Blanchard, compositeur distingué, qui devait, en 1737, obtenir une des quatre charges de la chapelle du Roi (Chartier op. cit. p. 118).
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