‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 57 sur 153 · EME UD · texte numérisé non relu

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À toutes ces messes, il faut ajouter les Obits qui, fré-

quents dès le xiv° siècle, crurent toujours en nombre.

F, — Chants des enfants aux Obits.

Ces Obits comprenaient ordinairement les Matines la veille, et la messe avec différentes prières, le jour de la mort et de l'anniversaire. Les Matines étaient chantées tout entières, et les enfants y récitaient en règle les trois premières leçons. Cet office était si long, venant après tous ceux de la journée, qu'il décourageait tous les chantres, et que, pour en recruter plus facilement, le Chapitre, en 1618, dut le supprimer aux fêtes solennelles ?.

Quant aux messes d’anniversaires, elles se chantaient selon les prescriptions des défunts. En 1387, Jean des Moulins-Neufs demanda une messe à notes deux fois par an ?. Lorsqu'ils n'avaient rien spécifié, elles étaient très simples: c’est pour cela sans doute que le chanoine Jacques-Marie, en 1650, (2 avril), fit une fondation pour qu'à toutes les messes de morts, un ou deux enfants chantassent, à l’Élévation, le Pie Jesu, trois fois, en terminant la dernière par le mot: sempiternam*?. Cette fondation fut confirmée par Jean Etienne“, en 1726, lequel pria de plus le Chapitre de servir chaque fois aux petits chantres

un déjeuner semblable à celui que le chanoine semainier

1 G. 340, Est. p. 10, 26 juin, 3 juillet.

3 G. 1483 et 1484,

# G. 1487, 93 août,

leur offrait tous les dimanches. Mais la plupart deman- 1

daient le concours des enfants d’une façon bien plus

curieuse et plus explicite.

Par son testament du 16 décembre 1535, Martin Bocher, abbé de Saint-Jean, régla ainsi ses obsèques. A l’Elévation, } quatre enfants, se tenant devant l’aigle, chanteraïent un Ave verum : après le Pater, ils réciteraient un De profundis à mi-voix: aux Commendaces, ils diraient les sept } Psaumes de la Pénitence. Puis, lorsque tout serait fini, ils devraient aller à la Crypte pour y psalmodier un Salve Regina, à genoux, et avec des cierges à la main. ol

Etienne Lhomme ?, dévot à Sainte Catherine jusque dans {| la mort, les pria de chanter un motet en honneur de cette sainte, à la fin de la messe célébrée pour le repos de son âme : et Michel Bart, son neveu, joignit à cette Î fondation un petit repas°. Nantier, en 1557, leur ordonna | de remplacer le Credo quod Redemptor meus par le répons Congregati !. Comme Jacques Marie en 1650, Fromond, | exécuteur testamentaire de M£' Lescot, en 1667, ordonna |) qu'à l'Elévation de la messe dite pour ce prélat, quatre : enfants, se tenant au milieu du chœur, chanteraient k

Fe trois fois le Pie Jesu *.

D'ailleurs, en vertu d’une convention conclue en 1733,

les Maîtrisiens durent célébrer à Saint-Piat une messe des |

morts au décès de chaque prélat.

1 G. 1488, f. 34 et 1473.

2 G. 1471, 10 oct. 1505. — G. 1474. — G. 1488 et 1490. | 3 G. 134, 10 août 1549, f. 220. { » G. 4490. l 5 G. 1484 et 1488, f. 56, 31 août. ti

Aux xiv°, xv° etxvr' siècles, on leur demanda souvent de réciter, à mi-voix, les sept psaumes pénitentiaux, avec les litanies et les oraisons, pendant les Commendaces, devant le maïître-autel ou de chaque côté, sur les marches. C'est ce que sollicitèrent le roi Charles V !, en 1367; le doyen Philippe de Talaru, en 1384 *; l'huissier Jean Paichot, en 1420 5; Jacquin, abbé de Saint-Jean , en 1516 *; Jean Toupineau en 1520 °; Martin Bocher, successeur de Jacquin, en 1535; Nicole-Grousil, en 1569.

Beaucoup d’autres, au xvir etau xvin' siècle, réclamèrent des enfants des prières spéciales, même en dehors de leur service funèbre. Quelques-uns les voulaient pour le jour même de leur décès. Ils les envoyaient à la Crypte ou à la Vierge du jubé, pour y chanter le Salve Regina, le De profundis, des oraisons ou même des messes.

Claude Lebel?, dans son testament du 1° avril 1536, donne « à nos enfans d’aulbe, la somme de 50 sols tournois pour estre distribués entre eux seulement, à la charge de dire par eux, le jour de son décès et devant l’image de la Vierge es-cryptes de l’église, l’antienne: Salve Regina.…, De profundis à la fin, avec les oraisons cy-dessous : Deus, qui inter apostolicos…, Deus, qui nos

patrem..., et Fidelhum...; durant lequel service veult et

3 G. 1466, 19 avril 1420.

4 G: 181, fo 338, 1516, 9 déc.

5 G. 181, fo 491 v., 1520, 29 mars.

6 Cr. 556, 14 avril.

ordonne que les exécuteurs testamentaires fournissent deux petits cierges de cire blanche sur lautel de ladicte Vierge, et dix chandelles de pareille cire, jusqu’à concurrence de dix sols, lesquelles chandelles lesdits enfants tiendront allumées en leurs mains jusques à la fin. »

Le chanoine Etienne Robert qui, en 1658, avait donné quatre mille livres pour la fondation d'une messe haute, chantée tous les samedis après Matines, à la Crypte, par chaque chanoine à son tour et par les enfants de chœur, et avait laissé pour cela soixante sols aux enfants, ajoutait dans son testament des demandes semblables à celle de Claude Lebel !:

« Si mon décès, disait-il, arrive après midy, au plustot que faire se pourra, les enfants de chœur iront devant la Vierge chanter : Miserere mei, Deus, secundum.…, Domine, non secundum..…, Libera.…, De profundis, les litanies de la sainte Vierge, Salve Regina et les oraisons à la Vierge, et leur sera donné la somme de vingt-cinq sols. »

Non moins curieux est le testament de Blaise Jourdain, le restaurateur de Sous-Terre *.

« Je désire, si faire se peut, auparavant que mon âme soit séparée de mon corps, qu'il soit chanté par les enfants de chœur de l’église de Notre-Dame de Chartres, en la chapelle de Sous-Terre, devant le Saint-Sacrement et l'image de Notre-Dame, les prières suivantes, sçavoir est : Domine, non secundum..…., Domine, ne memineris… Adjuvanos..…,

l'antienne à la sainte Vierge : Sub tuum præsidium confugi-

1 G@. 1484, 4 décembre.

2? G. 1485, 4 août 1683.

mus.…, avec les oraisons : Deus, cui proprium est, Concede nos famulos tuos, et l’oraison de saint Joseph.

« Que si mon âme est séparée de mon corps, sera dit Le psalme : De profundis, l'oraison: Deus, qui inter apostolicos et Fidelium ; ausquelz enfants de chœur, je donne quarante sols. »

Le chanoine Louis Baudouin, en rédigeant son testament, le 12 avril 1690 !, se souciait aussi de se ménager les chants et les prières des enfants

« Je veux qu’au jour de mon inhumation soit dit une Messe, devant l'autel de la sainte Vierge de Sous-Terre, par Monsieur Rousset, maître de grammaire des enfants de chœur, à laquelle ils assisteront et chanteront : Domine, non secundum..…., Salve Regina, et à la fin de ladite messe, Libera..., dont le sieur Rousset dira les Collectes ordinaires ; pourquoy lui sera donné trois livres et aux enfants pareille somme de trois livres, voulant aussi qu'en même temps il soit dit une autre messe à l'autel de Notre-Dame | de Bon-Secours, par M. Jouet, ancien maître; pour quoy lui fais don de mon encrier fermant à clef, venant de feu M. Lazenay, grand archidiacre. »

A l'exemple de ces chanoines, M. de la Malmaison, en 1701 (25 oct.), légua six livres au curé du bas-chœur et aux enfants de chœur, pour lui dire une messe haute des morts à l’église de Sous-Terre, devant l'autel principal de la T. S. Vierge, le jour de son enterrement : il laissait quarante sols pour le curé et quatre livres pour les enfants.

Mais des dispositions plus touchantes encore en faveur

1 G, 1484 et 1485.

des enfants de chœur avaient été prises par Guillaume Le Houic, archidiacre de Vendôme et curé de Saint-Aignan, dans son testament du 19 décembre 1628 : c'est lui sans doute qui avait suggéré à ceux que nous venons de lire, leurs pieuses volontés :

« Je veux et ordonne, qu’alors que je serai en l’agonie, soit chanté par les enfans de chœur, soit en hault, soit ès-cryptes de l’église de Chartres, devant le Saint Sacrement (si faire se peut: sinon aussitôt que je serai déceddé), le répons : Congregati sunt, Deus, posément et dévotement… Domine, non secundum,…, Domine, ne memineris…, Adjuva nos, et le verset: Ostende nobis…, et les oraisons: Deus, cui proprium et Deus, qui inter apostolicos…, et devant l'image de Notre-Dame, Salve Regina, ou Ave maris stella, avec le verset : Ora pro nobis…, et l'oraison : Famulorum.… A la fin desquels Salutz, si c’est au matin que je décède, j'ordonne Commendaces et la messe de Requiem estre dictes ès-cryptes, par le maître des enfants de chœur, le poincteur, et trois chantres prêtres, que convoquera ledit maitre des enfants de chœur. — Et si je décède sur ou après midy, chanteront dès le soir Vigiles avec les susdites oraisons on même lieu des cryptes, oultre le susdit service du lendemain matin, — Et si le temps ne permet chanter au lendemain matin Commendaces, ou le soir Vigiles, je veux et ordonne que les sept pseaulmes pénitentiaulx soient chantés on lieu, avec les litanies et les deux oraisons : Deus, cui proprium… el: Deus, qui es sanciorum tuorum.…. qui est après les litanies, et le De profundis en faulx bourdons avec lesdites oraisons.. »

«Pour tous lesquels services, seavoir : Vigiles le soir et

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Commendaces avec la messe le lendemain et lesdits Saluts, et pour fournir de luminaire convenable, contenter les trois chantres qui assisteront, et donner chacun ung pasté et du vin auxdits enfants de chœur, et oultre deux sols aux deux grands desdits enfants de chœur et aux aultres chacun ung, sera délivrée audit maître desdits enfants de chœur la somme de cent sols tournois. . . . . . .»

€ Item, je supplie... qu'avant que d'enlever mon corps de la maison, il soit dit par trois fois, par deux enfants de chœur, les chantres leur répondant en musique : Jesu Christe, Fili Dei vivi, miserere mei. Et qu'aussitôt que mon Corps sera posé dans le chœur de l’église de Chartres, soit chanté par deux enfants de chœur, tenant chacun ung cierge à la main, au milieu dudit chœur : Domine, non secundum... avec les deux aultres versets: lesquels achevés, soit dit le service accoutumé.…., en reconnaissance de ce que j'ai eu le bien et l'honneur d’avoir esté élevé en cette célèbre église au nombre des enfants de chœur d'icelle. »

€... Aux deux enfants qui chanteront : Domine, non secundum, chacun deux sols, autant aux deux grands pour dire leurs Vigiles durant mesdits convoy et service, et aux aultres chacun douze deniers pour dire sept pseaumes èsmêmes heures. »

« Je supplie très humblement Messieurs et Confrères ou M. le Chantre, permettre au maître desdits enfants de chœur venir deuxd'iceux avec cinq ou six des chantres qu'il lui plaira choisir, aux messes d’enterrement, octave et bout de l’an, pour chanter lesdites messes en musique et De profundis en faulx bourdon à la fin, pour mémoire de

ce que j'ay esténourri dès ma jeunesse en ceste si célèbre église,

voulant qu'il soit baillé audit maître la somme de soixante sols, sur laquelle il prendra ce qui fauldra pour l'assistance desdits chantres et enfants de chœur, à la fin de chacune messe... »

«… Autant (qu'à N.-D. de Paris), aux chantres de cette ville de Chartres... à la charge de dire et de chanter ung Libera à l'issue de la messe qui sera chantée Le jour de ladite sainte Cécile, avec le De profundis en faulx bourdon, où l'orgue jouera alternativement ung verset, et chantera aussi ung enfant de chœur avee ledit orgue, et les oraisons semblablement, si mieux n'aime le maître des enfants de chœur faire chanter, avec l'orgue et ledit enfant de chœur, ung ou plusieurs chantres !. »

D'autres chanoines et même des personnes du monde sollicitèrent aussi les prières des enfants pour l’époque qui suivrait leur mort. M. Lebeau, de Saint-Aubin, en 1719 (6sept.), leur donna douze livres à condition de chanter pendant huit jours un Salve Regina devant Notre-Dame de Sous-Terre. Jean de Saint-Laumer, en 1522, les pria d'assister à huit messes de Requiem pour le repos de son âme ?. De même Mr: Leféron leur légua cent livres pour un Salve Regina à chanter tous les jours en l’église de Sous-Terre pendant un an Ÿ. Enfin, M. Brochand, en 1731, sollicita la faveur d'un Salve Regina et d'un De profundis, à la Crypte, deux fois par semaine pendant un an moyennant cin-

quante livres aux enfants et dix livres au maïtre se

2 G. 4473, 19 juillet.

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