‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 73 sur 153 · SN OCEAN · texte numérisé non relu

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presque inutilement. On résolut alors de régler ce que l'on ne pouvait détruire. On décida que six anciens heuriers matiniers et douze chanoines resteraient au chœur pour l'office pendant que les autres se réjouiraient; on arrêta qu’en aucun cas les prêtres ne pourraient prendre d’habits déshonnêtes, et l’on ne parla plus ensuite du fameux Papifol.

A partir de ce temps, en effet, il n’est plus question que de la fête des Saints-Innocents. Elle s'était développée avec toute la naïveté du moyen-âge. Les enfants choisissaient l’un d’entre eux qu'ils nommaient leur évêque, comme les prêtres et les diacres élisaient un Pape. Ils le revêtaient de tous les habits pontificaux, du rochet, du camail, de la croix pectorale, du bâton pastoral et de la mitre. Eux-mêmes étaient habillés en chanoines, avec le surplis, l’'aumusse et la chape, et ils occupaient les hautes stalles, tandis que les vrais chanoines occupaient les stalles inférieures. L’un d'eux était nommé grand chantre et en faisait les fonctions; le Chapitre lui accordait même le bâton cantoral. Le petit évêque officiait à la messe chantée par un chanoine et recevait les honneurs dus à sa dignité ; 1l se tenait au chœur sur l’un des sièges épiscopaux!. Il donnait la bénédiction solennelle et offrait à baiser son anneau. Deux de ses camarades faisaient diacre et sous-diacre. Ce dernier montait au jubé et chantait la curieuse épitre farcie des Saints-Innocents, sur une très belle mélodie. Après chaque phrase latine il disait la traduction française ?. En 1500, il y avait un hymne spécial

1 G. 418, f. 239, 2 Bibl. de Ch. Ms. 520, f. 355, du xure s.

pour cette fête commençant ainsi : Celsa pueri concrepent melodia !.

Les Vêpres étaient aussi solennisées par les enfants, leur chantre et leur évêque, de la même manière. Et quand les offices étaient finis, ils sortaient chez leurs parents, ou bien quêtaient des étrennes par la ville, Malheureusement, à l'exemple des heuriers, ils se déguisaient et se livraient à divers excès, Le soir venu, ils se réunissaient à un banquet que le petit évêque leur offrait à l’aide d’une allocation annuelle du Chapitre. Ils invitaient ordinairement les chantres.

Chaque année, quelques jours avant cette fête, un enfant sollicitait l'autorisation de la célébrer, et toujours il l’obtenait. Mais, à cause des excès qui s’y commettaient, le Chapitre y ajoutait des restrictions qui devenaient avec les ans de plus en plus étroites. En la permettant de 1543 à 1546, il recommandait de s'y comporter modeste, non vagando extra domum nec ecclesiam. Mêmes réserves en 1554, 1565, 1569, 1578 ?. Elles se retrouvent dans les statuts synodaux de 1550 : « Que ni les écoliers n1 les clercs ou enfants de chœur, ni les prêtres, y lisait-on, ne fassent rien de fou ni de ridicule dans l’église, et qu’ils ne souffrent pas que personne en fasse aux fêtes de Saint-Nicolas, de Sainte- Catherine, et des Saints-Innocents *. » En 1572, on avertit les enfants de passer leur fête modeste, nec sua indumenta

mutando, absque vagando... more solito.

1 Missel chartrain de 1500.

2 Copies de Janvier de Flainville. Recherches sur Chartres, IL vol. p. 84, 98.

3 Sfatula dioc. Carnot, Chartres, Roux, 1733. p. 97, Ces statuts reproduisent ceux de 1526 et de 1538.

Le synode de Chartres, en 1575, renouvelait le décret du concile de Bâle contre les spectacles dans les églises, et M2r de Thou, qui l'avait aussi rappelé dans sa Norma pie vivendi, présenta des réclamations au Chapitre sur ces fêtes, en 1573. Son intervention donna lieu à une longue ordonnance, rendue cette même année, par laquelle il fut enjoint aux enfants de ne plus se placer dans les hautes stalles, de célébrer absque mitra et baculo pastoral, de ne plus élire d’évêque, de ne point donner la bénédiction, et de se tenir dans les stalles inférieures !. Ces interdictions furent répétées les deux années suivantes; on prohiba de plus, en 1574 et 1575, le bâton cantoral qu’ils portaient

depuis longtemps. On leur permit encore d'aller chez leurs parents chercher leurs étrennes, à condition de garder leurs habits ordinaires. On leur donna aussi une subvention comme cela se faisait d’ailleurs dès 1501.

Ces arrêtés furent observés pendant quelques années, mais la cérémonie de l’évêque fut reprise. En 1613 (23 déce.), on donna 5 livres à l’évêque de la maison des enfants, Jacques Hallé, sur l'office des tailles, pour supporter les frais de son banquet: en 161%, on lui alloua 6 livres, vu sa pauvreté, mais sans tirer à conséquence. Depuis lors, chaque année jusqu'à la Révolution, cette gratification de 100 sols fut maintenue. Pendant tout le xvi° siècle, elle fut accordée avec les mêmes formalités. Un des enfants entrait en plein Chapitre et demandait la permission nécessaire : on la lui donnait à condition que tout se passerait

more solito, et on y joignait une subvention. En 1654,

4 Janvier de Flainville, w{ supra.

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Poulain déclara au Chapitre que, vu leur maladie, les enfants ne pourraient célébrer leur fête, et réclama quand même l'allocation : elle lui fut octroyée.

Cependant, les usages accoutumés continuèrent à être de plus en plus réduits. L'enfant qui officiait recevait encore l'hommage des chanoines. Plusieurs d’entre eux l’ayant refusé en 1674, il se plaignit : le Chapitre, lui donnant raison, décida de ne rien innover, et enjoignit aux opposants d'observer aussi fidèlement les cérémonies des Innocents que les autres (2 décembre). En 1700, il y eut une nouvelle plainte contre la cérémonie de l’évêque. Quelquesuns voyaient avec peine que cet enfant portât rochet, camail rond, bonnet carré, croix pectorale et chape. On la supprima définitivement le 24 décembre. On abolit en même temps les congés et les sorties. Deux enfants seulement devaient aller chercher les gratifications. En 1707, les autres eurent beau demander la permission de sortir individuellement : elle leur fut refusée. Les choses restèrent en cet état au xvur siècle. La fête fut maintenué à l’octave des Saints-Innocents, et, chaque année, un enfant, en présentant au Chapitre les souhaits de bonne année de la Maîtrise, sollicitait l'autorisation de la célébrer. Celui qui présentait cette requête, quelquefois l’un des plus petits, comme il arriva le 2 janvier 1711, adressait aux chanoines assemblés un discours en latin: En 1716 (4 janvier) et en 1718, deux d’entre eux tinrent un dialogue en cette langue, dans lequel ils offraient au Chapitre les vœux

de bon an de leurs camarades, et lui demandaient la per-

4 Bibl. de Ch. M. 1095, f, 31.

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