DUPRÉ
Qui 9 de ce temps-là, ne se souvient delà première reprise du Juif-Errant^ avec le regretté V. Genin (Dagobert) (1) ; — Du- PRÉ (Rodin) ; — Lureau Père (Gringalet), et d'autres noms aimés qui m'échappent, et, comme contraste, les Canotiers de la
(1) Lé8 artiites dont les noms sont soulignés sont décédés.
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Seine, folie-vaudeville, si joyeusement enlevée par ce pauvre Lamy, superbe de brio et de fantaisie dans Cachalot; — Lambert, surnommé le Sainville lyonnais, dans Bois - sans - Eau ; — Lureau Père, si fin et si spirituellement ahuri dans Papavert ; — Gabriel Goinde (un Lyonnais), dans Griquet; — M"' Bilhaut, adorable dans le mousse ; — Milher (Bouffe- Toujours); — Train (le capitaine Maurice).
A propos de la reprise du Juif-Errant à Tancien théâtre des Gélestins, je dois vous conter, cher lecteur, un incident curieux qui se renouvela, à toutes les représentations de ce drame, à la porte de sortie des artistes.
Dupré, je vous l'ai dit, interprétait le rôle odieux de Rodin. Il s'était si bien
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incarne dans ce personnage qu'il soulevait dans la salle des mouvements d*horreur, suivis d'apostrophes à son adresse, dans l'idiome lyonnais, du genre de celles-ci :
Oh! la charripe! Pittandrel Sampilleriet CcmailkL...
Un soir, une spectatrice de la troi*
sième galerie, au paroxysme de la colère, voulut lui jeter à la tête le panier dans lequel elle avait apporté son dîner, pour se trouver des premières à faire la queue à la porte du théâtre
Il fallut Tintervention de ses voisins de stalle pour épargner à Dupré ce projectile d'un nouveau genre.
Puis, à la fin du spectacle, les gones du paradis, emballés d'indignation contre les méfaits de Rodin^Dupré, allaient l'attendre à la sortie pour lui faire un mauvais parti,
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et leur surexcitation était telle qu'il fallait absolument protéger la retraite de l'artiste jusqu'à son domicile.
Une fois dépouillé de la peau du traître de mélodrame, Dupré était le meilleur homme du monde, bon père de famille, serviablo, enfin ce qu'on appelle un brave homme et un bon enfant.
C'était aussi un industrieux di primo cartelloy épicier, marchand de charbon, loueur do costumes , marchand de rouge et de blanc pour maquillage de théâtres, photographe, horloger!... Cette dernière branche commerciale me remet en mémoire la fumisterie suivante : le père Dupré s'étant chargé de réparer la pendule d'un ami, celui-ci constata aussitôt qu'elle était plus patraque qu'auparavant; il la confia alors à un horloger expert, qui découvrit
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parmi les pièces du mouyement, en place d'un rouage, devinez quoi? Un bouton de culotte !II
Une dernière anecdote pour clore le chapitre concernant ce brave Duprë. Ge qui va suivre se passa entre lui et le père Hamilton, pensionnaire du théâtre des Gélestins, tenant depuis plus de vingt ans l'emploi des grimes et doué d'un flegme imperturbable.
Un soir on jouait la Dame de Monsoreau, un des bons drames de Dumas père.
Dupréy chargé du sombre et farouche personnage de Monsoreau y fumait tranquillement sa pipe dans sa loge,lorsqu'il se produisit dans les coulisses une agitation inaccoutumée, qui gagna bientôt les couloirs, les escaliers^ la régie..., pendant que, sur la scène, régnait un silence glacial contras-
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tant ayec les murmures de là salle, houleuse et impatiente. Les artistes qui n'étaient pas de l'acte commencé sortirent de leur loge pour s'informer de la cause de ce tumulte. Dupré, fumant toujours, dit alors au père Hamilton qui remontait tranquillement de la scène : t -~ Qu'est-ce qui se passe donc en bas?... Pourquoi tout ce tapage?... d Hamilton, après une pause, lui répondit avec sa placidité habituelle :
« Je crois bien que c'est tous qui manquez votre entrée !