THEATRALE
Voici à peu près l'ordre des changements de direction théâtrale qui se produisirent de ce temps-là aux Gélestins, c'est-à-dire de 1862 à 1866.
Délestang, après avoir tenu le sceptre à plusieurs reprises, le passa à Garpier qui venait de Bordeaux avec Gampocasso (le directeur actuel) comme administrateur.
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Cet imprésario faisant trop bien les choses, doubla les appointements de tout le personnel et, procédant pour tout à l'avenant, arriva à une surcharge de frais ne s'équilibrant nullement avec les bénéfices ; de là, une déconfiture à brève échéance, puis la retraite subite de la direction, laissant la troupe dans la nécessité de se constituer en société, afin de continuer
les représentations en attendant les événements.
Ce futrisraélite Raphaël Félix, le frère de Rachel, la grande tragédienne, qui prit bientôt les rênes de Tentreprise avec le comédien d'Herblay comme administrateur général.
Alors, un mouvement contraire se produisit au cours de la gestion Raphaël. Le principe ultra-économique fut mis en pra-
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tique sur toute la ligne. Les réformes en ce sens furent poussées à une telle exagé* ration qu'il en résulta le mécontentement général des abonnés, des employés, des fournisseurs du théâtre, etc., etc. Ce mécontentement, vu les complications produites par Tensemble des agissements administratifs, dégénéra en une véritable révolte. La jeunesse tapageuse vint grossir les rangs des Coalisés contre Raphaël Félix, et une émeute s'ensuivit. Après avoir assiégé le théâtre, d'où notre directeur traqué s'échappa en costume do capucin, la foule menaçante se transporta à son domicile, rue Impériale, dépava une partie de la chaussée avoisinant sa demeure, et bombarda ses fenêtres de ces projectiles révolutionnaires. Les plus audacieux firent irruption dans la maison et menacèrent d'y
mettre le feu, si on ne leur livrait pas Tim* presario. Ce dernier avait eu la prudence de ne pas rentrer chez lui ; il échappa donc à la fureur populaire et abdiqua dès ce jour le pouvoir directorial, qui échut alors à d'Herblay.
Ce dernier sut faire son profit des leçons données par ses deux prédécesseurs ; faisant la part delà folle prodigalité de Tun et de Textrême parcimonie de l'autre, il se maintint dans une sage mesure et réalisa en quelques années de sérieux bénéfices, puis il passa la main à son tour, et vint à Paris où il vit tranquillement de ses rentes. C'est un boulevardier très amateur de spectacles et fidèle habitué des premières représentations.
Je dois clore ici, cher lecteur, le chapitre concernant les directions théâtrales
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des Gélestins pour rester dans la limite del'^Kiqae qai a trait à réyocation de mes souvenirs.
LE PÈRE GANDON
Après le théâtre et son ancienne troupe , je dois citer comme type sympathique bien connu des habitués de la place, lé pauvre père Gandon, alors concierge du théâtre, mort il y a quelques années des suites d'une chute dans son domicile, rue du Vieil-Renversé.
Le père Gandon, qui occupait ces fonctions depuis plus de trente ans, avait su
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conquérir l'amitié et Testime de tous ceux qui rapprochaient. Il était ce qu'on appelle un bourru bienfaisant et bon enfant.
Quiconque entrait chez lui pouvait voir les murailles couvertes de nombreux portraits de célébrités dramatiques : Frédéric Lemaître, Déjazet, Achard, Grasset, Ravel, Brasseur, etc., etc., tous ainsi dédiés : « A mon vieux Gandon », « A mon brave Gandon », « A mon ami Gandon »...
Je suis certain que ces titres d'amitié furent, pour le digne homme, plus précieux et plus chers que la plupart des titres do Bourse d'aujourd'hui.
Son fils, Joanny Gandon, fut, à diverses reprises, chef d'orchestre au Théâtre des Gélestins ; c'est lui qui fonda à Paris l'Association des Artistes lyonnais (comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs, peintres,
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sculpteurs, etc. . .)j dont les banquets semestriels se donnent au Café Riche ; elle compte parmi ses membres Lassalle, Âppian, Berthelier, Garjat, Perrot, etc.
Le président, à la formation, était le regrettéGlairville, remplacé par M. Ândrieux, député du Rhône, qui a aujourd'hui pour successeur M. Emile Guimet, chevalier de la Légion d'honneur.
Le père Oandon était un recueil vivant de scies, anecdotes et vieilles légendes du théâtre. Je vous durai, entre autres, cher lecteur, comment ces deux mots : Elevé d'enfance! soulignés par lui^ devinrent une scie lancée par tout le personnel et par les habitants de la place des Gélestins.
Le nommé Gaillat, garçon de théâtre, brave homme, on ne peut plus consciencieux d'ordinaire dans l'exercice de son
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modeste emploi, et chargé spécialement de prendre au domicile des artistes les malles préparées pour le spectacle du soir, en oublia une, certain jour, ce qui causa dans la soirée une grave anicroche.
Le régisseur, camarade d'enfance du délinquant, se vit dans la dure nécessité de faire son devoir en le mettant à l'amende et en inscrivant le cas au tableau de service.
Alors, le brave Caillât, dont c'était la première infraction depuis plus de vingt ans, désolé autant qu'exaspéré do la sévérité de son vieux camarade, lança à tous les échos du théâtre et de la place cette boutade pleine d'indignation : « Elevé d'enfance! et lev...! y me meta l'amende! !!r>
A dater de ce jour, on n'entra plus au théâtre sans entendre le père Gandon s'é-