JEROME COTON
Oh! j -allais oublier Jérôme Coton, le légendaire Coton, qui fut peintre-plâtrier, et de plus, acteur et directeur intermittents.
Sa femme dirigeait un atelier de couture ; et Coton, en imprésario habile autant qu'économe, apprenait aux ouvrières et apprenties de son épouse à jouer la comédie, les faisait répéter le soir sur une scène dressée à cet effet dans son local et, le di-
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manche, la troupe Jérôme Coton, dont il était le grand premier rôle tragico-burlosque, allait ébaudir les populations suburbaines et les petites villes des départements circonvoisins.
Mais Tévénement dramatico - comique par excellence se rattachant à notre sujet était la grande représentation annuelle, donnée par Jérôme Coton, à son bénéfice, pendant la semaine sainte , au Théâtre des Gélestins .
La pièce était choisie parmi les plus vieux mélodrames à grands pectacle mêlés de chant. Les interprètes étaient recrutés au hasard , n'importe où ; le personnel d'employés, machinistes, etc., était un peu à l'avenant ; de là, exécution plus que médiocre, rôles mal sus, entrées manquées, trucs ratés, le tout formant un
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désarroi inénarrable auquel venait se joindre la conviction emballée de Jérôme Coton, se démenant au milieu do cette mascarade dramatique avec des accents et des allures du plus haut grotesque.
Aussi, il fallait voir et entendre les manifestations variées de ce public spécial, venu avec connaissance de cause, ne ratant jamais la grande représentation annuelle du Grand Coton, et le comblant de couronnes. . . de foin, do gros sous et autres témoignages non moins flatteurs, accompagnés de quolibets dans le genre suivant, avec la saveur de Taccent lyonnais :
<( As pas peur^ Coton ! Tue-le mami^ cte charripe!... Bien envoyé! Oh! qu'il est chenu, ce gone ! Vive Coton ! Bravo Coton! » Ou bien encore, selon la situation : « Cadet ^ méfie-toi! ne lois pas ça
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que ce gone t'apporte^ c'est de la poison!!! »
Il y avait aussi les blagueurs de la coulisse qui, un jour avant sa scène tragique, lui cachèrent son poignard. Coton, ne pouvant frapper le traître , implorait dans rentrebâillement d'une porte pour qu'on lui rendît l'arme meurtrière. . . Au lieu de cela, un loustic lui crie : « Flanque-lui ton pied dans le ... » Coton, n'ayant pas le choix des moyens, exécute cet avis, et le traître, ainsi frappé, tombe en s'écriant : « Je meurs empoisonné !!! »
Une autre fois, dans le Génie de la Forêt-Noire ou le Monstre et le Magicien^ Coton, représentant le Monstre à la fin d'un tableau, se précipitait dans les flots, et tout aussitôt une pluie de féu devait tomber sur l'élément liquide. Le pré-
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posé à rallumage de la pièce pyrotechnique trouva plaisant d'oublier la réplique ; mais Coton qui, du sein des flots, guettait l'effet final, émerge soudain à la surface, met pied à terre, va à la cantonade chercher un chiffon de papier, revient l'enflammer à la rampe, retourne au truc combustible, y met le feu et, quand il est bien sûr de l'embrasement, se replonge dans les flots, à la grande joie du public qui n'avait cessé de rire aux larmes devant cet ingénieux sauvetage de la situation !
L'mimitable Coton qui, comme je vous l'ai dit plus haut, pérégrinait à là ronde, donnait un jour une représentation à Saint- Etienne. Soit guignon ou mystification, à la scène dramatique, où ses pistolets avaient un rôle actif, ils ratèrent tous deux. On lui en passa de la coulisse ; même si-
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lence de la poudre. Alors Coton s'écria avec indignation et l'accent de la Guillotière : « Nom de nom ; à Saint-Equienne !. .
une ville d'armes I . . . pa un pistolet qtce pète m »
Somme toute, si Jérôme Coton fut un acteur incompris, c'est parce que Tart dramatique eut le même sort vis-à-vis de lui.
Il fut, en cette matière, un inconscient, mais aussi un honnête concitoyen à qui nous devons, tout au moins, savoir gré de nous avoir fait tant rire.