‹ L'ancienne place des Célestins (souvenirs d'un Lyonnais)Chapitre 9 sur 16 · ET L'HOTEL DES CELESTINS · texte numérisé non relu

ET L'HOTEL DES CELESTINS

Vi^à-vis du café de Paris, entre le premier trongon de la rue de PaKzi et la partie coude de la rue de Savoie, ayant le caveau de Guignol à sa gauche et le Messager des Dieux à sa droite, le restaurant Poble était alors le rendez-vous des gens à bourse modeste^ qui trouvaient là des plats dits

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portions^ aussi copieux que modérés comme prix. Le dimanche , les familles ouvrières venaient en nombre s'offrir le poulet à 2 francs, dont le père Poble se faisait une spécialité et une réclame.

Plus tard, Poble transféra son usine culinaire rue de Tlmpératrice, devenue depuis rue de THôtel-de- Ville, et l'immeuble laissé par lui , vacant , devint THôtel des Gélestins tenu par M"" Ghoflet, femme aimable et vigilante, qui sut se faire promptement ime nombreuse clientèle.

Sa table d'hôte était très suivie. Les commis-voyageurs, ces gais compères illustrés par Balzac dans l'incarnation de Gaudissart, et quelques artistes du théâtre des Gélestins, étaient les porte-drapeaux de la joyeuse humeur qui ne cessait de régner à ces agapes quotidiennes.

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Louis était le premier garcon-gérantfactotum de l'Hôtel des Gélestins^ se prodiguant) veillant à tout, soucieux de la satisfaction complète des clients, serviable, bon vivant, aimé de tous. Il s'est établi, depuis plusieurs années, rue Ghildebert, où il tient un restaurant de premier ordre, bien connu des gourmets. Enseigne : Restaurant Louis.

La rue de Pazzi, côté droit de la place, est restée telle qu'il y a vingt-cinq ans ; elle aboutit toujours au passage du même nom qui lui sert de dégagement sur la rue Porl^du-Temple, autrefois rue Ecorche-Bœuf.

Entre la rue de Savoie et le passage, à gauche, le bureau de tabac était, à cette époque, très achalandé par le va-et-vient du public nombreux fréquentant la place

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je viens de citer, des bougies ! I Très bonne maison, du reste , portant baut et ferme le drapeau de la renommée de la charcuterie lyonnaise.

L'AGENCE CÉLIGOURT

A côté du bureau de tabac, était située l'Agence Gélicourt, dirigée par le vieux comédien lyonnais de ce nom et sa fenmie.

C'était là que les artistes dramatiques et lyriques de quatrième et dernier ordre trouvaient des engagements et des cachets pour les théâtres, cafés-concerts et fêtes des environs de Lyon.

Le directeur des Folies-Stéphanoises de

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Rive-de-Gier vint un jour à cette agence demander un premier comique ; il lui fut répondu que, pour cet emploi^ il y avait présentement pénurie. — « Pénurie, répliqua-t-il, connais pas I mais si y fait bien le paillasse et l'imb'cile, envoyez-le tout de même. »

Voilà qui donne une haute idée du niveau intellectuel et artistique de cette catégorie d'imprésarios.

Une autre fois, le père Clément, directeur du privilège théâtral d'Arras, Valenciennes et Cambrai, et gratifié par la nature d'une naïveté légendaire, s'adressa à l'Agence Célicourt pour avoir un fort jeune premier distingué, ajoutant de lui offrir deux cents francs par mois et d'aller jusqu'à deux cent cinquante s'il ne voulait accepter moins. L'agence déniche ce Bres-

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sant des sous-préfectures (qui exige le chiffre maximum) et Texpédie au père Clément. Au bout du premier mois, celuici, très satisfait des services de son pen* sionnaire, lui aligne solennellement deux cents francs ; refus du jeune premier qui, naturellement, réclame cinquante francs de plus. — « Ah !..; fit le directeur, vous n'avez pas pu venir pour deux cents francs ?

— Non, réplique l'artiste avec un sérieux superbe, cela m'a été impossible ! — Alors, voilà vos deux cent cinquante francs 1 »

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