‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 11 sur 60 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

La légion organisée par Camille.

Il était devenu naturel, après rétablissement de la solde, que les annes fussent fournies aux soldats par les soins du gouvernement. Cette mesure eut déjà une conséquence importante au point de vue militaire, car l'armement de tous les fantassins devint à peu près aussi bon que celui dont les citoyens de la première classe avaient été seuls tenus de se pourvoir auparavant.

L'histoire n'a point de renseignements directs et précis sur l'organisation de la légion aux époques antérieures; on n'en sait que ce qui peut se déduire des changements opérés par Camille. A ce moment, la plus petite unité tactique, composée d'hommes qui devaient toujours demeurer liés l'un à l'autre pendant le combat, fut le manipule, comptant 120 hommes, qui était composé de deux centuries à 60 hommes chacune. Dans l'ordre de bataille, Tinfanierie de la légion ne fut plus formée sur une seule ligne sans interru(ik tion, comme était la phalange. Camille la rangea sur trois lignes. Tune derrière l'autre, mais en échiquier, c'est-à-dire que chaque ligne avait des vides égaux alax pleins^ de telle façon que la première ligne en reculant, ou la deuxième ligne en avançant, pussent former une seule ligne au lieu de deux. Cette ligne sans interruption devenait capable d'une impulsion très-énergique dans l'offensive, et son action laissait encore aux mains du général une troisième ligne non engagée, qui était propre à remplir le rôle de réserve pour réparer un échec ou couvrir la retraite. On ignore sur combien de rangs la légion deServius TuUius avait été placée pour la bataille et aussi quelles étaient les distances qui séparaient ses files et ses rangs ; mais tant que la pique, hasia, fut l'arme principale du fantassin, les files et les rangs durent se serrer pour former une masse inébranlable au moment du choc décisif. Le nombre des rangs ne devait pas descendre au-dessous de huit et pouvait sans doute être

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Jiî Variu% CjUtuAlh n'eut pas l'occasion d'essiyer ontre les Gau- UA% l'dfet (J« *on ordre de bataille et des manœuvres qui en furent h cofj»^iu/;nee, il «'en servit avec avantage contre les Volsques, t'ArtiitH len V/\nt%f contre les Latins et contre les Etrusques, qui U^ï\hf(tni de mettre à profit l'affaiblissement de la puissance romaine.

Il ei^t a'.risim qu'avec les manipules placés en échiquier les unités Utclique» aryjuéraient une liberté d'action jusque-là inconnue, qui

ouvrait un vaste champ de ' combinaisons aux manœavres que le général pouvait faire exécuter pendant la bataille.

Les fantassins, dont l'armement avait différé si longtemps d'après ladasse dont ils provenaient, conservèrent les noms de hastatiy de principes et de triarii; mais le sens primitif de ces dénominations fut si complètement oublié qu'on ne le connaît plus. Les soldats les mieui armés, ceux de la première classe, avaient occupé le premier rang; mais cette place fut donnée aux plus anciens, regardés comme les plus expérimentés et les plus habiles, quand l'armement iot devenu le même dans tous les rangs. II y eut néanmoins une différence pour les plus jeunes, appelés velites; ils.se portaient en avant de la ligne de bataille pour engager le combat en qualité d'infanterie légère, et ils revenaient ensuite former les derniers rangs de la troupe à laquelle ils appartenaient.

On ne saurait affirmer que tant d'améliorations dans l'organisation, dans l'armement et dans la tactique soient le fait d'un seul hopume^ mais on peut les attribuer sans imprudence, si ce n'est à Camille, du moins aux Romains contemporains de l'époque où il a vécu.

Le sénat prit des mesures pour combler les vides que l'invasion des Gaulois avait produits dans la population romaine; il donna le litre et les droits de citoyen romain aux citoyens de Veïes, deCapêne et de Paierie. Il ajouta même quatre nouvelles tribus aux vingt et une tribus qui existaient auparavant.

Pendant que la puissance de l'État se rétablissait, grâce à la bonne exécution de ces sages mesures, les citoyens avaient eu beaucoup à souffrir dans leurs intérêts privés. Ceux dont les habitations ou les fermes étaient détruites avaient été placés dans la nécessité d'emprunter pour rebâtir; ils ne furent pas tous en mesure d'opérer le remboursement au terme convenu, et ils furent exposés à toutes les rigueurs que la loi autorisait, de la part de leurs créanciers. Déjà une violente sédition s'était élevé à cette occasion sans amener de résultat, lorsqu'une invasion des Volsques vint fournir aux tribuns du peuple le moyen d'imposer au sénat

leurs conditions. Ils ne consentirent à laisser opérer la levée des troupes que si les poursuites pour dettes, ainsi que pour le recouvrement des impôts, étaient suspendues pendant la durée de la guerre.

Hais les poursuites furent reprises contre les débiteurs quand on n'eut plus rien à craindre de Tennemi, et la construction d'une nouvelle muraille en pierre de taille autour de la ville, décidée par les censeurs, nécessita, dans le même temps, l'établissement d'nn nouvel impôt. Dans cette circonstance, les tribuns du peuple formulèrent les trois propositions suivantes :

10 Réduire les dettes en déduisant du capital les intérêts déjlt payés ; échelonner les paiements en trois années;

20 Limiter à cinq cents jugera l'étendue des terres du domaine qu'un citoyen pourrait posséder ;

30 Rétablir le consulat avec la condition qu'un des deux consuls serait toujours pris parmi les plébéiens.

Les patriciens ne parvinrent pas à faire ajourner plus longtemps l'admission à la première magistrature que le parti plébéien réclamait depuis si longtemps. La troisième proposition passa donc à la faveur des deux autres.

En même temps, l'étendue des attributions de la magistrature consulaire fut diminuée par la création des préteurs, chargés d'administrer la justice, et par celle des édiles curules, chargés de présider à l'administration municipale. Les nouvelles charges de la préture et de l'édilité curule furent attribuées aux patriciens, à l'exclusion des plébéiens. Les élections de ces nouveaux magistrats se firent, comme celles des consuls^ dans les comices du peuple par centuries.

La lutte intestine qui avait duré pendant trois quarts de siècle entre deux partis dont les forces se balançaient, fut ainsi terminée par un compromis, l'an 387 de la fondation de Rome. Les heureux effets de cette conciliation, due à l'influence de Camille, devinrent manifestes bientôt après parla période de calme qui suivit. Durant un sièc^ et demi des rivalités fécondes de services et de gloire succé-

dèrent à des luttes dangereuses où les passions^ bravant la légalité; avaient perdu de vue Tintérét public. Alors, les puissants efforts d'un peuple uni, sous un gouvernement aussi hardi que prévoyant^ produisirent tous leurs effets sans que les agitations du foram, qui étaient la vie même de la République^ devinssent menaçantes pour la sécurité de l'État.

Ily eut pourtant encore quelques tiraillements. Si d'une part on vit bientôt un plébéien, G. Marcius Rutilus, parvenir jusqu'à la dictatore et ensuite à la censure, il advint, par contre, que les mœors, plas fortes que la loi, portèrent deux patriciens à la fois au consulat; mais le sénat eut la sagesse de défendre dans cette circonstance le droit des plébéiens. Il parvint également à apaiser les difficultés delà question des dettes, en faisant donner à des quinquemvirs, appelés mensarii, des pouvoirs spéciaux pour régler les conditions de l'acquittement des débiteurs, et en faisant intervenir dans cette opération les ressources du trésor public. Ce trésor, acquis par lett victoires des citoyens, servit dans cette circonstance, comme dans beaacoup d'autres, à améliorer des situations privées qui se trouvaient obérées et compromises. Il y avait ici un motif exceptionnel poar venir à leur secours, puisque leurs pertes provenaient des désastres de la guerre. La justice comme la raison d'État parlaient en faveur de ces distributions de la richesse acquise par l'Etat, dont la générosité n'avait pas d'autre restriction que celle d'une prévoyance patriotique en faveur de l'intérêt public.

L'an 394 de la fondation de Rome, les Gaulois revinrent envahir le Latium, et un détachement de leur armée s'avança même jusque sous les murs de Rome; mais les ]|rogrës des soldats romains dans la tactique leur avaient donné le moyen de combattre ces adversaires avec avantage. Gette seconde invasion ne produisit plus ni les dangers ni les dévastations de la première. Elle s'arrêta au Latium, d'où elle fut repoussée sans trop de peine. Mais un peu après, la défection de quelques alliés, qui s'étaient joints à ses ennemis, ayant obligé Rome à déployer toutes ses forces, elle put lever dix légions à la fois; chacune des légions comptait 4,200 fantassins, si

ce n'est 5,000, avec 300 cavaliers. Rome eut donc sur pied armées aclives comptant ensemble environ 50,000 combattants.

Les attributions que les comices populaires exerçaient dans le gouvernement furent accrues, au milieu du calme, par Tiniliative des deux consuls, sans que les tribuns du peuple eussent à intervenir. Une première décision portait : c Les lois présentées aux comices c par centuries seront ratifiées à l'avance par le sénat. » Une aatre loi décida qu'un des deux censeurs serait toujours pris dans Tordre plébéieB.

'- La cruauté d'un créancier qui avait fait battre de verges un jcnne ij homme détenu pour les dettes de son père produisit une indignation ^ très-vive^ qui fut mise à profit pour trancher une question depds | longtemps pendante. La loi prescrivit que les biens du débiteur i répondraient seuls de sa dette, et que le créancier ne pourrait -j

' plus saisir la personne. 'i

Depuis rétablissement de la solde des troupes, il n'y avait plus ' dMntérét public attaché à ce que les citoyens eussent, autant qu'as- ^ paravant, la facilité d'emprunter. Ainsi cette réforme s'opéra dans la législation civile à un moment où elle ne présentait plus les inconvénients qui l'avaient fait repousser pendant longtemps. Elle était devenue opportune, ce qui explique pourquoi elle ne renconr 4, tra pas de nouvelle opposition.

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