‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 12 sur 60 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Systôme de politiqae étrangère.

Peu après la fin des longues discordes civiles qui avaient plusieurs fois menacé de fermer la voie à la légalité pour l'ouvrir aux révolulions, Rome eut à subir une autre crise par suite des réclamations de ses alliés, qui se lassaient d'en appeler vainement aux conventions inscrites dans leurs anciens traités.

Depuis Tabolition de la royauté, le sénat avait étendu ses attributions sur tous les actes de la politique extérieure. Les négociations, quel qu'en fût l'objet, étaient conduites par les commissaires qu'il chargeait de ce soin, et il déterminait lui-même les conditions qui devaient amener ou la guerre ou la paix. On peut donc dire, par suite de cela, que si la guerre fut pour la République une situation normale, c'est à un principe de gouvernement, à une vue constante du sénat qu'il faut l'attribuer. Il aspirait, en effet, à augmenter sans cesse les forces militaires de l'État et à tenir les citoyens en haleine, pour être toujours en mesure de lever des troupes aguerries et de constituer des armées redoutables. Ce n'est pas sans parti pris que Rome a été une nation envahissante, car ses citoyens même se persuadèrent bientôt que ses dieux lui réservaient l'empire du monde. Ses conquêtes se distinguent plus par leur solidité que par leur rapidité, et cela provient de ce que les mesures de la politique se sont imies aux accroissements de la force militaire pour produire une domination aussi étonnante par sa durée et ses effets que par son extension.

Dans les commencements de la république, sur lesquels il est nécessaire de s'arrêter encore quelques instants, une armée expéditionnaire ne comprenait ordinairement qu'une légion, quelquefois deux. L'effectif était dans le premier cas de 4,500 combattants au plus, et dans le second de 9,000 combattants. Les institutions militaires des Romains donnaient le moyen de lever l'armée avec la plus grande

promptitude, et ils en profitaient généralement pour envahir le tor- j ritoire de Fennemi avant que son armée entièrement constituée fiU ^ en état de s'y opposer. On pouvait dès lors s'emparer de tout ce qœ J possédaient les cultivateurs et les habitants des campagnes parcoa- ^ rues; on les aurait même emmenés pour en faire des esclaves s'ils ne s'étaient empressés de fuir, car le droit des gens de cette époque : admettait que les personnes et les propriétés privées étaient de bonne prise.

Sur ces entrefaites, l'armée ennemie survenait et elle livrait bêr taille pour empêcher la continuation du pillage ; elle y réussissra | et se portait elle-même sur le territoire des Romains si elle rem: tait la victoire; mais, en cas de défaite, elle se réfugiait derrière remparts de quelque lieu fortifié, abandonnant tout le reste du pajl aux ravages de la guerre. Le vainqueur se retirait soit à cause de l'approche de l'hiver^ soit parce que les ressources en vivres ne suffisaient plus pour des troupes réunies, soit parce que les citoyens f ne pouvaient pas délaisser plus longtemps leurs familles. La guerre f recommençait de la même manière après une interruption. f

La guerre ainsi conduite, avec des troupes qui n'étaient pas pe^ ' manentes,* donnait qu'exceptionnellement un résultat assez décisif [ pour constituer une véritable conquête^ mais comme elle était trèsdommageable aux populations du pays envahi, l'État qui se voyait le i plus faible commençait par faire des démarches pour intéresser à i sa cause ceux des États voisins qui pouvaient avoir les mêmes inté* rets. S'il y réussissait, la guerre recommençait dans de nouvelles conditions; puis enfin les vaincus affaiblis devenaient désireux de traiter de la paix. Les conditions qui leur étaient faites étaient dictées alors par l'intérêt politique de Rome.

Il n'existait point, comme aujourd'hui^ un droit des gens qui sépa* rât la propriété privée de celle de l'État pour faire respecter la première. Le vainqueur, au contraire, devenait maître de tout, hommes et choses. Ce qu'il laissait aux vaincus leur revenait seulement à titre de concession. Tel est le fondement d'un principe de jurisprudenËè exprimé dans les époques postérieures, d'après lequel tout le sol

ial fut considéré comme étant propriété du peuple romain ou r son représentant. Les habitants n'avaient plus que.la pos- . Ce principe n'offrait d'ailleurs rien d'inquiétant pour les taires, puisqu'il signifiait seulement que leur droit reposait conditions que Rome avait posées au moment de l'annexion, les circonstances où la guerre n'avait point amené un réiécisif, le sénat proposa souvent des conditions trës-accepcar il demandait simplement que les deux peuples redevenus ssent liés l'un à l'autre par un traité d'alliance offensive et ve. Cette règle de conduite continuée sous la république, voir été déjà mise en pratique sous les rois, donna le moyen >sir sans cesse les armées des Romains par l'adjonction de » alliées. Aussi toutes les fois que les historiens du temps nnent une entreprise de guerre exécutée par les Romains, i entendre que leurs alliés y prenaient part. C'est ainsi que isance militaire de Rome prit un accroissement beaucoup rand. que celui qui résultait de^la seule augmentation du $ de ses citoyens.

ce rapport encore le sénat ne négligea jamais rien pour la victoire, car s'il se contenta souvent de reculer les limites itoire de Rome pour y comprendre des étrangers qui devepar ce fait des citoyens romains, d'autres fois il imposa à ncus dignes d'estime la condition de se transporter avec imilles sur le territoire de Rome pour y être désormais les yens et les égaux de leurs vainqueurs, ipusant ainsi le sénat était mu par la raison d'état et non ; sentiments d'humanité, car il n'hésitait pas dans certaines tances devant des mesures cruelles qui réduisaient tout une lion en esclavage. S'il désirait que le butin ne fût pas distribué HVBnt aux soldats, c'était pour encourager les consuls h angles ressources du trésor public qui devenait un des éléments uissance nationale.

rent aussi le sénat imposait aux peuples vaincus, dans le dessein, la cession d'une partie de leurs terres; mais ces terres

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pouvaient donner lieu à deux mesures très-différentes : ou bien elles étaient affermées au profit du trésor qui en retirait un revenu per^ pétuel; elles entraient alors dans le domaine public; ou bien ellesi^ étaient distribuées à des citoyens qui s'éloignaient, non sans regret, des murs et de la campagne de Rome pour trouver ailleurs des moyens d'existence plus favorables, et aller jouir des douceurs et du stimulant de la propriété. Quand on voulait ainsi établir mm colonie, on commençait par recruter des colons parmi les citoyens,! en donnant la préférence à ceux qui avaient porté les armes, particulièrement aux hommes qui avaient achevé leur temps de service dans les troupes actives ou qui, s'étant signalés par des actions d'éclat, avaient déjà mérité des récompenses honorifiques. Les citoyens de la sixième classe, les prolétaires, désignés aussi sous le nom de capite censi parce qu'ils n'étaient mentionnés sur les listes du recensement que par leur personne, n'étaient admis parmi les colons qu'à défaiit d'autres. La pauvreté n'était point un titre décisif aux distributions de terres, à cause du peu de confiance insi»lée par des hommes ignorants du métier des armes et trop habitués k l'oisiveté d'une ville pour devenir des cultivateurs laborieux.

L'empressement à s'inscrire au nombre des colons n'était pourtant pas grand, parfois du moins, parce que ceux qui quittaient le territoire de Rome pour aller établir leur domicile au dehors perdaient les droits politiques qu'ils avaient eus et ne pouvaient plus voter dans les comices. Il y avait là sans nul doute un sacrifice pénible pour des hommes habitués à participer aux affaires du gou' vernement, à jouir des fêtes publiques et des triomphes, à s'enivrer des émotions communicatives du forum.

Une commission composée ordinairement de trois personnages, dits iriumviri, et parfois d'un plus grand nombre, était chargée d'aller présider à l'établissement des colons et à la répartftîottde leurs terres, de lever toutes les difficultés qui pouvaient se rencontrer avec les habitants du pays dépossédés, ou plutôt avec les autor^és qui avaient consenti à abandonner tout droit de propriété sur le territoire concédé. La mission des triumvirs allait encore au delà,

car ils avaient à organiser et h mettre en marche le gouvernement de la colonie. Les rouages principaux de son administration étaient faits à l'imitation de Rome. Des assemblées du peuple^ un sénat et des duumvirs qui jouaient un rôle approchant de celui des consuls, étaient des rouages communs à toutes les colonies^ auxquelles on donnait aussi le culte des dieux de Rome. Toutefois, ce gouvernement autonome était loin d'avoir tous les pouvoirs de la souveraineté, car Rome, se réservant le soin de protéger ses colonies contre les agressions étrangères, ne leur attribuait ni le droit des relations diplomatiques, ni le droit de déclarer la guerre, ni celui de conclure des traités. La condition de chaque colonie était déterminée par une sorte de charte qui fixait ses obligations envers la mère-patrie et la limite de ses attributions. Avec cela, les colonies avaient des institutions militaires empruntées à la mère-patrie , et elles devaient fournir des troupes auxiliaires quand elles en étaient re* qnises. Ces obligations se bornaient parfois à la défense d'une ville fortifiée ou d'un simple fort. Une colonie romaine était un petit État sujet d'un plus puissant dont il augmentait les forces, dont il étendait l'influence et dont il recevait une protection efficace. Sa sujétion ne portait que sur les relations extérieures, car il demeurait assez indépendant et libre pour toutes ses afiaires intérieures, pourvu qu'il fût préparé à remplir des obligations qui avaient été la condition de sa fondation.

Les colonies n'étaient pas seules dans cette situation d'Etat sujet, car il y avait des peuplades qui étaient subordonnées à Rome de la même manière , par suite de traités intervenus après des défaites décisives. Le sénat, à la suite des succès de guerre qui avaient mis un ennemi à sa discrétion, se chargeait de le protéger désormais contre toute agression en lui enlevant tout droit diplomatique, en lui interdisant la faculté de contracter des alliances. Le sénat se gardait bien néanmoins d'intervenir dans l'administration intérieure de l'Etat ainsi subordonné, et il évitait par là de porter la responsabilité des actes qui touchent à tous les intérêts des citoyens et où ils s'offusquent de voir apparaître la main d'un maître.

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U faat donc examiner pourquoi une nouvelle crise rësultani de la guerre extérieure Tint mettre l'Etat en danger peu de temps après Tapaisement des discordes intérieures.

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