CHAPITRE XL
Première lutte contre Garthage, de 490 à 513.
s ayant sous sa protection tous les peuples de Tltalie, sauf *tie de ceux du bassin du Pô> dut commencer à se préocles intérêts maritimes qui lui étaient jusque-là demeurés rs. La grande étendue des côtes de la péninsule italienne sait des ports^ des navires^ des matelots, mais donnait, en emps, de nouveaux intérêts à protéger et à servir. Rome eut l'occasion de montrer que l'obstacle de la mer n'arrêterait m expansion.
de Sicile était depuis plusieurs années un théâtre de guerres lies des puissances étrangères prenaient part. DesMamertins l'Italie étaient en possession de Messine lorsque Hiéron» B Syracuse, s'allia avec les Carthaginois, maîtres d'une autre le l'île, pour attaquer ensemble les Mamertins. Ceux-ci s'a- 3nt à Rome pour demander secours, et les comices du peuple, 5s sur cette grave affaire, conformément à la loi qui leur cemment attribué la décision de la guerre, conclurent à enne expédition pour défendre Messine. Tous les ports d'Italie mt des navires et des matelots. Le consul Appius Caudex, lit débarquer son armée en Sicile, après une courte traversée e par une nuit obscure, battit les deux armées assiégeantes )ursuivit après avoir délivré la place, première expédition par mer, qui marque comme une ère î dans la carrière militaire de Rome, eut lieu l'an 490 de sa m. Une seconde expédition plus considérable obtint, l'année 5, des succès plus importants et réduisit Hiéron à la nécesraiter de la paix. Il paya une indemnité de guerre et devint , dans le sens que Rome attribuait à ce mot; c'est dire qu'il à l'indépendance diplomatique en conservant son autorité » affaires intérieures. C'est ainsi que Rome fut engagée dans
la première guerre punique , qui présenta aux deux nations alternatives de succès et de revers, mais qui fit courir moins de dan< gers à Rome qu'à Garthage.
Au bout de la troisième année de lutte, la puissance romaine était devenue dominante dans la Sicile presque entière, et Garthage ne détenait plus que des points situés sur les côtes. Néanmoins, le sénat romain reconnut qu'il ne pourrait compter sur celte possession qu'à la condition de devenir maître de la mer, et il tourna immédiatement ses efforts vers l'accomplissement de cette tâche. Le succès qu'il obtint est si difficile à comprendre, même après sa réalisation, qu'il exige des explications particulières.
Garthage devait sa richesse et sa puissance à son commerce ma- i ritime, qui lui avait permis d'étendre ses possessions sur une grande partie des côtes de l'Afrique. Elle aurait donc dû disposer d'une multitude de matelots, ainsi que d'une marine de guerre incompa- J rable, si elle avait mis à s'assurer l'empire de la mer quelque pea de la prévoyance qui avait conduit Rome à ses succès sur un autre élément. Les faits vont prouver combien le gouvernement de Garthage était incapable de remplir un semblable rôle. Il suffit aa sénat de Rome de stimuler le zèle de ceux de ses alliés qui possédaient des ports de mer pour faire construire, en peu de temps, une flotte de guerre composée de galères à rames, mieux disposées pour la lutte que celles des Garthaginois.
Après avoir mis sur chacun de leurs navires un pont volant muni de grappins, qui s'abattait sur le navire ennemi pour en faciliter Tabordage, les Romains furent conduits, par cette nouvelle tactique, à diminuer le nombre des rameurs de l'équipage pour augmenter celui des soldats, ce qui tournait à l'avantage d'une puissance plus militaire que maritime. Ge système de guerre leur donna, dans la première bataille navale qu'ils livrèrent aux Carthaginois, un succès décisif, car la moitié des vaisseaux ennemis furent pris ou coulés.
L'année suivante , la flotte romaine, plus considérable encore et commandée par les deux consuls, marcha à la rencontre de la flotte
ennemie. Le goaYernemeni carthaginois avait certainement déploy# dans cette circonstance tontes ses ressources, et pourtant sa flotte fut encore battne. Le sénat romain, devenu maître de la mer, profita immédiatement de ses avantages, et une armée romaine alla débarquer à proximité de Cartbage, sur la partie de la côte d'Afrique qui est la plus voisine de la Sicile. L'expédition qui fit suite à ce débarquement se termina par un désastre, car l'armée romaine fut en grande partie détruite ; le consul Regulus fut fait prisonnier avec les débris qui en restaient.
Garthage profita de ce succès pour reprendre l'offensive en Sicile et utilisa à cet effet les ports de mer dont elle avait conservé la possession dans l'Ile. Elle remporta encore après cela deux victoires navales qui purent lui faire espérer le succès définitif de ses plans. Mais le sénat romain, fidèle à la règle de conduite qu'il avait adop- |, tée, refusa de traiter avec un ennemi victorieux et poursuivit la lutte sur terre comme sur mer avec persévérance. Son énergique résolution reçut sa récompense. Le gouvernement carthaginois, qui n'avait pas des institutions militaires aussi solides, se découragea à la suite d'une défaite navale et demanda la paix. Garthage consentit à abandonner la Sicile, à rendre tous les prisonniers sans rançon et à payer une forte indemnité de guerre.
Cette lutte surprenante, dans laquelle Rome s'était montrée du premier coup aussi redoutable sur mer que sur terre, avait duré Tingt-trois ans. Elle avait fini l'an de Rome 513. De 502 à 507, le sombre des citoyens capables de porter les armes avait été réduit de quarante mille, environ d'un sixième.
La diminution qui s'était produite par suite des pertes de la guerre décida une nouvelle extension de Yager romanus, et les annexions amenèrent la création de deux nouvelles tribus, ce qui en porta le nombre à trente-cinq, chiffre qui ne fut jamais dépassé dans la suite.
La Sicile, dont la possession avait coûté si cher, fut considérée à Rome comme une terre conquise, et, sous le nom nouveau de province romaine, elle fut placée sous un régime particulier. Un grand
nombre des peuplades et des peuples de Tile reçurent défense de jamais porter les armes ; Rome se chargea de les protéger moyennant un tribut qui pouvait varier suivant les circonstances. Rom eut droit, en outre, à la dtme des produits du soi. Les popttlatioos siciliennes supportaient déjk cette dernière chaîne auparavant avec des conditions plus onéreuses. D'autres peuplades de l'Ile foratt astreintes à fournir des troupes et exemptées par là de payer triboL On eut soin de choisir, pour les soumettre à ces dernières conditioitt, les populations dont la révolte n'était point à craindre. Enfin, d'antres peuplades, dont les gouvernements étaient demeurés fidèles, celle de Syracuse, par exemple, conservèrent la situation qui leur avait été faite auparavant par leurs traités. Un préteur, élu par lei comices de Rome, fut chargé d'assurer dans Tile tous les droits . de la métropole et il disposa de tous les pouvoirs. La durée de ses fonctions ne fut que d'une année, durée ordinaire des grandes om-^ gistratures.
Cette organisation d'une province conquise est remarquable, d'abord parce qu'elle est un modèle qui sera souvent imité dans la suite, mais surtout parce qu'il y a là un procédé de gouvememeal appliqué à un pays conquis qui est très-différent de tout ce qui s'est fait dans les temps rapprochés de l'époque actuelle.
Rome tenait toute la Sicile sous sa domination sans y mettre aucune garnison, sans y entretenir aucun soldat. Ainsi le sénat romain avait trouvé le moyen de maintenir sa conquête dans Fobfis- i sance sans immobiliser aucune de ses troupes, sans rien distraire de ses forces qui restaient toutes disponibles pour d'autres entreprises, enfin sans faire porter aux populations conquises les charges qui leur auraient été imposées pour les frais de l'occupation.
Le préteur avait, pour assurer son autorité, les troupes dont il pouvait ordonner la levée dans divers Etats de l'île; et cela suflSsait pour donner au sénat le temps de faire arriver les légions nécessaires, soit pour comprimer une insurrection, soit pour combattre une armée de débarquement. La sécurité de la domination reposait donc sur la menace, qui pesait sur tous, d'attirer les attaques d'une
nation toujours prête à lever des légions, et non pas sur des forces entretenues constamment sur pied dans un but préventif, comme on le fait de nos jours.
La Corse et la Sardaigne furent conquises dans l'intervalle de temps qui s'écoula entre les deux guerres puniques, alors que les Carthaginois étaient liés par leur traité récent à ne rien entreprendre pour s'y opposer. Les expéditions nécessaires pour soumettre toute rUe de Sardaigne ne durèrent pas moins de huit années. Ces deux lies formèrent ensemble ]ine seconde province à laquelle le sénat appliqua les mêmes procédés de gouvernement qu'à la première. n y eut un second préteur chargé des fonctions de gouverneur, de sorte que les comices du peuple eurent quatre préteurs à élire chaque année, au moment du renouvellement des pouvoirs. Deux présidaient à l'administration de la justice dans TEtat romain et les deux autres se rendaient dans leurs provinces pour les gouverner. A leurs pouvoirs d'ordre civil, qui étaient administratifs et judiciaires, venait s'ajouter l'autorité militaire dès que les circonstances le motivaient. Leurs attributions comprenaient presque toutes celles qui avaient été réunies primitivement dans les mains des consuls. Ils n'eurent point l'administration financière à exercer directement, car elle fut confiée à un questeur placé sous les ordres du préteur, mais rendant directement au sénat ses comptes de gestion.
Dès l'année S30 de Rome, le sénat, utilisant la flotte qu'il avait constituée contre Carthage, la dirigea vers l'IUyrie en lui faisant traverser la mer Adriatique. Une armée de débarquement, dont les entreprises furent favorisées par des négociations diplomatiques, obtint un prompt succès. Le royaume dlUyrie devint tributaire de Rome, en même temps que divers autres Etats grecs furent soumis à sa protection par des traités d'alliance. L'Istrie fut de ce nombre, et, par sa position au fond de l'Adriatique^ elle fut comme une porte ouverte pour de nouvelles conquêtes. . Dans le même intervalle de temps, Rome portait la guerre dans les Etats de l'Italie du Nord, entre la rive droite du Pô et les Apen-
nins. Les légions passèrent même le fleuve et elles entrèrent dans la Cispadane. Mais on ne pouvait point porter la guerre dans ces régions sans y attirer d'autres Gaulois dont on ne pouvait pas espé* rer d'avoir bon marché. Rome étendit néanmoins sa domination aa nord des Apennins jusqu'à la rive droite du Pô par des traités d'alliance. Elle prit même pied solidement dans cette contrée en y établissant des colonies.
Pendant que la prise de possession de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse faisait avancer l'empire de Rome à proximité et presque en vue de Carthage , celle-ci profitait de ce que ses côtes se rapprochaient de celles de l'Espagne, à mesure qu'elles avançaient à l'ouest vers le détroit de Gibraltar, pour entreprendre de conquérir ce pays, ou du moins de le dominer en s'établissant sur les côtes. Amilcar, après avoir employé neuf années d'une guerre sans interruption à dompter quelques-uns des peuples d'Espagne les plus belliqueux, périt dans une bataille. Asdrubal continua sa tâche jusqu'au moment où il périt assassiné. Annibal, succédant à Asdrubal dans le commandement de l'armée carthaginoise , ne tarda pas h concevoir des visées beaucoup plus hautes que celles de ses deur prédécesseurs. Il commença par assiéger Sagonte, place forte située au bord de la mer , dont la possession lui était nécessaire pour acquérir le long du littoral une route conduisant aux Pyrénées. Le sénat romain, qui ne voyait pas d'un bon œil les conquêtes d'une puissance africaine sur le continent européen, prit Sagonte sous sa protection, de sorte que la reddition de cette place, conquise par Annibal après un siège de huit mois , eut pour conséquence immédiate une déclaration de guerre portée par Fabius, envoyé du sénat romain.
Annibal avait sans doute prévu cette conséquence , car, loin de s'en montrer étonné , il procéda avec une habileté extraordinaire aux négociations nécessaires pour rendre possible Texécution du plan d'opérations qu'il avait conçu. Il adressa à un grand nombre des gouvernements entre lesquels les Gaules se partageaient, et aussi aux gouvernements des Etats compris à Test des Alpes, dans
iule cispadane, des envoyés chargés de les associer au projet avait formé de traverser les Pyrénées, le Rhône et les Alpes aller attaquer Rome, en Italie même, par les chemins qui nt pu servir aux Gaulois à l'époque déjà éloignée où ils avaient ité leurs terribles attaques. Son intention était sans doute de )T toujours les côtes de la Méditerranée, d'abord en Espagne, te en Gaule, enfin en Italie, pour rester sans cesse en commuion par mer avec Carthage. Mais il rencontra des obstacles à partie de son plan.