‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 16 sur 60 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Demidme guerre piuii([ae, de 636 à 653. j

De l'an de Rome 53S à Tan de Rome S53, Annibal fïit amené, dans Texécution de son plan, à modifier la direction de sa marche, à cause des obstacles qu'il rencontra au passage du Rhône. lâ résistance des peuplades de la rive gauche du fleuve, aidées par dei troupes romaines de débarquement , le décida à s'éloigner de la mer en remontant la rive droite du Rhône et à traverser le fleuve un peu plus haut que l'embouchure de Tlsère. Il fut ainsi forcé d'aller chercher à travers les hautes Alpes un passage étroit et difficile qui n'avait sans doute point encore été parcouru par une armée comme la sienne. Mais il parvint, à force d'habileté diplomatique et de prévoyance administrative , à pourvoir aux besoins de ses troupes dans des contrées montagneuses à peine capables de produire les denrées nécessaires à la nourriture des habitants. Il fit franchir la grande chaîne à son armée.

Arrivé dans le bassin du Pô, Annibal n'avait plus de relation» avec sa base d'opérations, c'est-à-dire avec Sagonte et Garthagène, | que par d'étroits sentiers couverts de neige pendant une partie considérable de Tannée, puis à travers les vastes territoires de la Gaule habités par des peuplades dont l'alliance était loin d'être sûre, \ car leurs sentiments à Tégard de l'armée carthaginoise étaient expo- ' ses à changer avec les événements. Ges inconvénients pouvaient être diminués par une politique habile et atténués peut-être au moyen de dépôts d'armes, d'hommes de réserve et de malades jalonnant cette longue route. Ils étaient d'ailleurs compensés pour le hardi général par l'avantage d'arriver dans la Gaule transpadane, habitée par des ennemis des Romains qui n'avaient point oublié les exploits de leurs pères, et qui s'empresseraient dé favoriser la destruction d'une puissance devenue menaçante pour tous les peuples de leur race.

Annibal n'ignorait pas non plus que cet Etat romain dont les annes se faisaient redouter jusque sur les côtes de TAfrique, n'avait par lui-même qu'un très-petit territoire. Il espérait, non sans motif, ranimer chez les peuples de l'Italie, assujettis depuis peu d'années à Ja puissance romaine, le désir de recouvrer leur souveraineté indépendante. Il ne savait pas encore que l'admirable prévoyance du sénat romain allait porter ses fruits, que les populations de l'Italie, satisfaites de la sécurité donnée à leur commerce comme à leur agriculture, étaient déjà attachées à leur vainqueur. Annibal allait apprendre à ses dépens qu'un grand nombre des Italiens étaient déjà devenus solidaires des succès et de la gloire de Rome.

La lutte de l'armée carthaginoise contre les légions romaines allait mettre aux prises deux constitutions militaires dissemblables; ses phases allaient faire ressortir les qualités et les défauts de chacune d'elles.

Tandis que Rome appelait aux armes l'élite de sa population pour en former des légions qui étaient licenciées après quelque temps de service pour être remplacées par d'autres, Carthage recrutait ses troupes au moyen d'hommes engagés à prix d'ai^ent, qui prenaient la carrière des armes comme une profession conforme à leurs goûts personnels, profession qui leur plaisait pour ses risques et ses aventares, mais surtout pour ses avantages.

Annibal commandait une armée permanente. Cette armée, très'* bien organisée, était pourvue d'armes et de machines de guerre trè»perfectionnées ; elle était aguerrie et habile dans les opérations de toutes sortes. La supériorité de l'armée carthaginoise sur l'armée romaine dans la tactique se manifesta dans les premiers combats qui eurent lieu sur les bords du Tessin; elle fut confirmée par la bataille de la Trebia, livrée sur la rive droite du Pô contre une année consulaire qui fut vaincue. Une seconde armée consulaire, qui entreprit de réparer la défaite de la première, fut battue à son tour si complètement qu'elle fut presque entièrement détruite à la bataille de Trasimène. Ces victoires des Carthaginois ne furent rendues décisives que par le talent de leur général, mais la cause

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j.ii. -ms la supériorité des troupes per- .. ..- :Mi::i:raires. Celles-ci ne sauraient égila - .î jiiâœuvrer, qui donne le moyen d'aéi.iiL-^ des mouvements improvisés. j

:i constitution militaire de Rome montn j ^ V N •.•'.. .jues toutes ses ressources. Les légions | .i::.'ia«:î:T< par d'autres qui ne leur étaient infr f ,,.,:. ïsi ..:u, ni en discipline, ni en courage. Les |i»i xi :^ cesse exposés à voir surgir devant eux de j ..>ai;->, '.Lindis qu'Annibal n'était pas enmesurede } . . v> {i /. éprouvait par les combats et plus encort | .> .-.,i»',:;^5 qui étaient un élément de ses succès. | A 11 frebia avait ouvert à Annibal l'entrée des i ,^ , Il ■.vuvait présumer qu'il en profiterait pour ma^

. uMu >ur Rome. Il n'en fit rien. Les motifs qui l'en > . ., s.>ui. ûciles à déduire de sa situation. Sa marche à ''• X v.viKr.as lui aurait fait franchir des défilés qui pou- ;: ;.ùKi' derrière lui, car les peuplades italiennes qui les . V f iu>diout de se joindre à lui contre Rome. D'autre part . , ... ^ X ^.i.i'.oises dont il avait renforcé son armée devaient faire , x»»i.i mer chez les Italiens la pensée qu'ils ne devaient - . i..vv.io:vr comme un libérateur. Il faut ajouter à cela ... :tv.tîa Rome Annibal aurait eu une place forte à assié- : . ^oii Anuoe, disséminée sur une longue ligne d'investisse- .siMtî. ou à subir les attaques des légions nombreuses que

^ K»arxos capables de porter les armes auraient formées. Un

„x\ ' .'uoore a pu décider le grand Carthaginois à éviter une

4, „ ,i un succès très-incertain, c'est que sa ligne d'opération

.* ii^ Nvupôe à sa naissance, car Sagonte était menacée, ainsi ^%„»..},t^x^no, par une armée de débarquement commandée par

;)^ji\^ îvJuit à tirer toutes les ressources nécessaires à son K.- ik, >*^y^ 9^'^' occupait, passa l'hiver dans la Gaule cisalpine |^'*w^î U saison favorable à la guerre pour entrer en Étruric.

■ lAil pouvait s'emparer de quelque port de mer pour se mettre en eommunication avec Garthage. II se heurta dans cette contrée à une innée venue de Rome pour le combattre, et c'est là qu'il gagna la bataille de Trasimène, plus désastreuse encore pour les Romains que les précédentes.

Malgré ce nouveau succès, Ânnibal ne crut pas devoir s'avancer t«rs Rome, quoiqu'il n'en fût pas à plus de cinq jours de marche. n repassa les Apennins pour entrer en Ombrie et gagna les bords it la mer Adriatique. On peut se rendre compte de ses motifs d'ajlir ainsi, du moins par conjecture. Il n'espéra sans doute pas léussir à établir ses communications avec Garthage par un port de rÉtrurie, parce que la Gorse et la Sardaigne interceptaient le pas- Mge. Les Romains utilisaient en efTet la possession de ces îles pour €11 faire partir les troupes destinées à l'Espagne, et ils entretenaient 4xns ces parages des forces navales assez considérables pour en Tester les maîtres.

Une fois arrivé sur les bords de l'Adriatique, Annibal les suivit jusqu'à Tarente, qu'il trouva favorable à sa cause et qui le mit en felations avec Garthage; mais les efTorts qu'il fît pour détacher de ftome les peuplades de race grecque qui occupaient les contrées du sad-est et du sud de l'Italie n'obtinrent point les succès qu'il en espérait. Gomme il avait réussi néanmoins à se faire à Tarente une nouvelle base d'opération, il guerroya à partir de là contre les alliés de Rome pour les contraindre par la force et la crainte à le seconder dans sa lutte. La présence d'un tel adversaire non loin de Rome créait on danger évident, et pour le conjurer le sénat crut opportun de concentrer dans une seule main toute l'autorité militaire. Fabius, devenu dictateur et jugeant que les légions romaines étaient hors i'état d'obtenir la victoire sur les troupes carthaginoises dans une bataille en règle, adopta et mit en pratique un système de guerre inspiré par cette opinion. Il fit contre son adversaire une guerre de position, c'est-à-dire qu'il sut placer toujours Annibal dans l'allernative ou de renoncer à une marche projetée qui devenait compromettante, ou d'attaquer l'armée romaine dans un camp fortifié

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doublement par la nature et par Tari. Ce système exigeait une habileté très-grande à faire passer Tarmée romaine d'un campement à l'autre sans que l'ennemi la pût attaquer avec avantage; il avait l'inconvénient très-grave de faire traîner la guerre en longueur au grand détriment de Rome et de ses alliés. Ceux-ci souffraient le plus parce que la guerre se faisait aux dépens de leurs récoltes, de leurs maisons, de leurs populations. Hais les Romains eux-mêmes souffraient aussi de n'avoir plus ni butin, ni profit, m compensation d'aucune sorte. Les résultats d'une série de défaites dans les combats du Tessin, dans les batailles de la Trebia et de Trasimène n'avaient pas su£B pour convaincre les Romains de la nécessité d*éviter toute bataille rangée. Ils se refusaient à reconnaître que leurs revers fussent dus à la supériorité de l'armée carthaginoise dans la tactique. Aussi la conduite de Fabius fut-elle décriée parmi ses propres troupes, à ce point que son lieutenant général, le général de la cavalerie, ayant reçu le commandement d'une armée indépendante, en profita pour courir à une nouvelle bataille dans laquelle il fut encore battu.

L'année suivante, Rome réunit une armée très-nombreuse qui fut commandée par les deux consuls. L'un des deux désirait éviter de livrer bataille ; mais l'autre, dont la confiance était appuyée sur la supériorité du nombre, profita, pour engager le combat, de son jour de commandement. Le désastre des Romains fut immense, à cause du nombre effroyable de citoyens des deux ordres qui périrent sur le champ de bataille de Cannes. Les anneaux des chevaliers morts remplirent deux boisseaux, et il y eut 177 sénateurs à nommer pour compléter le sénat, qui se trouva réduit au nombre de 123 membres. Les sénateurs accomplissaient, comme on le voit par là, les mêmes obligations militaires que les autres citoyens. Cette défaite avait eu lieu loin de Rome, sur le bord de la mer Adriatique. Elle changea peu de chose aux dispositions des alliés, qui demeurèrent presque tous attachés à la cause de Rome. Aussi n'eut-elle point d'autres conséquences funestes.

L'énergie que le peuple romain avait acquise par cinq siècles de

guerre ne fut jamais plus admirable que dans ces circonstances douloureuses où les familles, par amour pour la patrie, faisaient taire les afflictions privées. Un dictateur leva de nouvelles légions, et, comme les citoyens manquaient, on affranchit des esclaves pour avoir des soldats. Les armes faisaient défaut, mais tous les moyens de s'en procurer furent mis en œuvre, et bientôt, à Taide des auxiliaires fournis par les alliés, Rome se trouva garantie contre tout danger immédiat.

Cependant quelques petits peuples du sud de l'Italie, celui de Gapoue en tête, s'étaient laissé séduire par les promesses d'Ânnibal. L'armée carthaginoise s'avança sur leur territoire et se rapprocha de Rome; mais comme elle n'avait pas reçu de son gouvernement les renforts qui auraient été nécessaires pour réparer ses pertes, Annibal dut employer toutes les ressources de son talent à se maintenir sur le territoire italien.

Le sénat romain ne cessait pas, pendant ce temps, de déployer une activité et une habileté sans égales. Il mettait en mer, grâce aax marins qu'il trouvait chez ses alliés, tant de navires armés en guerre, que ses forces navales acquéraient la supériorité sur celles des Carthaginois^ menaçaient les côtes d'Afrique et jetaient sur les côtes d'Espagne des expéditions destinées à défendre les petits peuples de ce pays contre l'oppression de la puissance carthaginoise. La guerre se prolongeant eut encore des alternatives défavorables pour Rome, dont les alliés se rebutèrent parfois au point de se refuser aux levées qui étaient ordonnées par le sénat. Quant aux citoyens de Rome, leur persévérance ne se lassa jamais et leurs sacrifices ne firent que redoubler chaque fois que le péril augmenta ou que les circonstances devinrent plus difficiles.

Carthage porta de nouveau ses efforts sur la Sicile et la guerre r^rut dans cette île. Asdrubal, parti de l'Espagne avec une armée, traversa h son tour les Pyrénées, la Gaule et les Alpes; mais, arrivé en Italie, il fut battu par une armée romaine qui s'était placée entre les deux armées carthaginoises pour empêcher leur jonction.

Annibal continua la lutte avec une opiniâtreté inaccessible au découragement, mais qui ne pouvait pas suffire pour lui ramena les faveurs de la fortune. Il fut impuissant à faire lever le siège de Capoue qui fut prise et cruellement châtiée par les Romains. Les membres du gouvernement furent mis à mort; les citoyens vendus; les terres confisquées.

Publius Scipion, destiné à mettre fin à cette guerre, avait d'abord obtenu des succès décisifs en Espagne, où il avait battu Tarmée carthaginoise et pris Carthagène. Rentré à Rome pour y recevoir le consulat, il y fit connaître l'important projet qu'il avait conçu de porter à Garthage un coup décisif en faisant débarquer une armée sur un point bien choisi de la côte d'Afrique.

Publius Scipion avait préparé le succès de cette expédition, qui lui fut confiée, par des alliances qu'il avait contractées en Numidie.

Après le débarquement de l'armée romaine, le gouvernement carthaginois prit peur, et il rappela d'Italie Annibal, ainsi que les troupes qui lui restaient. Elles arrivèrent à temps pour couvrir leur capitale; mais ce ne fut pas pour longtemps, car la bataille de Zama, gagnée par Scipion, le mit en état de dicter les conditions de paix. Garthage abandonna le droit d'entretenir des troupes mercenaires, et s'engagea à ne jamais faire la guerre sans l'assentiment du sénat romain. Sous ces conditions, elle conserva ses lois et ses possessions, mais eut à payer pendant cinquante ans un tribut annuel très-considérable. La rivale de Rome fut abaissée à la situation d'un État protégé. Ghaque soldat romain rapporta d'Afrique une riche part de butin , et le trésor public fut rempli d'une quantité d'argent que Rome n'y avait point encore vue.

La puissance de Garthage avait été ainsi anéantie parce que, au moment du danger suprême, ses citoyens n'ayant aucune habitude des armes et manquant d'organisation comme de discipline militaire, avaient été hors d'état de la défendre. Ses troupes permanentes étaient demeurées pendant longtemps supérieures aux troupes adverses; mais ne pouvant se recruter que très-difficilement, elles

s'affaiblirent graduellement par une très-longue suite de marches et de combats. C'est ainsi que les défauts de son organisation militaire, accrus par les défauts de son gouvernement, condamnaient d'avance Garthage à succomber sous les coups d'un peuple plus énergique et mieux dirigé.

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