‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 17 sur 60 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

L'armée romaine.

Polybe nous a laissé des renseignements détaillés sur la constitation militaire de Rome, ainsi que sur les forces dont elle pouvait disposer pendant le cours de la seconde guerre punique. D'après son témoignage^ les listes de recensement avaient donné au commencement de cette période 325,000 citoyens en état de porter les armes : parmi eux 16,000, environ 1 sur 26, étaient inscrits sur le rôle de la cavalerie. Il y avait en outre 443,000 inscrits chez les alliés, dont 43,000, c'est-à-dire près de 1 sur 10, étaient désignés pour la cavalerie.

Une armée consulaire comprenait, dans les circonstances ordinaires, deux légions seulement avec les troupes alliées correspondantes. Polybe indique, comme levée normale à effectuer chaque année, deux armées consulaires de deux légions chacune, avec des troupes alliées formées en cohortes.

Chaque légion comptait 4,200 fantassins et 300 cavaliers. Le nombre des non-combattants paraît avoir beaucoup varié, mais les renseignements manquent sur ce qui les concerne. Une armée consulaire ne comportait pas plus de 9,000 à 10,000 soldats romains; son effectif était un peu plus que doublé par les troupes auxiliaires. Les alliés fournissant habituellement 8,400 fantassins et 1,200 cavaliers à chaque armée consulaire, portaient son effectif à 18,600 combattants. Les deux armées consulaires, bien petites encore dans leur ensemble par rapport à celles de notre temps, ont été souvent accrues quelque peu par une troisième espèce de troupes qui portaient le nom de extraordinariù Ces troupes comprenaient habituellement 3,360 fantassins et 1,200 cavaliers que l'on partageait entre les deux armées, dont les effectifs réunis atteignaient les chiffres de 36,960 fantassins et de 4,800 cavaliers, soit au total 43,760 combattants.

£n se reportant au nombre de citoyens^ de 17 à 60 ans, assujettis à l'obligation de porter les armes, on trouve que dans les circonsiances ordinaires on levait dans TËtat de Rome 1 citoyen sur 18, et i sur 23 chez les alliés.

Les troupes alliées, partagées dans une armée en deux parties égales, en formaient les deux ailes, tandis que les légions constituaient le corps de bataille. Le consul désignait des officiers généraux pour commander les deux ailes, et il les prenait parmi les Romains. Les troupes étaient levées et organisées dans l'État de Rome et dans les États allies avec une promptitude qui a été un élément essentiel de la puissance militaire.

Dès que la levée était décidée, le consul désigné pour commander l'armée publiait un édit convoquant à bref délai tous les citoyens qui pouvaient être appelés à en faire partie. Le moment venu, on tirait au sort Tordre des tribus; puis, prenant la liste de la première, on appelait quatre noms pour donner un homme à chacune des quatre légions. Les tribuns de chaque légion avaient alternativement la faculté de choisir celui de ces hommes qui leur paraissait préférable. On agissait de même pour les autres tribus, et Ton continuait ainsi jusqu'à ce que chacune des trente-cinq tribus eût fourni 480 enrôlés, ce qui portait l'infanterie au complet en égalisant autant que possible la composition des légions. Les cavaliers étaient appelés d'après leur rang d'inscription sur des listes spéciales. Ces listes comprenaient, outre les citoyens de Tordre des chevaliers qui y avaient été portés seuls primitivement, un certain nombre de plébéiens pris parmi les plus riches. C'est là Torigine d'une distinction qui fut faite entre les equUes equo publico, appartenant à Tordre des chevaliers, et les équités equo privato, qui n'avaient pas une condition sociale aussi élevée.

Le consul était aidé dans l'organisation de chaque légion par des officiers de différents grades, désignés tout d'abord. Les six tribuns d'une même légion furent nommés^ sous les coaditions déterminées par la loi, par les consuls pendant les premiers temps, et ensuite par les votes populaires. Les soixante centurions étaient nommés

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par les tribuns réunis; chaque centurion désignait son lieutenant.

Tous les officiers de la légion étant présents aux opérations delà i levée, la formation résultant du classement des soldats se faisait vite. Le consul prononçait immédiatement sur les cas de dispense ou de réforme.

L'enrôlement terminé, le serment militaire était prêté individuel- ; lement, dans l'ordre des grades, en commençant par les tribans pour aller jusqu'au soldat le dernier inscrit. Alors les troupes, astreintes désormais aux lois de la discipline militaire qui étaient, connues de tous, se trouvaient entièrement constituées.

Pendant ce temps, des envoyés du consul étaient allés prévenir les gouvernements alliés d'avoir à exécuter la levée de leurs troupes» -^ conformément aux traités. Les choses se passaient sans doute à peu ;. près comme à Rome. Les troupes alliées se rendaient^ le jour dit, ' au lieu du rassemblement général.

Quoiqu'il soit difficile d'imaginer une organisation plus rapide, on employa pourtant, dans les cas urgents, un procédé encore pins prompt. Le consul se rendant au Capitolc, prenait deux drapeaux, l'un de couleur rose pour les fantassins, l'autre de couleur bleue pour les cavaliers, en disant : t Quiconque veut le salut de la République me suive ! » Les citoyens* qui s'étaient réunis sous les drapeaux prêtaient serment tous ensemble et Torganisation se. régularisait après coup. En telle circonstance, des commissaires envoyés de Rome agissaient de même dans les diverses localités du territoire et ils amenaient les soldats au lieu indiqué pour la concentration.

La légion comptait le plus habituellement 4,200 fantassins et 300 cavaliers, ainsi qu'il vient d'être dit, mais toutes les fois qu'on avait des motifs pour augmenter sa force on la portait à 5,000 ou même 5,200 fantassins. Elle conservait Tordre de bataille qui lui avait été donné par Camille et comptait 30 manipules, composés chacun de deux centuries ayant ensemble 120 soldats pour le moins.

Les manipules des hastati formaient la première ligne; les ma-

lupules des principes la deuxième ligne; et ceux des triarii la

troisième. Les velUes étaient répartis dans tous les manipules.

L'armement des soldats était quelque peu différent dans les trois

sortes de manipules ; par exemple, chacun des hastaires portait un

seul javelot au lieu de deux. Certaines marques distinctives des

classes demeuraient encore sur la cuirasse et conservaient une

tradition du passé. Les vélites , quoique particulièrement formés

pour se servir de l'arme de jet, avaient néanmoins reçu une armure

défensive, ainsi qu'une épée; ils étaient devenus aptes à combattre

son plus seulement de loin, mais aussi de près.

Les 300 cavaliers de la légion étaient partagés en 10 turmae de 30 hommes. Chaque turma avait pour ofBciers trois decuriones et le premier des trois commandait la turma. Le cavalier était protégé par une cuirasse en airain, par des cuissards en cuir, et par un IwQclier; ses armes offensives étaient le sabre et la lance.

L'organisation de la légion étant faite, les soldats étaient parfois renvoyés chez eux jusqu'au jour fixé par le consul pour se réunir de nouveau. Au jour indiqué pour le départ, lorsque les alliés arrivaient au lieu du rassemblement de l'armée, 12 officiers généraux, portant chacun le nom de prxfecius, s'y trouvaient pour se mettre à la disposition du consul, qui se servait d'eux de manière à pourvoir au commandement des troupes alliées et à diverses fonctions d u senrice général de Tarmée. Ceux qui étaient chargés de commander les troupes alliées prenaient le tiire de prdsfecii sociorum.

Outre les légions et les troupes des Italiens alliés, une armée romaine contenait encore, parfois, des troupes auxiliaires levées hors de lltalie, qui formaient un troisième élément.

L'armée, constituée de manière que chacun sût de qui il devait recevoir des instructions ou des ordres, était réunie dans un

Ce camp, dont les dispositions et retendue étaient déterminées l'après le nombre et l'effectif des divers corps de troupe, demeurait le même, quel que fût son emplacement; c'est-à-dire que la forme de

camp ne subissait point de modification d'un jour à l'autre, soit diBila forme de son pourtour, soit dans la disposition de ses divîsieDij intérieures. Aussi personne, depuis le général jusqu'au dernier des soldats, n'éprouvait-il de difficulté à s'y reconnaître, ni de retard à se rendre au poste indiqué.

Les troupes campaient sur un ordre profond et le camp avait bituellement la forme d'un rectangle, rarement celle d'un carré. carré aurait eu l'avantage de donner un contour de moindre l gueur par rapport à la surface intérieure, ce qui aurait diminué travail à faire pour le fortifier ; mais cette forme ne se serait prêtée à des variations d'effectif qui étaient inévitables.

Une armée romaine, profitant de la facilité donnée par la tacti< de camper dans un ordre profond, fortifiait toujours son camp moyen d'un retranchement en terre. Ce retranchement, com d'un fossé et d'un massif formé à l'intérieur par les terres de ce fossé, avait un tracé rectangulaire sans aucune sinuosité, était d'une force suffisante pour résister aux assauts , quoiqa' n'eût aucun flanquement. Le grand nombre d'hommes dont on posait pour garnir le pourtour rendait le camp presque im nable, et l'on n'avait pas besoin, pour cela, de donner au fossé uns grande profondes, pourvu que le parapet fût garni d'un rang palissades; aussi faisait-on porter, par une partie des soldats, lift; bois destinés à cet usage.

Il y avait dans cette facilité à fortifier le camp de chaque jour^ un grand avantage que la défensive a perdu depuis, avec temps, par suite des progrès faits par les armes de jet. Un ca comme celui des Romains deviendrait, de nos jours, le réceptai d'une telle quantité de projectiles que les soldats, surtout s'ils étaient placés dans l'intérieur en aussi grand nombre qu'autrefois, rfj pourraient pas demeurer longtemps parce qu'ils seraient bientôt mil hors de combat pour la plupart.

Outre les légions, outre les troupes alliées, outre les troupes auxiliaires, une armée romaine comptait encore des troupes spé- ciales, composées de soldats d'élite appelés ex&aordinarii Ils

étaient tirés des trois troupes précédentes. Les extraordinarii formaient des cohortes de fantassins et des alœ de cavalerie.

L'armée quittant un camp marchait habituellement sur une seule colonne, et les extraordinarii formaient Favant-garde. Après eux venaient les corps des auxiliaires et ceux des alliés de Taile droite, Boivis eux-mêmes des trois trains de bagages. Ensuite marchait la première légion suivie de ses bagages, puis la seconde légion suivie lossi de ses bagages. Après cela, les bagages des auxiliaires et des lUiés de l'aile gauche suivaient immédiatement, précédant leurs brampes qui fermaient la marche. Quand Tarmée battait en retraite, les extraordinarii marchaient à Tarrière-garde. On avait soin, dans les marches habituelles, de mettre alternativement en tête de colonne te alliés de Tune et de l'autre aile, pour partager entre eux la fatigue Pifsultant d'une arrivée plus tardive. Par le même motif, de deux joors l'un, la deuxième légion précédait la première. Les extraorlinarii» qui étaient toujours à Tavant-garde pendant la marche en t^ant, et à Tarrière-garde quand on était poursuivi, avaient à supporter, sur la route, un excès de fatigue qui était compensé par une Bxonption du service de garde après l'arrivée au camp.

Chaque ala de cavalerie marchait avec le corps de troupes auquel die appartenait, à moins qu'elle ne fût employée h flanquer les trains de bagages.

n est nécessaire de revenir sur la manière dont la levée s'opérait tu tanps de Polybe, pour faire remarquer le changement que le B^race militaire avait subi. En prenant les soldats alternativeiMnt dans toutes les tribus pour qu'elles en fournissent le même Nombre, on avait renoncé à faire usage de la division des plébéiens en classes, et de la subdivision des classes en un nombre de cen-

teries variant en proportion de la richesse. L'époque où ce chan-

lement a été opéré demeure inconnue, mais la cause en est facile à

cipliquer.

A l'époque où Servius TuUius avait constitué les classes et les

tenturîes, les citoyens subvenaient eux-mêmes aux frais du service

Bilitaire. Servius Tullius avait donc obéi à une sorte de nécessité

en proportionnant les charges des citoyens à leurs ressources, depuis rétablissement de la solde, le service militaire n'était une charge pécuniaire, et il devait, par conséquent, être réparti lement entre les citoyens qui en étaient jugés capables et La justice le voulait ainsi.

Ce changement opéré dans, la constitution militaire de TuUius vint réagir sur la constitution politique, parce que les toyens ne supportant plus les charges de la guerre en pro de leurs fortunes, il n'y avait plus de bonne raison pour leur ner des droits différents dans les votes des comices. C'est cette cause, ou du moins sous son influence, que la votation taire par tribus arriva à se substituer de plus en plus à la vo des comices par centuries. Ainsi les institutions miUtairei avaient exercé antérieurement leur influence sur la question des distributions de terres et sur celle des relations entre les teurs et les créanciers, venaient peser encore d'un poids dérable sur le rouage essentiel de la constitution politique.

Les mœurs avaient, malgré tout, conservé des traces du car, au temps de Polybe, Tobligation du service militaife ne poi point, dans les circonstances ordinaires, sur le citoyen qui, par l même ou par son chef de famille, ne possédait pas au moins mille as. Cette limite était moins élevée alors qu'aux époques rieures, mais l'exception ne se comprend plus aussi faeili Lorsque tous les riches et tous les citoyens dans l'aisance à s'exposer à des dangers auxquels les plus pauvres n'étaient associés, ce bel exemple de patriotisme ne pouvait pas être perdi mais cela n'explique pas la cause de l'exemption. On peut che cette cause dans deux conjectures. Peut-être les citoyens pau étaient-ils considérés comme n'ayant pas assez de loisir pour livrer à tous les exercices préparatoires qui étaient nécessaires prendre place dans les rangs de la légion ; peut-être aussi la pai vreté était-elle devenue, dans l'opinion, une source d'indignité.

Quoi qu'il en soit, rien ne peut mieux faire apprécier la force àd institutions militaires de Rome, à cette époque, que de voir l'obliga-

En du danger considérée comme un honneur auquel les citoyens pouvaient prétendre que quand leur avoir les mettait au-dessus besoin.

j^On ne peut plus s'étonner, après cela, de la sévérité des châtiments Infligés à ceu^ des citoyens qui n'obéissaient pas à l'appel de la ; l'arrêt du consul pouvait aller jusqu'à faire vendre le coupacomme esclave. La négligence seule à se rendre au Capitole la convocation pouvait entraîner l'amende, la confiscation des is, les châtiments corporels et la prison. Un citoyen avait droit dispense du service actif après seize campagnes dans Tinfanou dix dans la cavalerie. Il portait alors le titre de vétéran, et, le tel, il avait des titres particuliers aux distributions de terres aux autres faveurs de l'Etat.

Une mesure législative remontant à Servius TuUius défendait |p,'aucun citoyen, fût-il de famille patricienne, occupât une magis- |i9tare ou un sacerdoce avant d'avoir fait cinq campagnes dans kl cavalerie ou dix campagnes dans l'infanterie. Cette règle a cer- Épiement exercé sur les destinées de Rome une influence avanta- ■Dse en remlant son gouvernement plus fort et plus habile quUl Ipirtlt été sans cela. Les hommes chargés des affaires publiques du- IM avoir déployé auparavant la force d'âme nécessaire pour |hEa?er le danger, et acquis pendant la guerre la connaissance Pp hommas avec l'aptitude à les commander. Un autre avantage 1^ joindre aux précédents consistait en ce qu'aucun des hommes iHpdés à diriger les affaires publiques n'était ignorant des conséqu'une déclaration de guerre pouvait avoir, ni des diffiou des dangers dans lesquels une entreprise militaire mal fue pourrait entraîner l'Etat.

La hiérarchie des grades militaires comprenait le consul, le pro- 1 ou le propréteur, qui commandait en chef; les kgati, qui it des officiers généraux mis à sa disposition; puis, dans la ion, les tribuns^ les centurions et les lieutenants de centu-

Quand un dictateur avait été nommé, il désignait un maître de

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la cavalerie, qui avait dans l'armée le premier rang après lu consuls pouvaient être subordonnés au maître de la cavalei cas d'absence du dictateur.

Le décret qui fixait le nombre de troupes dont une armée composée déterminait en même temps les ressources mises à 1 position du général en chef pour pourvoir à la solde et à toi besoins des soldats.

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