‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 20 sur 60 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

igements opérés par Marias dans les institutions militaires.

is a apporté^ dans roi^anisation des armées romaines, des nents comparables à ceux qui avaient été précédemment par Camille. Le recrutement des troupes, l'organisation de 1, Farmement et l'équipement du soldat. Tordre de bataille tique ont subi tout à la fois des modifications qui ont exercé ip d'influence sur le succès des opérations de guerre, ix anciennes classes avaient été réduites à trois ; et le cens ire pour entrer dans la légion avait été diminué de 11,000 as

as (431 fr. ). Ainsi jusque-là les citoyens qui par euxou par leur chef de famille ne possédaient pas au moins s, avaient été tenus en dehors des obligations du service e, si ce n'est dans le cas d'un grand danger public. Un plé-

adopté en l'an de Rome 627, prescrivit d'inscrire sur les ordinaires du recrutement tous les citoyens sans fortune censî) qui en avaient été exclus jusqu'à ce moment. Cette , accompagnée d'une augmentation de la solde des troupes, ['avantage d'accroître tout d'un coup les ressources du remt, dans un moment où elles avaient été afTaiblies pai vrissement d'un grand nombre de plébéiens. Seulement la ration qui s'était toujours attachée jusque-là au titre de omain en reçut une atteinte. A partir de cet instant les plériches, ou seulement aisés, ne se firent pas toujours scruse dérober aux obligations du service militaire. Ce service ne avait d'ailleurs changé de nature, car il ne se conciliait e difficilement avec le soin des afTaires privées depuis que les transportées au delà des mers étaient astreintes à demeurer 1 beaucoup plus longtemps qu'autrefois. Le fait d'une plus durée des expéditions, joint à l'admission dans l'armée des s pauvres, conduisit à changer dans un grand nombre de

circonstances le mode d'opérer la levée des légions. A la levée régulière qui appelait le même nombre d'hommes dans chaque tribu et qui réglait le service par tour de rôle, on substitua le mode nommé conjuratio qui ne fut autre chose qu'un appel aux volontaires. Gomme les volontaires pauvres n'avaient pas toujours ea loisir de s'exercer d'avance au métier des armes, il fallait un certain temps pour le leur enseigner. On imagina alors un moyen simple de se procurer des soldats tout formés, qui fussent déjà acclimatés et habitués à combattre l'ennemi auquel ils devaient avoir afiiira. Pour cela, le consul, proconsul ou propréteur arrivant faisait appel aux troupes de son prédécesseur; il promettait aux bons soldats fB ^ se rengageraient dans son armée des avantages suffisants pour les \ décider. Il formait avec ces evocaii, que nous nommerions des nsh • gagés volontaires, un ou plusieurs corps d'élite. Les armées romaioei \ tendaient ainsi, par deux moyens différents, & se recruter d'hommu i adoptant le métier de soldat comme une profession temporaire, 6t ^j les plébéiens riches ou aisés s'en trouvaient éloignés par cela mèwÊ. \ L'habitude qu'ils perdaient du métier des armes, en ne quittant ploi leurs foyers, les rendaient incapables de constituer promptemeik des légions valeureuses comme ils l'avaient fait jusque-là, toutes leè fois que des circonstances critiques étaient survenues. Les conséquences fâcheuses de ce double fait ne tardèrent pas à porter dans la constitution politique un élément de perturbation dont les eff^ ont été très-pernicieux.

Au moment où les citoyens sans avoir, capïie censi, furent admis dans l'armée à titre normal, deux peuples venus de contrées lointaines, dont la civilisation n'avait point franchi la période de la vie nomade, faute d'avoir établi le principe de la propriété individuelle, opéraient une de ces migrations qui devinrent plusieurs siècles après, si fréquentes, et ils envahissaient des pays soumis aux BO' mains. Plusieurs armées romaines avaient été ou détruites oo défaites par ces nouveaux adversaires, quand Marins, élevé au con* sulat, fut envoyé contre les Teutons. Il entreprit de les arrêter ea postant son armée, non loin de la mer, entre le Rhône et les Alpes.

C'est là qu'en attendant ces ennemis redoutables, il apporta à la constitution de la légion, à son ordre de bataille et à sa tactique des changements très-remarquables.

Le manipule, formé de deux centuries et ne comptant que 120 hommes, parut à Marins une unité tactique trop faible, surtout avec Tordre en échiquier dont Camille avait introduit l'usage, pour résister aux attaques des Cimbres ou des Teutons, qui avaient déjà renversé plusieurs armées romaines par le choc de leurs masses formidables.

Il créa une unité tactique beaucoup plus considérable que le manipule en constituant la cohorte, composée de 600 hommes. Elle se rangea en bataille sur un front de soixante hommes, avec une profondeur de dix rangs.

La cohorte comprit trois manipules, et le manipule conserva deux - centuries; mais l'effectif de la centurie fut porté de soixante hommes à cent. La légion, composée de dix cohortes, compta, après ce changement, 6,000 hommes d'infanterie. Ces dix cohortes ne furent plus rangées, exclusivement, sur trois lignes droites placées en arrière

tfone de Tautre, car Marins commença , dans les deux batailles çi'illivra aux Teutons et aux Cimbres, par réunir la deuxième ligne à la première pour former une masse solide, une sorte de gros balailloD, ayant derrière lui d'autres cohortes en réserve, prêtes pour tontes les éventualités.

Cette disposition réussit très-bien à Marins contre les Teutons et les Cimbres, qui avaient Thabitude de prendre l'initiative de l'atta- . que; mais elle n'avait pas assez de flexibilité pour se prêter à toutes les circonstances de la guerre et aux différentes tactiques d'ennemis annés autrement les uns que les autres. Aussi Tordre en échiquier bt-il remis en usage et employé tantôt sur deux lignes, tantôt sur trois lignes et même sur quatre lignes, suivant les circonstances. la force de la cohorte permit aussi de faire varier, beaucoup plus ({ue par le passé, la direction de la première ligne des troupes par rapport au front de bataille, c'est-à-dire par rapport au rangement iechacune des cohortes. On employa fréquemment une ligne oblique

au front pour se disposer à prendre Toffensive par la partie avancée, en restant sur la défensive du côté des troupes maintenues un pet plus en arrière. Une armée romaine fut rangée tantôt sur une UgDa oblique faite pour déborder Taile droite de Tennemi; tantôt sur une ligne oblique dans l'autre sens pour déborder Taile gauche. On nuh gea parfois aussi l'armée suivant une ligne brisée, de manière à ktmer, soit un angle saillant, soit un angle rentrant. Le centre fut parfois porté en avant des ailes ou les ailes en avant du centre. La natoie du terrain que l'ennemi devait occuper pendant la bataille entra ei ligne de compte, aussi bien que celui sur lequel on prenait positiim,. pour déterminer la nature et la forme de Tordre de bataille à adopter» La tactique des Romains avait acquis, avec de nouveaux moyens d'action, une plus grande extension pour ses combinaisons.

Les diSérences qui subsistaient encore entre les hastati, les prm-^ cipes et les triarit furent abolies à cette époque, ainsi que les ina* gnes caractéristiques de la classe à laquelle le soldat appartentit comme citoyen. Les vélites, qui formaient auparavant une infanteril légère, furent supprimés, et Marins, ayant adopté pour rarmemeaMi du légionnaire un bouclier plus jéger et un pilum bien appropri à son double emploi d'arme de main et de javelot, réalisa l'unifi mité complète d'armement pour les soldats de l'infanterie romainei^ Tous furent exercés au même maniement d'armes et aux mêmes '. manœuvres, ce qui rendit leur instruction plus facile. î

Toujours, dans les guerres de l'antiquité comme dans celles de notre temps, les soins apportés h la marche des troupes ont exercé une influence considérable sur le succès des opérations. Cette partit de l'art s'efiforce de diminuer le plus possible la longueur des colonnes tout en pourvoyant, dès l'arrivée dans le camp, à la nourrium des hommes et des chevaux. Marius parvint à rendre son armée trèimobile en lui donnant le moyen de se passer, pendant un certan temps, de ses gros bagages et même de ses bêtes de somme. II. exerça le soldat à marcher avec un chargement composé, en outre de ses armes, de vivres et d'outils de pionnier. Il parvint à fiiîrt porter ainsi du pain ou de la farine pour plusieurs jours. Les outil&

iëcessaires pour exécuter les travaux du campement, y compris la

[ortification du camp^ furent répartis entre les soldats de chaque

centurie, de manière que la centurie eut par elle-même ce qui lui

tlait nécessaire pour exécuter tout ce qui pourrait lui être ordonné.

Le soldat porta, ou des pieux de palissade, ou des bêches, ou

des paniers^ ou des haches, ou des cordages, ou des fauk. Marins

&cilita le chargement en le fixant des deux côtés d'une planchette

attachée à un bâton qui s'appuyait sur Tépaule. Ce procédé offrait

FaYantage fort appréciable de permettre aux soldats de déposer,

lOQs à la fois et promptement, leur fardeau en bon ordre pour com-

fflencer aussitôt à combattre.

Marins modifia aussi l'organisation de l'armée en ce qui concerne la cavalerie, qu'il sépara de la légion. Il avait probablement reconnu qu'il y aurait avantage à réunir sous un seul chef tous les ca^aUers de plusieurs légions pour les faire agir ensemble sur un Blême point du champ de bataille. Toujours esi-il que la cavalerie, le?enue une arme indépendante, fut formée en alœ de 300 à 400 ckevaux, commandées chacune par un prxfecius alx. Une ala se ■actionnait en plusieurs turmx et la turma en plusieurs decuriœ. P le cavalier romain était loin d'avoir obtenu , sur les cavaliers adverses, la prééminence que le légionnaire avait sur tous les fanlas- «ns du monde. Quoique les plébéiens riches eussent été admis à 'servir comme cavaliers avec une solde triple de celle du fantassin, les citoyens romains n'avaient pas pu fournir toujours une cavalerie ioni le nombre fût proportionné aux besoins, et c'est pour cela que hi Italiens avaient été appelés à lever des cavaliers en plus forte proportion que les Romains. La noblesse de Rome, ne trouvant plus dus cette arme la satisfaction d'un privilège honorifique, s'en était Alignée; et les jeunes chevaliers se faisaient attacher à la personne d'un général en qualité d'oflScier d'ordonnance^ jusqu'au moment oà ils obtenaient un grade. Il résulta de cet ensemble de causes ^ certaines troupes de cavalerie auxiliaires, celles des Gaulois, itt Espagnols ou des Numides, furent employées, dès lors, avec ^ttmtage, dans les armées romaines, et que la proportion du nombre

des cavaliers à celui des fantassins devint parfois beaucoup plus grande que par le passé.

Après avoir admis dans l'armée les citoyens pauvres^ Harios avait pris soin de les soumettre à une instruction régulière pour les préparer au service de guerre. L'habileté que les légions samt acquérir par des exercices méthodiques plus étendus qii'aupanvant devint un nouvel élément de succès.

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