‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 21 sur 60 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

Les Italiens obtiennent le droit do cité.

moment même où Harius opérait, dans l'organisation mili-

des améliorations qui augmentaient les qualités des armées Jies pour les marches et les combats, il préconisait l'admission [liés au droit de cité, admission qui devait accroître le nombre gions, mais qui devait aussi avoir pour conséquence indirecte [Versement de la constitution républicaine, qu'à ce moment, l'accomplissement des devoirs militaires et la ipation aux affaires publiques dans les discifôsions du forum, dt formé des hommes propres au maniement des affaires s et administratives, comme aux commandements militaires» ommes capables de diriger habilement les' affaires de l'État

les hautes fonctions publiques ou dans le sénat. La faible

: qui était donnée à toutes les magistratures est tellement conaux pratiques comme aux idées du temps actuel, qu'on a à comprendre comment elle a pu se concilier si longtemps la prospérité et la grandeur d'une puissance qui fut aussi i à garder ses conquêtes qu'à les réaliser. Ce fait extraorditrouve son explication dans les devoirs sévères qui étaient lés à une aristocratie pour laquelle toutes les magistratures, le la dignité de sénateur, étaient de véritables charges, nonnent gratuites, mais le plus souvent onéreuses. La permadu sénat et la durée à vie des fonctions de sénateur étaient mtre-poids à Tinstabilité et au peu de durée des magistra- 'f mais ces correctifs auraient été eux-mêmes insuffisants sans ille liens du réseau de la clientèle et du patronage qui rattait plébéiens et patriciens les uns aux autres. Les relations du 1 au client étaient telles, que le client ne mariait jamais ses \A sans l'aveu du patron et que souvent même c'était le patron rait pris l'initiative du mariage. U faut se bien représenter

toutes les causes qui avaient contribué à la stabilité d'une constitution fonctionnant depuis quatre siècles, pour comprendre la natare de l'action qui Ta renversée.

Jusque-là, la violence avait sans doute faussé plus d'une fois les décisions du peuple sur le forum ensanglanté, et des hommes d'État avaient pavé de la vie une popularité éphémère; on avait n l'un ou l'autre des deux partis aux prises en appeler à la force, el secouer ou briser les entraves de la légalité; mais ce n'étaient II que des éclipses, vite passées, après lesquelles le règne des reprenait son cours régulier. A l'avenir, au contraire, le gouvenement de Rome ne sera plus qu'une alternative des troubles m l'anarchie ou des oppressions d'un pouvoir tyrannique, qui puisai sa force dans sa cruauté et dans la crainte qu'elle inspirera.

Comme la ruine de la constitution républicaine sera promfK tement l'effet des désordres intolérables qu'elle ne pourra pi réprimer, il faut insister sur la cause première de cette conséqu si grave; elle réside dans une imperfection de l'organisation tique, qui a déjà été signalée. Depuis que Rome avait soumis h divers Etats de l'Italie, et qu'en vertu des traités d'alliance avait acquis le droit d'employer leurs troupes comme elle le juj convenable, la guerre avait eu lieu presque sans interruption; conquêtes immenses et lointaines avaient incessamment accru puissance romaine. Les Etats de l'Italie ne pouvaient pas toujoi trouver bon d'avoir tant de part aux succès militaires sans en pour rien dans les décisions relatives à la paix, sans intervenir les traités; en un mot, sans posséder aucune attribution polili< Les citoyens italiens pouvaient se plaindre aussi de n'être point égaux des citoyens de Rome, et de n'être jamais admis aux hauts commandements. Ils aspirèrent donc, pour sortir d'un d'infériorité injuste, à obtenir le droit de cité avec le droit de frage. Leur position rappelait celle dont les cités du Latium s'é plaintes trois siècles auparavant, et le rapprochement qu'on en vait faire, suffirait pour prouver la justice de leurs réclamations, v^

Pendant de longues années, les alliés trouvant à Rome des per-à

lonnages de très-haut rang, qui remplissaient k lear égard l'office le patrons» pour soutenir leurs intérêts» nourrirent l'espoir d'obtenir, >ar les voies pacifiques» ce qu'ils désiraient. Gaîus Gracchus avait iroposé une loi dans ce but» dès Tan de Rome 631 ; mais sa mort ivait ajourné les espérances des Italiens. Le tribun Livius Drusus ;'efforça» huit ans après» de faire adopter un nouveau projet de loi ^vorable à leurs désirs; mais comme il périt assassiné» sans qu'on (lût douter des motifs qui avaient amené ce crime et qui le laisitient impunii les Italiens formèrent la résolution'de recourir aux smes.

Les divers Etats, décidés à cette périlleuse entreprise » constita^ntune sorte de république fédérative avec un gouvernement iwitral» fait à l'image de Rome» qui fut composé d'un sénat et de \ieix consuls. Le siège de ce gouvernement fut établi dans une ville

Le sénat romain prévoyait bien les inconvénients qui survien-

dent s'il accédait au désir des Italiens; mais il n'ignorait pas non

le danger de refuser leurs demandes. Il déploya dans cette

mde crise un sang-froid et une résolution dignes d'un meilleur

\. Il mit sur pied autant d'armées que ses adversaires, et sou-

énergiquement une lutte qui, dans l'espace de trois ans, de l'an de

le 662 à l'an 665, devait coûter, dit-on, la vie à trois cent mille

les» en y comptant les pertes faites des deux côtés. Quand le

\i vit l'insurrection se rapprocher de Rotae par de nouvelles

ûons» il jugea que le moment de céder était venu, et se hâta

Tempècher les Etats les plus voisins de se joindre à la révolte, en

accordant le droit de suflFrage, sous prétexte de récompenser

fidélité. Cet acte d'habileté était fait pour gagner ceux des

qui n'avaient point encore entièrement rompu» et pour dimi-

êrlliostilité des autres par l'espoir d'une admission semblable.

^danger devint néanmoins si grand» que le sénat ordonna d'enrô-

îusqu'aux affranchis et dut faire venir d'Afrique des troupes

les, pour empêcher les armées italiennes d'arriver jusqu'aux

de Rome.

Enfin, le sénat prévoyant qu'il ne réussirait pas à remporter de haute lutte, profita de quelques succès pour accorder le droit de suffrage à tous les Etats italiens, sous la condition d'un semblant de soumission.

La guerre des alliés ayant pris fin, le sénat chercha dans unrabterfuge le moyen d'éviter les inconvénients d'une concession forcée* Les nouveaux citoyens, beaucoup plus nombreux que les andm, furent tous classés dans huit nouvelles tribus votant les dernières. Ck)mme le nombre des anciennes demeurait fixé à trente^cinq et qu'on cessait de voter quand la majorité était acquise, les droits politiques des. nouveaux citoyens devaient demeurer le plus souvent i sans aucune influence. On pouvait en conclure que dans ces condi- H tiens, les Italiens n'exécuteraient point des déplacements onérent pour venir h Ro^oie apporter leurs votes, et que les anciens condces ' décideraient toutes les affaires comme auparavant.

Telle fut la première loi qui régla les comices par tribus aprii i l'admission des Italiens, en Tan de Rome 665; mais, dès l'année ' suivante, le tribun Sulpicius proposa une autre loi pour répartir j les Italiens dans les anciennes tribus, sans se dissimuler qu'Os* | pourraient tout décider par la supériorité du nombre. Marins appojt ce projet^ destiné à lui procurer les votes nécessaires pour obtenir le commandement de l'armée contre Mithridate, alors que les comices de Rome avaient déjà attribué à Sylla ce commandement.

Les désordres qui se produisirent à l'occasion du vote de cette loi pouvaient en faire présager les conséquences.

Au moment où la discussion devait avoir lieu au forum^ c'est4idire plusieurs jours avant le vote des comices, les deux coosids * Sylla et Pompéius Rufus s'yrendirent et déclarèrent leur opposH'^ tion ; mais alors Sulpicius, qui avait pris l'habitude de se foire soifft \.\ d'une bande de six cents jeunes gens, et qui leur avait adjoint, jKfii la circonstance, des Italiens porteurs d'armes cachées, donna 1^ ^ signal de l'attaque. Un des consuls fut contraint à s'enfuir, aprto . avoir vu son fils périr sous ses yeux, et l'autre consul, ayant él^

saisi, fut amené, par des menaces de mort, à déclarer qu'il abandonnait son opposition.

La répartition des Italiens dans les anciennes tribus fut déclarée loi de l'Etat^ et les nouveaui comices attribuèrent à Marins le commandement contre Hithridate. Le nouveau proconsul envoya sans retard deux de ses kgaii ou lieutenants généraux pour s'emparer dn commandement de Tannée déjà réunie; mais Sylla, qui était allé promptement se mettre à la tète des troupes, fît tuer les deux cavoyés.

La guerre civile fut ainsi allumée, et si quelques-uns des principaux officiers de cette armée se refusèrent à y prendre part, les soldats s'y résolurent avec acclamation. Sylla n'était point de caractère à user de ménagements envers ses adversaires. Son autorité ne fat pas un moment contestée par son armée, qu'il fit mar« cher contre Rome, où il entra après un combat dont Tissue ne fat pas un instant douteuse. Les chefs du parti adverse purent s'enfair pour la plupart, mais Sulpicius fut saisi et mis à mort. Quelqaes-uns des autres chefs furent proscrits.

Sylla convoqua de nouveaux comices, qui abolirent la loi de Sulpicius relative à la répartition des Italiens dan& les tribus, ainsi ^'ane loi antérieure qui avait dispensé les plébiscites de Tapprotation du sénat. Après avoir fait opérer régulièrement l'élection ^ des nouveaux consuls, il rejoignit son armée qui s'embarquait pour la Grèce. Il avait à peine quitté Rome que déjà Ginna, l'un des consuls, le faisait mettre en accusation lui-même devant le tribunal du peuple.

La tranquillité rétablie à Rome par la force des armes n'y fut pis de longue durée. Le consul Ginna entreprit de rétablir les Itafiens dans les trente-cinq tribus, et proposa de rappeler les bannis. . Aa moment du vote, les violences commises furent si sanglantes, qu'on leur attribue la mort de dix mille hommes. Le parti du sénat demeura victorieux, et Ginna, réduit à fuir, fut déposé et remplacé au consulat.

Tout ne finit pas là, car Ginna, parcourant les divers Etats de

ritalie pour faire valoir ses droits à leur reconnaissance» parvint fc lever des troupes pour la guerre civile.

Pendant ce temps, Marius avait erré sur les côtes de l'Italie» de la Sicile et de l'Afrique. Plusieurs fois sur le point d'être pris ou tué, il avait été protégé par le prestige de sa gloire. Dès qu'il soi que Cinna entreprenait de combattre pour son parti, il s^empresu de traverser la mer pour le rejoindre, et il lui amena, symptitme du désordre existant alors dans les esprits, un millier d'hommei qui s'étaient enrôlés sous sas ordres, quoiqu'il n'eût aucun titre pour opérer une levée. Il réunit bientôt en Italie une armée nombreme et dirigea ses opérations avec une habileté digne de sa réputation militaire. Il commença par affamer Rome en faisant intercepter, pv des navires armés en guerre, les convois de blé venant d'Afrique, de Sicile ou d'Espagne; puis il vint débarquer avec son armé^ dini le port d'Ostie, et marcha sur Rome en combinant ses mouvements, avec ceux de Tarmée commandée par Cinna.

Devant de tels adversaires, le consul Octavius, qui avait pris pour règle de ne point sortir de la légalité, dut déclarer son impuissancik Le sénat en fut réduit à prier Cinna et Marins d'entrer dans Rome en épargnant les habitants. Il subit la nécessité de rétablir Cinoa dans la magistrature consulaire. Marins avait réuni une troupe de satellites qui tuèrent, sans distinction, tous les hommes désignés à leurs coups. Après avoir ainsi satisfait aux vengeances de leur chef, ils commirent tant de crimes pour leur propre compte que Cinna et Sertorius, voulant arrêter ces forfaits, prirent des mesures pour les faire égorger tous pendant leur sommeil.

Cela se passait en l'an de Rome 667. Marins mourut peu après, et Sylla continua encore, pendant cinq ans, une guerre qui embrassait des territoires immenses, en Europe et en Asie. Il adressait ses rapports au sénat, comme s'il ignorait tout ce qui se passait, A quand il apprenait plus tard qu'un consul traversait la mer Adriatique avec une armée pour le supplanter, il ne faisait que redoubler de vigueur pour terminer la guerre.

La paix faite, Sylla n'avait plus qu'à faire embarquer ses troupes

ur rilalie. Il devait prévoir que ses soldats, en y mettant le pied, raient l'unique désir de faire usage de leurs droits d'être licens pour rentrer dans leurs foyers. Hais il avait eu soin, pendant e guerre de cinq ans dans des contrées opulentes, de leur faire s largesses avec une profusion sans bornes. Leur attachement ur le général qui les avait conduits à la victoire se manifesta ►rs, car ils vinrent d'eux-mêmes lui promettre qu'ils ne le quitteent pas et qu'ils continueraient à observer les règles de la discine.

Ce fait^ plus grave pour ses conséquences que tous les précédents, mirait une armée régulière s'engageant toute entière envers son ef et Texcitant à marcher sur Rome pour y changer un gouverment établi. Certain de rencontrer des partisans nombreux, Sylla mmença une guerre civile qui prit de grands développements, r il eut affaire successivement à quatre armées différentes, dont le, il est vrai, changea de parti en se joignant à lui. Lorsque Sylla eut battu les adversaires qui lui furent opposés, il connaître au sénat son intention de devenir maître du gouverneent, et il indiqua de quelles attributions il voulait être revêtu, brs Lucius Valerius Flaccus, prince du sénat, qui remplissait les iictions d'interroi, porta devant les comices une motion qui y fut loptée, et qui était ainsi conçue : « Que tous les actes de Lucius Cornélius Sylla, accomplis quand il était consul et proconsul, recevaient ratification, et qu'à l'avenir il aurait droit de prononcer, en premier et dernier ressort, sur la vie et les biens des citoyens; de disposer, selon son libre arbitre, du domaine public; de reculer les limites de la ville de Rome ou de l'Etat romain, et celles de l'Italie; de dissoudre comme de fonder des cités en Italie; de décider souverainement du sort des provinces et des Etats dépendants; de conférer Yimperium au lieu et place du peuple ; de nommer les proconsuls et les propréteurs, et de décréter des lois nouvelles intéressant l'avenir de la République. Il lurait seul à apprécier quand sa mission serait accomplie, et |uand le moment de déposer ses pouvoirs serait venu ; enfin, il

c serait libre^ soit de nommer aux hautes magistratures, soit de les c laisser vacantes. >

Sylla n'entra pas dans Rome avant d'avoir acquis légalement les ' pouvoirs extraordinaires qui le rendaient maître de l'Etat, avec mission de réformer la constitution politique. Son titre, da reste, le disait formellement, car il fut nommé diciator reipubUeœ am^ iituendx causa. Il faudrait remonter jusqu'aux décemvirs pour trouver un pouvoir analogue; mais alors il avait été exercé par ane commission de dix membres et non par un seul homme.

C'est donc en vertu d'un pouvoir absolu de juger et de condamner que Sylla mit hors la loi un grand nombre d'hommes du parti contraire et les déclara ennemis publics. Non-seulement l'imponité fut assurée à tout homme qui les tuerait, mais une somme d'argent fut promise en récompense; leurs biens furent confisqués; leurs enfants et petits-enfants furent déclarés exclus des grandes fonctions publiques qui conduisaient au sénat. Défense fut faite aux proches des proscrits de les cacher ou de les secourir, sous les peines les plus sévères. On attribue à ces mesures la mort de quarante sénateurs et de seize cents chevaliers, tandis que Marins avait fait périr, d'après les estimations qu'on a pu faire, cinquante sénateurs et mille chevaliers. Les plébéiens sacrifiés ne sont point entrés en ligne de compte.

Les bannis que Sylla avait fait rentrer suivirent son char de triomphe comme étant au nombre des victorieux. C'est un indice de l'étendue qui fut donnée aux proscriptions; elles sévirent dans ritalie entière, car ses habitants, loin d'être, comme par le passé, étrangers aux luttes politiques, y prenaient part avec passion. Le désir qu'avait Sylla de trouver des terres et des propriétés à distribuer, tant à ceux de ses soldats qui avaient accompli le service légal qu'à tous ceux de ses partisans dont les intérêts avaient sonf' fert, lui firent admettre, les yeux fermés, tous les prétextes de cot^" fiscation.

La terreur régna dans l'Italie comme dans Rome, où rien ne ^ résistance à la volonté du dictateur.

Sylla abdiqua la dictatare au bout de trois ans, après avoir réa^ lise, dans la coDstitutioUi une réforme assez importante pour mériter d*ëtre méditée. II vécut ensuite un an sans exercer aucun pouvoir et sans avoir à prendre aucune précaution pour sa sûreté. Gela tend à indiquer que ses cruautés, dont le simple exposé nous transporte d'indignation, étaient considérées par les contemporains, par ceux mêmes qui en avaient le plus souffert, comme des représailles motivées, comme des conséquences inhérentes aux guerres civiles, à

vue époque où le respect de la vie humaine ne s'était point encore

iéreloppé.

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aitc.

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