CHAPITRE XIX
L*anarchie.
seulement la constitution de Sylla, loin de ramener le règne ;, n'avait offert aucune résistance aux coups qui l'avaient de tous côtés, mais elle laissait la république au pouvoir icurable anarchie qui devait finir par la dictature, erre, la guerre des esclaves ajoutant ses destructions à celles rres civiles ; sur mer, la piraterie enlevant toute sécurité aux tés comme aux personnes; à Rome, des propositions de loi is à réduire les dettes si ce n'est à les abolir, des brigues rupule et sans frein pour les élections, pour le vote des lois, s procès politiques : tel est un des aspects que présentait la jue romaine au moment où la littérature, l'éloquence et les rillaient du plus vif éclat.
'emière partie de la carrière politique de Cicéron s'est écoulant cette période, de sorte que les discours et la corresce de l'illustre orateur fournissent des renseignements sur les mœurs comme sur les faits de l'époque, on appartenait à l'ordre des chevaliers et aucun de ses asis n'était encore parvenu à s'élever plus haut, lorsque son . à la fonction d'édile curule lui fit monter le premier échehonneurs. Il écrivait, pendant l'intervalle de temps qui s'éatre son élection et son entrée en charge, ce passage qui fait re et la nature des attributions qu'il allait avoir à remplir et tance de son élévation, non-seulement pour lui-même, mais famille et pour ses descendants :
u'ignore point les devoirs que mon titre impose. Donner au e des fêtes solennelles, avec les plus augustes cérémonies, en aeur de Cérès, de Bacchus et de Proserpine; célébrer les de Flore avec une magnificence capable de rendre cette e propice au peuple romain; renouveler avec toute la pompe
c et toute la religion possibles d'autres jeux^ plus respectables encore c dans leur antiquité, ceux qui les premiers furent appelés jeu € romains, en Thonneur de Jupiter, de Junon et de Minerve; veiller
< à l'entretien des édifices sacrés, à la police et à la sûreté de toute
< la ville; voilà les soins importants dont je sais que je suis chargé.
< Je sais aussi que pour prix de mes veilles et de mes travani, c j'acquiers avec l'honneur de dire mon avis au sénat dans qb € rang plus distingué, la robe bordée de pourpre, la chaise curaki c et le droit d'images pour assurer à jamais la mémoire de moa c nom et honorer mes descendants. >
On sait que ces images des ancêtres consistaient dans leurs bustes^ représentés parla peinture ou faits en cire, qui étaient exposés ôèM; l'atrium de la maison, et qu'on en tirait dans des occasions soleor nelles pour les porter en procession. Cela seul suffisait^ comme oa voit, pour élever la famille et tous les descendants à un très-hari, rang dans la hiérarchie sociale. Il y avait, dans cette grande etd récompense, un puissant stimulant à parvenir aux magistratures la donnaient. La gloire des armes demeurait encore le meilli moyen d'y parvenir, et cela explique pourquoi les désordres qui produisirent à l'intérieur n'entravèrent pas les succès mili contre les ennemis extérieurs. Il faut dire aussi que Rome possédai alors des ressources financières très-considérables qui fortifiaient sa puissance. Les peuples de FEspagne et ceux de l'Afrique 1© payaient des impôts fixes, tandis que ceux de l'Asie avaient dû loi céder des propriétés très-étendues. Ces biens, affermés par les censeurs à des chevaliers romains organisés en compagnies, prodoi* i saient de si gros revenus, que Rome pouvait facilement subvenir am dépenses occasionnées par les guerres étrangères. Aussi la république étendait-elle encore ses conquêtes malgré toutes les discordes» LucuUus et Pompée, pour ne citer que les plus célèbres hommes do. guerre, soumirent de vastes contrées de l'Afrique, et César opém la conquête définitive de toutes les Gaules. Ce n'est pas un mines éloge à faire des Romains de cette époque, que de les voir, au milieu de leurs luttes intestines, ne point se laisser détourner du soiiB
3 combattre et de vaincre l'étranger. Le soldat romain, placé en ce de l'ennemi, n'écoutait aucune autre voix que celle du patrio- ;me et de l'honneur.
Il en était tout autrement au cœur de l'État, qui avait à souffrir i débordement de tous les vices. Les plaidoyers de Cicéron monmt l'aristocratie de Rome aussi corrompue dans ses mœurs, aussi rontée dans ses habitudes de prévarication , qu'avide de luxe, influence et de pouvoir. Il suffit, pour se convaincre que ces acculions n'ont rien d'exagéré, de se reporter à la conjuration de Gaina, que l'éloquence de Cicéron a immortalisée. Ce n'est plus ici spectacle ordinaire de ces rivalités passionnées où des projets rergents sont aux prises ; non : c'est un vaste complot s'étendant r toute l'Italie, en vue de former, à un moment donné, une armée stinée à s'emparer de Rome pour y établir la tyrannie des chefs
complot Le recrutement des adhérents se faisait publiquent; des magasins d'armes étaient tout formés ; d'anciens vétérans lient été pourvus d'avance et secrètement de celles dont ils deent faire usage. Tout était prêt pour une perturbation dont les tes devaient être effroyables. La révolte ne pouvait manquer,
effet, de livrer un pouvoir sans limites à (un Catilina dont le Acipal grief consistait dans l'échec subi par sa candidature au Qsulat.
La vigoureuse dénonciation qui fut prononcée par Cicéron devant
I sénat eut pour effet de hâter la prise d'armes préparée. Catilina èit promptement une défaite décisive qui fut due à une circons- Qce imprévue. Deux proconsuls, revenus d'expéditions lointames, ittendaient en ce moment, avec leurs troupes, que le triomphe qu'ils loBicitaient leur fût accordé. Les armées de ces deux proconsuls «trouvèrent donc aux portes de Rome, juste à point pour aller attapwr l'armée de Catilina avant qu'il eût eu le temps d'en compléter
II formation.
Cicéron fut mal récompensé du grand service qu'il avait rendu. Upart qu'il avait prise à ce mémorable événement faillit même lui Jcvenir fatale. Il avait saisi des preuves décisives de complicité contre
des personnages importants qui n'avaient pas cru, ne se sachant pas compromis, devoir quitter Rome immédiatement. Il les fit incarcérer et les mit en accusation devant le sénat, qui les condamna à b peine capitale. Cicéron se rendit sans perdre de temps au lieu où ib étaient détenus et fit exécuter la sentence. Cet acte devint, quelques années après, l'objet d'une accusation portée contre lui devant hs comices populaires, qui le condamnèrent à Texil pour avoir bi mettre à mort des citoyens sans qu'ils eussent été entendus daof leur défense. Sa maison fut rasée et ses biens confisqués. Son exil, il est vrai, ne dura que dix-sept mois, après lesquels il fut rameié en triomphe par un revirement d'opinion qui provenait d'une coi^ lition nouvelle des partis politiques.
Une de ces coalitions s'opéra en l'an 695 entre trois chefs de parti, célèbres à divers titres, César, Pompée et Crassus. César fli profita pour faire passer une loi agraire qui lui donna une grandi place dans la faveur populaire. La mesure qu'il proposa pour attrî \i buer des propriétés aux citoyens pauvres, était fondée sur ce qoe le trésor de l'État était devenu assez riche pour entreprendre ds rembourser un certain nombre des fermiers qui cultivaient dfli terres publiques, de toutes les dépenses faites par eux pour l'amélioration de la terre. En les indemnisant de toute la plus-valœ donnée à la propriété, on pouvait obtenir sans aucune injustice b libre disposition de biens suffisants pour changer en propriétaire» des citoyens tombés dans la pauvreté et devenus capiie censi. César proposait donc un moyen réalisable de faire sortir de la misère les descendants de conquérants glorieux, ou même des citoyens qoi avaient versé leur sang pour la patrie et qui avaient contribué à ; enrichir le trésor public. Bien que celte combinaison échappât aux inconvénients des lois agraires précédentes, le sénat repoussa te projet. Mais César ayant l'appui de Crassus et celui de Pompéet auquel il donnait par là le moyen de récompenser ses vétérans, soumit la loi aux comices populaires, qui l'adoptèrent avec une extension étrangère au projet primitif, car les terres du domaine public situées en Campanie, qui devaient être exclues de la distri-
ion, furent attribuées à ceux des citoyens pauvres qui avaient s enfants ou plus de trois enfants.
ette loi fit d'autant plus d'honneur à son auteur que sa discusi, son adoption et sa mise à exécution n'occasionnèrent aucun es désordres qui avaient caractérisé les précédentes lois agraires. ir avait servi les intérêts populaires sans tomber dans la faute )rendre pour arme Tanarchie. Le sénat ne fit aucune résistance volonté exprimée par le peuple.
près son consulat. César s'éloigna de Rome; il avait reçu des ices populaires le gouvernement de la Ligurie et de la Gaule Ipine avec trois légions; du sénat, le gouvernement de la Gaule salpine avec une légion de plus.
mdant son absence, qui dura longtemps, Rome fut sans cesse ée par les ruptures ou les réconciliations des chefs de parti, par soupçons, les jalousies et les intrigues qui se croisaient de toutes s, quand elle ne fut pas ensanglantée par des voies de fait, icéron, qui devait à l'influence de Pompée son retour d'exil, ne vait rien de mieux pour lui en exprimer sa reconnaissance que ersuader au sénat, non-seulement de confier à Pompée le soin 5urer les subsistances dans une disette survenue Pan 697 de le, ce qui était naturel et légitime, mais, à cette occasion, de ionner le pouvoir proconsulaire dans l'Italie et hors de l'Italie ' cinq ans. Sous le prétexte des subsistances, comme auparaà l'occasion des pirates. Pompée allait étendre son autorité X)us les pays soumis aux Romains. Un autre sénatus-consulte t attribué à Pompée le gouvernement de l'Espagne et à Crassus i de la Syrie, en les autorisant l'un et l'autre à lever autant de ats qu'ils jugeraient convenable, tant parmi les citoyens que ni les alliés, et leur donnant pouvoir de faire la guerre ou la avec quelque peuple que ce fût. Le sénat, préoccupé du soin •poser des ambitions l'une à l'autre pour les maintenir en équiiy n'hésitait pas à aliéner ainsi ses propres attributions. Les ins du peuple, en s'opposant à cette mesure, avaient le rôle iilier de défendre les attributions du sénat contre lui-même. On
ne saurait s*étonner de voir, après cela, Tautorilé du sénat s'affaiblir à ce point qu'un gouverneur ne se faisait plus scrupule de sortir de sa province sans autorisation.
César fut prorogé pour cinq ans dans le proconsulat des Gaules, par suite de l'en lente maintenue entre lui, Pompée et Crassus. k ce moment, l'absence simultanée des trois principaux chefs de parti ne laissa dans Rome aucun personnage assez influent pour y empè' cher les désordres d'une incurable anarchie. En l'an de Rome 7(M, les consuls sortants n'ayant pu parvenir à faire élire leurs succe«seurs, à cause des scènes de tumulte et de meurtre qui s'étaieisl produites, quittèrent la robe sénatoriale et convoquèrent les sémteurs dans le costume de chevalier, comme une démonstration de danger public; ils firent rendre un sénatus-consulte d'après leqpA nul consul ou préteur sortant de charge ne pourrait être nommé gouverneur d'une province militaire avant un intervalle de cinq ans. Ils pensaient qu'en donnant moins de prise à l'ambition des candidats, on parviendrait à diminuer la violence et la corruption qui étaient devenues des armes admises. L'intention était bonne, mais le moyen employé pour la réaliser n'y suffit pas. Il arriva que les consuls sortant de charge ne furent remplacés ni par des nouveaux consuls, ni par des préteurs, ni par un préfet de la ville. Tout ce qui fut tenté pour arriver à un résultat échoua en présence d'une majorité contraire, et Rome demeura sept mois entiers sans que personne eût en main le gouvernement de la république. Chaque jour, au dire de Lion Cassius, était marqué par des meurtres, et les comices ne pouvaient pas élire les magistrats, malgré l'ardeur des candidats qui n'épargnaient rien pour arriver. Milon, qui était candidat pour le consulat, i^encontre Clodius, tribun du peuple, son adversaire, le blesse tout d'abord; puis, après réflexion, le tue pour éviter sa vengeance. Deux tribuns du peuple, apprenant ce fait, font porter le cadavre de Clodius au forum, le placent sur la tribune aux harangues et crient vengeance.
Peu s'en fallut que le peuple ne mît le feu à toute la ville. H porta le corps de Clodius dans le palais du sénat, éleva un bûchor
es sièges des sénateurs et alluma un incendie qui détruisit le
îénat se réunit sur le mont Palatin le soir même, nomma un >i et rendit un décret chargeant Milon, les tribuns du peuple ûpée de veiller à ce que la république n'essuyât aucun dom- Milon reparut en public, et bientôt il brigua le consulat avec l'ardeur que jamais. De nouvelles luttes furent suivies de lux massacres. Le sénat, réduit à l'impuissance, appela le qui se trouvait éloigné, l'autorisa à faire de nouvelles , et en attendant prit des vêtements de deuil pour indiquer république avait à traverser une phase douloureuse. )ut enfin réussir à faire élire deux consuls et à rétablir par là voir nécessaire au fonctionnement du gouvernement; mais les 5 désordres et la même impuissance d'arriver à une majorité lée se reproduisirent, quelques mois après, dans les comices aires.
lois faites pour empêcher la corruption électorale ne poupoint servir d'obstacle, quand toutes les digues de la légalité t si souvent emportées par la violence. Le sénat avait déclaré 5 attroupements de gens soudoyés pour aller au-devant des lats ou pour leur faire cortège, que la distribution des places tes aux combats de gladiateurs , ainsi que les repas à table e, étaient des infractions à la loi Calpurnia, précédemment >; mais cela ne servit guère qu'à donner des armes aux partis ontester les résultats des votes qui leur avaient été contraires p refuser de s'y soumettre.
tait dans l'usage que les personnages considérables fussent pagnes, surtout quand ils étaient candidats à une charge, roupe de personnes qui leur faisaient escorte. Ce cortège, qui lit parfois très-considérable quand on voulait en faire un i de démonstration, comprenait des amis, des clients, des ms et des serviteurs. Un sénateur, d'après les mœurs du , ne marchait presque jamais seul. Cette coutume devint une ion de rixes fréquentes quand les cruautés dont on avait souf-
fert laissèrent dans les cœurs la soif de la vengeance. Toat devenait alors occasion et prétexte d'agressions violentes; tout renouvelait et ravivait les animosités.
Les liens de la clientèle s'étaient étendus sur toute lltalie, parce que les personnes quelque peu considérables avaient à Rome des affaires et des intérêts qui leur donnaient le désir de s'y constituer des amis et des protecteurs, sous le titre d'hôtes ou de patrons; les municipes avaient des intérêts pareils : de sorte que les principaai personnages de Rome disposaient, au dehors, d'une foule de gens prêts à servir leurs intérêts dans les comices. Il résultait de là qoe les partis politiques se constituaient promptement, mais qu'ils se divisaient avec autant de facilité.
Pompée fut autorisé par un sénatus-consulte à exercer seul les pouvoirs du consulat, ce qui ne s'était pas encore vu. Il préféra avoir un collègue nommé par lui-même et il choisit son beau-père. Pour éviter que sa nouvelle situation ne portât atteinte à la bonne entente qui existait entre César et lui, il fit décréter par le sénat qoe César pourrait, même absent, devenir candidat au consulat lorsqu'il remplirait les conditions légales. Cette attention ne fut pas suffisante pour empêcher de naître un conflit que la mort de Crassus, survenue en Asie à la suite de ses défaites, rendait d'ailleurs presque inévitable.
Pompée possédait toute la confiance du sénat, qui la lui témoigna à plusieurs reprises en lui attribuant des pouvoirs extraordinaires, tandis que César était suspect à cause de l'appui qu'il avait toujours cherché dans le parti plébéien. Une seule des actions de César aurait suffi pour le faire considérer comme un adversaire du parti patricien, car il avait eu la hardiesse, pendant son édilité, de faire remet* tre en place les statues de Marins, qui n'avait point été relevé des condamnations portées contre lui.
Pompée, qui avait peu d activité, de prévoyance et de décision dans le maniement des afiaires politiques, ne sut pas empêcher le consul Marcellus de proposer aux comices populaires une loi qui aurait eu pour effet, si elle n'eût pas été repoussée, de raccourcir
Ja durée du proconsulat de César. Cette atteinte portée au pacte d'alliance fut suivie de plusieurs actes d'hostilité déclarée.
Pendant sa longue absence, César n'avait pas cessé d'entretenir, avec les personnages influents de Rome> des relations très suivies. Il avait mis autant de soin, que Pompée de négligence, à se tenir aa courant du détail des affaires publiques et à déployer son habileté dans l'art de manier les hommes. Son influence s'était donc accrue, à Rome, même pendant l'exercice de son proconsulat. Il avait toujours pris soin de revenir, pendant l'hiver, établir sa résidence dans la partie de sa province la plus rapprochée de Rome, et sa présence avait suffi pour y attirer en foule des personnages désireux de se concerter avec lui. Le terme de ses pouvoirs, qui avaient doré dix ans, approchait, et il ne pouvait pas se faire illusion sur les sentiments du sénat dont la méfiance à son égard était manifeste. Pompée avait été nommé proconsul en Espagne, et comme il exerçait en cette qualité un commandement militaire, la loi lui faisait un devoir d'établir sa résidence hors de l'enceinte fortifiée de la capitale; il était donc établi dans un faubourg de la ville de Rome, lorsque le consul Marcellus n'ayant pas réussi à obtenir du sénat la condamnation d'un tribun du peuple qui lui avait fait opposition, quitta la ville, se rendit près de Pompée, et leva deux légions de sa seule autorité. Il attribua à Pompée, sans aucun décret du sénat, le soin de garder la ville de tout danger, c'était l'invitation d'entrer dans la place avec ses troupes et de la mettre en état de siège. Un seul des deux consuls recourait ainsi, sous le moindre prétexte, à une mesure révolutionnaire qui était acceptée comme naturelle et légitime, tant la population de Rome y était accoutumée. La modé- (ation de Pompée éloignait la crainte qu'il tentât d'usurper une autorité tyrannique.
Les consuls de l'année 704, entrant en charge, eurent à donner lecture au sénat d'une lettre dont ils ne connaissaient pas le contenu. Elle était de César qui annonçait son intention de licencier ses troupes au terme de ses pouvoirs, à la condition que, dans le nième temps. Pompée agirait de même. Personne n'opina pour que
Pompée licenciât les troupes qu'il avait sous ses ordres dans les faubourgs; tous les membres du sénat votèrent une déclaration portant que César était tenu de licencier les siennes. Deux tribuns du peuple s'opposèrent, pendant deux jours, à ce que cette déclaration fût ratifiée; alors le sénat décréta un deuil public. Les sénateurs sortirent de leur salle, changèrent de vêtements et revinrent immédiatement pour délibérer sur la peine à infliger aux deux tribuns opposants. Ceux-ci sortirent de la salle, à leur tour^ sans attendre le jugement, et se hâtèrent d'aller joindre César.
A ce moment le sénat rendit un décret déclarant César ennemi public et traître à la patrie, si son armée n'était pas remise à ses su^ cesseurs, pour être licenciée, avant un terme fixé. Un autre décret chargeâtes consuls et les autres magistrats de veiller à la sûreté de la ville. Après cela, le sénat se rendit en corps auprès de Pompée, déclara qu'il y avait tumulte, et mit à sa disposition toutes les ressources qu'il voudrait en hommes et en argent.
Ce fut dans cette situation que César prit la résolution d'engager la guerre civile.
Les tribuns du peuple, qui étaient arrivés à son camp, exposèrent la situation du gouvernement de Rome devant les soldats, qui se décidèrent tous, sans difficulté ni hésitation, à soutenir la cause de leur général. Labienus, un des lieutenants généraux de César, qui avait acquis dans la guerre des Gaules une réputation éclatante, refusa presque seul de s'associer à Tentreprise de son chef. César le laissa s'éloigner librement pour aller rejoindre Pompée,