‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 27 sur 60 · CHAPITRE XXÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏI

Octave César.

Les Romains n'éprouvaient point pour un assassinat le sentiment d'horreur que ce crime inspire universellement de nos jours chez les nations chrétiennes. Le suicide^ qui était fréquent^ n'était réprouvé ni par la religion ni par les mœurs, et l'opinion semblait considérer, dans un meurtre effectué publiquement, l'acte hardi d'un homme qui s'exposait sciemment au danger des représailles. Le meurtre de César ne fut point envisagé autrement^ malgré l'inviolabilité tribunitienne dont sa personne était revêtue, inviolabilité qui vouait les auteurs de sa mort aux dieux infernaux.

Dans les premiers moments, la nouvelle du meurtre de César produisit néanmoins un sentiment d'effroi caractérisé par un calme extraordinaire. Les partisans du dictateur se crurent menacés par la vengeance d'ennemis préparés à les surprendre et à les opprimer, tandis que ceux-ci croyaient avoir à se mettre en garde contre les effets de l'indignation qu'un tel événement ne pouvait manquer d'inspirer.

Parmi les sénateurs, hommes politiques consommés qui avaient ippris à se dominer, la conciliation fit seule, tout d'abord^ entendre ses accents. Marc Antoine, qui était consul, engagea les deux principaux meurtriers, Brutus et Gassius, à continuer l'exercice de leurs fonctions de préteurs en leur promettant d'assurer leur sécurité. Mais, iprès un événement pareil, il n'y avait plus de confiance possible mtre les deux partis, et l'on ne cherchait, de part et d'autre, qu'à se Tomper mutuellement. On ne persista pas longtemps à feindre de se soumettre à Pautorité du sénat, car bientôt des troupes, mises sur pied sans aucune autorisation légale , formèrent des armées prèles à exécuter tous les ordres de leurs différents chefs , qui n'avaient pas d'autres mobiles que les intérêts de leurs ambitions ûiwgentes. On vit chacun de ces généraux pratiquer des menées

pour enlever aux autres des soldats disposés à se laisser gagner par des gratifications. Alors le sénats réduit à louvoyer entre les ï écueils qui l'environnaient de toutes parts, n'eut plus d'autre J préoccupation que celle de céder au danger le plus pressant, n n'eut pas un seul instant d'autorité réelle. Cette crise, qui préparait ; une transformation complète dans les institutions politiques de - Rome, offre pour cette étude un intérêt particulier et elle mente , d'être envisagée dans ses détails. Il est donc bon de dire qu'apris . leur coup fait, les conjurés se rendirent au forum pour s'efforcer ' de calmer, par des harangues, la crainte des proscriptions. Ils affirmèrent n'avoir tué César que pour rétablir le règne des lois et pour rendre au peuple ses attributions souveraines. L'état des esprits ne' leur parut certainement pas favorable à leur cause, car ils se réunirent au Capitole pour y passer la nuit plus en sûreté que dans ^ leurs maisons. Pendant ce temps Lepide, qu'ils considéraient comme ^ un de leurs adversaires, fit occuper le forum par ses soldats.

Le lendemain, le sénat, qu'Antoine avait convoqué en sa qualitf '; de consul, commença à délibérer sur la conduite à tenir. Cicéron employa son éloquence à persuader aux sénateurs qu'il fallait pro- ^ fiter de cette occasion pour mettre en oubli les griefs du passé. Dn i voile jeté sur le meurtre de César était, suivant lui, le moyen déterminer immédiatement les discordes intestines, et de couper court à ces déplorables guerres civiles qui avaient fait périr, outre les hommes engagés dans ces luttes, une si grande multitude de vieillards, de femmes et d'enfants. Le sénat adopta la double résolution: !• de ne point poursuivre les meurtriers ; 2» de ne point revenir sur les actes accomplis sous l'autorité de César, et par conséquent de ne point inquiéter les citoyens qui avaient reçu de lui des honneurs ou des charges.

Cette conciliation s'opéra dans le sénat à la suite du succès des négociations engagées entre les partis. Les sénateurs, qui étaient renfermés dans le Capitole, ne consentirent à en sortir qu'après avoir reçu pour otages de leur sûreté personnelle un fils de Lepide et un fils d'Antoine. Les plébéiens demeurèrent inquiets et hésitants jus-

<[a'au moment où le testament de César fut lu publiquement. Mais ijoand on apprit ses générosités envers la ville et envers les citoyens paavres^ quand on sut que deux de ses meurtriers avaient été désignés par lui pour devenir ses héritiers k défaut d'Octave, l'agitation commença à se produire; enfin, quand Antoine eut prononcé l'éloge iimèbre de César sur son cadavre sanglant transporté au forum, le peuple s'enflamma et devint menaçant, non-seulement pour les meurtriers^ mais pour les sénateurs qui avaient laissé commettre le crime. Les consuls parvinrent pourtant à arrêter les désordres en faisant lortir de Rome les sénateurs les plus compromis, sous le prétexte de leur donner à remplir des missions spéciales. Mais ces dispositions trompeuses ne pouvaient pas retarder longtemps les hostilités prêtes à éclater. Sur des soupçons inspirés par la conduite d'Antoine, qui avait appelé à Brindes les troupes séjournant dans les provinces d'outre-mer et qui comptait les ranger sous ses ordres, 4|aatre armées furent bientôt constituées, quoique Dolabella,6rulus, Octave et Antoine, qui les commandaient, chacun pour son compte, n'eussent ni l'un ni l'autre reçu aucun pouvoir régulier du peuple .ai du sénat. Les légions appelées veteranœ, parce qu'elles étaient depuis longtemps sur pied , constituèrent la force principale des cbefs auxquels elles obéissaient.

Antoine s'étant jeté sur la Gaule, Dolabella sur l'Asie, Brutus sur la Macédoine, la guerre civile fut engagée de toutes parts sans que k i^àat eût le moyen de l'arrêter. Il était lui-même à la merci d'Octave, dont les troupes séjournaient en Italie, et il s'efforça, suivant f avis de Cicéron, de prendre son point d'appui sur ce jeune homme, légolarisa son commandement, en lui donnant une autorité légale sur les troupes qui lui obéissaient, en le comblant de flatteries, ainsi que de récompenses honorifiques. Cicéron, pour expliquer sa propre conduite dans cette situation épineuse, disait dans sa correspondance privée : < La nécessité de la guerre lui a donné le commandement; le sénat ne lui a donné que les faisceaux, i Déjà très fin politique. Octave porta la dissimulation de ses desseins jusqu'à combattre contre Antoine, que le sénat avait déclaré rebelle, pour dégager Decimus

Bru tas; il feignait d'oublier les ressentiments qui avaient mis les arma à la main des hommes de son parti, de ceux qui voulaient punir lei meurtriers de César. Brutus et Gassius, les deux principaux, avaient été confirmés par le sénat dans le gouvernement des provinces dont ib s'étaient tout d'abord emparés en grande bâte, sans en avoir reçi l'autorisation.

Au moment où Octave avait à recueillir le lourd héritage de soi père adoptif, il était âgé seulement de dix-huit ans, et, quoique soi grand-oncle l'eût déjà emmené avec lui dans sa dernière expéditioi en Espagne, il était retourné, loin de Rome, aux études destinées k le fortifier dans les connaissances nécessaires au citoyen, et sarbnl à l'homme d'Etat. Quand il avait appris le funeste événement qa lui imposait d'autres devoirs, il avait pris le parti de se rendre k Rome sans aucun retard, et il avait déployé, à l'égard des personnages en crédit, une modestie qui avait fait très favorablement ao» gurer de son caractère. Sa popularité s'était promptement accrae ai point de porter ombrage à Antoine, qui avait compté profiter da l'occasion pour parvenir lui-même à la domination.

Dès que la guerre civile était devenue imminente, par suite despréparatifs faits ostensiblement dans plusieurs provinces, Octave n'ayait point hésité à lever des troupes par son initiative personnelle. Deux des meilleures légions de César étaient venues apporter à sa cause leur force redoutable, et il avait en outre formé une troupe d'élite, un corps d'evocati, au moyen de levées faites dans la Campanie, à Cape» surtout, où se trouvaient beaucoup d'anciens soldats auxquels César avait donné des terres. Par la générosité qu'il avait apportée dans les conditions de l'engagement des soldats, il était parvenu à enleva un grand nombre d'hommes à l'armée qu'Antoine formait de son cAté.

C'est alors qu'on vit ce spectacle étrange qui montrait à quel état de dissolution la République en était arrivée : Octafe accueilli très favorablement dans Rome , quand il y entra à la tête d'une armée qu'il avait levée sans aucun mandat, sans aucune appa* rence de légalité. Le sénat n'avait point tardé, malgré l'opposition, des hommes attachés au parti d'Antaine, à donner au fils adoptif d^

César une situation que son âge et son inexpérience ne comportaient point. Une statue lui fut votée; on lui attribua le droit d'émettre son avis dans le sénat, au rang de ceux des membres qui avaient exercé la questure. On lui donna le droit de demander des charges dix ans avant l'âge fixé par les lois pour les autres citoyens. Reconnaissant que s'il avait levé ses troupes sans autorisation il avait agi dans l'intérêt public, on décida que le trésor lui rembourserait les frais qu'il avait faits pour les soldats. Dans le même temps une députation avait été envoyée à Antoine pour lui ordonner de se rendre dans son proconsulat de Macédoine, et les soldats de son armée avaient été invités à rentrer dans leurs foyers, sous peine d'être traités comme ennemis publics.

La majorité du sénat, ainsi engagée contre Antoine avec Tappui d'Octave, n'hésita plus à investir ce dernier, malgré sa jeunesse et son inexpérience, de la puissance prétorienne, et à lui confier la direction de cette guerre conjointement avec les deux consuls.

Ces luttes intestines nécessitaient des dépenses si considérables que tous les citoyens furent imposés à la vingt-cinquième partie de leur capital. Les sénateurs payèrent en outre quatre oboles pour chaque tuile de leurs maisons de Rome. D'autres impôts encore frappèrent les riches, et nombre de villes et de particuliers dressèrent des souscriptions pour fournir l'armement et le matériel nécessaires à la guerre civile qui allait s'ouvrir. Cette guerre s'engagea et Antoine fut vaincu. Octave revint seul à la tête de l'armée, car les deux consuls avaient péri dans la lutte. Le sénat alors, craignant un pouvoir qu'il avait aidé à grandir, voulut en arrêter l'essor; mais les soldats, d'accord avec le sentiment populaire, demandèrent pour lui le consulat, qui ne pouvait être accordé régulièrement à un citoyen avant l'âge de quarante-trois ans. Cette magistrature lui fut décernée par les comices, malgré l'absence des magistrats qui s'étaient tenus éloignés du forum pour entraver l'élection.

Octave profita de sa nouvelle situation pour obtenir une enquête sur le meurtre de César. Les meurtriers, avec leurs complices , furent condamnés au bannissement et à la perte de leurs biens.

Le sénat avait encore une fois compromis son autorité. Le peuple n'avait plus qu'un pouvoir désordonné, mais c'est à ses comices qu'il fallait s'adresser pour avoir l'apparence de la légalité. Seules, les armées possédaient la force et elles n'hésitaient plus à en faire usage. C'est alors qu'Octave se concerta avec Antoine et Lépide, pour constituer un triumvirat reipubltcœ comtituendœ causât à l'imitation des anciens décemvirs, en réunissant sur trois personnes les pouvoirs que Sylla et César avaient placés sur une seule tête. Cette coalition réalisa ses vues.

Les triumvirs furent nommés, par les comices, curateurs et correcteurs de l'État pendant une durée de cinq ans. Ils eurent le droit de régler tout, ou à peu près tout, dans le gouvernement de la République^ sans le concours du peuple ni du sénat; ils purent disposer des magistratures et des fonctions publiques pour les attribuer aux hommes de leur choix. La durée de ce triumvirat fut prolongée plus tard de cinq autres années.

Munis de ces pouvoirs réguliers, autant du moins qu'ils pouvaient l'être, les triumvirs dressèrent des listes de proscription comme Marins et Sylla l'avaient fait avant eux. Cicéron fut au nombre de leurs victimes. Ils donnèrent pour motif du sang qu'ils firent répandre la nécessité de ne point laisser d'ennemis derrière eux au moment où ils allaient passer les mers à la poursuite des parricides. Bientôt après Cassius et Brutus, vaincus à deux reprises, furent réduits à une situation si désespérée qu'ils terminèrent Tun^après l'autre leur vie par le suicide.

Pendant qu'Antoine allait porter la guerre en Asie, Octave revint à Rome, où il était attiré par le désir de récompenser les vétérans de son armée au moyen de distributions de terres; mais il rencontra contre ses projets l'opposition et même l'hostilité d'un consul qui était le frère même d'Antoine. La rupture des relations entre Antoine et Octave fut néanmoins évitée pour un certain temps, au moyen d'un accord qui donna à Antoine tous les pays situés à l'orient de la mer Adriatique, et ceux de l'occident à Octave, en conservant l'Afrique à Lépide.

Octave dut aller successivement en Gaule pour apaiser une révolte et en Sicile pour empêcher que Rome ne fdt affamée. Lépide, débarqué en Sicile pour concourir à Topéralion d'Octave , forma le projet de garder pour lui la Sicile; niais Octave n'hésita pas à faire obstacle à ses vues^ et^ le tenant assiégé dans son camp, provoqua la désertion de ses soldats, qui abandonnèrent leur général et le réduisirent à venir lui-même se rendre prisonnier. Il est à remarquer que l'armée de Lépide comprenait non-seulement des hommes libres, qui furent incorporés dans les légions d'Octave, mais aussi des esclaves, qui furent livrés à leurs maîtres, quand on put retrouver ceux-ci, et mis en croix quand on fut hors d'état de savoir à qui ils appartenaient.

Sur ces entrefaites, quelques désordres s'élevèrent dans l'armée d'Octave, par suite des exigences d'un certain nombre de soldats qui demandaient des récompenses. Octave, usant de fermeté et de sang-froid, donna des congés aux soldats qui demandaient à quitter le service, en croyant ainsi l'obliger à céder, à cause du besoin qu'il avait d'eux. Après avoir congédié tous ceux des mutins qui avaient fait dix ans de service, il leur déclara qu'il ne se servirait plus jamais d'eux. Les autres, craignant de perdre leurs titres aux récompenses, et surtout de ne pas participer à la distribution des terres, rentrèrent dans le devoir.

Après que tout eut été remis dans l'ordre , Octave donna cinquante drachmes à chacun des soldats restants, et, peu de temps après, il fit distribuer des terres aux vétérans. Les terres du domaine public étant insuffisantes, il en acheta sur le territoire de Capoue, où les cultivateurs faisaient défaut.

Le sénat décerna à Octave, en approuvant sa victoire sur Lépide, des éloges, des statues , un arc de triomphe, le titre de prince du sénat, le privilège de faire son entrée à cheval, le droit de porter toujours une couronne de laurier, en y ajoutant l'honneur envié d'un banquet anniversaire, donné au Capitole dans le temple de Jupiter, et auquel sa femme et ses enfants prendraient part. Lors de son arrivée i Rome, de nouvelles récompenses furent encore décernées à celui dans lequel on pouvait déjà voir le maître futur. Il fut décidé qu'on

lui donnerait une maison appartenant à TÉtat ; ensuite on le nomma pontife; mais il refnsa, disant qu'il n'était pas permis de dépouiller un pontife vivant. Pour le mettre à l'abri de toute injure et le distinguer des autres citoyens, on décréta que tout coupable envers lui encourrait les chitiments établis pour attaque à la personne d'oB tribun du peuple.

C'est en cette année 719 qu'Octave confia à Mécène Tadministration de Rome et de l'État romain, ainsi que celle de toute l'Italie.

Bientôt après, 0 :tave fit attribuer à Octavie, sa sœur, et à livie, sa femme, l'honneur d'avoir des statues et le droit d'administrer leurs biens sans tuteur. Elles reçurent, de plus, le privilège d'être garanties contre les injures par une inviolabilité assimilée à ceUe des tribuns du peuple.

Ces attributions exceptionnelles, qui élevaient la famille de César au-dessus de toutes les autres, n'étaient pas faites pour satis&ire Antoine, déjà porté auparavant à soupçonner chez son collègœ l'intention d'accaparer la domination exclusive.

La guerre civile entre le parti des meurtriers de César et celui des hommes qui avaient soutenu sa cause était à peine terminée, qu'on pouvait déjà en prévoir une nouvelle entre les deux triumvirs devenus rivaux. Quoiqu'il n'y eût point en discussion, entre ces deux personnages, d'autres questions que celles des influences, chacun d'eux, regardant déjà la lutte comme inévitable, cherchait à augmenter le nombre et le pouvoir de ses partisans.

Octave et Antoine commencèrent leurs préparatifs, l'un comme l'autre, l'an de Rome 722, par frapper des contributions, par réunir des approvisionnements, par lever des troupes; en un mot, par Cwre tous les actes dictés par une résolution de guerre décidée. Octave, rechei'chant l'avantage de ne point engager une guerre civile, fit déclarer la guerre à Cléopâtre, sans mentionner ni Antoine, ni les sénateurs ou les citoyens attachés à sa cause.

Les sénateurs du parti d'Antoine avaient quitté Rome pour le rejoindre, et il pouvait, tout comme son rival, se targuer d'avoir pour lui le vrai sénat. La bataille d'Actium, livrée le 2 septembre

de Tan de Rome 723, décida la lutte. Octave, débarquant à Brindes Taimée suivante, fut reçu à son arrivée sur le territoire italien par le sénat venu en corps au-devant de lui. La multitude des citoyens accourus pour lui faire fête Taccueillit avec enthousiasme. On comptait, non sans motif, que la fin de la guerre civile allait amener une diminution dans les impôts qui étaient accablants. Les affranchis possédant cinquante mille drachmes ou plus avaient été taxés au huitième de leur capital. Les citoyens payaient le quart de leur revenu annuel.

Après la bataille d'Actium, Octave s'était hâté de diminuer le nombre des soldats sous les armes, pour atténuer les dépenses résultant de l'entretien des deux armées. Il avait commencé par renvoyer dans leurs foyers tous les soldats de Tun et de l'autre parti qui avaient dépassé un certain âge. Après cela il répartit dans ses légions les soldats restants. Des précautions furent prises pour empêcher les soldats licenciés sans récompense de pouvoir se concerter et de produire des troubles. L'accueil fait à Octave au moment de son débarquement en Italie, montrant la faveur dont il jouissait dans Topinion, contint les mécontents. Les soldats licenciés attendirent de la bienveillance d'Octave l'amélioration de leur condition et leur espérance ne fut point trompée. Il prit des mesures qui lui procurèrent des terres à distribuer dans les territoires des populations italiennes qui avaient suivi le parti d'Antoine.

Octave reçut à son entrée dans Rome de nouvelles attributions et de nouveaux honneurs. On décréta que les prêtres et les prêtresses, dans leurs prières pour le peuple et pour le sénat, prieraient aussi pour lui ; que des libations en son honneur seraient faites dans les banquets publics comme dans les maisons particulières. On lui attribua à vie une partie de la puissance tribunitienne, qui lui donnait droit de protection sur tous ceux qui recourraient à son intercession, et cela dans un territoire qui n'était point limité à Yager romain, comme pour les tribuns. Leur inviolabilité lui fut acquise. Enfin il reçut le droit déjuger les appels, et son jugement, considéré comme celui de Minerve, fut définitif.

C'est ainsi que, par lassitude des guerres civiles autrement inévitables, le sénat et le peuple romain en arrivèrent à aller au-devant des désirs qu'Octave pouvait avoir conçus, pour l'élever au-dessus du rang de tous les hommes d'État qui l'avaient précédé, pour lui attribuer même des prérogatives du pouvoir souverain. Mais tout cela n'était encore fait, comme pour César, qu'à titre personnel et temporaire.

Dion Cassius a rapporté qu'avant de prendre son parti sur la nature du gouvernement qu'il devait constituer. Octave avait consulté ses deux plus intimes conseillers, Agrippa et Mécène. Cet historien nous a conservé les deux mémoires écrits à cette occasion et mis, à l'ordinaire, sous la forme de discours. Ils sont l'un et l'autre dignes de leurs auteurs, quoiqu'ils concluent en sens inverse. Agrippa voudrait revenir au beau temps de la République, alors que les mesures politiques étaient proposées par le sénat et ratifiées par le peuple, alors que les citoyens recherchaient le service militaire avec empressement , alors que le commandement dans les légions était ambitionné par la noblesse. Malheureusement Agrippa, après avoir exprimé pour le beau temps de la République une admiration légitime, n'a indiqué aucun moyen de revenir à ce passé. Il s'est pourtant montré digne d'être consulté par Octave, en ne lui cachant pas sejs préférences pour la conservation de la République. Mécène, au contraire, conseilla sans hésiter l'établissement du gouvernement d'un seul comme étant devenu absolument nécessaire. Les développements dans lesquels il est entré donnent une grande valeur à ce document d'une singulière importance, qui mérite d'être cité ici presque en entier.

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