CHAPITRE IL Numa Pompilius
A la mort de Romulus^ les Romains et ceux des Sabins qui leur
étaient intimement liés avaient encore une existence séparée. Une année d'interrègne fut employée à négocier sur les conditions de la nomination d'un souverain commun. Les Sabins ne consentirent à ce que l'élection fût faite par les Romains qu'à la condition que leur choix portât sur un Sabin. C'est ainsi que Numa Pompilius fut proclamé roi. Son règne de 42 ans fut employé surtout à perfectionner les institutions religieuses de l'Etat et à asseoir le droit de propriété, en même temps sur des peines sévères à subir immédiatement et sur la menace de peines à subir après la mort par celui qui serait coupable d'avoir osé le violer.
Numa Pompilius consolida l'union des deux peuples, de manière à n'en faire plus qu'un seul, par un nouveau culte commun à tous les citoyens, sans rien changer au culte de chaque famille, ni au culte de chaque genSy ni au culte de chaque curie. Il fonda un culte officiel pour les dieux protecteurs de l'Etat agrandi. Jupiter, Vesta, Mars et Romulus, imploré sous le nom de Quirinus, eurent des temples servis par des pontifes nouveaux, et ces pontifes, choisis parmi les principaux citoyens, 'appartinrent toujours aux grandes familles.
Le roi lui-même exerçait un sacerdoce. Le foyer sacré et les pénales de la cité étaient placés près de sa demeure ou dans sa demeure même, il entrait en rapport avec ces dieux par la prière; il interrogeait leurs volontés pour y donner satisfaction.
Parmi les pontifes, les augures formèrent un collège où l'art des présages, reposant sur divers moyens de reconnaître la volonté des dieux, fut spécialement cultivé. Cet art, une fois admis, acquit untf si grande importance qu'un magistrat ne pouvait entrer en chai^^ sans avoir pris les auspices, et qu'une entreprise intéressât
pfde a riolerprsUtk» écûai ooeàtts aa c^iése des préties dénoomés jar !a ss^ fes fiarfii iiii. Ce coQége est resté préposé à la oSâinlioa des jeox sécailaires^ xa^ cohow les jeux publics. Us sole&cîtés et tes procesâo^ étaîeirt tsajoais accompagnés &i rites sacrés e& FlMMifioir des dkas, m antre coD^ de praires comms sous le bob de jq*lewûi, fat ciéé ensiâe pour ntisÊdre sçécuhrDOd à ces besmis da calt&
A ces quatre collège de prêtres, c'est^-dîre anx pontifes, aux augures, aax quiiideceiinrirs, aux septennîrs, il £uit ajonler, sans parler de quelques antres coDéges moins importants, celui des vestales. Les jeunes filles destinées à ce sacerdoce étaient prises dans les plus importantes familles ; elles étaient omsaciées pendant trente ans au culte de Vesta.
Les hommages rendus aux dieux consistaient en prières, en vœux on offrandes et en sacrifices; mais les attributions des ministres du culte s'étendaient au delà de lenr participation à ces cérémonies* Ainsi 9 les pontifes avaient à juger les affaires relatives aux mariages, ct^ en outre, à régler Tannée en dressant le calendrier ofiideL Le grand pontife, qui était nommé à vie parmi les pcr«onnagc» qui avaient occupé les plus hauts emplois, avait des attributions très étendues comme chef suprême de toutes les affaires qtii concernaient la religion; il était particulièrement chargé de nofer sur un registre tous les événements d'intérêt public qui se produisaient dan» Tannée; enfin, ses attributions comme juge des affaires do «a compétence allaient jusqu'au droit de vie et de mort. /
* Les augures exerçaient aussi, dans la société romaine, à Tépoque primitive, une influence d'autant plus considérable qu'ils étaient pranquo toujours tonsuHés sur l'avenir réservé aux projets des fa-
milles, notamment à l'occasion des mariages. Les noces ne se faisaient habituellement qu'après avoir obtenu des auspices favorables à l'union projetée. Les augures ne furent pris, à l'origine, que parmi les patriciens, et cela dura pendant plusieurs siècles.
Les quindecemvirs n'étaient pas moins honorés que les pontifes et les augures, parce que les livres sibyllins étaient considérés comme renfermant les destinées de Rome. Enfin, les septemvirs revêtus, comme tous les autres, d'un costume distinctif, remplissaient la fonction la plus populaire, à cause des rites qu'ils accomplissaient dans toutes les cérémonies publiques.
Deux autres fondations religieuses qui remontent à Numa Pompilias doivent encore être mentionnées ici, à cause de leur caractère tout spécial et de l'importance politique de leurs actes. Les féciales étaient des ministres d'un caractère sacré créés pour remplir les fonctions de messager d'Etat dans les circonstances qui motivaient une déclaration de guerre ou la'conclusion d'un traité de paix. Leur intervention avait pour objet d'appeler la protection des dieux sur les conséquences de ces actes. Les rites d'une déclaration de guerre s'accomplissaient en deux actes séparés par un intervalle de temps déterminé. Une députation de féciales était chargée d'aller demander réparation. Arrivé à la frontière du peuple mis en cause, le premier féciale prononçait k haute voix la plainte du peuple romain; il la répétait en s'adressant à l'habitant qu'il rencontrait le premier, puis encore à la porte et au forum de la ville servant de résidence au gouvernement. Après cela un délai de ferente-trois jours était laissé à ce gouvernement pour réfléchir sur la réclamation qui lui avait été faite; mais si une réponse favorable n'arrivait pas, la députation des féciales venait répéter une dernière fois la sommation et retournait à Rome pour déclarer au sénat que les dieux ne s'opposaient point à la guerre. La décision prise ensuite par le gouvernement de Rome était suivie d'une déclaration de guerre prononcée à la frontière de l'ennemi par le pater patratus qui s'exprimait ainsi qu'il suit : « Si la demande que je fais qu'on me remette ces hommes ou ces choses est injuste ou impie, ne permuets pas.
\ i^ie 'fi, r^vjat na patrie, » A èsùsA des *j*^*^^*^»im^ demandéi», 2 praoûiiafc aiCEirs cette aiÇ:£rxtîo& : « Eeoste, Jupiter, WAVt^ JisiKi, ec 6(}i siââ OiinzÂL», et ^Qus 1» dieax dn cid, <i-jenic (ie U t^rre, 'iiaxx des ^vrs, je loss preids à léaBoiiis que e^ pnpl^ <st njnste et !U3a5 Rriâe satîsEietîoiL. » Le Eôile prooédaîf, en termi^iant, i3 pf<?mier acte des iiostilîftés : fl sùsissail un jarret «fi'il ^azfxX contre le territoire de FesubemL
De teilés cérémooies , malgré leor soleimîté Téritible» étiie&t sa?» <!feate ÏTWûfB^ntPt^ poor empédier le gOQTeneaieiit romain d'e&treprendre des guerres d'ambitioa : mais eDes étaient de nature \ zagnaeatet la confiance de la nation, qui croyait sa canse jdaoée SMS la protection de tons ses dieox.
Apr^ aroir procédé an partage, entre les citoyeas, des tores eonqoises sons le règne de son prédécesseor, Nnma Pompifinsfit procéder an bornage des propriétés. Pour assarer rinTioIabflité de Cf^ limites, si iadles à déplacer, la religion voua anx dieux infernaux tons ceux qui se rendraient coupables d'un tel crime. Des fêtes célébrées chaque année en l'honneur des limites des champs servirent à rappeler le respect qui leur était dû« En assurant ainsi d^;s droits qui sans elle auraient été constamment maiacés et en garantissant au propriétaire les fruits de son travail, la religion prêta à la société civile un appui sans lequel elle aurait été exposée h manquer de stabilité. Son influence s'étendait depuis la base jusqu'au sommet de Tédifice social, car le roi lui-même célébrait personnellement des rites sacrés pour lesquels sa présence était regardée comme nécessaire.
La croyance des Romains les portant à admettre que les autres peuples avaient des dieux protecteurs différents de ceux de Rome, les conduisit encore par la suite à employer parfois un moyen fort habile de s'assimiler ou de se concilier des peuples étrangers; ils admettaient dans Rome le culte de leurs dieux en leur élevant tm temple qui était servi par des prêtres particuliers. Cette admission des nouveaux dieux n'avait point lieu en vertu d'idées analogues à celles qui ont conduit les peuples modernes à la liberté des
cultes : elle n'était prononcée par les pouvoirs publics qu'avec l'assentiment des pontifes et après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour s'assurer que les dieux protecteurs de Rome n'en seraient point offensés.
L'organisation du culte religieux a eu chez les Romains ce caractère distinctif que les mêmes hommes, pris parmi les plus éminents citoyens, furent préposés aux actes religieux comme à tous les autres actes du gouvernement de la république, de telle sorte que le même homme eut souvent à exercer en même temps une magistrature religieuse et une magistrature militaire ou civile. L'influence de la religion sur les esprits s'exerça dans le sens de l'intérêt public, au grand avantage de l'État. La croyance déjà acquise et dès lors incontestée de l'immortalité de l'âme présentait le bonheur dans un autre monde comme étant la récompense des actions généreuses, et particulièrement de la valeur déployée dans les combats contre l'ennemi de la patrie.
Les deux portes du temple de Janus, faites pour demeurer ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix, étaient destinées à ne se clore qu'à de rares intervalles, car la politique des Romains ne tarda pas à reconnaître les avantages qu'elle pouvait tirer de la guerre, à la double condition d'abord d'entretenir l'habileté, le courage et la confiance de ses armées par des expéditions fréquentes, ensuite d'éviter autant que possible d'avoir à soutenir plusieurs guerres à la fois.
Numa Pompilius avait pu fermer le temple de Janus, mais ses portes demeurèrent ouvertes sans interruption pendant le règne des rois qui vinrent après lui.
Tullus Hostilius, successeur de Numa Pompilius, régna de Tan 82 à l'an 114 de la fondation de Rome. Il lutta d'abord contre les armées du peuple d'Albe, et la victoire des trois Horaces sur les trois Curiaces eut pour conséquence d'adjoindre au peuple romain des Sabins établis sur le mont Cœlius. Le renouvellement de la lutte amena ensuite pour le peuple d'Albe une défaite si décisive, que leur ville fut complètement détruite. Les Albains vinrent gros-
sir le peuple romain» auquel ils fournirent des patriciens et des chevaliers aussi bien que de simples citoyens.
Ancus, successeur de TuUus Hostilius, régna de Tan 114 à Tan 148 de la fondation de Rome. Pendant son règne les expéditions se succédèrent, de même que sous le précédent» tantôt contre une des peuplades du voisinage et tantôt contre une autre. Les succès obtenus amenèrent l'extension de Rome jusqu'au mont Aventin et celle de son territoire jusqu'à la mer. La population et la puissance de l'État étaient donc encore bien modestes cent cinquante ans après sa fondation.
De même que ses trois prédécesseurs, Tarquin l'Ancien arriva à la plus haute des magistratures par la voie d'une élection pour laquelle le peuple entier fut réuni dans les curies. L'idée d'hérédité du pouvoir suprême ou même de titres résultant des liens de famille demeura encore étrangère au résultat du vote. Sous son règne, le territoire continua à s'accroître et le bulin enlevé au vaincu servit à assainir la ville, à la rendre plus forte contre toute attaque et à l'embellir.
Le travail du grand égout, cloaca maxima, qui subsiste encore, la construction d'une enceinte en murailles de pierres, les portiques érigés autour du Forum, le Capitole commencé, tout montre que Rome était parvenue à entrer dans la phase de civilisation que les arts secondent et embellissent parleur concours.
L'augmentation du nombre des sénateurs ainsi que l'augmentation du nombre des centuries de cavaliers, qui furent portées de trois à six, sont des preuves manifestes d'un accroissement considérable dans la population comme dans la richesse de l'État.
Une longue série de succès presque ininterrompus pendant cent soixante-seize ans avait été la conséquence de l'obligation du service militaire imposé à tous les citoyens. Il faut dire aussi que la constitution politique établie par Romulus avait, par son bon fonctionnement, déterminé l'habile emploi de la force nationale. Néanmoins Servius TuUius, qui fut le successeur de Tarquin l'Ancien, jugea à propos de faire subir à la constitution de Rome des innovations qui méritent de fixer l'attention.