‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 34 sur 60 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Exposé qu'Auguste a fait de ses principaux actes.

t A l'âge de dix-neuf ans, j'ai levé, de mon initiative personnelle et à mes propres frais, une armée avec laquelle j'ai rendu la liberté à la république opprimée sous la tyrannie d'une faction. En récompense, le sénat, par des décrets bonoriiiques, m'admit dans son sein, sous le consulat de C. Pansa et d'A. Hirtius, en me donnant rang de consulaire. Il me décerna en même temps Yimperium, ^ pour qu'il n'arrivât point malheur, il me chargea de veiller au saint de l'État, avec les consuls Hirtius et Pansa. Les deux consuls étant morts à la guerre, le peuple, la même année, me nomma consul, et, pour cinq ans, triumvir chargé d'organiser la république.

t J'ai envoyé en exil les hommes qui avaient tué mon père, punissant leur crime par des jugements réguliers; comme ils faisaient la guerre à la république, je les ai vaincus deux fois en bataille rangée.

< J'ai porté mes armes sur terre et sur mer, soutenant des guerres civiles et étrangères par tout l'univers. Victorieux, j'ai pardonné à tous les citoyens qui avaient survécu aux combats. J'ai épargné les nations étrangères, toutes les fois que je l'ai pu sans danger, aimant mieux les conserver que les détruire. Environ 800,000 Romains m'ont prêté le serment militaire, et sur ce nombre, un peu plus de 300,000, libérés du service, ont été établis par moi dans des colonies ou renvoyés dans leurs municipes. Je leur ai à tous assigné des terres ou donné, pour qu'ils en achetassent, une somme d'argent prise sur mon épargne. J'ai capturé 600 navires, sans compter tous ceux qui étaient moins grands que des trirèmes.

« Deux fois j'ai reçu les honneurs de l'ovation et trois fois ceux du grand triomphe. Vingt et une fois j'ai été ^prochmé mperaior.

« Le sénat m'a, dans la suite, décerné beaucoup d'autres triomphes, mais je me suis abstenu de les célébrer, et me suis contenté

de déposer les lauriers au Capitule, accomplissant, du reste, au nom de la république, les vœux que j'avais formés pour chaque guerre. A Toccasion des succès obtenus sur terre ou sur mer sous mon commandement, ou par mes lieutenants sous mes auspices, le sénat décréta cinquante-cinq fois que des sacrifices d'actions de grâces seraient offerts aux dieux immortels. Huit cent quatre-vingtdix journées ont été employées à ces sacrifices, dont la durée avait été fixée par des sénatus-consultes. Dans mes triomphes, neuf rois <m enfants de rois ont été conduits devant mon char. Lorsque j'écris eed, j'ai été treize fois consul, et je suis dans ma trente-septième année de puissance tribunitienne.

c Je n'ai point voulu accepter la dictature qui me fut offerte par le sénat et par le peuple, d'abord en mon absence, puis pendant ma présence à Rome, sous le consulat de M. Marcellus et de L. Arruntius.

c La ville souffrant cruellement de la disette, je n'ai point refusé de me charger du soin d'approvisionner le marché. Grâce à mon activité et aux dépenses que j'ai faites, j'ai pu écarter le danger en Ipeu de jours et délivrer le peuple de toute crainte. Il m'offrit le con- *" salât pour cette année-là et pour toute ma vie, mais je ne l'ai point accepté.

c Sous le consulat de M. Vinutius et de A. Lucrelius, puis sous celai de P. Lentulus, enfin, pour la troisième fois, sous celui de ftialus Fabius Maximus et de' A. Tubero, j'ai reçu, par l'accord du peuple et du sénat romain, avec les pouvoirs les plus étendus, la sorveillance des lois et des mœurs. Quand, plus tard, on a voulu me confier de nouveau des pouvoirs analogues, je ne les ai point acceptés; lorsque ensuite le sénat m'a chargé de régler d'autres tfaires, je les ai terminées en vertu du pouvoir tribunitien dont féfyis revêtu. Dans cette charge, je me suis cinq fois associé un collègue, avec l'assentiment du sénat.

t J*ai été pendant dix ans de suite triumvir chargé d'organiser la république. J'ai occupé le rang de prince du sénat jusqu'au jour (A j'écris ceci, c'est-à-dire -pendant quarante ans. J'ai été grand pontife, augure, membre du conseil des quindécemvirs et de celui

des septemvirs, du collège des frères arvales, de celui des prttres titiens et de celui des féciaux.

c Dans mou cinquième consulat, j'ai, par ordre du peuple et da sénat, augmenté le nombre des patriciens. Trois fois j'ai dressé k liste des sénateurs. Dans mon sixième consulat, j'ai célébré la céié* monie du cens, ayant pour collègue M. Agrippa ; il y avait quaranl» deux ans qu'on n'avait procédé au recensement du peuple romain. Dans ce dénombrement, le nombre des citoyens romains s'est âeié à quatre millions soixante-trois mille. J'ai exécuté la même opéifttion une seconde fois seul, avec le pouvoir consulaire, sous le om* sulat de C. Gensorinus et de C. Asinius ; alors j'ai compté qoatie millions deux cent trente-trois mille citoyens romains. J'ai fidt on . troisième recensement avec le même pouvoir, ayant pour ooUègie mon fils Tib. César, sous le consulat de Sext. Pompée et de SeiL ApoUeius, le nombre des citoyens romains a été de quatre mîUioDS neuf cent trente-sept mille.

c Par la promulgation de nouvelles lois, j'ai fait revivre ki exemples de nos ancêtres, que Ton commençait à oubli», et j'id J moi-même donné à la postérité des exemples qu'elle devra ellfl^ ^ cher à imiter.

f Le sénat décréta qu'au terme de chaque période de cinq ans, des vœux solennels seraient offerts pour mon salut par la boachi ^ des consuls et des prêtres. A l'occasion de ces vœux eurent lin*^ souvent des spectacles offerts tantôt par un des quatre grands cot- i lèges sacerdotaux, tantôt par les consuls. Des sacrifices ne cessèrent d'être offerts aux dieux pour ma santé, dans tout l'empire, par les villes comme par les particuliers.

c En vertu d'un sénatus-consulte, mon nom a été inséré dans le chant des Salions; en outre, une loi a déclaré que je serais sacrosaint et que j'aurais à vie le pouvoir tribunitien. Le peuple m'offrait la charge de souverain pontife que mon père avait exercée avant moi; mais je n'ai pas voulu prendre la place d'un homme qui vivait encore. Quelques années après, ce sacerdoce étant devenu vacant par la mort de celui qui en avait pris possession pendant nos dis-

sensions civiles , j'en ai été mis en possession. Toute Tltalie est accourue à Rome pour prendre part aux comices qui m'en ont re¥étu. On ne se rappelait pas y avoir jamais vu une foule pareille; c'était sous le consulat de P. Yalgius et de G. Valgius.

c Le jour où, sous le consulat de Q. Lucretius et de M. Yinucius, je revins de Syrie à Rome fut^ par décret du sénat, appelé Auguslalia, et, en mémoire de mon retour, un autel fut élevé devant la porte de Gapène, auprès du temple de l'Honneur et de la Vertu. nfut ordonné que les pontifes et les vierges vestales iBssent, sur cet iutei, un sacrifice anniversaire. Par décret du sénat, les personnes qui avaient rempli les premières charges de l'État furent envoyées Ima rencontre jusqu'en Campanie, avec une partie des préteurs et des tribuns en charge et avec le consul Q. Lucretius. Cet honneur n'avait encore été accordé à personne.

c Lorsque, après avoir heureusement terminé les affaires d'Espagne et de Gaule, je revins de ces provinces à Rome sous le consulat de Tib. Néron et de P. Quintilius, le sénat décréta qu'à l'occasion de ■on retour un autel serait érigé dans le champ de Mars et consacré àiaPaix-Augusta; puis que, sur cet autel, les magistrats, les prêtres et les vierges offriraient chaque année un sacrifice.

« La porte du temple de Janus Quirinus qui, comme l'ont voulu

^iBB pères, ne se ferme que quand la paix règne sur toutes les terres

[ al for toutes les mers soumises aux Romains, n'avait été fermée que

tel fois, comme l'attestent nos annales, pendant tant de siècles

qdte sont écoulés depuis la fondation de Rome; sous mon princi-

|Hiti le sénat a proclamé trois fois qu'il y avait lieu de la fermer.

« Le sénat et le peuple, voulant me faire honneur, avaient désigné consuls, pour entrer en charge cinq ans plus tard, mes deux " • • fib que le sort m'a ravis, bien qu'ils ne fussent encore que dans leur quinzième année. Le sénat décréta en outre que, du jour où ils paraîtraient sur le forum, ils seraient autorisés à assister à ses délibérations sur les affaires publiques. Les chevaliers romains les avaient proclamés l'un et l'autre princes de la jeunesse, après avoir bit don à chacun d'eux d'un bouclier et d'une lance en argent.

c J'ai compté à la plèbe de Rome trois cents sesterces par lète, ' en exécution du testament de mon përe^ et quatre cents, en mon propre nom, pendant mon cinquième consulat. Ces fonds pr(rrenaient du butin fait pendant les guerres. Une autre fois, dans moB dixième consulat, j'ai donné à titre de congiaire quatre cents sesterces par tête pris sur ma fortune particulière. Pendant mon onzième consulat, j*ai fait effectuer douze distributions de blé que j'avais acheté à mes frais. Dans la douzième année de mon ponvoir tribunitien, j'ai encore donné, pour la troisième fois, quatre cenfi sesterces par tète. Ces libéralités ne se sont jamais faites à Hft • nombre d'hommes inférieur à deux cent cinquante mille. Dans la ^ dix-huitième année de mon pouvoir tribunitien qui fut celle de moB i douzième consulat, j'ai donné soixante deniers par tête à trois ceiiK ^ vingt mille hommes de la plèbe urbaine. Pendant mon cinquiMft ; consulat, j'ai fait distribuer, sur le produit du butin, mille sestereei ' par tête dans les colonies formées de mes soldats; le nombre dd .. hommes qui ont participé à cette libéralité triomphale a été de cent vingt mille environ. Pendant mon treizième consulat, j'ii donné soixante deniers par tête aux hommes inscrits sur la liste àm distributions publiques de blé ; leur nombre dépassait deux (xA ' mille.

t J'ai payé une indemnité aux raunicipes pour les terres que j'ai assignées aux soldats pendant mon quatrième consulat, et plus tari J pendant le consulat de M. Crassus et de Cn. Lentulus Augur. U " somme payée aux municipes d'Italie pour les terres mises à mt disposition a été d'environ six cents millions de sesterces, et d'en- ! viron cent soixante millions de sesterces pour les terres fournies ; par les provinces. J'ai été le seul à agir ainsi de tous ceux qui (tfl î jusqu'à présent établi des colonies en Italie et dans les provinces. Plus tard, sous les consulats de Tib. Néron et de Cn. Pison, de C. Antistius et de D. Lœlius, de C. Calvisius et de L. Pasîenus, de ! C. Lentulus et de M. Messela, de L. Caninius et de Q. Fabridus, j'ai accordé une gratification aux vétérans que je renvoyais dans leurs municipes, et j'ai dépensé à cet effet millions de sesterces.

€ J'ai aidé quatre fois le trésor public de mes propres fonds en mettant cent cinquante millions de sesterces à la disposition des intendants du trésor. Pendant le consulat de M. Lepidus et de L. Arruntius, j'ai versé, au nom de Tib. César et au mien, cent soixante-dix millions de sesterces dans le trésor militaire fondé, d'après mon conseil, pour le paiement des gratifications à payer aux soldats qui auraient servi vingt ans et plus.

« L'année du consulat de Cn. et P. Lentulus, les greniers publics étant vides, j'ai acheté du blé à mes frais et j'en ai donné à cent mille hommes.

c J'ai bâti la curie et le temple de Minerve Chalcidienne, contigu

à la curie, le temple d'Apollon, sur le Palatin, avec ses portiques,

le temple du divin Jules, le Lupercal, le portique voisin du cirque

de Flaminius, portique auquel j'ai permis de laisser le nom de cet

Octavius qui en avait bâti un, antérieurement, sur le même sol, le

, pulvinar voisin du cirque de Maxime, le temple de Jupiter Feretrien

et celui de Jupiter Tonnant au Capitole, le temple de Quirinus, ceux

j^ de Minerve, de Junon Reine et de Jupiter Liberté sur TAventin,

[ celui des Lares au sommet de la voie Sacrée, celui des dieux Pé-

' Bâtes dans la Vélie, celui de la Jeunesse, celui de la Grande-Mère

, 8or le Palatin.

ic J'ai restauré à grands frais le Capitole et le théâtre de Pompée, €t je n'ai inscrit mon nom sur aucun de ces deux monuments. J'ai ^ léparé les anciens aqueducs qui tombaient en ruines sur plusieurs : points, et j'ai doublé le volume de Teau Marcia, en dérivant une Boavelle source dans le conduit qui l'apporte à Rome. J'ai achevé le forum Julien et la basilique située entre le temple de Castor et celui de Saturne qui avaient été commencés et presque entièrement construits par mon père; et quand un incendie eut presque entière-. ment détrait cette basilique, j'ai augmenté l'espace qu'elle occupait et j'en ai fait recommencer la construction; elle portera le nom de mes fils, et j'ai prescrit h mes héritiers de l'achever dans le cas où je n'aurais pas pu le faire moi-même. Pendant mon sixième consubt, j'ai restauré quatre-vingt-deux temples de la ville d'après un

Faré, ^6

décret du sénat, sans compter ceux des autres temples qui avaient besoin de réparations. Pendant mon septième consulat, j'ai réparé la voie Flaminienne depuis Rome jusqu'à Arimium^ et refait tous les ponts sur lesquels elle passe, à l'exception du pont Minucius*

c Avec l'argent pris à Tennemi, j'ai construit, sur un terrain qui était ma propriété privée^ le temple de Mars vengeur et le forain Auguste, j'ai élevé le théâtre qui se trouve près du temple d'Apollon, sur un terrain que j'avais acheté en grande partie à des particuliers, et j'ai voulu qu'il portât le nom de M. Marcellus, mon gendre. J'ai consacré une partie du butin fait sur l'ennemi au Gapitole^ dans le sanctuaire du divin Jules, dans celui d'Apollon, dans celui de Vesta et dans le temple de Mars vengeur. Ces dons m'ont coftté environ cent millions de sesterces. Dans mon cinquième consulat, j'ai fait remise aux municipes et aux colonies de l'Italie de For coronnaire, du poids de 35,000 livres, qu'elles m'offraient pour nusi triomphes. Toutes les fois que j'ai été proclamé imperatar, dans la suite, j'ai refusé l'or coronnaire, que les municipes et les coloniei me décernaient toujours avec le même empressement.

t J'ai donné un combat de gladiateurs en mon nom et cinq au nom de mes fils et de mes petits-fils; 10,000 hommes environ ont combattu dans ces fôles. J'ai donné deux fois en mon nom et une foi» au nom de mon petit-fils le spectacle de luttes entre des athlètes que j'avais fait venir de différentes contrées. J'ai célébré des jeui quatre fois en mon nom, et vingt-trois fois au nom d'autres magistrats. Comme maître du collège des quindécemvirs, ayant pour collègue M. Agrippa, j'ai célébré les jeux séculaires, sous le consulat de C. Furnius et de C. Silanus. Dans mon troisième consulat, j'ai célébré, en l'honneur de Mars vengeur, des jeux auxquels les consuls ont présidé depuis. J'ai donné au peuple, en mon nom et au nom de mes fils ou de mes petits-fils, dans le cirque, dans le forum ou dans les amphithéâtres, vingt-six combats de bêtes fauves amenées d'Afrique; 3,o00 bêtes environ y ont été tuées.

« J'ai donné au peuple le spectacle d'un combat naval, de l'autre côté du Tibre, là où est aujourd'hui le bois des Césars, et pour cela

j'ai fait creuser le sol dans une longueur de i,800 pieds sur une largeur de 1,200. 30 trirèmes ou birèmes, garnies de leur éperon, et un très grand nombre de bâtiments moins grands ont combattu en cette occasion.

t Après ma victoire en Asie, j'ai rétabli les ornements des temples de toutes les villes, et ils devinrent la propriété de l'ennemi auquel j'avais fait la guerre.

I Le nombre de mes statues d'argent, tant en pied qu'équestres ou quadriges, s'élevait dans Rome à 80 environ; je les ai fait enlever et fondre. Les sommes qu'elles ont produites ont été employées aux offrandes en or que j'ai consacrées dans le temple d'Apollon, en mon nom et au nom de ceux qui avaient voulu m'honorer en m'élevant ces statues. i

I J*ai rétabli la paix sur les mers en détruisant les pirates qui les infestaient, et, à la suite de cette guerre, j'ai remis à leurs maîtres environ 30,000 esclaves qui s'étaient enfuis de chez eux et avaient porté les armes contre la république, pour qu'ils eussent à subir le supplice qu'ils avaient mérité.

• Toute l'Italie m'a demandé pour chef et m'a prêté serment d'un mouvement spontané dans cette guerre, terminée par la victoire i ffActium. Le même serment m'a été prêté par les provinces de \ Gaule, d'Espagne, d'Afrique, de Sicile et de Sardaigne. La même f formule de serment a été répétée alors par plus de 700 sénateurs, ' «l, sur ce nombre, il y en a ... qui sont devenus consuls et 170 environ qui sont parvenus à la préture.

« J'ai reculé les limites de toutes les provinces du peuple romain qui touchaient h des nations non soumises encore à notre empire; j'ai pacifié les provinces de Gaule et d'Espagne, du côté de l'océan de Gad^s, jusqu'à l'embouchure de l'Elbe. J'ai ajouté à l'empire les Alpes, depuis leur voisinage de l'Adriatique jusqu'à la mer Tyrrhénienne, sans avoir jamais fait injustement la guerre à aucun peuple. Par mon ordre, la flotte, partant de l'embouchure du Rhin, a na*

vigne vers l'orient jusqu'à , situé dans une région où aucun

Romain n'était parvenu ni par terre ni par mer. Les Gimbres, les

Gharydes, les Semnons et d'autres peuplades germaniques de cett( même contrée m*ont envoyé des ambassadeurs pour solliciter moi amitié et celle du peuple romain. Par mon ordre et sous mes ans pices, deux armées ont pénétré presque en même temps dans rElhio pie et dans l'Arabie appelée Heureuse. Les deux peuples que nou: attaquions ont éprouvé des pertes cruelles sur les champs de ba taille et nous leur avons fait un grand nombre de prisonniers. El Ethiopie, les armes romaines furent portées jusqu'à la ville deNa bâta, qui est tout proche deMéroë. En Arabie, l'armée pénétra jusqu'aux frontières des Sabéens, jusqu'à la ville de Mariba.

« J'ai ajouté TEgypte à l'empire romain. Je pouvais annexer uni province de la Grande-Arménie, à la mort de son roi Artaxias; j'a préféré, à l'exemple de nos ancêtres, transférer ce royaume à Tigrane, fils d'Arlavasdès, petit-fils du roi Tigrane, et j'ai chargé de ce soin Tib. Néron, qui n'était encore que mon beau-fils. Quand, plus tard, cette même nation s'agita et se révolta, elle fut soumise par mon fils Gaïus et remise, suivant mon ordre, aux mains du roi Ariobarzane, fils du roi des Mèdes Artabaze, et, après sa mort, à son fils Arlavasdès; celui-ci ayant été tué, j'ai envoyé dans ce royaume Tigrane, issu du sang des rois arméniens.

« Toutes les provinces situées au delà de la mer Adriatique, du côté de l'Orient, avaient été presque entièrement abandonnées à des rois étrangers; je les ai reprises comme j'avais fait auparavant de la Sicile et de la Sardaigne, qu'une guerre civile avait détachées de l'empire.

• J'ai établi des colonies militaires en Afrique, en Sicile, en Macédoine, dans les deux Espagnes, en Achaïe, en Asie, en Syrie, dans la Gaule narbonnaise, en Pisidie. L'Italie possède vingt-huit colonies de même nature qui, de mon vivant, ont été très peuplées et très florissantes.

t J'ai repris sur les Espagnols, les Gaulois et les Dalmates, un grand nombre d'enseignes romaines perdues par d'autres généraux, après avoir vaincu ceux qui s'en étaient emparés. J'ai forcé les Parthes à rendre les dépouilles et les enseignes de trois armées romaines.

et à demander en suppliants l'amitié du peuple romain. J'ai déposé toutes ces enseignes dans le temple de Mars vengeur.

t J'ai soumis à Tempire romain les nations pannoniennes, chez lesquelles aucune armée romaine n'avait pénétré avant mon prîneipat; elles ont été vaincues par Tib. Néron, mon beau-fils et mon lieutenant. J'ai reculé les bornes de la province d'Illyrie jusqu'au Danube. Une armée de Daces, qui avait franchi cette limite, a été battue et taillée en pièces sous mes auspices, et plus tard mon armée, conduite au delà du fleuve, a contraint les peuples de la Dacie à se soumettre au peuple romain.

• Des ambassades m'ont été souvent envoyées par les rois de l'Inde, ce qui ne s'était vu jusqu'alors pour aucun chef des Romains, les Bastames, les Scythes, les rois des Sarmates, qui habitent en deçà du Tanaïs comme ceux qui habitent au delà, les rois des Albanes, des Hibères et des Mèdes, m'ont demandé, par leurs envoyés, l'amitié du peuple romain.

« Les rois des Parthes Tiridate et ensuite Phraate, fils du roi Phraale, le roi des Mèdes Artavasdès, le roi des Albanes Artaxatrès, les rois des Bretons Dumnobellonus et Tien. ., les rois des Sugambres, des Marcomans et des Suèves sont venus se réfugier chez moi en suppliants. Le roi des Parthes Phraate, fils d'Orodès, a envoyé près de moi, en Italie, tous ses fils et petits-fils, non à la suite d'une défaite, mais seulement dans le but d'obtenir notre amitié au moyen de ces gages pris dans sa propre famille. Beaucoup d'autres nations, qui n'avaient jamais eu avec le peuple romain aucun commerce d'amitié, aucune relation diplomatique, ont fait, sous mon principal, l'épreuve de notre loyauté.

« Les Parthes et les Mèdes m'ont envoyé, comme ambassadeurs, les principaux personnages de leur nation, dans le but d'obtenir pour rois : les Parthes, Venonès, fils du roi Phraate, petit-fils du roi Orodès, et les Mèdes, Ariobaza, fils du roi Artavasdès, petitfils du roi Ariobarzane; ils les ont reçus de mes mains.

« Ayant mis fin aux guerres pendant lesquelles, du consenteïûent général, j'avais réuni en mes mains tous les pouvoirs, j'ai

remis au sénat et au peuple romain la direction des affaires publiques dans le cours de mon sixième et de mon septième consulat. On m'a, pour honorer cette conduite, décerné, par sénatus-consulte, le titre d'Auguste, et il a été décrété que le chambranle des portes de ma demeure serait décoré de lauriers, qu'au-dessus de l'entrée serait placée une couronne civique^ et que, dans la curie Julia, serait placé un bouclier d'or avec une inscription attestant qu'il m'était donné par le Sénat et par le peuple romain, en souvenir de ma valeur, de ma clémence, de ma justice et de ma piété. Depuis ce moment, je l'ai emporté sur tous en considération, mais je n'ai jamais eu plus de pouvoir, dans une magistrature quelconque, que le collègue qui l'exerçait avec moi.

« Pendant l'exercice de mon troisième consulat, le sénat, l'ordre équestre et tout le peuple romain me décernèrent le titre de Père de la patrie, et décidèrent que ce titre serait inscrit dans le vestibule de ma demeure, dans la curie et dans le forum Auguste, sous le quadrige érigé en mon honneur, par exécution d'un sénatus-consulte.

< J'écris ceci dans ma soixante-seizième année. »

Sur une inscription qui contient cet exposé des actes d'Auguste, se trouve un appendice ainsi conçu :

« Le montant des sommes qu'il a données au trésor, au peuple et aux soldats congédiés, s'est élevé à six cents millions de deniers.

t II a bâti les temples de Mars, de Jupiter Tonnant et de Jupiter Férétrien, d'Apollon, du divin Jules, de Quirinus, de Minerve, de Junon Reine, de Jupiter Liberté, des Lares, des dieux Pénates, de la Jeunesse, de la Mère des dieux, le Lupercal, le Pulvinar, voisin du cirque, la curie, avec la Chalcidique, le forum Auguste, la basilique Julienne, le théâtre de Marcellus, le bois des Césars, au delà du Tibre, le portique, sur le Palatin, le portique du cirque Flaminien-

« Il a restauré le Gapitole et quatre-vingt-deux monuments sacrés.le théâtre de Pompée, les aqueducs, la voie Flaminienne.

( Les dépenses qu'il a faites pour les jeux, les combats de glaliateurs et d'athlètes, pour le combat naval, pour les chasses des lètes fauves, ne sauraient être évaluées, non plus que les dons faits lar lui aux villes et aux colonies d'Italie, aux villes des provinces élruites par des incendies et des tremblements de terre, ou bien acore à ses amis et aux sénateurs dont il a complété le cens. »

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