‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 36 sur 60 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les difficultés de la saccession à l'empire.

Il y avait encore un point sur lequel les idées, les sentiments el les opinions étaient tout autres chez les Romains que chez les nations de l'Europe moderne. C'est au sujet de l'hérédité d'un pouYW politique.Les Romains y répugnaient au point que cette idée «m\ toujours été écartée, même au temps de la royauté. Cet état des esprits empêcha qu'Auguste pût résoudre la question si importante de la transmission du pouvoir impérial.

Pourtant, chose étrange et contradictoire, Auguste avait dû son rôle politique et la faveur du peuple à la seule qualité de fils adoptif de César. A Rome, comme dans toutes les sociétés aristocrj' tiques, l'opinion publique donnait volontiers ses faveurs au prestige de la naissance, comme une récompense des services rend» ; par la famille; mais encore voulait-elle avoir à les donner. Auguste, ■ renonçant à établir une règle de succession, agit de manière à décider j du choix de son successeur. 1

La constitution qu'il avait établie ne pouvait fonctionner qu-avec le pouvoir souverain placé sur une seule tête, mais Auguste laissa supposer qu'au moment de la vacance le vote du sénat et Tassenti' ment du peuple donneraient le rang suprême. Il se garda bien de ■ s'attribuer ce droit, tout en agissant avec suite et prévoyance de manière à l'exercer réellement. Sa conduite prudente fut appro- ;j priée avec habileté à la situation. Il s'attacha à prévenir la crise que sa mort aurait pu amener, alors que le sénat avait perdu toute autorité sur les troupes et que les plébéiens de Rome n'avaient plus de rôle politique h jouer. L'armée seule avait la force, et rhomme auquel elle prêterait serment d'obéissance deviendrait le chef de l'Etat. Il le serait à plus forte raison sans conteste s'il obtenait, en même temps que Tobéissance des troupes, un vote favorable du sénat et l'assentiment du peuple de Rome. Auguste s'efforça de ménager i

tous ces avantages à celui qu'il avait choisi pour son successeur. Il mï soin de donner aux membres de sa famille, surtout à ses parents les plus proches, de fréquentes occasions de rendre h TEtat des services importants. Il leur confia le gouvernement des provinces militaires les plus menacées^ pour leur donner le moyen d'acquérir la gloire des armes et de développer leurs aptitudes au commandement. La mort ayant réduit sa descendance mâle à deux fils de sa fiUe, qui lui parurent trop jeunes pour être capables de remplir les fonctions laborieuses du gouvernement, il adopta Tibère , fils de sa femme, qui s'était signalé par des succès méritoires dans les guerres où il avait commandé.

Plusieurs des familles patriciennes rivalisaient de noblesse et de gloire avec celle de César, dont elles jalousaient la suprématie. Auguste devinait si bien leurs secrets desseins, qu'il avait indiqué ceux des grands dont on devait prévoir les ambitions pour la succession à l'empire. U prit la précaution de les tenir éloignés du eemmandement des armées, pour qu'ils fussent des prétendants moins redoutables.

Tibère, placé au premier rang par sa gloire et ses services militaires comme par sa naissance, aurait été associé au pouvoir impérial du vivant d'Auguste, qui avait eu le soin, d'après Velleius Paterculus, de faire adopter par le sénat et le peuple une loi attribuant à César libère, dans les provinces et les armées, un pouvoir égal à celui de son père adoptif. Quoi qu'il en soit, Tibère fut ainsi mis en mesure de saisir sans retard les rênes du gouvernement et de se faire proclamer empereur par le sénat et par le peuple. Toutes les circonstances le favorisaient; et pourtant trois légions stationnées dans la Pannonie refusèrent tout d'abord de prêter serment à Tibère; elles se soulevèrent en demandant des conditions plus avantageuses par l'augmentation de la solde et la diminution du temps de service. Ce ne fut pas là tout; car en même temps, sur le Rhin, quatre autres légions je révoltèrent, tuèrent leurs centurions et entreprirent de contraindre Germanicus, commandant de cette armée et neveu de Tibère, à se laisser proclamer empereur.

Ces désordres n'eurent pas de suite funeste pour cette fois, et ils furent vite apaisés. Mais ils signalaient, dans la constitution d'Auguste, une lacune qui ne fut jamais remplie. De là viendront des rébellions funestes au moment où le pouvoir nécessaire pour les comprimer fera défaut, et où il n'y aura personne ayant, dans l'État, droit de commander à tous. Alors les troupes^ dégagées do serment d'obéissance prêté à l'empereur mort, se considéreront comme libres de se donner à celui qui méritera leur préférence par la plus forte gratification. Leur conduite au moment de la mort d'Auguste ne méritait pas d'être blâmée aussi sévèrement que s'ik n'avaient pas eu des griefs légitimes à faire valoir, et Ton ne saarait douter qu'Auguste n'eût commis^ si ce n'est une négligence, an moins une imprudence grave, en faisant attendre beaucoup an deUt de vingt ans de service la gratification promise aux vétérans. Les soldats qui avaient été enrôlés contre leur gré, à la suite du désastre de Varus, se signalèrent par la violence de leurs récriminations. Cela fît voir que le recrutement forcé, mis en usage à ce moment, n'était pas sans inconvénient pour la solidité même de la constitution militaire. L'armée, dont la force réside dans son obéissance, ne peut plus faire que du mal quand elle est indisciplinée.

Tibère, éclairé par les faits précédents, prit ses mesures encore mieux qu'Auguste pour Tavénement du successeur qu'il s'était choisi. Il laissa de côté son parent le plus proche, âgé de dix-sept ans seulement, et il eut recours à des précautions si prévoyantes, que Caligula, proclamé empereur par le sénat et accueilli par les acclamations du peuple, ne rencontra aucun obstacle dans l'armée. Toutes les légions lui prêtèrent serment sans hésiter en Tan 37 de notre ère.

Caligula, victime, après quatre ans de règne, d'un meurtre que son état mental rendait à peu près inévitable, laissa l'empire vacant sans qu'aucun candidat fût préparé à recueillir la succession. Le gouvernement républicain aurait été rétabli par un simple accroissement des attributions du sénat, si ce changement, facile en apparence à réaliser, eût été conciliable avec l'état des choses, ou seu-

lement avec Topinion publique. Quelques patriciens, appuyés par le tribun des prétoriens qui était le principal auteur du meurtre de Caligula, conçurent le projet de retourner en arrière et de restaurer la constitution républicaine, mais ils purent à peine arriver jusqu'à une vaine tentative d'exécution. Us n'eurent pas même assez le force pour entraîner le sénat qui était beaucoup trop occupé des )rigues nouées par les prétendants. Pendant ce temps, quelques loldats prétoriens avaient été à la recherche de Claude, oncle de îaligula, l'avaient tiré du lieu où il se cachait par frayeur, et 'avaient emmené à leur camp où il avait été proclamé empereur m l'an 45 de notre ère. Le sénat, apprenant ce résultat inattendu, envoya à Claude une députation pour le supplier de ne point enga- 5er une guerre civile prête à commencer s'il prenait le pouvoir souverain sans le tenir de l'autorité légitime. Mais, sur ces entrefaites, les cohortes urbaines, dont le sénat s'était entouré en croyant pouvoir compter sur ces troupes de police, se déclarèrent pour l'empereur Claude. Dès lors, le sénat, obligé de céder sans retard, régularisa les pouvoirs du nouvel empereur, auquel les légions prêtèrent serment sans résistance.

Au moment de ces événements, il n'y avait pas à Rome plus de trois mille prétoriens, qui ne s'étaient point concertés d'avance ; ils n'auraient pas été assez forts pour imposer cette solution de la crise à la population de Rome si ses sentiments eussent été contraires à la eoostitution d'Auguste. Ceci établit donc, sans laisser aucun doute, que l'opinion publique était favorable au pouvoir impérial. Elle était en même temps désireuse d'avoir pour souverain un homme pris dans la famille de César par préférence à toute autre. Claude, alors âgé de cinquante ans, avait eu une jeunesse maladive qui l'avait éloigné les camps, et il n'avait encore, à cause de cela, exercé aucune grande charge. Il n'avait donné aucune preuve de capacité ni acquis en aucune façon cette expérience des affaires qui pouvait être regardée, avec raison, comme indispensable pour remplir les Tonctions impériales.

Néron, adopté par Claude et désigné par lui pour son successeur.

prit le pouvoir sans aucune entrave, en l'an S4 de notre ère. Le meurtre de Néron, qui eut lieu seize ans après son arrivée au pouvoir, nût fin à la dynastie de la famille de Jules César, qui s'était continaée jusque-là par le moyen de l'adoption. Non-seulement cet événement laissait le pouvoir vacant sans qu'il y eût de successeur désigné, mais aucun homme dans Tempire n'avait par sa naissance, ses services ou sa gloire, une prééminence qui le fit sortir de pair. Toni les inconvénients que peut présenter le régime monarchique quand il n'y a rien de réglé pour la succession, se produisirent en cette occasion. Galba en l'an 68, Othbn en l'an 69, Vitellius aussi en l'an 69, passèrent successivement du commandement d'une armée au rang suprême; et leur pouvoir proclamé ou ratifié par le sénat dura moins de deux ans pour les trois règnes. Tous les trois périrent de mort violente au milieu de guerres civiles auxquelles les armées seules prenaient part. Les populations ne portant plus les armes et n'étant pas enrôlées même à titre temporaire, en Italie da moins, ne souffraient de ces luttes que dans leurs intérêts matériels.

Vespasien, dont la grandeur eut uniquement pour origine des services rendus dans la carrière des armes, garda J'empire depuis l'an 69 jusqu'à l'an 79, et il parvint à établir dans sa famille l'ordre de succession qu'Auguste avait obtenu pour la sienne. Titus d'abord, Domitien ensuite, associés à l'empire ou plutôt désignés pour y succéder, prirent l'un et l'autre le pouvoir sans obstacle. Us l'exercèrent le premier de l'an 79 à l'an 81 ; le second, de l'an 81 à l'an 96.

Domitien ayant péri de mort violente, sans avoir de successeur désigné et sans qu'on en pût trouver un dans sa famille, une nouvelle crise d'anarchie et de guerres civiles aurait pu se produire; mais le sénat sut faire dans la personne de Nerva un choix si heureux, qu'aucune opposition ne se manifesta. Nerva, après avoir exercé le pouvoir impérial de Tan 96 à l'an 98, le transmit à Trajan qu'il s'était attaché par l'adoption et qu'il avait choisi, par patrietisme, à cause de ses qualités personnelles.

Antonin après Adrien en l'an 138, Marc Aurèle après Antonin en i61, montèrent au rang suprême par la voie de l'adoption sans rencontrer d'opposition; et il en fut de même en Tan 180 pour Commode^ fils de Marc Aurèle, quoiqu'il ne fût âgé que de dix-neuf ans. Commode fut assassiné en Tan 192. Sa succession, qui n'avait pas été prévue, amena des désordres plus calamiteux que ceux du passé. Mais, avant d'aller plus loin, il est à propos de constater les effets que la constitution d'Auguste avait produits dans le cours de deux siècles.

Sur dix-sept empereurs qui avaient régné, huit avaient péri par l'assassinat. Un pouvoir soupçonneux et cruel, disposant arbitrairement de la vie des hommes, avait eu cette conséquence; car ces meurtres furent généralement concertés par ceux qui, ayant à craindre pour leur existence, avaient été amenés à tout oser.

Malgré tant de scènes tragiques, les guerres occasionnées par la succession n'avaient guère duré en tout que deux ans, même en y comprenant la répression d'une révolte des Bataves qui en fut la conséquence. Aussi cette première période du gouvernement impérial fut-elle, dans son ensemble, calme et prospère, pour les provinces, il est vrai, beaucoup plus que pour la capitale, où Tacite avait pu observer, dès le règne de Tibère, un accroissement prodigieux da nombre des esclaves, tandis que le nombre des personnes libres allait diminuant de jour en jour.

H« Fustel de Goulanges a mis hors de contestation, dans son Bistoire des institutions politiques de la France, que non-seulement le gouvernement impérial obtint l'attachement des provinces, mais que tous les empereurs, les mauvais auBsi bien que les bons, y furent honorés comme des êtres divins. On leur érigea des temples et des autels; on fonda des collèges de prêtres pour les prières et pour les sacrifices qui leur étaient adressés. Ces démonstrations tf un respect religieux n'eurent pas lieu seulement en public, ce qui pourrait laisser croire qu'elles étaient dictées par la flatterie, mais <ians l'intérieur des maisons, où l'image de l'empereur était placée à côté des dieux lares.

Le régime impérial avait donné la paix à tout l'empire. La gaerre n'avait plus eu lieu que sur les frontières et au dehors. Partout ailleurs la paix avait régné, et avec la paix la sécurité des personnes, la sécurité du travail. Aussi le monde ancien n'avait-il point encore eu une phase pareille de prospérité et de progrès matériels. La liberté des communications les avait développées. La navigation, le commerce et l'industrie avaient pris de l'extension. La culture des végétaux employés à l'usage de l'homme s'était propagée d'une contrée dans l'autre, et il en avait été de même pour les animaux domestiques. Columelle a constaté que, de son temps» l'Italie avait naturalisé beaucoup des fruits du monde connu. L'érudition a cité, parmi ces précieuses conquêtes qui ne coûtent ni du sang ni des larmes, le lotus africain, l'échalotte d'Ascalon, l'amandier-pêcher, le jujubier, la fève d'Egypte, le radis de Syrie, le millet de l'Inde, l'abricotier, le pêcher, la pistache, le melon, le citron, le cédrat. Mais ce fut la propagation de l'olivier et celle de la vigne qui eurent le plus d'importance.

Pour se rendre compte de tous les motifs qui concouraient & la satisfaction générale, il faut encore ajouter que les habitants des provinces, résignés à la perte définitive de leur ancienne indépendance politique, jouissaient du sentiment patriotique d'appartenir à un empire si fort et si glorieux qu'aucune puissance ne lui était comparable.

Il est à remarquer, pourtant, que la Sicile faisait exception. Ses champs avaient été transformés en pâturages, et sa population avait diminué depuis que les blés d'Afrique étaient venus approvisionner Rome. Ce n'était là qu'une ombre inaperçue dans le brillant tableau de la prospérité générale qui était d'autant plus grande que la sécurité était assurée aux populations, sans que le service militaire leur fût en rien onéreux. Jamais, à aucune époque de l'histoire, il n'y eut, proportionnellement, aussi peu d'hommes enlevés aux travaux de la paix pour la protection de l'Etat.

Quand la guerre avait lieu, les troupes levées comme auxiliaires étaient en très petit nombre, par rapport au chiffre des populations

chargées de les fournir, et on les prenait de préférence dans les contrées demeurées belliqueuses, où les volontaires ne manquaient pas. Il en résultait que dans les provinces qui n'étaient pas rapprochées des frontières, les mœurs devenaient de plus en plus paciiquesy et que déjà les insurrections y étaient très peu à redouter.

Les événements qui avaient amené, en Tan 69 de notre ère, la hute et la mort de Vitellius, avaient fait voir que déjà les popuitions de Rome et de l'Italie en étaient arrivées à une impuissance empiète sous ce rapport. Les légions qui stationnaient dans les rovinces orientales étant venues en Italie pour détrôner cet empeîor, la population de Rome eut le désir de faire obstacle à son inversement. Mais quand les combats, commencés aux portes de i ville, se continuèrent à l'intérieur, les habitants n'apportèrent acun appui efficace à la cause qui avait leurs préférences^ bien ne les troupes engagées fussent très peu nombreuses, et qu'une ntervention d'un petit nombre d'hommes déterminés eût pu chan- ;er le résultat. Il y avait moins de cent ans que le service obligaoire était hors d'usage, et déjà l'idée de lever des légions tempoaires aurait paru chimérique.

Non seulement les hommes de bonne volonté, en supposant qu'on es eût trouvés, n'auraient rien su du métier des armes, mais les grades, indispensables à l'organisation, n'auraient plus été occulés que par des hommes incapables d'en remplir les fonctions. À ^r défaut, la troupe n'aurait formé qu'un rassemblement impuisant, non pas seulement pour livrer bataille, mais pour se mouvoir vec ordre; elle eût été incapable de pourvoir même à ses besoins.

Les tableaux de Tacite ne laissent aucun doute sur ce point. Il . montré Othon partant de Rome pour aller se mettre à la tête de 'année qui devait combattre contre Vitellius, et donnant l'ordre à in grand nombre de magistrats et de consulaires de l'accompagner, [uoiqu'il ne leur eût assigné ni grade, ni fonction militaire. « Les » principaux personnages du sénat, affaiblis par les années, s'étaient « engourdis dans une longue paix; la noblesse, depuis longtemps

« oisive, avait oublié la guerre ; les chevaliers ne l'avaient jamais

< apprise; les efforts pour cacher la frayeur la rendaient plus € visible. » • . ]

Tacite, exposant les incidents de cette guerre civile, après qm l'Italie en fut devenue le théâtre, dit formellement que les popnla* tions ne prenaient intérêt ni à Yitellius, ni à Othon : c Une longue a paix avait détruit toute énergie et tout maître leur était bon. i

Tacite a aussi fait voir que les vétérans des armées de TempiR n'étaient plus capables de fonder des colonies pareilles à celles qi avaient été constituées sous la république. Avant lerègne d'AugosIfl) on avait pu employer à cela des légions ou des fractions de légici presque complètes. Les soldats, avec leurs centurions et leurs tribuns, unis tous ensemble d'esprit et de cœur, avaient formé dei cités durables. Sous les empereurs, au contraire, les légionnaim dont le temps de service était terminé se dispersaient dans les provinces où ils se trouvaient au moment du congé. Peu accoutuméil des liens légitimes, ils mouraient sans avoir fondé une famille é sans avoir pu servir h repeupler les territoires qui leur étaiefi parfois attribués.

Après que les troupes eurent appris à disposer de l'empire* que le sénat en eut été réduit h subir les choix faits sans lui, Feo- L pereur, qui ne trouvait plus dans la noblesse de Rome des homxnei ayant sa confiance, choisissait, pour le seconder dans ses fonctio» politiques, des personnes de sa propre dépendance. C'est ainsi qna des affranchis de l'empereur furent chargés de diriger, soit l'admi? nistration générale des finances, soit la correspondance impériale. Il faut dire aussi que, dans cette classe, des hommes industrieux* actifs, instruits, brillaient d'autant plus aisément que les hommes des classes plus élevées leur laissaient davantage le champ Ubre. • ^

Un affranchi, d'après la loi, demeurait attaché à son patron ptf des devoirs stricts, et il aurait été exposé à être remis en serviliA s'il y avait manqué. Il restait lié à ce patron, auquel il devait le changement de sa condition, par le devoir, par l'intérêt, par la reconnaissance et par les mœurs, plus fortes que les lois, le lie» qui rattachait l'affranchi au patron était plus fort encore pour celui

t pour patron l'empereur, car il en pouvait attendre fortune, et élévation. Un affranchi de l'empereur était donc, par es causes, dévoué absolument à son mattre, qui pouvait, en ircon stances, compter sur lui.

ste avait pris pour règle, comme on Ta vu, de confier les s les plus importantes à des chevaliers, en réservant aux *sdes emplois plus honorifiques, mais de moindre influence, pas étonnant que ses successeurs en soient arrivés vite, même voie de défiance, à mettre leurs affranchis dans les its postes de l'Etat.

lit difficile de décider si cette manière d'agir a augmenté ou la stabilité du pouvoir, parce qu'elle ulcéra la fierté des 3miers ordres, surtout celle des grandes familles, ranchi était loin d'être Tégal d'un homme libre; sa condit inférieure à celle du dernier plébéien. Une loi de l'empire lant, en l'an 775 de Rome, 21 de notre ère, des prescriptérieures, avait déclaré que pour pouvoir être inscrit dans les chevaliers, il fallait non-seulement être soi-même de Q libre, mais avoir père, aïeul et bisaïeul ingenvd. Les is portaient la tache provenant de l'esclavage et cette tache >as effacée légalement avant la quatrième génération, lit la règle ordinaire; mais le pouvoir impérial, qui n'avait \ limites, décréta l'ingénuité personnelle pour ceux des is qui lui parurent dignes de cette faveur; alors tous les et toutes les dignités devinrent légalement accessibles à ces is réhabilités.

npereurs qui placèrent leurs affranchis dans les postes les vés du gouvernement blessèrent d'autant plus la noblesse ^f qu'ayant perdu son ancien rôle, elle tirait toute sa satisle la gloire des ancêtres, car le temps ne faisait qu'angle prestige du passé. Toute famille qui avait eu des mem« géant dans le sénat républicain conservait leurs images dans ium. Les plébéiens n'entraient qu'avec vénération dans des s dont l'entrée offrait aux regards des statues en bronze

rouillées par le temps , des peintures ternies représentant des triomphateurs , des masques en cire vernie noircis par la famée, avec des inscriptions faisant connaître les actions honorables ea glorieuses de chaque personnage. On a cité une famille qui comptait vingt-huit consulats, cinq dictatures, sept censures, sept grands triomphes et deux petits.

Les mœurs romaines attachaient à la naissance tant d'importancei que Marc-Antoine avait fait un grief à Octave d'être le fils d'une mère née dans un municipe, et, par conséquent, n'appartenant pasi la noblesse de Rome. Tacite, en reprochant à Livie son commerce avec Séjan, l'accuse surtout de ce qu'ayant Auguste pour oncbi Tibère pour beau-père et Drusus pour mari, elle a déshonorés! personne, ses ancêtres et sa postérité, par l'adultère avec un homme de municipe.

Les nobles de Rome ne cachaient ni leur mécontentement li leur opposition au régime impérial. On a cité, parmi les personnages qui affectèrent du dédain pour les faveurs du pouvoir, Sidoniit ', Gallus, qui s'était retiré à Carthage, et que Claude força de revenîï à Rome pour faire partie du Sénat. On sait encore que d'aatres chevaliers avaient refusé les fonctions de sénateur en affectant lenr mépris du rang qu'elles donnaient. Ils furent rayés de l'ordre équestre par le même empereur.

L'ancienne noblesse de la cité de Rome entretint ainsi constam ment un foyer d'opposition contre le gouvernement fondé sur le pouvoir d'un seul. Elle n'oubliait pas la perte de l'influence qu'elle avait exercée dans les beaux temps de la république. La faveur parfois scandaleuse d'un affranchi ne faisait que donner momentanément un surcroît dlntensité h une hostilité qui n'aurait pu cesser que par le rétablissement du régime antérieur. Or, les plus hostiles au gouvernement despotique reconnaissaient eux-mêmes, à l'exemple de Tacite, combien le retour à la république était devenu impossible

Dans l'espace de deux siècles, la constitution impériale ne reçut point de modifications radicales, car on ne saurait qualifier ainsi j. l'extension donnée par Adrien aux attributions du conseil d'Etal i

• iC

;uste avait fondé sous le titre de eomistorium principis. i décida que le choix de ses membres serait subordonné à du sénat, pour qu'ils fussent pris exclusivement parmi les 3s les plus expérimentés dans les affaires administratives et les plus savants jurisconsultes.

onseil, ainsi fortifié, eut la tâche de diriger et de contrôler listration des provinces du sénat aussi bien que des proie l'empereur, de sorte qu'il n'y eût plus qu'un seul centre d'ad- *aliou pour tout l'empire. Déjà le nombre des provinces avait ^menté de manière à restreindre l'étendue de chacune d'elles, facilitait les fonctions d'un gouverneur, tout en rendant son ce moins considérable dans l'Etat. Mais, par cela même, les tiens du pouvoir central devinrent plus difficiles à remplir, e de l'augmentation du nombre des agents qu'il avait à

> les vues de l'empereur Adrien, le conseil d'Etat n'était pas ent destiné h le seconder dans ses attributions administrauais à le remplacer en son absence.

i donna le droit de décision dans beaucoup de cas, afin d'acpour lui-même et de donner à ses successeurs la liberté de ler de Rome sans que les affaires du gouvernement eussent ouffrir. Il obtint par là un autre résultat plus important, re, en fortifiant une institution capable de suppléer à la faipersonnelle du souverain.

onstitution fondée par Auguste avait donné deux siècles de rite matérielle aux populations de l'empire; mais la producis richesses n'est qu'une des branches de la civilisation, et rs autres branches éprouvaient dès lors un affaiblissement Iré par des preuves irrécusables.

écrits d'une nation lettrée, quand on les envisage dans leur >le, donnent l'idée la plus exacte qu'on puisse avoir, non-seude sa situation intellectuelle, mais encore de son état moral, ouvrages que les Romains ont écrits pendant cette période de lous sont parvenus en grand nombre ; ils montrent la litté-

rature, parvenue h son apogée au temps d'Auguste, qui descend graduellement, sous ses successeurs, la pente de la décadence,

La grandeur de Tesprît dépend de Fénergie de l'âme. Tant que j l'intelligence puise ses inspirations dans les sentiments forts, soo vol s'élève; il s'abaisse quand l'âme affaiblie ne le soutient plus.

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