‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 39 sur 60 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le troisième siècle de Tempire.

Commode n'avait laissé ni membre de sa famille apte à régner, ni successeur désigné; sa mort devint par là même une source de dissensions dans TËtat et de guerres civiles dans les provinces. Le sénat s'était hâté de proclamer empereur Pertinax, préfet de a ville, honorablement connu pour avoir auparavant commandé ne armée, mais dont la naissance n'était point assez illustre pour ippléer à la gloire personnelle qui lui manquait, ainsi que l'inuence. Il n'avait pas encore exercé le pouvoir pendant trois mois, aand les soldats prétoriens le tuèrent pour donner l'empire h un )nsulaire auquel ils avaient arraché la promesse d'une forte gratication. Alors, toutes les légions voulant avoir aussi leurs parts ans de pareils bénéfices, les trois armées dlUyrie, de Syrie et de retagne proclamèrent trois empereurs différents. Septime Sévère larcha sur Rome avec l'armée d'Illyrie, et se fit reconnaître par le inat; puis il fit la guerre successivement à ses deux rivaux, qui irent vaincus et qui perdirent la vie. Sa fermeté rétablit partout drdre, l'obéissance, la discipline^ et il employa son activité à (pousser les ennemis extérieurs en se portant alternativement de i personne aux deux extrémités de l'empire. Les Bretons comme s Parthes furent refoulés au delà des frontières. Septime Sévère déploya pendant son règne une capacité remarlable. Mais ses prédécesseurs avaient été pris généralement, si ce est dans les familles de Rome, du moins dans les plus grandes de illes qui s'étaient transportées dans les provinces. Sa famille à lui ait inconnue dans la capitale de l'empire, et le sénat, quoiqu'il (it reçu depuis longtemps des hommes nés hors de l'Italie, avait prouvé pour son avènement une répugnance qui s'était manifestée )ar des témoignages de préférence donnés à l'un de ses concurrents, iuand Sévère revint à Rome, après avoir rendu son pouvoir incon-

testé, il exerça contre les sénateurs qui s'étaient montrés hostiles k sa cause des cruautés comparables à celles de Marius et de Sylla. Le sénat perdit après cela presque toute Tinfluence qui lui était restée sur la succession au pouvoir souverain. La décision passa entièrement du côté de la force; elle échut aux légions qui devaient l'exercer sans droit et sans règle.

Septime Sévère recruta les . prétoriens au moyen des meilleun soldats légionnaires ; il augmenta le nombre des cohortes prétoriennes pour avoir une réserve de troupes d'élite plus nombreuse et mieux en état de fournir des renforts aux armées des frontières les plus menacées. Â Septime Sévère succéda sans obstacle Garacalla, son fils, auquel on doit la grande mesure qui accorda les droits de citoyen romain à tous les habitants des provinces de con* dition libre. Il n'y avait plus d'attributions politiques attachées! ce titre si vivement sollicité dans les temps antérieurs, et rien ne montre que les populations le désirassent encore quand il leur a été prodigué, entre l'an 211 et Tan 217. Mais deux effets qui en sont résultés méritent Tatlention. D'abord les citoyens de toutes les citél acquirent la faculté d'entrer dans les légions et purent être appdéi à les recruter; ce fait seul a pu suffire pour motiver la décisioa prise. En second lieu, les habitants du territoire de l'empire eurent tous, à partir de ce moment, la même condition par rapport au droit criminel et au droit civil. Ils furent régis par les lois faites pour les Romains.

Avant Auguste, et longtemps encore après lui, les magistrats qui, dans les cités situées hors de l'Italie, occupaient le premier rang sous le titre de duumvîri juridicundo, avaient pour principale attribution le pouvoir de faire rendre la justice. Ils décidaient du tribunal chargé de juger, et souvent l'instituaient quand ils ne jugeaient pas eux-mêmes. L'empereur Adrien avait diminué, paraîtril, leur juridiction criminelle pour en donner une partie au gouverneur de la province. En tout cas, ce qui pouvait rester d'attributions criminelles aux duumvirs leur fut vraisemblablement retiré à la suite de la grande mesure qui donna les droits de cité romaine à tous les

hommes de condition libre habitant sur le territoire des provinces le l'empire. Les prérogatives qui en résultaient devaient, en effet, permettre à tout accusé de cette condition de porter sa cause en ppel jusqu'à la plus haute des juridictions qui siégeait à Rome.

La mesure de Caracalla a produit incontestablement des effets xtraordinaires, car c'est par elle que Rome a acquis une faculté 'assimilation si complète, que deux siècles plus tard les descenants des anciens Gaulois, même les habitants des montagnes du entre de la Gaule, ne parlaient plus d'autre langue que la langue itine^ et ne connaissaient plus d'autres lois que celles de Rome. Ce hangement s'opéra sans aucune contrainte, par le fait seul du désir es popolations guidées par leur intérêt ; et c'est ainsi que le pro- ;rte de la civilisation s'est étendu jusque dans la classe nombreuse É& habitants de la campagne; c'est par Ik que l'Europe a été faite e qu'elle est.

L'armée n'en fut pas beaucoup modifiée; car si l'on put recruter es légions plus facilement qu'auparavant en y appelant les habiints des provinces où elles résidaient, au lieu de faire venir de très \m toutes les recrues, d'un autre côté les cohortes auxiliaires, en lequérant des citoyens romains de nouvelle création, n'en furent Kûnt pour cela améliorées. Ces cohortes conservèrent leur titre ['auxiliaires; mais ce mot changea de sens, parce que le nom de roupes auxiliaires n'avait été donné auparavant qu'à celles qui l'étaient pas composées de citoyens romains.

D'un autre côté, il advint que des barbares contractèrent l'obli- ;ition de fournir aux empereurs des troupes de leur nationalité, [ai étaient levées à titre temporaire, tandis que d'autres barbares le la même nation servaient parfois dans une autre troupe, qui était Permanente, en qualité de mercenaires. Enfin, il y eut aussi des roupes fournies par des barbares établis sur le territoire de l'emdre, d'après des conventions conclues. Tout cela fit donc une grande variété de troupes qu'on ne saurait toujours distinguer l'une de 'antre par des caractères tranchés. Le mieux paraît être de continuer à les partager en deux classes, celle des légions et celle des

troupes non légionnaires, tout en n'oubliant pas que ces dernières pourront contenir des citoyens romains. j

Garacalla périt assassiné. La même fin était réservée à ses successeurs Marins, Ëliogabale et Alexandre Sévère. Ce dernier avait été élevé au pouvoir à l'âge de quatorze ans, et il l'avait occnpé pendant douze ans.

Après lui, ce ne fut plus seulement un personnage étranger para naissance à la cité de Rome, mais un Goth d'origine, Maximin,qm fut revêtu de la pourpre en Tannée 235. Peu de temps après, la mtoe fortune échut à Philippe, Arabe de naissance. Ce fait n'est pas aosn .extraordinaire qu'il paraît au premier abord, parce que ces étrangers, entrés au service militaire et ayant reçu le droit de cité depuis longtemps, s'étaient distingués par leur courage et leur capacité. Leurs qualités militaires les avaient donc portés aux plus haut» grades et leur avaient valu, parmi les troupes, la popularité qui lei faisait parvenir, dans l'occasion, au rang suprême.

Il y eut huit empereurs dans l'espace de vingt-cinq ans, de Tan S3( à l'an 260. Ces règnes ne durèrent donc pas en moyenne plus de tn» ans, et tous ces empereurs moururent de mort violente ; encore fiiutfl ajouter que, pendant tout ce temps, la guerre civile fut presque en permanence. C'est alors que les nations barbares, n'ayant à fran- ^ chir que des frontières dégarnies, commencèrent des envahissements, qui devinrent dangereux bientôt après pour l'existence même de l'empire.

Cette phase, déjà fatale à la prospérité générale comme aux fortunes privées, fut suivie d'une autre plus désastreuse encore, dans laquelle des guerres civiles persistantes ajoutèrent leurs ravages à ceux de l'envahissement des barbares, sans que, pendant une durée de huit ans, l'un des nombreux concurrents qui avaient revêtu la pourpre pût l'emporter sur ses rivaux. Celle époque est désignée par les historiens, et cela suffit à peine pour en exprimer les désordres, sous le nom de règne des Trente tyrans.

On peut douter que l'empire romain eût pu résister beaucoup plus longtemps à ces causes de ruine et de dissolution , si un

lomme qui n'avait point une illustre naissance, mais qui était doué le grands talents militaires, n'eût été proclamé empereur par les Jgions du Danube. A force d'énergie, de soins et d'activité, Auréien parvint en peu d'années à rendre à l'empire son unité. Ce fut le âsaltat des victoires éclatantes qu'il remporta sur les barbares plus Qcore que sur ses concurrents. Un de ses actes témoigne h la fois e sa prévoyance et de la situation critique où l'empire était des- 3ndu, c'est qu'il fit réédifier autour de Rome une enceinte solidelent fortifiée, pour mettre la capitale du monde en état de se Sfendre contre un siège en règle. Ce travail, fait en vue de l'avenir lenaçant qu'il apercevait, sufiirait pour honorer sa mémoire. Du iste, il avait si bien rétabli la discipline parmi les troupes, qu'ares sa mort, produite comme d'habitude par un assassinat, le sénat 30ouvra pour un moment son droit d'élection. Le sénat ne fit usage a'avec hésitation et crainte du pouvoir qui lui revenait. Il donna empire à Tacite, personnage consulaire d'un âge avancé, qui exerça seulement pendant un au. Après lui Probus, élevé à l'emire par l'armée qu'il commandait, déploya contre les barbares une etivité aussi eificace que glorieuse, ce qui ne l'empêcha pas d'être ois à mort par une sédition des soldats.

En ne comptant parmi ceux qui ont revêtu la pourpre depuis l'an Î85, que les empereurs ayant réellement gouverné, et les autres Oût tous péri de mort violente, on en trouve 30 sur 41 dont la vie a fini par le meurtre ou par le suicide.

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