CHAPITRE XV
Révoltes religieniet des Jnifii.
Après la mort d'Hérode, roi de la Judée et de plusieurs autres provinces, lés héritiers qui devaient se partager son royaume, conformément à Tun ou à l'autre des deux testaments qu'il avait faits, se rendirent à Rome pour se soumeltre au jugement d'Auguste. Pendant ce temps des séditions s'élevèrent en Judée et y produisirent, d'après le témoignage de l'historien Josèphe, une confusion effroyable. Pour les apaiser, Varus, gouverneur de la Syrie, entra dans Jérusalem avec son armée et il y laissa une de ses trois légions aux ordres de Sabinus, son questeur. Celui-ci fut attaqué bientôt par [une nouvelle insurrection qui le tint enfermé dans la place. Pendant ce temps, la campagne était mise au pillage par les révoltés, qui faisaient souffrir de plus grands maux encore aux Juifs qu'aux Romains*
Varus vint au secours de Sabinus avec les deux légions dont il disposait dans la Syrie, en y joignant les forces qu'il put tirer des eités et des princes alliés* Aretas, roi de Petra en Arabie, envoya kmt ce qu'il put d'infanterie et de cavalerie, moins, paraît-il, pour venir en aide aux Romains que pour se venger des Juifs. Varus, après avoir délivré Sabinus et apaisé l'insurrection, retourna en 1^6. Gnquante députés juifs étaient partis pour Rome, avant ce soulèvement, afin de demander qu'on ne leur donnât point de roi, mais qu'on les laissât libres sous un gouverneur romain. Huit mille Juifs qui séjournaient à Rome appuyaient cette demande. Auguste présida lui-même un conseil où les intéressés furent entendus, puis il déclara Archelaûs prince de la Judée, de l'Idumée et de la Samarie, ce qui faisait la moitié du royaume d'Hérode, en lui promettant le litre de roi s'il s'en rendait digne. Antipas et Philippe, qui étaient également fils d'Hérode, eurent en partage presque tout le reste de ses États.
Archelaûs, après avoir gouverné ses États avec le titre d'ethnarque, fut déposé par Auguste et exilé dans les Gaules. La Judée passa sous le régime de province en Tan 6 de notre ère ; elle commença à payer tribut et fut comprise dans le gouvernement de Syrie.
En l'an 19, le sénat de Rome défendit, par ordre de Tibère» qae les cérémonies judaïques fussent exercées dans Rome; il ordomu aux Juifs de sortir de la ville ou d'abandonner leur religioff« Gtf mesures furent prises à rocca&iou de la conversion d'une daioe romaine nommée Fulvie, qui avait embrassé la religion juivetrt motivées sans doute par les sentiments d'hostilité des Juifs enim le paganisme romain.
Les Juifs ne montrèrent pas plus de soumission quand ils fareirt placés sous l'autorité d'un gouverneur romain qu'ils n'ea avai^ eu sous les rois.
Ponce Pilate, qui fut gouverneur de la Judée de l'an 26 à l'an 35i ayant faii entrer des troupes k Jérusalem pour les y faire séjoaroar pendant l'hiver, le bruit courut que ces troupes avaient des drapeaux sur lesquels étaient les images de l'empereur, ce que les Juifs regardèrent comme une profanation de leur ville, leur religioa prohibant le culte de toutes les images. On reprochait aussi au gouverneur d'avoir placé dans le temple des boucliers d'or consacrés à Tibère. Une sédition éclata, et Pilate ne parvint à la comprimer que par la force et la crainte.
En Tan 37, Vitellias évitait de faire traverser le pays des Juife par ses troupes pour n'y pas montrer les enseignes décorées des images de l'empereur, sachant que les Juifs pourraient s'en irriter comme d'un acte offensant pour leur religion.
Agrippa, petit-fils d'Hérode, ayant été fait, par Galigula, VÀ d'un État qu'avait possédé son oncle, passait par Alexandrie pour s'y rendre, quand les citoyens de cette ville, animés d'hostilité contre les Juifs qui l'habitaient en grand nombre, envahirent leur temple pour y placer des statues de Galigula, ce qui était, suivant la croyance des Juifs, une intolérable profanation. Ce fui une
cause de troubles dans lesquels les Juifs furent massacrés en grand sombre.
Galigula ayant appris la résistance des Juifs à honorer sa statue, ordonna d'en faire une colossale pour la placer dans le temple de Jérusalem. Petr(»iius, gouverneur de la Syrie, fut chargé de prendre les mesures nécessaires pour assurer Texécution de cette décision. U était arivé à Ptolémaïde, dans la Phénicie, quand se présenta devant loi, venant de la Judée^ une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants, c Nous avons été, dirent les principaux d'entre eux, les premiers à apprendre que Gaïus était empereur et à nous en r^ouir. Notre temple est le premier où Ton ait offert pour lui des victimes. Qu'on nous ôte nos villes, nos biens, nos terres, tout ce que nous possédons, pourvu que notre temple demeure en l'état où nos pères nous Font laissé. »
Petronius céda aux supplications des Juifs, qui lui disaient encore : t Nous sacrifions deux fois tous les jours pour césar et pour le < peuple romain ; mais, s'il veut mettre sa statue dans notre temple, « il fjGiut qu'il égorge auparavant tous les Juifs. »
Claude accorda aux Juifs la faculté de vivre partout suivant leurs lois, mais à la condition de se contenter de cette liberté sans offenser la religion des autres peuples. Ce décret demeura affiché dans tout l'empire pendant un mois. Claude obligea plus tard tous les Juife è sortir de Rome, soit à cause de leurs actes d'hostilité contre la religion établie, soit h cause des désordres qui recommençaient dans leur pays.
En Tan 66, Ananie, capitaine du temple de Jérusalem, persuada à ceux qui avaient le soin des sacrifices, de ne recevoir aucune victime ni aucun présent pour qui que ce fût en dehors des Juifs; c'était exclure l'empereur et lui déclarer la guerre. L'insurrection éclata, et à la même heure où les Juifs tuaient les Romains à Jérusalem, les Syriens tuaient à Gésarée plus de vingt mille Juifs.
La révolte ayant soulevé une grande étendue de pays, ne pouvait être promptement réprimée qu'avec des forces considérables.
Vespasien reçut de Néron la mission de conduire cette guerre, et
il se rendit en Syrie où il rassembla les troupes t*omaines a^ec des alliés. Titus, son fils, qui était en même temps un de ses tenants, vint le joindre à Ptoléma'ide avec deux légions. Ves| en avait une troisième, et de plus vingt-trois cohortes dont ( mille hommes chacune; les autres ne comptaient que six fantassins avec cent vingt cavaliers. Les rois Agrippa, Antic Soeme et Mahe lui avaient envoyé de grands renforts, de sori son armée se montait à soixante mille hommes, sans compt grand nombre de valets; il put alors attaquer de plusieurs o la fois une insurrection qui n'eut bientôt plus d'autre refug les murs de Jérusalem, et Titus, auquel Yespasien confia k d'en faire le siège, n'y trouva plus que des ruines quand il dans l'enceinte, où cent mille créatures étaient mortes de faii temple fut complètement détruit par l'incendie. Cet affreux dé ne put assurer pour longtemps la soumission des Juifs, car ils r mencèrent bientôt leurs insurrections sans aucune chance meilleur succès.
Amyot a raconté, d'après Plutarque, des particularités q sont point sans importance. < Les Romains avoient lors gr garnisons en Judée autour de Cyrène, tant de Grèce que d'I contre lesquelles les Juifs de cette province s'esmeurent ei furie qu'en peu de jours meurtrirent toutes ces garnisons, e brutale cruaulté, non contents d'avoir occis les Romains, toient les corps à leurs boucheries et les détailloient en piè vendoient pour manger comme chair de bœuf ou de mout( adjoustant inhumanité à félonie, les Juifs menoient les Roi prisonniers es places publiques, et faisoient entre eulx gag( qui mieulx d'un coup couperoient la teste de son prisonniei autres leur coupoient le membre viril et en jouoient à la pel Trajan fut chargé d'y pourvoir en diligence, et envoya Lm Cyrène, à Cypos Marcus et en Egypte Severus, qui venger cruaulté et oultrages si rigoureusement que si les Romains fussent ressuscites, ils se fussent tenus pour bien vengés. » La persévérance des Juifs dans leurs rébellions féroces con
paissance romaine, ne fut pas sans influence sur les mauvais traitements que les premiers chrétiens ont eu à subir, parce que ceux-ci oe furent considérés à Rome, pendant longtemps, que comme étant une secte des juifs. On y fut très disposé à les traiter en conséqaence, c'est-à-dire avec des sentiments d'animadversion. Cela se fit d'autant plus naturellement que la religion chrétienne s'accordait avec la religion des Juifs pour réprouver tous les cultes du paganisme.