‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 44 sur 60 · CHAPITRE XVL Le christianisme persécuté · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL Le christianisme persécuté

Pendant que la nation juive se précipitait à sa perte, les discipte» de Jésus étendaient aux gentils la prédication de sa doctrine, et, quoique dénués de tout appui temporel, parvenaient à la répandre hors des contrées habitées par les Juifs. Avec la connaissance d'an sQul Dieu, créateur du ciel et de la terre, qui a fait Thomme à son image, ils apportaient l'exemple d*amour et de dévouement donné par le fils de Dieu souffrant, pour le salut des hommes, le plus ignominieux des supplices. La morale qu'ils prêchaient était en harmonie avec ces dogmes et elle se résumait par ces mots : t Aimez votre prochain comme vous-même. »

Dès lors les chrétiens commencèrent k former de petites sociétés qui n'eurent de lien qu'entre elles, et qui furent comme isolées au milieu de la grande société païenne. Les actions impudiques y étaient flétries et punies par l'expulsion ; les riches qui apportaient aux assemblées de quoi manger abondamment devaient en faire part aux pauvres; les procès entre chrétiens étaient jugés à l'amiable et sans faire intervenir les juges païens, d'abord à cause d'un sentiment de charité, ensuite pour éviter les pratiques de Tidolâtrie qui étaient en usage dans les tribunaux à Toccasion des serments qu'il fallait prêter. Les chrétiens étaient tenus de s'abstenir, par un motif analogue, de manger des viandes provenant des victimes immolées aux faux dieux, toutes les fois que le fait était venu à leur connaissance.

La religion de Jésus qui, contrairement au paganisme, proclamait l'égalité de tous les hommes devant Dieu et faisait aux malheureux un titre de leurs souffrances, était de nature à toucher et à consoler les déshérités des biens de ce monde avant les autres. Aussi vit-on les esclaves, les pauvres et les femmes attirés tout d'abord, former le premier noyau des assemblées qui se tenaient dans quelque mai-

son particulière. Les {^utemeurs de province, et, d'après eux, les empereurs, apprirent avec déplaisir les progrès du christianisme qu'Os régardaient comme étant une secte des jnifis très méprisable, mais ils étaient disposés à dédaigner des réunions dans lesquelles il n'y avait point de personnage important ni de force matérielle. On regarda donc pendant quelque temps les chrétiens comme incommodes, mais non comme dangereux, et on les traita en conséquence sans se donner la peine de se rendre compte de leur doctrine*

Au moment de la mort de Jésus, Pilate avait adressé à Tibère un npport écrit sur ce procès et Tibère aurait été disposé, a-t-on dit, k admettre Jésus au nombre des dieux quand le sénat, mieux informé, fut d'un avis contraire. Trente et un ans après, les chrétiens étaient déjà nombreux dans Rome, quand ils furent rendus responsables d'un incendie qui avait détruit la plus grande partie de la ^e. On prend une idée du profond mépris que la religion nouvelle inspirait à l'aristocratie de Rome en relisant le passage que Tacite a ccMBUsacré au récit de cette proscription.

Gomme des bruits infamants attribuaient l'incendie aux ordres mêmes de l'empereur Néron, c il chercha des coupables et fît soufi&ir les plus cruelles tortures à des malheureux abhorrés pour leurs infamies, qu'on appelait vulgairement des chrétiens. Le Christ qui leur doima son nom avait été condamné au supplice, sous Tibère, par le procurator Ponce Pilate, ce qui réprima^ pour le momenf, cette exécrable superstition; mais bientôt le torrent déborda de nouveau, non-seulement dans la Judée où il avait sa source* mais jusque dans Rome où viennent se rendre tous les dérèglements et tous les crimes. On commença par se saisir de ceux qui s'avouèrent chrétiens et ensuite, sur leur déposition, d'une multitude qui fut moins convaincue d'avoir incendié Rome que de haïr le genre humain. Au supplice on ajoutait pour eux la dérision, on les enveloppait de peaux de bétes pour les faire dévorer par des chiens ; on les attachait en croix ; on les recouvrait de résine et l'on s'en servait comme de flambeaux, la nuit, pour

« éclairer. Néron avait cédé ses propres jardins pour ce spectacle, « et, dans le même temps, il donnait des jeux au cirque, se mêlait c au peuple en habit de cocher ou conduisait un char. Aussi les

< victimes, quoique méritant les derniers supplices, inspiraient-elles ff de la compassion, parce qu'elles semblaient immolées moins au c bien public qu'au passe-temps d'un barbare. »

Tacite éprouvait pour la religion des chrétiens tant de dédain qu'il n'a pas pris la peine de chercher à la connaître, tandis qu'il s'était, au contraire, parfaitement rendu compte du dogme fondamental de la religion des Juifs. Voici ce qu'il en a dit : c Hoise a c donné une rdigion absolument contraire à celle des autres peat pies. Ils ont horreur de ce que nous révérons, et, à leur tour, ils c se permettent ce qui nous révolte;.... ils ont les uns pour les autres

< un attachement invincible, une commisération très active et pour a le reste des hommes une haine implacable. Jamais ils ne maiH « gent, jamais ils ne couchent avec des étrangers... Ils r^ardent « comme des impies ceux qui, avec des matières périssables, figo-

< rent la divinité à l'image de l'homme. Leur Dieu est un être su-

< prëme et éternel qui n'a point changé, qui ne finira point. Aussi

< ne souffrent-ils point de statues dans leurs villes, encore moins

< dans leurs temples. Ils n'admettent point cette adulation pour les « rois, cet honneur pour les césars. »

Les premiers massacres des chrétiens ont donc pu être motivés, comme on voit, par la haine portée aux juifs. Il est à remarquer que les persécutions légales sévirent contre eux au moment même où les Pères de l'Eglise formulaient leurs prescriptions les plus douces et les plus pures, telles que celies-ci : t Tu aimeras celui qui t'a feit. € Tu glorifieras celui qui t'a racheté de la mort. Tu seras simple de € cœur. Tu haïras toute hypocrisie. Tu ne t'élèveras point, mais tu € seras humble. Tu ne t'attribueras point de gloire. Tu ne prendras € pas de mauvais conseils contre ton prochain. Tu ne commettras « ni fornication, ni adultère, ni autre impudicité. La parole que « Dieu t'a donnée ne sortira point de ta bouche pour exprimer « quelque impureté. En reprenant quelqu'un d'une faute, tu ne te

c prévaudras point de cela. Tu ne garderas point de mauvaise vot lonté conlre ton prochain. Tu aimeras ton prochain plus que ta c vie. Tu apprendras à tes enfants la crainte du Seigneur. Tu ne

< seras point avare. Ton cœur ne sera point attaché à la grandeur, c mais tu rechercheras les plus justes et les plus humbles. Tu ret cevras comme des biens les traverses qui t'adviendront. Tu ne « seras point double de cœur ni de langage. Tu seras soumis à Dieu I et auK autorités comme à l'image de Dieu. Tu commanderas avec t douceur à ton serviteur et à ton esclave. Tu feras participer ton pro« I chain à tous tes biens. Tu seras chaste selon tes forces et même

< au-dessus. Tu te souviendras jour et nuit du jour du jugement. > La différence entre la religion païenne et la croyance chrétienne

est bien exprimée par le dialogue suivant qui eut lieu, dans le siècle suivant, entre un juge romain et un chrétien : c II ne faut pas que tu périsses par opiniâtreté. Nous adorons les dieux immortels que tous les peuples et nos princes mêmes honorent. Nous honorons les dieux par la joie, les festins, la musique, les jeux, les divertissements. Vous adorez un homme crucifié à qui on ne peut plaire en jouissant de tous ces biens. Il rejette la joie, il aime les jeûnes et la chasteté stérile et condamne le plaisir. Quel bien vous peut fidre celui qui n'a pas su se garantir de la persécution des plus misérables ? Je te dis tout cela afin que tu quittes l'austérité et que tu jouisses du bonheur de ce monde avec la joie qui convient à ton âge. »

Le jeune chrétien répondit : « Je ne me laisse point toucher par cette feinte compassion. Vous ne savez pas que Jésus-Christ notre Seigneur est ressuscité après avoir été crucifié comme vous dites, lui qui par un mystère ineffable, étant homme et dieu tout ensemble, a ouvert aux siens le chemin de l'immortalité. Mais pour parler à votre portée, ignorez-vous que l'homme est composé de deux substances, d'âme et de corps? Chez nous l'âme commande et le corps obéit. Les infamies que vous commettez en l'honneur de vos démons, donnent du plaisir aux corps et tuent les âmes. Nous faisons la guerre aux corps en faveur de l'âme; vous, après

< vous être saoulés de plaisirs^ comme les bètes^ vous ne trouvez à c la fin de celte vie qu'une triste mort. Quand vous nous faites péc rir^ nous entrons dans une vie étemelle. >

Rome avait conquis un grand nombre de peuples et tous avaient vécu sous sa domination sans que les différences de religion eussent amené ni soulèvements ni discordes; la religion chrétienne, au con* traire, produisit par sa naissance et par ses développements des agitations et des troubles qui avaient promptement amené d'horribles cruautés. Ce fait, qui parait au premier abord incompréhensible, demande quelques explications.

Le paganisme ne comportait point la propagande religieuse; on pourrait même dire qu'il l'excluait. Rome ne soumettait point à ses dieux les peuples qu'elle conquérait. Les Romains auraient craint de perdre une partie de la protection des dieux honorés d'un culte public dans leur cité, s'ils l'avaient partagée avec d'autres peuples* Ils étaient plutôt disposés à introduire chez eux le culte de nouveau dieux, pour augmenter le nombre de leurs protecteurs, qu'à donner à leurs dieux de nouveaux protégés. Les autres peuples païeni pensaient de même, et la tolérance mutuelle n'exigea de part et d'autre aucun effort.

Sous les empereurs, chaque cité avait ses dieux particuliers; la curie nommait les ministres de la religion. Partout rassemblée des décurions se tenait dans un lieu consacré, où se faisaient des prières et des sacrifices avant de commencer les délibérations, mais le culte différait d'un lieu à Tautre. Rome, en augmentant le territoire soumis à sa domination, n'avait porté hors de son territoire ni les rites de son culte ni ses lois religieuses. Ses armées et ses citoyens respectèrent partout les cérémonies du culte établi et exercèrent sans obstacle celui qui leur était propre, jusqu'au moment où ils trouvèrent dans la Palestine un peuple ayant foi dans un seul Dieu créateur de toutes choses et pénétré d'horreur pour le culte des faux dieux, représentés par des idoles ou par des images.

D'une part, les juifs, regardant leur territoire comme souillé par les cérémonies de la religion païenne, pouvaient être conduits par

là à la révolte; d'autre part, plusieurs cités, et celle de Rome fut du nombre» conçurent la crainte que la présence des juifs, ennemis déclarés de tous les dieux autres que le leur, ne fût pour ceux de Rome une offense grave, qui les rendit défavorables à tous les vœux, à toutes les prières qui leur seraient adressées.

Il suffisait que les pontifes, chargés de la conservation des rites et interprètes de la volonté des dieux, exprimassent un désir contraire à la présence des juifs pour que le pouvoir impérial s'empressât d'y accéder. C'est ainsi qu'ils furent chassés de Rome à plusieurs reprises.

Les chrétiens, considérés sans examen comme une secte juive, participèrent immédiatement à l'hostilité que les juifs inspiraient au gouvernement impérial. Mais les premières cruautés commises à leur égardj loin d'entraver la propagation de la foi, semblèrent l'accélérer d'une manière incompréhensible. Alors un empereur, que l'histoire regarde, non sans raison, comme judicieux, bon et plein de capacité, en tout ce qui concernait ses attributions politiques, n'hésita pas à ordonner contre les chrétiens une persécution sanglante, sans domier d'autre motif et sans avoir contre eux d'autre grief que leur croyance. Quelque étrange que cela j)uisse sembler de nos jours, l'intérêt politique de supprimer une foi nouvelle, appuyé sur le peu d'importance que les idées du temps attachaient à la vie humaine, ont seuls inspiré la mesure cruelle de Trajan.

Il suffit, pour comprendre sa résolution, de se reporter au conseil qœ Mécène avait donné à Auguste, un siècle auparavant, en s'exprimant comme il suit : « Introduire de nouvelles divinités, c'est enc gager les citoyens à suivre des lois étrangères, de là des séditions, f des révoltes. Il faut poursuivre, réprimer, punir les coupables. > Tacite ne pensait pas différemment.

Noos n'avons pas le texte de l'édit par lequel Trajan, ne faisant peut^tre que renouveler des prescriptions antérieures, ordonna aux gouverneurs des provinces d'abord d'empêcher et de réprimer les associations et les réunions des chrétiens, puis de les punir de mort, mais la correspondance échangée entre Pline le jeune, gou-

veraeur de la Bithynie, et Tempereur, met hors de doute que la peine de mort fut infligée à la croyance seule sans qu'elle se fût manifestée par aucun acte.

C'est après avoir reçu un ordre formel et bref au sujet des <îhrétiens que Pline le jeune écrivit à Trajan pour lui exposer sa conduite et lui demander des instructions dans le cas où il n'aurait pas rempli complètement les intentions de l'empereur. D'après cette lettre, il existait dans cette province un si grand nombre de chré^ tiens qu'avant Tédit qui les menaçait de peines terribles^ les tem* pies étaient presque abandonnés; personne n'achetait plus d'animaux pour les offrir comme victimes et il ne se faisait plus de sacrifices solennels. L'édit avait fait revenir aux temples un grand nombre de ceux qui s'en étaient éloignés, et Pline en concluait que le plus grand nombre se corrigerait si on laissait la porte ouverte an repentir.

En attendant les instructions supplémentaires qu'il sollicitait, il avait opéré de la manière suivante : mandant à son tribunal ceuxqor étaient dénoncés comme chrétiens, il avait renvoyé absous provisoirement ceux qui avaient nié l'avoir jamais été, ainsi que ceai qui déclaraient avoir abandonné la religion nouvelle après ravoir pratiquée. Quant à ceux qui confessaient la foi chrétienne, s'ils y persistaient dans trois interrogatoires, malgré la menace du supplice, ils étaient livrés à la mort immédiatement : à moins qu'ils ne fussent citoyens romains, car ceux-ci étaient envoyés à Rome.

Pline néanmoins déclare, dans sa lettre, que n'ayant jamais assisté aux procès des chrétiens, il ignore ce qu'on punit en eux ou ce qu'on y recherche. N'y a-t-il pas de différence à faire suivant l'âge; et les enfants ne doivent-ils pas être distingués des grandes personnes? Le repentir mérite-t-il le pardon ou ne sert-il de rien de cesser d'être chrétien quand on l'a une fois été? 11 demande enfin si le nom seul, sans autre crime, doit être puni, ou si l'on doit rechercher les crimes commis sous ce nom.

Ceux que Pline a renvoyés absous ont adoré l'image de l'empereur et les statues des dieux; ils ont même maudit le Christ.

D'après leur témoignage, leur faute ou leur erreur se réduisait à ceci : avoir coutume de s'assembler à certains jours, avant le soleil levé, et de dire ensemble, à deux chœurs, un cantique en l'honneur du Christ, considéré comme un Dieu. Ils s'obligeaient par serment, non à aucun crime, mais à ne commettre ni tromperie, ni vol, ni adultère, à ne point manquer à leur parole, ni dénier un dépôt. Ensuite, ils se retiraient; puis se rassemblaient pour prendre un repas ordinaire et innocent, encore avaient-ils cessé de le faire après Tordonnance du gouverneur défendant leurs assemblées. Pour con trôler leurs témoignages sur tous ces points, Pline avait fait donner la question à deux femmes esclaves, mais il n'avait pas trouvé autre ehose qu'une superstition mal réglée et excessive.

Pline demande des instructions, principalement à cause du grand nombre des accusés de tout âge, de tout sexe et de toute condition; car cette superstition a infecté non-seulement les villes, mais les bourgades et les campagnes; il pense qu'on peut néanmoins l'arrêter et la. guérir.

Trajan approuve de tout point la conduite de Pline en disant : c U ne faut point les rechercher ; mais s'ils sont dénoncés et con-

< vaincus, il faut les punir. En sorte, toutefois, que quiconque dira « qu'il n'est pas chrétien et le montrera en sacrifiant à nos dieux,

< obtienne le pardon par son repentir, quelque suspect qu'il ait été

< par son passé. >

Les chrétiens, condamnés par la loi pour le fait seul de leurs oroyances, furent en butte à toutes les calomnies. L'animosité popolaire fut encore surexcitée par les doctrines et les pratiques de quelques sectes extravagantes. L'empereur Adrien, mieux éclairé qoe ses prédécesseurs, donna des instructions pour éviter les conséquences de ces calomnies, en prescrivant de ne punir en eux que les fautes contre les lois et de les protéger contre les fausses accusations.

Cette décision fut prise vers l'an 124, mais elle ne resta pas en vigueur après la mort d'Adrien. Antonin la reprit, non comme une prescription légale, mais comme une règle de jurisprudence.

Faté. 21

Pour ne rien omettre des motifs qui ont pu porter les empereurs païens à persécuter les chrétiens, il est nécessaire de se rappeler que les pratiques de la religion païenne étaient pour ainsi dire de tous les instants, et qu'elles intervenaient dans tous les actes de la vie publique comme de la vie privée. La curie de chaque cité ne déli* bérait point sans avoir accompli des actes religieux auxquels le ; , Romain converti au christianisme ne pouvait plus s'associer, de r sorte que les empereurs purent voir des actes de rébellion contre i^ la loi et contre l'autorité souveraine, là où il n'y avait que le J dégoût de pratiques grossières et les scrupules d'une conscience .jj épurée. i

Pendant tout le cours du ii» siècle, les chrétiens furent alternatif* vement tolérés ou persécutés. Tantôt les populations païennes leur attribuaient des malheurs publics en croyant qu'ils excitaient Iti colère des dieux; tantôt l'empereur, devenu soupçonneux à causa des dangers qui l'entouraient, s'irritait de ne pas recevoir d'eux les mêmes témoignages d'admiration que des autres citoyens. Bientôt on ne se contenta plus de les faire mourir comme au temps de Trajan, on les soumit à toutes les tortures qu'on put imaginer pour les amener à renier leur foi, on les fit périr sur les bûchers, on Ici livra aux bêtes féroces devant les populations assemblées pour ces fêles qui conservaient, malgré leur atrocité, le caractère religieux imprimé par la consécration des pontifes.

Les chrétiens assez forts pour confesser leur foi furent sans cesse exposés à finir leur vie dans ces supplices ; aussi leur courage exalté par l'attente de ce danger atteignit-il au plus sublime héroïsme. L'élonnement et l'admiration qu'ils excitaient devenaient un stimulant pour d'autres âmes intrépides, et les païens eux-mêmes en éprouvaient Tinfluence. Ils apprenaient ainsi que la récompense attendue dans l'autre monde pouvait inspirer le sacrifice de tous les . biens, de tous les plaisirs, de toutes les affections terrestres. Ub persécutions concouraient au progrès du christianisme, et les chré- • tiens étaient en droit de dire comme ils l'ont fait : « Nous ne ces- . « sons point de confesser Jésus-Christ encore qu'on nous coupe ia ;

( tète/ qu'on nous crucifie, qu'on nous expose aux bètes. Nous I souffrons le fer, le feu, les tourments. Plus on nous persécute, 1 plus il y en a qui deviennent fidèles et pieux. > Pendant ce temps la doctrine chrétienne luttait avec avantage,

0 ne saurait dire contre celle de la religion païenne qui n'en avait onr ainsi dire pas, mais contre les écoles philosophiques, et en trliculier contre l'école d'Alexandrie. Non pas que celles-ci demeuusent toutes en dehors du progrès de la morale abstraite; car il y B avait, au contraire, qui préconisaient des règles de conduite raprochées de la morale chrétienne. Mais les philosophes, sans en leepter Plotin, doué d'un si beau génie, étaient impuissants à faire Mbrer dans la multitude des artisans l'idée seule d'un dieu unique t ï plus forte raison de leur inspirer les vertus chrétiennes, la bsteté, la modestie, l'humilité, la patience, la fidélité, la simpli- My 11 douceur.

Les philosophes qui se consacraient à l'avancement des connaisnoes humaines, étaient compris seulement d'un petit nombre d'inffigeoces d'élite, et n'agissaient point sur les âmes. Aussi leurs idrines n'étaient-elies pas considérées comme offensantes pour ht Hgurn païenne, qu'ils ne combattaient point directement et dont

1 pratiquaient le culte sans aucune répugnance.

Le nombre des chrétiens augmenta beaucoup dans toutes les luses pendant le cours du iii^ siècle, où les doctrines furent encore HMlées et les règles de conduite établies par des hommes qui ont feftA le nom de Pères de l'Eglise. La hiérarchie sacerdotale ■Hit constituée dans presque toutes les provinces de l'empire, et les MAlées ecclésiastiques étaient devenues si nombreuses, que les MiiienlB anciens avaient dû être remplacés par d'autres d'une Mue plus considérable. Cela s'était fait parfois sans rencontrer Mm opposition.

IKo^timi et Maximien exercèrent le pouvoir souverain avec ■Mitsnce Chlore et Galère, sans que les chrétiens fussent d'abord ■fnêtés. Il y avait même des chrétiens parmi les gouverneurs do |*«wice, et d'autres qui occupaient dans le palais des empereurs

diverses charges importantes. C'est ce qui amena une scène publique qui eut pour les chrétiens des conséquences terribles.

Dioclétien étant allé dans un temple pour assistera une cérémonie du culte, quelques-unes des personnes de sa suite firent le signe de la croix pour protester contre le sacrifice et contre les aruspicei» Les aruspices déclarèrent les dieux offensés par cotte conduite, et ^ l'empereur irrité commanda que toutes les personnes de son palais j qui refuseraient de rendre aux dieux l'hommage qui leur était d^.i seraient soumises à la peine du fouet. Il ordonna aussi d'obliger ki ofiiciers des troupes à faire des sacrifices, et de les casser s'ils n'obéissaient pas.

A la suite de cela, un premier édit, rendu vers l'an 296 et porté, il est vrai, contre la secte des manichéens, contenait ces mots : c L'ancienne religion ne doit point être changée par une noQYeUot c car c'est un très grand crime de toucher à ce que les anciens (MH c établi et qui a pris un cours assuré, un état fixe. C'est pourqi(| < nous apportons une grande application à punir ropiniâtreté dH c méchants, dont l'esprit est corrompu et qui introduit des sedil t nouvelles et inconnues pour exclure, par de mauvaises reli-» « gions, dues à leur fantaisie, celles que les dieux nous ont accoP» « dées. »

Quelques années après, Dioclétien, sur l'avis de son conseil etdi césar Galère, rendit, en 303, un édit portant que toutes les églises seraient rasées et les écritures chrétiennes brûlées. Les chrétien» eux-mêmes étaient déclarés privés non- seulement de tout honneoPef de toute dignité, mais de tout droit civil. Ils ne pouvaient plus | s'adresser à la justice, tandis que toute action contre eux était re-. : cevablo. Un chrétien ayant arraché et déchiré publiquement cet édit fut aussitôt condamné à être brûlé vif. La persécution ainâ commencée s'étendit dans tout l'empire. L'intérêt politique ralténoi pkis tard et la fit même complètement cesser dans la plupart defr provinces. Enfin Galère, qui s'était montré le plus décidé pour conseiller de prendre des mesures violentes, changea complètemeul d'opinion. Etant devenu le premier des deux augustes, il rendit; en 1

édil décisif par lequel il déclarait qu'il avait

■<^ns à rentrer dans la religion de leurs

* menacés en vain, et qu'en vain on

^ ^qu'ils demeuraient dans leurs sen-

^ ^ A le culte qui leur est dû. Après cela,

^^ ^ru devoir étendre notre clémence sur eux,

,ent être chrétiens comme auparavant, et réj leurs assemblées, à la charge pour eux de ne .»re les règlements. Ils seront donc obligés, d'après j que nous leur faisons, de prier leur Dieu pour notre .1 pour l'État, comme pour eux-mêmes. » npereur Maximien agissant comme son collègue, ordonna \me d'ouvrir les prisons. Le préfet du prétoire d'Orient, en t connaître aux gouverneurs de province que les chrétiens aient plus à l'avenir punissables de leurs croyances, ajoutait Me décision était motivée sur ce que Ton avait reconnu, par ngue expérience, qu'aucun moyen ne réussissait à les per- • ni à les guérir de leur opiniâtreté. ' ^re mourut peu de jours après son édit. Maximien défendit aux chrétiens de s'assembler dans les cimetières et de bâtir :lîses dans l'enceinte des villes qui leur en refusaient l'autori- ; mais il n'y avait là qu'un des derniers efforts du paganisme i, et le christianisme était près du triomphe. imien exerçait encore le pouvoir souverain lorsque Constantin .nius rendirent le célèbre édit de Milan.

Page 1