‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 46 sur 60 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Organisation militaire de rtmpira d'Orient.

L'organisation militaire que Constantin a établie n'a point été crite par les écrivains contemporains dont les ouvrages nous sont rvenus, mais on y peut suppléer par les renseignements contenus ns un document postérieur, de soixante ans environ, à la mort Constantin. Ce document a été dressé, sous le titre de Notitia dû itatum împerity pour présenter le tableau, par ordre de préséance, tous les hauts fonctionnaires civils et militaires de Tempire. Il irnit quelques indications sur les attributions des hauts fonctionires civils, surtout par les titres des employés qui sont mis sous irs ordres, il énumère l'espèce et le nombre des corps de troupes icés sous le commandement de tous les officiers généraux en iction active. Au moment où cet état descriptif a été dressé, l'ornisation militaire de l'empire d'Orient différait de celle de Ternie d'Occident par des changements si marqués, que les deux ipires avaient dû cesser temporairement d'obéir à la même im- Ision. Mais les différences qui se manifestent entre les deux em- •es permettent de remonter au principe qui leur fut commun, à l'objet que Constantin avait eu en vue quand il avait créé cette ganisation.

Les deux préfectures comprises dans l'empire d'Orient étaient la éfecture d'Orient et la préfecture d'IUyrie. La préfecture d'Orient comptait cinq diocèses qui étaient dits riens, yEgyptus, Asiana, Pontica et Thracia, La diocesis Oriens mit quinze provinces; ^gyptus en avait dix; Asiana, dix; Ponça, dix; Thracia, six. Ainsi la préfecture d'Orient comptait quaante-sept provinces.

La préfecture d'IUyrie n'avait que deux diocèses, l'une dite Macewiifl, l'autre Dacia. La diocesis Macedonia comptait six provinces t la diocesis Dada quinze ; en tout, vingt et une.

L'empereur d'Orient n'avait point, à proprement parler, de ministre de la guerre. On peut regarder comme certain que Constantin avait voulu éviter d'attribuer trop d'influence à un sujet et de le rendre dangereux en lui confiant le droit de donner ou jnème de transmettre des ordres à l'armée entière. Voici les mesures qai avaient été prises pour échapper à cet inconvénient :

L'empereur d'Orient avait près de lui deux officiers généraux ëe même rang qui portaient l'un comme l'autre le titre dUlbatre. Ib commandaient chacun séparément à des troupes nombreuses d'iafanterie et de cavalerie qui étaient proportionnées de manière k pouvoir constituer, en les rassemblant au moment du besoin, deox armées d^égale force. On pourrait croire qu'il y avait ainsi deux ministres de la guerre au lieu d'un seul, et c'est ce qui aurait en lieu s'ils avaient exercé, à eux deux, le commandemeiit sur toutes les troupes de l'empire d'Orient, mais il en était autrement, car le plus grand nombre des troupes était placé en dehors de ce deuUe commandement.

Il y avait en outre un magisiermiRtum per Orientem dont le poo^ voir était limité aux troupes stationnées dans le diocese$ d'Orient; il avait sous ses ordres une armée considérable. Un magisler mUitwm per Thraeias, dont le commandement comprenait les troupes da diocèses de Thrace, avait aussi une armée sous ses ordres; un ma^ gister miliium per Illyricwn commandait aux troupes de la préfecture d'Illyrie, diminuée de plusieurs provinces cédées à Tempire d'Occident; il était aussi général en chef d'une armée.

Les principales forces de l'empire d'Orient formaient donc cinq armées, sans autre autorité commune que celle de l'empereur. Celui-ci ayant habituellement près de lui deux des cinq généraux en chef, prenait leur avis pour ce qui concernait l'organisation des troupes, mais ils n'étaient point chargés de transmettre les décisions du souverain.

Le partage des attributions militaires, qui ne s'arrêtait pas là, avait été manifestement organisé en vue d'éviter les inconvénients qui s'étaient produits par suite des abus d'un pouvoir trop étendu,

car d'autres officiers généraux étaient chargés de commander des troupes et des places fortes sur une partie déterminée de frontière. Lear rang était moins éleYé que celui des précédents, car ils ne portaient plus que le titre de spectabilisy mais ils recevaient néanmoins les ordres directs de l'empereur.

Le cwMB limiHs jEgypiiBYdÀX sur son territoire neuf places fortes. Le cames per Aotimm avait une place forte sur la mer et sept forts défendant les passages du mont Taurus. Le dux Libyarum avait pnd>ablement son territoire envahi au moment où la Nolitia a été ré> digée, car ses armoiries, qui devraient porter les images de ses pla* ces fortes^ sont restées en blanc. Le dux Thebaidis a dix-sept places fortes. Le dux PakstinsB en a treize. Le dux Arabise en a dix. Le dux Phesniees en a douze. Le dux Syrise en a douze. Le dux Osdrœ en t onze. Le dux Mesopotamix en a treize. Le dux ArmenUe en a sept. Le dux Seyihias en a sept. Le dux Mœsiœ secundx en a sept. Le dux Mcstix primœ en a huit. Le dux Daciœ ripensis en a neuf.

L'empire d'Orient avait cent trois places fortes plus ou moins considérables, placées sur ses frontières. Ces places devaient pouvoir être gandes de munitions, de vivres et de garnisons avec assez de promptitude et de prévoyance pour n'être enlevées ni par surprise iii par une attaque brusquée. Les généraux chargés du soin de veiller à leur sécurité disposaient d'une quantité de troupes proportionnée à leurs besoins.

La connaissance du nombre des troupes que Tempire avait à entretenir pour cet emploi peut servir à l'appréciation des causes qui ont amené sa ruine. La Noiitiadignttatum offre pour cela une source de renseignements qui seront précieux à la coAdition d'éclairer un point demeuré obscur, celui de l'effectif normal, c'est-à-dire réglelœntaire de la légion sous Constantin et ses successeurs.

Par une critique judicieuse des relations de plusieurs faits de guerre et notamment de la défense d'Amise, place forte dans laquelle» d'après un écrivain contemporain, six légions étaient entrées avant qu'elle fût investie^ l'historien Lebeau est arrivé à établir que ces légions avaient un effectif extrêmement restreint. Lebeau a

malheureusemenl conclu de là que Constantin avait réduit l'effectif de la légion de six mille hommes à quinze cents ou même à mille. Cette conclusion a été admise depuis par tous les écrivains qui se sont occupés de ce sujet, et il nous faut parvenir à la détruire.

On n'est point en droit de conclure de ce que les six légions entrées dans la place d'Amise pour en renforcer la garnison avaient un effectif très faible, que leur effectif normal et réglementaire eût pour cela été réduit. D'abord, Thistorien de l'antiquité qui a fait le récit du siège a pu mentionner six légions, sans dire et sans savoir qu'elles n'étaient pas au complet et qu'elles avaient formé des détachements considérables demeurés sur d'autres points du théâtre de la guerre. Souvent les historiens de notre temps mentionnent un régiment comme ayant pris part en entier à un fait d'armes alors qu'il s'y trouvait seulement un bataillon de ce régiment, surtout si ce bataillon avait à sa tête le colonel du régiments Un bataillon est de même mentionné comme s'il avait été présent tout entier, là où il n'y avait que quelques compagnies sous les ordres du chef de bataillon. D'ailleurs, les effectifs des corps de troupes sont abaissés pendant la guerre par diverses autres causes; d'abord, par les pertes subies dans les combats et dans les retraites; ensuite, par les fatigues des marches et par les maladies qui résultent des intempéries ainsi que des privations. On peut assurer qu'il n'est pas très rare de voir dans le cours d'une longue campagne le nombre des hommes valides et présents réduit au quart de l'effectif primilif. Or, cet effectif lui-même demeure souvent, en temps de paix même, beaucoup au-dessous de l'effectif normal, tant à cause des difficultés du recrutement que pour des motifs d'économie.

Ajoutons enfin, et cela seul aurait pu suffire, que trois légions de César, dont il a été question précédemment, s'étaient trouvées réduites, après Pharsale, deux à quinze cents hommes chacune et la troisième à mille hommes.

Ces considérations sommaires permettent de dire que très certainement l'effectif des légions a été habituellement fort incomplet, noais que l'effectif normal et réglementaire de la légion, qui était hé à

son mode d'oi^nisation et à sa tactique, n'a pas, pour cela, été changé. Constantin n'aurait pas opéré une modification aussi considérable que celle dont Lebeau lui attribue l'exécution, il n'aurait pas formé une nouvelle légion réduite au quart ou au sixième de l'ancienne, sans que les écrivains du temps, ceux qui l'ont blâmé 8oas tant d'autres rapports, eussent signalé cette mesure organique. Tégèoe, écrivant spécialement sur l'art de la guerre postérieurem^t à Constantin, n'aurait pas passé sous silence un fait aussi grave.

■La préoccupation née de l'erreur qui vient d'être signalée en a &it naître une autre. Celle-ci consiste à croire qu'au temps de l'empereur Honorius les légions avaient été changées en numen^ tandis que ce dernier mot est employé dans la Noittia imperit avec an sens général pour signifier des corps de troupes quelconques, soit d'infanterie, soit de cavalerie, quels que soient leur nom et leur organisation. Ceci dit pour débarrasser le terrain des obstacles qui Tobstmaient, la question de la composition des forces militaires de l'empire d'Orient va être reprise.

L'année, considérée dans son ensemble, comprenait des troupes le plusieurs classes désignées par les mots de palatinœ, auxiUa ookima, eomitaienaes, pseudocomiiaienses. Il y avait dans chacune de ses classes des troupes d'infanterie et des troupes de cavalerie.

L'année placée sous les ordres du magister miliium prœsentalù, {ui des deux est nommé le premier, comptait six légions palatinŒf iixrlmit légions auxilia patatina, cinq vexillatùmes de cavalerie |iaislNUff el sept vexillationeê comiiaienses.

Ces vingt-quatre légions, supposées au complet, font un effectif le 144,000 fantassins qui devait exiger au moins 24,000 cavaliers Kmr.que les troupes d'infanterie et les troupes de cavalerie fussent hm une proportion convenable.

L'année du premier magùter militum prœsentalis atteint ainsi, ^ur effectif complet, au moins le chiffre de 168,000 combattants, ïelle de son collègue qui porte le même titre, est composée exac^» i^nent de même, sauf qu'il a une légion de moins. Son effectif com* E^let serait donc de 161,000 combattants.

Le magiikr militum per Orièntem commande à dii-neaf légions d à douze vexiUaHones, ce qui donne un effectif de 138^000 combattants* Le fnoffister tniKtum per Thracias a sous son commandement vingt et une légions avec sept vexillatianes de cavalerie. L'effectif pouvait s'élever à 148,000 combattants.

hdmagiiter militvm per lUyrieum avait son armée oomposée dd vingt-quatre légions et de huit vexillationes seulement, ce qui porte à p^ser que ses légions contenaient de la cavalerie. On sait, eu effet» qu'une légion devait, d'après Yégèce, comprendre 7S0 cavaliers. Quoi qu'il en soit et sans faire entrer cette supposition en ligne de compte» son armée pouvait atteindre l'effectif de 160»OOÛ combattants.

Les cinq armées précédentes pouvaient monter ensemble à Teffee* tifde 776,000 combattants. Ces forces mobiles étaient complétées par des troupes plus stationnaires qui étaient consacrées aux garoH s^Qus des places fortes ou plus généralement à la défense des frontières.

Le eomes Hmitis jEgyptiy comte de la frontière d'Egypte, qui avait neuf places fortes à munir de défenseurs, commandait à neof légions. Sa cavalerie consistait en deux veodllationes, seize «te et neuf cohortes. On peut mettre en doute si les cohortes étaient d'infanterie ou de cavalerie, mais, quoi qu'il en soit, l'effectif au complet devait s'élever pour le moins à 70,000 combattants.

Le cornes per Isauriam^ qui était en même temps gouverneur civil ; de la province, n'avait que deux légions pour garnir de troupes une i place et sept forts. Le nombre de ses troupes ne dépassait pas -, 12,000 hommes. ;

Lé dux Libyarwn n'a point de troupes indiquées comme étant sous ses ordres, ce qui peut servir à appuyer l'opinion que cette province était tombée au pouvoir de l'ennemi.

Le dux Thebaidù, chargé de dix-sept places fortes, commandait à sept légions, à dix cohortes, h des troupes de cavalerie comprises dans deux ewnef, àsept vexillationes et à seize ote. La compositiim* ces trois sortes de corps de troupes n'est pas exactement ctHmoe,

mais eela n'empêche pas de pouvoir estimer reflbotif total de ces troupes^ supposées à leur complet» au minimum de 60,000 combattants.

Le dux Pakstinœy chargé de neuf places fortes et de deux forts, ayait sous son commandement onze cohortes d'infanterie et un dépôt de lé^on; plus, en cavalerie, onze vexillationes et six oto. L'effectif de ces troupes, au complet, devait dépasser SS^OOO combattants.

Le dux Arabiœ, chargé de huit places fortes, n'avait en infanterie que deux dépôts de légion et cinq cohortes. Sa cavalerie, proportionnellement plus considérable, comprenait sept vexiUatwnet et six alx. Le nombre de ses troupes au complet ne peut pas être estimé à moins de S0,000 combattants.

Le duxPlumiees, qui veille à la sûreté de onze places fortes, ne di&* pose en infanterie que de deux dépôts de légion et de quatre cohortes, mais il a onze vexillatiimes et six alœ de cavalerie. L'efièctif peut encore être estimé, pour rester au-dessous de la réalité, au chiffre de 20,000 combattants.

htduxSyriœ, dont le territoire contient douze places fortes, ne dispose pas d'un nombre de troupes qui soit en rapport avec ces exigences, car il n'a, en fait de troupes d'infanterie, que deux dépôts et quatre cohortes. Sa cavalerie comprend dix vexiUatimes et deux alœ. On peut estimer le tout à 16,000 combattants.

Le iux (kdree, pour neuf places fortes, n'a qu'un dépôt de I^on el deux cohortes en infanterie, tandis qu'il dispose de neuf texîOùfiGnes et six alœ de cavalerie. Le tout peut atteindre à 1S,000 combattants.

Le dux Mesopoiamiœ, pour treize places fortes, dispose de deux dépôts de légion et de deux cohortes d'infanterie, avec huit vexiUatkmes et trois alœ de cavalerie. Ce qui ne fait peut^tre pas beaucoup plus de 19,000 combattants.

Le dux Armeniœ, pour sept places fortes, a sous ses ordres trois dépMs de l^on et neuf cohortes d'infanterie, et en cavalerie deux nextUaHoneê avec sept alœ, ce qu'on peut estimer à 18,000 combattants.

Le dux ScythuBy pour sept places fortes, dispose de sept dépôts de légion, avec huit vexillatwnes et sept cunei de cavalerie; le tout comprenant au moins 18,000 combattants.

Le dux MœsÙB secundœ a la charge de sept places fortes, pour la défense desquelles il dispose de sept dépôts de légion et de trois cohortes d'infanterie avec sept cunei et dix vexillationes de cavalerie, ce qui doit lui donner au moins 20,000 combattants.

Le dux Mœsiœ primœ, pour huit places fortes, dispose de huit dépôts de légion et de deux dépôts de flotte, ce qui s'entend des soldats de marine, avec huit cunei et huit vexiUaiiones de cavalerie. Le tout doit encore dépasser 20,000 combattants.

Le dux Daciœ ripensis, qui a neuf places fortes, dispose de sept corps de troupes auxiliaires, de neuf dépôts de légion, et de deux dépôts de flotte comme infanterie, avec neuf cunei de cavalerie. Le tout dépasse sans doute 20,000 combattants.

L'ensemble des troupes consacrées spécialement h la protection des frontières s'élève à 340,000 combattants qui, joints aux 776,000 combattants des cinq armées actives, donnent 1,116,000 combattants. Il faudrait ajouter encore un cinquième au moins de ce chiffire pour tenir compte des non-combattants, ce qui ferait monter l'effectif total de l'armée, pour l'empire d'Orient seul, à un peu plus de treize cent mille hommes.

Ce nombre d'hommes entretenu eu permanence aurait sans doute occasionné des dépenses trop fortes pour les finances de l'empire, sans compter que ses ressources auraient été beaucoup diminuées par un si grand nombre de bras détournés du travail productif. Mais si les empereurs ont formé des cadres pour contenir un pareil nombre de soldats, c'est qu'il le fallait non pas sans doute pour combattre sur toutes les frontières eji même temps, mais pour être en état de repousser l'ennemi, sur quelque point qu'il dirigeât son attaque.

Constantin et ses successeurs à l'empire d'Orient ont dû recourir dès lors à un moyen devenu familier depuis, qui consiste à avoir pendant la paix beaucoup moins de soldats que n'en comporteotl^^

cadres^ et d'en augmenter considérablement le nombre quand la guerre survient ou même dès qu'elle est menaçante.

La proportion entre l'effectif du pied de paix et celui du pied de gaerre est en Europe, à l'heure présente, celle de 1 à 3, mais la différence, augmentée récemment par une innovation importante, était sans aucun doute beaucoup moins grande alors. Elle devait varier avec les circonstances, suivant la difficulté de recueillir des impôts sofSsants et aussi d'après le plus ou moins de facilité à recruter et à former des soldats.

Saint Pacôme, enrôlé à l'âge de vingt ans pour servir dans la guerre de Constantin contre Maxence, reçut son congé dès que la paix fut rétablie. Ce fait particulier indiquerait déjà que l'effectif de guerre était diminué dès que les circonstances le permettaient. On en trou*vera plus loin une preuve décisive, à l'occasion des immunités accordées dans la cité aux anciens soldats, car on verra qu'il y avait des distinctions établies suivant la durée du temps de service accompli. Des hommes rentraient dans leurs foyers après avoir fait le service militaire pendant une durée qui n'atteignait pas cinq ans, d'antres passaient dans l'armée des périodes de temps variables, depuis cinq ans jusqu'à vingt ans. La règle établie par Auguste pour fixer le temps de service du soldat à vingt ans au moins avait cessé, sinon d'être encore en vigueur, du moins d'avoir une application exclusive.

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