CHAPITRE IV
Organisation militaire de Tempire d*bc6ident.
Les précautions prises dans l'empire d'Orient pour répartir k commandement des armées actives entre plusieurs généraux placii (tous les ordres directs de Tempereur, n'étaient plus en usage dam Tempire d'Occident. Le commandement des troupes était orgauBi autrement.
Le pouvoir militaire était partagé entre deux grands-officiers qd avaient Tun le titre de magister peditum prœsenialis^ o'ëst<>à<-din mattre de rinfanterie, près de l'empereur; l'autre» le titre de mtffè» tef" eptkum prœsentalts, c'est-à-dire mattre de la cavalerie» près iî l'empereur. Ces deux charges correspondaient à celle de nûnistre de la guerre pour l'infanterie et de ministre de la guerre pour Vk cavalerie. Elles avaient peut-être été constituées en vue d'étaUir deux pouvoirs en équilibre et afin d'éviter par là que l'un des deux pût devenir redoutable à l'autorité impériale ; mais» au mom^t oft la Notiiia dignttatum a été rédigée, le premier de ces deux grand»* officiers, le maître de l'infanterie, avait acquis sur son collègue une prépondérance marquée.
Le maître de l'infanterie avait alors sous son conamandemeat douze légions palatinœ, soixante-cinq légions auxilia palatina, trentedeux légions comitatenses et dix-huit légions pseudocomitatenses; en tout cent vingt-sept légions. Tandis que le maître de la cavalerie ne commandait qu'à dix veodllationes palatinœ et à trente-deux vexilktiones comitatenses.
Toutes ces troupes d'infanterie et de cavalerie formaient plusieurs armées, savoir: l'armée d'Italie, l'armée d'IUyrie, l'armée des Gaules, l'armée des Espagnes, l'armée d'Afrique, l'armée des Bretagnes.
À l'exception du commandant en chef de Tannée des Gaules, revêtu du titre de magister equiium perGallias^qm ne recevait d'ordre
que dô T^Oipdrettr^ les mitres commandants d'armée étaient subof* donnés au mattre de Tinfanterie, qui avait ainsi obtenu des atUiba<«
tions beaucoup plus importantes que celles du mattre de la cayalerie.
Six comtes militaires (eomiies militum) répartis dans six provinces, et dix ducs de frontière {duce$ miUturn) répartis sur d'autres points, sont indiqués comme étant & la disposition du mattre de l'in&nterie. Cette expression indique qu'ils sont entièrement placés sous son autorité.
Le come$ Africœ a lui-même sous ses ordres seize commandants de places fortes, chargés de veiller sur les frontières. Chacun d'eux étend son commandement en dehors de sa place sur une certaine étendue déterminée de territoire et porte le titre de prasperitm Umitiê. '
Le ecmêt Ttngiùmiœ, qui a huit places fortes sur son territoire» dispose d'un prœfectui ahs et de sept tribuns de cohorte, ainsi que de leurs troupes. Il peut avoir environ huit mille hommes sous ses ordres.
Le tomes lùiorù soxoniet per Britanniam dispose, pour défendre neuf places fortes, d'un tribun de cohorte, d'un préfet de légion et de sept prœpmH. Les corps de troupes dont il dispose peuvent monter à 9,000 hommes.
Le duo ou général de la province de Mauritanie^ qui a huit places fortes, dispose de huit commandants chargés de toute la partie de frontière avoisinante, avec 6,000 hommes pour le moins.
Le dac de la province Tripditana dispose de quatorze commandants de frontière, autant qu'il a de places fortes.
Le dtAX Pannoniœ, dont le territoire comprend dix-huit places fortes, a le même nombre de commandants de place. Il dispose, pour le même objet, de cinq corps de troupes d'infanterie dits auxi^ liairesy plus six ctmêi et onze vexiUatwnes de cavalerie* On ne saurait estimer le tout à moins de 20,000 combattants»
Le énx pnmneiœ Valeriœ, qui a vingt places fortes h protéger, (ÛspcMte de cinq mucUia d'infanterie, de quatre timei et de dixHiept
vextUaticnes de cavalerie, qui peuvent compter en tout 25,000 combattants.
Le dux Pannoniœ primœ, pour dix places fortes, a huit dépôts de légion, deux dépôts de flotte et cinq cohortes comme troupes d'infanterie, avec deux cunei et quatorze vexiUatianeê de cavalerie, ce qui ne peut pas être estimé à moins de 25,000 combattants.
Le dux Retiœ, pour dix places fortes, avait, en infanterie, deux dépôts de légion et huit cohortes ; en cavalerie, deux vexittatkm seulement. Le tout pouvant être estimé à 14,000 combattants.
Le dux provinciœ Sequanicœ, qui n'a point de places fortes à protéger, ne dispose que d'un seul corps de troupes.
Le dux traciùs armoricani a, pour dix places fortes, une cohorte et neuf dépôts de légion, qu'on peut évaluer à 10,000 combattants.
Le dux Belgicœ secundœ n'a qu'un dépôt de flotte et une cohorte pour infanterie, avec une seule vexillaiio de cavalerie, quoiqu'il ait trois places fortes à protéger. On peut estimer ses troupes à 2,000 combattants.
Le dux Germaniœ primœ n'a, d'après la NeiiHay ni armoiries, ni troupes; la page qui le concerne est restée blanche; ceci parait indiquer que la province était tombée au pouvoir de l'ennemi.
Le dux Britanniarum doit protéger dix places fortes ; il dispose, pour cela, de quatorze dépôts de corps de troupes, dont trois de cavalerie. Les garnisons des lignes de retranchement comprennent, en outre des troupes précédentes, seize cohortes d'infanterie et sit alœ de cavalerie. Le tout devait dépasser 20,000 combattants.
Le dux MagunHacensiSy pour onze places fortes, avait onze corps de troupes qui devaient compter ensemble plus de 11,000 combattants.
En outre de ces troupes de défense, sur lesquelles le maître de l'infanterie avait le commandement supérieur, il en existait encore d'autres sur lesquelles son commandement était plus direct, parce qu'elles n'étaient subordonnées ni à un comesy ni h un dux. Ainsi un dépôt de flotte, subordonné seulement à un prœfectus, séjournait dans la Vénétie inférieure. Dans la province Flaminia, un corps de
troupes et un dépôt de flotte étaient commandés chacun par un préfet. Dans la province Liguria^ il y avait un dépôt de flotte, et un autre aussi dans la province Campania. Voilà pour l'Italie.
Dans les Gaules, deux dépôts de flotte, un corps de troupes commandé par un préfet, et une cohorte résident dans la province GalUa ripenns; une cohorte réside dans la province Novempopulana; nn dépôt de flotte dans la province Lugdunensis prima; un dépôt de flotte dans la province Lugdunensis secunda. Pour les Espagnes, un dépôt de légion et cinq cohortes résident dans la province Hispania gdkma ; une cohorte dans la province Tarraconensù.
Le maître de l'infanterie avait encore sous son commandement direct des lœH et des gentiles, c'est-à-dire des soldats fournis par des populations barbares établies sur le territoire de l'empire. Ces populations avaient reçu des terres qu'elles possédaient, sous la condition expresse de concourir à la défense des frontières, conformément aux clauses de leurs traités. Les lœti et les geniiles fournissaient principalement des troupes temporaires. Il y avait dans les Gaules douze prœfecti chargés de commander chacun un contingent de ces sortes de troupes barbares, dont les unes avaient la qualité de lœtt, les autres celle de geniiles. Leur nom de nationalité variait également. On y trouve des lœH leutonicianiy des lœti batavt, des lœti geniUes mm, des lœti franci, des lœti lingonemes, des lœti acti, des lœH nervi, des lœti lagemes,
La province Italia avait seulement deux de ces prœfecti*, mais la province Italia superior comptait dix-neuf prœfecti sarmatarum gentUium. Tous les contingents que ces officiers commandaient appar-» tenaient à la nationalité sarmate, qui fournissait peut-être alors plus de 100,000 hommes pour la défense de l'empire, quand la guerre était rapprochée de ses foyers.
Le commandement exercé sur toutes ces troupes barbares par le mattre de l'infanterie, joint à ses autres attributions, indique qu'il était à ce moment le véritable mattre de l'État. On trouve pourtant encore des vestiges de l'égalité qui avait existé entre lui et son collègue. Chacun des comités et chacun des duces qui exerçaient un
commandement avait im auxiliaire» analogue au chef d'état-moior de nos jours, qui lui était donné pour un an alteraativem^t par b maître de Finfanterie el par le maître de la cavalerie. On avait trouvé dans cette alternative une double précaution contre les révoltes*
Si maintenant on veut se rendre compte de ce que pouvait 6tn 'effectif de l'armée de l'empire d'Occident, en supposant tous Us corps de troupes à leur complet» on trouve d'abord pour 148 légioiB un chiffre de 880,000 fantassins* Les 48 vextllaiimes peuvent contenir 96,000 cavaliers, tandis qu'il en faudrait 175,000 pour être en proportion convenable avec l'infanterie. La différence provient vraisem* blablement de ce qu'il y a des cavaliers dans les légions; maison voit que, même sans en tenir compte, l'effectif des troupes actives s'élèvera déjà à 976,000 combattants. A quoi il faut ajouter Itf troupes de défense ou de garnisop qui sont au moins de 1SO,000 hommes. L'effectif est ainsi porté à 1,126,000 combattants* En y ajoutant le cinquième de ce chiffre, pour tenir compte des noncombattants, on voit que le complet comporte plus de 1»3SO,000 hommes d'armée permanente. Si l'on voulait embrasser tout le système défensif, il y aurait lieu d'ajouter à ce chiffre, pour le moins, 100,000 hommes de troupes temporaires composées de barbares fixés sur le territoire. On arrive pour l'empire d'Occident à des nombres encore plus forts que pour l'empire d'Orient; mais, dans l'un comme dans Tautre, les corps de troupes avaient sans doute pendant la paix des effectifs beaucoup plus faibles que leur complet réglementaire de guerre. En se reportant aux temps d'Auguste ou de Trajan, alors que 200,000 ou 250,000 soldats, entretenus en pe^ manence, suffisaient à défendre l'empire et k reculer ses frontières, on reconnaît que les deux empereurs d'Orient et d'Occident avaient, pendant la seconde moitié du iv« siècle, des cadres pouvant renfwmer dix fois plus de soldats, et ils ne parvenaient pas, avec ce nombre immense de troupes, à empêcher que l'empire ne fût très fréquemment envahi dans l'une ou l'autre de ses parties* Il est mportant de reconnaître que cet effet désastreux a été la conséquence
de ce que le métier des annes avait cessé d'être en honneur. De là,
deux causes concourant au même effet. Les soldats n'avaient plus la valeur de ceux du passé, et l'art de la guerre n'étant plus aussi bien cultivé ne progressait plus comme auparavant. Les légions avaient perdu leur ancienne supériorité de valeur et d'habileté sur les troupes emiemies» de sorte que les empereurs» réduits à la néeeisité d'augmenter la quantité de leurs troupes pour faire face aax dangers qui les menaçaient de toutes parts^ épuisaient les res« sources de l'empire en impôts et en hommes.
Les ministres secrétaires d'État, ainsi que les grands-officiers de la couronne, portaient les mêmes titres dans l'empire d'Occident qae dans Fempire d'Orient. Us étaient rangés par ordre de préséance, un peu différemment, ainsi qu'il suit :
i^ Les deux préfets du prétoire, qui étaient le préfet du prétoire d'Italie et le préfet du prétoire des Gaules ; 3<> le préfet de Rome ; 3® le maître de l'infanterie et le maître de la cavalerie ; 4® le prœpolâus sacri cubicuU ou grand chambellan, chargé de l'administration des palais impériaux; S<> le magister officiorum; 6^ le qtuBstor; 7» le cames sacrarum largitionum ; i^ le cornes rerum privatarum; 9<* les deux comités domesticorum, commandants des gardes du corps, qui étaient dénommés : l'un, cornes domesticorum equUum; l'autre, cornes iomesticorum peditum»