‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 49 sur 60 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La succession au pouvoir souverain.

Les trois fils de Constantin se partagèrent l'empire sans recourir aux armes, mais non pas sans que les soupçons et les craintes eussent fait périr de mort violente plusieurs princes, leurs oncles et cousins. Pendant quelques années, l'empire fut gouverné par trois augustes.

Bientôt pourtant, Tun des trois, Constantin le Jeune, se plaignant de n'avoir pas reçu la part qui lui était due, engagea une guerre civile dans laquelle il périt; après sa mort, le territoire fut partagé d'une manière normale entre les deux empereurs restants; l'un eut l'empire d'Orient et l'autre l'empire d'Occident. Dix ans après, une conspiration pareille à celles des temps passés, détrôna Constance pour élever un chef militaire, Magnence, à l'empire d'Occident En apprenant celte nouvelle, l'armée d'IUyrie prit Veterano, son général, pour en faire aussi un auguste. La guerre civile qui s'ensuivit donna la victoire à Constance, le seul survivant des fils de Constantin, qui réunit alors le territoire entier des deux empires sous son autorité.

Deux neveux de Constantin le Grand, Gallus et Julien, vivaient encore. Gallus, déclaré césar par Constance quand il eut atteint Tâge de vingt-cinq ans, fui mis à la tète de la préfecture d'Orient, qui comprenait cinq diocèses, et dont Antioche était la capilale. Il réunissait les pouvoirs civils et militaires pour faire concourir efficacement les ressources de son territoire à la défense de ses frontières, mais il demeurait subordonné à l'empereur, dont il recevait des instructions et des ordres. Gallus s'étant montré peu capable de t remplir ses hautes fonctions, Constance les lui enleva, le manda . ptès de lui, puis le fit juger et mettre à mort, en punition d'une tentative de révolte étouffée avant l'exécution. Malgré le mauvais succès de ce premier essai. Constance éleva Julien, à son tour, au

rang de césar, quand il eut atteint Tâge de vingUcinq ans. On peut iroir là un indice du besoin qu'avait Constance de se faire aider ians le gouvernement.

Julien fut chargé de la préfecture des Gaules, dont les frontières étaient alors en butte à de dangereuses attaques. Les détails que les liistoriens contemporains ont rapportés sur l'administration de Julien nous montrent que le préfet du prétoire des Gaules était tenu d'obtenir l'assentiment du césar aux mesures de l'administration civile, notamment à l'établissement des nouvelles contributions, mais qu'en même temps ce préfet du prétoire devait rendre compte il l'empereur de toutes les mesures adoptées par le césar. L'empe* reur était mis en mesure, par ce moyen, d'envoyer des ordres contraires aux décisions prises par le césar quand il les désapprouvait.

Julien avait fait plusieurs campagnes au delà du Rhin avec succès, et il s'était concilié l'attachement de ses troupes, quand il reçut un envoyé de l'empereur lui apportant l'ordre de Jure partir de la Gaule, pour l'Orient, des corps de troupes auxiliaires formées de soldats bataves, hérules et celtes. Julien fit entendre quelques observations portant sur ce que le gouvernement impérial devait éviter d'employer à cet égard aucune contrainte, parce que ces soldats étrangers avaient mis pour condition qu'ils ne serviraient point au delà des Alpes. Il résulte de là que Julien avait formé, pour la défense des Gaules^ des corps de troupes composés le barbares engagés volontairement, et que le nom d'auxiliaire Stait attribué à ces sortes de troupes. On ne sait à quelles condiions, soit de prime d'engagement, soit de solde, soit de temps de lervice, soit de récompense au moment de leur congé, ces étranjers avaient été enrôlés, mais il est fort possible que, sous la presâon de circonstances critiques, ces soldats étrangers, qui étaient les mercenaires, aient obtenu parfois de plus grands avantages que es légionnaires. Alors les habitants de l'empire, admis aussi à s'y engager, furent parfois amenés à choisir ces corps de troupes de ^référence aux légions. Ceci explique les plaintes de Végèce regret-

tant que les jeunes gens de son temps entrent dans les troupes auxiliaires et délaissent les légions.

Julien vit dans Tordre qu'il avait reçu de céder une partie de ses troupes une mesure soupçonneuse, prise dans l'intention de diminuer les forces placées sous son commandement» et il prévit le mécontentement que ses soldats éprouveraient. Une agitation sourde se produisit, en effet, parmi eux et elle donna lieu à un complot qui éclata à leur passage par Paris. Julien, proclamé auguste, parut eu public orné du diadème.

Pour se donner les avantages de l'initiative dans la guerre civile qui s'engageait, Julien prit le parti de marcher immédiatement vers Gonstantinople, mais la mort de Constance, survenue sur ces entrefaites, le laissa souverain de tout l'empire, en l'an 361 de notre ère. Il périt deux ans après, sur le bord du Tigre, dans une retraite désastreuse qui fut la conséquence d'un plan d'opérations défectueux.

La famille de Constance Chlore finissait avec lui, et il n'y avait dans l'empire ni césar ni successeur désigné. Sur le refus de Salluste, préfet du prétoire, Jovien, cornes domesticorum, fut pro* clamé empereur et auguste par l'armée, qui lui prêta serment de fidélité. La situation était si critique que Jovien se trouva réduit à la nécessité d'acheter la liberté de continuer sa retraite au prix de plusieurs provinces cédées à la Perse.

Jovien, mort presque aussitôt après avoir conclu ce traité malheureux, laissa encore l'empire sans candidat désigné. Cette situalion dangereuse fut traversée avec une tranquillité inaccoutumée, car l'élection de Valentinien fut faite sans aucune entrave, dix jours après, par les grands fonctionnaires de l'empire convoqués à cet effet dans la ville de Nicée. L'ordre avait été maintenu partout, pendant ce temps, au moyen de l'autorité exercée par les ministres, qui se réunissaient en conseil pour résoudre les questions importantes.

Valentinien, reconnaissant que le gouvernement de tout l'empire était un fardeau trop lourd pour lui seul et se conformant au désir

exprimé par son armée, prit pour collègue son frère. Valons, qu*il fit reconnaître comme empereur et auguste. Il ne lui donna pourtant à gouverner qu'une des quatre préfectures, celle de TOrient, en se réservant pour lui-même les trois préfectures de llllyrie, de l'Italie et des Gaules. Valons, qui n'était point préparé à cette éléyation, se montra reconnaissant et soumis envers son frère.

Un prétendant souleva quelques troubles dans l'armée d'Orient, ea s'appuyant sur sa parenté prétendue avec Julien, mais il fut vaincu promptement et mis à mort. Les deux empereurs régnèrent ensuite sans autres difficultés que celles des guerres étrangères,

Valentinien mourut en l'année 375, après onze ans de règne. Il laissait deux fils, l'un âgé de dix-sept ans et l'autre de quatre ans seulement; néanmoins, ils furent l'un et l'autre reconnus comme augustes. Us se partagèrent les trois préfectures de leur père; on peut dire plus exactement que les hauts fonctionnaires chargés d'exercer la tutelle et de régner à leur place, gouvernèrent en leur Qom. Ce fait, accepté comme une règle, inaugurait un nouveau droit de succession, car le pouvoir souverain passait du père au fils en bas âge, avec la complication, les fictions et les embarras de la période de minorité. Nous serions peu fondés à blâmer cette innovation, quoiqu'elle semble illogique, car toutes les monarchies de l'Europe moderne ont vécu depuis lors sous cette règle de succession pendant un grand nombre de siècles, pour éviter d'autres inconvénients. On sait trop, en efiTet, comment la complète vacance du trône ouvre la porte à des discordes sans fin et à des guerres dviies parfois interminables.

Gratien, l'atné des fils de Valentinien, eut les deux préfectures de Valentinien les plus menacées, qui étaient celle de l'Illyrie et celle de la Gaule; Valentinien II eut celle d'Italie.

Valens étant mort trois ans après, dans une bataille qu'il perdit contre les Golhs, Gratien, qui était en marche pour lui amener des recours, se trouva sur les lieux pour lui désigner un successeur. Prenant en considération les dangers de l'empire, attaqué en ce monaent sur toutes ses frontières, il choisit un homme qui n'était

rocomraandé que par sa réputation. C'est ainsi que Théodose le Grand devint empereur d'Orient. Quatre ans après, une révolte militaire qui éclata dans la Grande-Bretagne éleva Maxime au rang d auguste, et Gratien fut mis à mort.

Théo dose reconnut ce nouveau collègue pour éviter la guerre civile; mais Maxime ayant attaqué les états de Valentinien II, Théodose marcha au secours du jeune empereur. Maxime, vaincu, tut mis à mort en 388. Il n'y eut plus alors que deux empereurs. Théodose en Orient et Valentinien II en Occident.

Peu d'années après, ce jeune prince ayant menacé Arbogaste, magister militum des Gaules, de lui enlever cette fonction, fut étranglé dans son lit, Tan 392. Théodose s'avança contre Eugène, élevé au trône par Arbogaste, le vainquit et le fit périr en l'an 394.

A ce moment, l'empire fut soumis en entier à Théodose, mais pour très peu de temps, car ce prince mourut l'année suivante.

Les deux fils de Théodose se partagèrent l'empire sans aucun obstacle, malgré leur jeunesse. Arcadius, âgé de dix-huit ans, eut l'empire d'Orient, comprenant la préfecture d'IUyrie et celle d'Orient, Honorius, âgé seulement de dix ans, eut l'empire d'Occident, comprenant la préfecture d'Italie et celle des Gaules.

Les minorités des souverains produisirent deux effets : ce fut, d'abord, le pouvoir politique des femmes, mère ou sœur d'empereur, qui exercèrent la régence, et ensuite l'accroissement d'influence des ministres. Il résulta de là que l'ambition des hommes d'Etat prit souvent pour but de remplacer le ministre prépondérant au lieu de chercher à renverser le souverain.

Les deux gouvernements de l'Orient et de l'Occident en vinrent à agir plus séparément Tun de l'autre à mesure que les difficultés de la lutte contre les barbares s'accrurent pour chacun d'eux. Ils en vinrent même parfois à oublier l'intérêt commun en agissant avec hostilité l'un contre l'autre. Mais la nomination des deux consuls qui donnaient leur nom à l'année continua à se faire d'un commun accord, et l'unité ne cessa pas d'exister dans la législation j civile. \

Arcadius mourut en 408| laissant un fils âgé de sept ans qui lui succéda sans obstacle comme empereur d'Orient Les grands de l'empire furent assez sages pour s'entendre et confier h Anthëme, préfet du prétoire, l'autorité gouvernementale, jusqu'à ce que Pulchérie, sœur de l'empereur, parvenue à Tâge de seize ans, pût exercer les fonctions de la régence sous le titre d'augusta.

L'empire d'Occident avait été partagé entre Honorius et Constans, son beau-frëre, époux de sa sœur; mais Gonstans mourut sept mois après avoir été proclamé auguste. Honorius mourut lui* même, en 423, sans laisser d'héritier direct. La veuve de Gonstans avait un fils, mais comme elle avait quitté Ravenne pour se retirer à Gonstantinople, Jean, l'un des ministres d'Honorius, profitant de son absence, se fit proclamer empereur. Regardé comme un usurpateur par l'empereur d'Orient qui envoya une armée pour le corn* battre, il fut vaincu et mis à mort. Yalentinien III, neveu d'Honorius, devint empereur d'Occident, à l'âge de six ans, et Placidie, sa mère, qui exerça la régence, prolongea l'exercice de son pouvoir, pendant trente-cinq ans, jusqu'à l'an 450.

Théodose II, empereur d'Orient, mourut cette année même à l'âge de quarante-neuf ans, après avoir occupé le trône pendant quarantedeux ans. Gomme il ne laissait pas d'enfants, le droit d'hérédité au trône prit une nouvelle extension, car sa sœur Pulchérie fut proclamée impératrice d'Orient. Elle eut la prudence de prendre pour époux un homme capable d'exercer les fonctions souveraines, et Marcien devint ainsi empereur sans qu'aucun trouble se fût produit.

En Occident, Yalentinien III fut assassiné en 455, à l'âge de trente^^inq ans, en punition d'un viol qu'il avait commis sur la femme d'un consulaire. Ce dernier personnage, Maxime, proclamé auguste, se hâta, pour consolider son pouvoir, de marier son fils à la fille de Yalentinien III et d'épouser lui-même l'impératrice Eudoxie; mais ce fut presque en vain, car il fut rendu responsable des progrès des Yandales et périt à Rome dans une émeute, après avoir régné trois mois à peine. C'est alors que Genseric livra Rome au pillage pour en transporter les dépouilles en Afrique.

Avitus, qui commandait l'armée romaine dans les Gaules, voyant le trdne vacant, se fit proclamer empereur avec Tappui de Théodorie, roi des Goths, qui résidait à Toulouse ; c'est assez dire que b barbares établis sur le territoire de Tempire d'Oecident exercèrent alors sur ses destinées une influence prépondérante. Un autre barbare, Ricimer, qui, avec le titre de ewnes auquel fîit ajouté plas tard celui de patrice, commandait les forces militaires de l'empire en Italie, déposa Avitus pour lui substituer Majorien, en 457. Ce dernier recourut, comme l'avait déjà fait Avitus , au sénat de Rome, si longtemps oublié, pour donner à son élection une apparence de légalité. Majorien se mit personnellement à la tète des troupes pour aller combattre en Afrique, mais une sédition des soldats lui ôta la vie après Favoir contraint d'abdiquer, en 462. Alors Ricimer exerça les pouvoirs du gouvernement sans autre titre que celui de patrice; son autorité, reconnue en Italie, ne franchit pas les Alpes. iEgidius, commandant de Tarmée dans les Gaules, de* vint indépendant. Bientôt Ricimer se voyant impuissant à protéger ritalie contre les incursions des ennemis, s'adressa à l'emperear d'Orient; il lui demanda tout à la fois un empereur et des secours pour l'Occident. Léon, qui était devenu empereur par une élection qui avait été paisiblement faite k défaut de descendance dans la famille impériale, revêtit de la pourpre un des principaux personnages de l'Orient, et Anthème, arrivé en Italie où il fut accueilli par des acclamations, se hâta de marier sa fille au patrice Ricimer. Cette alliance ne put empêcher Ricimer de faire, en 472, la guerre à Anthème qui périt dans la prise de Rome. Olybrius, mari de la plus jeune fille de Valentiuien III, que Ricimer avait choisi comme un prétendant capable de disputer le trône, commença un règne de sept mois plutôt apparent que réel. Il périt de mort violente et serait le dernier des empereurs d'Occident, si Ton pouvait le compter parmi eux; mais il n'a point été reconnu par l'empereur d'Orient. Les débris de l'empire d'Occident furent subordonnés pendant quelque temps encore à l'empereur d'Orient, mais plutôt nominalement qu'avec une dépendance réelle.

Il y aurait encore à mentionner quelques tentatives faites par des chefs barbares pour élever à l'empire des hommes placés sous leur dépendance, mais ces usurpations furent éphémères.

En comparant les désordres qui viennent d'être brièvement indiqués, avec ceux qui s'étaient produits pendant la période de temps écoulée d'Auguste à Constantin, on reconnaît que les maux provenant des imperfections du mode de succession au pouvoir souverain ont diminué après Constantin. Sa constitution politique a loQoé des avantages sous ce rapport. Il est à remarquer néanmoins ]U6 l'élection du souverain, quel que fût le mode adopté, a présenté les inconvénients tels qu'on a eu recours, pour les atténuer, à la r^le du droit de succession fixé dans une famille déterminée. C'est linsi que l'empire romain est arrivé à se soumettre aux maux rémitant des souverains mineurs, des souverains sans capacité per- M»nelle, des souverains infirmes. Cet enseignement de l'histoire lonne à penser que la science de gouverner les Etats a plus de profit à tirer des leçons de l'expérience que de la logique pure.

L'empire d'Orient a survécu à l'empire d'Occident pendant plus le neuf siècles. Ce fait extraordinaire doit être attribué, en partie, i ce que la succession au trône s'y est opérée de plus en plus réguièrement, d'après la règle de l'hérédité. Les troubles et les guerres civiles que les révoltes des troupes avaient si souvent suscitées et {ue le système électif avait rendues inévitables, ne furent sans doute >a5 complètement évitées, mais elles devinrent beaucoup moins Véqaentes qu'elles ne l'avaient été.

Ce sujet vaut bien qu'on s'y arrête un moment.

L'historique qui précède des changements apportés par le temps lu mode de succession à l'empire, fait voir comment le droit d'héréiité, étendu jusqu'aux enfants en bas âge, a été introduit non pas dans l'intérêt d'une famille privilégiée, mais dans l'intérêt de l'Etat. U faut remarquer aussi que la loi d'hérédité, adoptée comme un principe absolu, transforma nécessairement les attributions exercées par la personne revêtue de la puissance impériale. Le prince ne fut plus chargé que d'assurer le fonctionnement du gouvernement par le

choix de ministres capables d'administrer les affaires de TEtat. L'histoire n'est pas en droit d'exiger du souverain héréditaire les qualités demandées au souverain électif. Celui-ci devait savoir commander les armées, administrer les provinces et décider les questions judiciaires; le rôle personnel du souverain héréditaire ne peut plus être le môme, parce qu'il n'aura eu que très rarement l'occasion ou le loisir d'acquérir un fonds solide de connaissances spéciales. L'aptitude à agir par lui-même pourra souvent lui manquer, mais il rendra néanmoins les plus grands services à l'Etat s'il choisit bien les hommes qu'il chargera de la direction des affaires publiques. Tel est son rôle, qui, même ainsi borné» ne manque ni d'utilité ni de grandeur.

En résumé, si la royauté héréditaire présente incontestablement des inconvénients graves, ceux de la royauté élective et instable sont beaucoup plus nuisibles. Malgré les siècles qui se sont mr cédé depuis la fin de l'empire romain, la civilisation n'a encore ne& trouvé de mieux que la succession par droit d'hérédité pour le gouvernement des grands Etats, quand ils sont contraints, en raison de leur situation, à se défendre par les armes contre des voisins pois^ sants. On ne saurait donc blâmer les hommes d'Etat qui, ayant tenu dans leurs mains le gouvernement de l'empire romain et étant arrivés à celte conviction, ont pris des mesures pour la faire passer tout ^ la fois dans les mœurs publiques et dans le droit politique.

Si la combinaison des deux augustes gouvernant un empire unitaire avec Taide de deux césars institués pour les seconder 1 Jaus leur tâche et pour leur succéder n a pas réussi , c'est parce qu'elle exigeait un accord complet entre les quatre princes qui se (vartageaieut les attributious de la souveraineté. Souvent cet accord lit défaut et un césar se laissa entraîner à la révolte par les tenta- tious offertes à une ambition impatiente. Les détails que l'on possède sur les événements qui ont porté Julien du rang de césar à celfl' d'auguste, peuvent servir à donner Tidée de ce qui a dû se passer dans un grand uombrt^ de rébellions semblables.

Le p^rodeJuUeu avait péri, à la mort de Constantin, dans un

massacre des membres de sa famille, massacre opéré en vue de laisser à ses fils tout Théritage de sa puissance. Gallus et Julien, qui awent échappé, furent considérés longtemps par l'empereur Constance comme étant un danger à cause des insurrections qui pouvaient se faire en prenant sur eux un point d'appui. Malgré cela, quand Constance fut devenu souverain de tout l'empire et qu'il eut à se préoccuper de se préparer un successeur, si ce n'est de se faire seconder dans la direction des opérations militaires, il éleva Gallus au rang de césar, en ayant soin de se réserver la libre disposition des troupes placées sous son commandement ainsi que la nomination des officiers. Malgré ces précautions soupçonneuses, et peut-être à cause d'elles, Gallus, accusé bientôt d'avoir formé un projet de révolte, avait été rappelé, condamné et mis h mort. Julien, pendant la courte carrière de son frère, avait été laissé, loin de la cour, aux études littéraires et philosophiques pour lesquelles il affichait un goût prononcé. Quand il eut atteint l'âge convenable. Constance le manda près de lui, le proclama césar dans une cérémonie publique et l'envoya en Gaule pour commander les troupes, en faisant concourir toutes les mesures administratives au succès des opérations militaires.

Mais Julien écrivait dès lors à un confident que les Gaulois avaient reça un mannequin à la place d'un césar, parce qu'il ne pouvait rien ordonner sans l'avis d'un conseil formé des principaux fonc* tionnaires; il ne reconnaissait pas que la limite tracée à ses pou* voirs était suffisamment motivée par son inexpérience.

A ce moment, une grande partie du territoire de la Gaule était en proie aux barbares, dont les incursions s'étendaient jusqu'à Autun Le césar, faisant usage des forces mises h sa disposition, put facilement refouler les agresseurs et rendre la sécurité aux provinces de rintérieur; il gagna ainsi la reconnaissance et l'affection des habitants, qu'il s'attachait d'ailleurs à mériter par son assiduité au travail comme par son activité. Julien trouvant bientôt une occasion d'augmenter sa popularité la saisit avec empressement. Floreutius, préfet du prétoire des Gaules, dont les attributions comprenaient la

prévision des dépenses k faire ainsi que des moyens d'y faire face, étant venu entretenir le césar d'un projet d'impdts supplémentaires {superindictio), celui-ci déclara qu'il ne consentirait point à une pareille mesure, et Florentius lui ayant envoyé néanmoins le décret rédigé, il saisit cet écrit pour le jeter à terre devant les personnes qui se trouvaient là, en manifestant l'indignation qu'il éprouvait des malversations qui se commettaient.

Plus tard, une attaque des barbares établis sur la rive gauche du Rhin fournit à Julien l'occasion d'acquérir le prestige delà gloire militaire, car il remporta, non loin de Strasbourg, une victoire importante contre une armée qui tentait d'opérer dans la Gaule une nouvelle invasion.

Le césar avait acquis ainsi la faveur des troupes comme celle des habitants de la Gaule, lorsque Constance, qui soutenait contre le roi de Perse une guerre désavantageuse, ordonna de lui envoyer avec les auxiliaires hérules, celtes et bataves, une légion dite des pétulants, ainsi que 300 hommes d'élite pris dans chacun des corps de l'armée. Ces détachements devaient être mis en marche vers rOrient sans perdre de temps.

Julien sachant bien que les soldats, en grand nombre mariés et pères de famille, éprouveraient un vif mécontentement d'avoir à tout quitter pour se transporter dans des contrées aussi lointaines, et disposé d'ailleurs à voir là une mesure injurieuse contre lui-même, eut soin d'élever tout d'abord une objection portant sur ce que les auxiliaires germains qu'il avait levés ne s'étaient enrôlés que sous la condition de ne pas passer les Alpes.

Après avoir ainsi préservé, si ce n'est augmenté, sa popularité parmi les troupes, il abandonna aux officiers généraux chargés de commander les détachements le soin de donner les ordres pour leur mise en route. Le moment du départ, à l'approche du printemps de l'année 360, produisit dans les camps une vive agitation. Les femmes des soldats, réunies par bandes avec leurs enfants, poussaient des cris de désespoir. En même temps, des écrits qui étaient rédigés secrètement par des officiers pour circuler parmi les

soldats, prédisaient la perte des Gaules. L'un de ces écrits contenait des plaintes ainsi formulées : c On nous relègue comme des

• criminels aux extrémités de l'univers» pendant que nos femmes c et nos enfants, arrachés par notre courage à la captivité, vont ret tomber dans l'esclavage des Germains, i Cet écrit fut porté à lolien, qui le lut au conseil, en déclarant que ces plaintes étaient fondées et qu'il autorisait les soldats à emmener tous leurs femmes, ainsi que leurs enfants, par le^ transports publics.

Pendant que le césar accaparait la faveur des troupes au détriment de l'empereur, les habitants de la Gaule, apprenant qu'un nombre considérable de leurs défenseurs étaient à la veille de partir, se voyaient menacés du retour des mauvais jours auxquels lulien avait mis fin ; le mécontentement des camps contre Constance ^'étendit aux villes et aux campagnes. Cet état de choses eut sa inclusion naturelle quand les troupes en marche, qui passaient par iiOtèce, résidence de Julien, se concertèrent pour Télever au rang l'auguste. Julien eut soin de se tenir au courant de leurs concilia- )nles nocturnes, mais il ne se pressa point de se montrer, et, quand 1 fut au milieu des soldats, il ne les entretint que pour repousser le «Dg qu'ils lui offraient. Il réussit ainsi à les affermir dans leur résoution au point de ceindre eux-mêmes sa tète d'un diadème improvisé i de l'élever sur un bouclier en proclamant sa nouvelle grandeur.

Par suite des circonstances de son avènement, Julien put écrire à instance qu'il n'avait fait que céder à la violence pour éviter qu'un Lutre fût élu à sa place. Il formula des propositions d'arrangement )ù il écrivait : c Je vous fournirai des chevaux de trait espagnols I ainsi que de jeunes lœti descendant d'une bonne race de barbares K établis de ce côté du Rhin pour vos corps de scutarii et de gen-

• aies. Je recevrai de votre clémence, comme préfets du prétoire, « les hommes distingués que vous aurez désignés pour leur inté- < grité et leurs talents. Quant aux autres fonctionnaires civils et aux « officiers de l'armée, il est juste que ce soit moi qui les nomme, « car y a-t-il rien de plus insensé que de mettre auprès d'un empe- « reur des gens dont il ne connaît ni le caractère ni l'esprit. >

Constance était occupé à faire la guerre au roi de Perse quand ii reçut la lettre de Julien; il lui répondit brièvement d'avoir à se contenter du titre de césar. Cette situation devait amener la guerre civile, et chacun des deux empereurs s'y prépara en traitant de la paix ou en concluant une trêve avec les étrangers qui étaient devant lui. Julien se mit en marche le premier pour prendre les avantages de Tofifensive ; il suivit la vallée du Danube, et, chemin faisant, fit reconnaître son pouvoir dans plusieurs contrées de l'empire d'Ocddenti La mort de Constance, qui s'avançait pour combattre Julien, arriva sur ces entrefaites et laissa tout l'empire à Julien.

Parvenu au but de son ambition sans coup férir, Julien se trouva aux prises avec des difficultés que sa rébellion avait augmentées, car les ennemis de l'empire avaient appris à profiter de tout ce qui l'affaiblissait. C'est du côté de la Perse que le danger était le plus menaçant et c'est là que le nouvel empereur dut se diriger. Il trouva la mort dans son expédition mal conduite. Pendant ce temps l'empire d'Occident, demeuré sans chef et privé d'une partie de ses troupes, était devenu tellement incapable de protéger son territoire que Valentinien, y arrivant quelques années après en qualité d'auguste, trouva partout, depuis le Danube et le Rhin jusqu'à la Lybie et TAllas, les frontières violées par des bandes de pillards qui entraient sur le territoire de l'empire et en sortaient impunément. Tel était l'effet de ces guerres civiles auxquelles les armées et les populations se livraient, comme par caprice, dès qu'elles croyaiecl avoir des prétextes de mécontentement, qui ne manquaient pas. Les populations ne prenaient point l'initiative de la révolte, mais elles s'y associaient par l'empressement des curies à reconnaître comme auguste tout général rebelle et à se placer sous les ordres des gouverneurs de province nommés par lui.

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