CHAPITRE le
Fondation de la Répal>lic[ne.
Le sénat avait donné à l'entreprise de Brutus un concours empressé. Après la révolution opérée, il exerça tout d'abord dans le I gouvernement républicain l'influence prépondérante. Il eut seul le droit de déclarer la guerre et de faire les traités de paix ; toute la politique extérieure fut donc entre ses mains. Le pouvoir législatif Ij^da dans les comices populaires, qui eurent à voter aussi pour élire aux plus hautes magistratures, mais les lois ne purent être présentées aux comices qu'avec le consentement du sénat, et promulguées après le vote populaire qu'avec son approbation.
Le sénat ne conserva pas longtemps une prépondérance aussi marquée sur les décisions des comices populaires; mais il continua après cela à exercer la principale influence sur les affaires de l'État par son habileté prévoyante, qui fut due à la continuité de son action, à la perpétuité de son rôle et à sa forte constitution. Ce corps, appelé à fonctionner sans aucune interruption, fut complété périodiquement et à des intervalles rapprochés en y introduisant les citoyens les plus recommandables par leur naissance, par leur fortune, par leur mérite constaté. La fortune était indispensable à des hauts fonctionnaires qui ne recevaient aucune rétribution ; la guerre et aussi les luttes pacifiques mais vives du forum mettaient en relief la valeur personnelle de chacun de ceux qu'animait la noble ambition d'entrer dans le premier corps de l'État, corps qui comptait alors 300 membres.
Chacun des sénateurs obtenait dans les comices populaires une influence individuelle qui était considérable, et le corps exerça son pouvoir politique, non pas toujours sans discussion et sans
lutte, mais du moins avec les avantages inhérents à Tinfluence d'une aristocratie fortement appuyée sur l'opinion publique.
En apparence, pourtant, Tabolition de la royauté changea peu de chose à la constitution existante, car on se borna à substituer au roi élu pour la vie, deux consuls élus pour un an et non rééligibles, du moins immédiatement. Le pouvoir royal, en réunissant le commandement des armées, la direction de la guerre, le droit de convoquer le sénat ainsi que les comices populaires, avec des attributions judiciaires et administratives de grande étendue, avait pu abuser de ces attributions; aussi Tidée qui domina naturellement ceux qui avaient abattu le pouvoir royal fut-elle d'éviter cet inconvénient pour l'avenir.
Les deux mesures prises pour concourir à ce but simultanément consistèrent à donner peu de durée à l'exercice du pouvoir exécutif et à effectuer son partage entre deux personnes, avec des alternatives qui établissaient pour tous leurs actes civils un contrôle réciproque. C'est en abusant d'un pouvoir judiciaire donnant au roi le droit de mettre à mort les citoyens, que Tarquin le Superbe avait fondé sa tyrannie; la nouvelle constitution mit l'État à l'abri de ce danger.
L'établissement du consulat paraît avoir été adopté par le sénat et par les comices populaires sans aucune hésitation ; mais il est k remarquer que le projet de cette innovation fut attribué à Servius Tullius. Cette allégation, vraie ou fausse, met hors de doute que les services rendus^par ce grand homme étaient reconnus unanimement dans sa patrie vingt-quatre ans après sa mort.
Deux lois importantes, adoptées sous le premier consulat, subsistèrent aussi longtemps que la constitution républicaine : Tune vouait aux dieux infernaux celui qui aspirerait à la royauté; l'autre donnait droit de faire appel au peuple du jugement des magistrats. Cette dernière loi devait avoir des conséquences politiques trèsétendues, parce que les consuls perdaient par là le droit de faire exécuter immédiatement les citoyens qu'ils condamnaient à mort.
Les consuls exercèrent alternativement, pendant un mois, le pou-
voir royal ainsi diminué. Celui qui en était revêtu marchait escorté de douze licteurs; mais à partir de ce moment les faisceaux ne furent plus surmontés, comme auparavant, de la hache, qui en fut ôtée pour jamais à l'intérieur de la ville.
Le roi avait été revêtu d'une magistrature religieuse qui ne fut pas transmise aux consuls. Elle fut conservée néanmoins et attribuée à un roi des sacrifices, qui fut subordonné au grand-pontife.
Quand une guerre était décidée, l'un des consuls était désigné pour opérer la levée des troupes et pour commander l'armée. La condition nécessaire au succès (jies opérations, l'unité du commandement, se trouvait ainsi rétablie. La discipline était assurée par les pouvoirs donnés au consul, qui jugeait personnellement les fautes graves, qui avait le droit de condamner à mort en se conformant aux lois militaires, et qui faisait exécuter immédiatement les soldats qu'il avait jugés coupables. Les faisceaux de ses licteurs portaient alors les haches, qui témoignaient de son pouvoir terrible.
Si la destruction du pouvoir royal n'avait point porté atteinte à l'obéissance des citoyens enrôlés dans les troupes, le partage et l'affaiblissement du pouvoir exécutif ne tardèrent pas à présenter, dans quelques circonstances critiques, des inconvénients manifestes. Peu d'années après l'établissement du consulat, des rixes et des désordres ayant pris naissance, sans cause importante, à un moment où l'État était menacé d'avoir la guerre avec plusieurs ennemis à la fois, on recourut spontanément à la création d'un pouvoir unique en nommant un dictateur placé au-dessus des consuls.
Ce dictateur ayant droit de mort sans appel marcha escorté par vingt-quatre licteurs portant les faisceaux armés de haches. L'ordre fut immédiatement rétabli dans l'intérieur de la ville , où la confiance revint, et les ennemis, qui en furent informés, abaissèrent leurs prétentions. Le service rendu dans cette circonstance donna confiance dans la dictature, à laquelle on recourut toutes les fois que des circonstances critiques vinrent en motiver l'établissement.
Si le rapprochement facile à faire entre cette magistrature et la royauté n'empêcha point d'en faire usage, c'est qu'en réalité la différence était grande , car la dictature , dans son état originel, ne donnait pas de prise à une tentative d'usurpation, non-seulement à cause de sa courte durée, mais parce que le dictateur , comme les consuls et tous les autres magistrats, était exposé, après sa sortie de charge, à être mis en jugement pour tout acte accompli contre les lois. La responsabilité qu'il encourait à bref délai fut une garantie sufiSsante contre ses excès de pouvoir. C'est pour cela que la dictature devint un rouage régulier quoique intermittent de la machine gouvernementale. On l'employa surtout pour concentrer toutes les forces militaires dans la même main chaque fois que l'État, menacé par un ennemi redoutable, tomba dans une situation
. dangereuse. Du reste, le gouvernement nouveau conserva la même politique, vis-à-vis des étrangers, que celle du gouvernement royal;
. ainsi l'un des principaux des Sabins, qui avait préconisé dans son pays l'alliance de la république, fut autorisé à venir s'établir avec ses clients sur le territoire de Rome. On lui concéda des terres pour lui, pour les siens et pour ceux de ses concitoyens qui vinrent successivement se joindre à eux; ils formèrent une nouvelle tribu et Claudius leur chef fut admis au nombre des patriciens.
Dans la constitution républicaine le sénat et le peuple avaient acquis des attributions plus étendues que sous la royauté; mais leur 'désunion était à craindre, et elle pouvait devenir fatale à un peuple organisé en vue des luttes extérieures, qui regardait la guerre comme un moyen légitime d'accroître , non-seulement la puissance de rÉtat, mais encore les richesses privées des citoyens.
Le partage du peuple romain entre les deux ordres des chevaliers et des plébéiens entraînait des obligations militaires plus onéreuses pour le premier ordre que pour le second ; de même la division des plébéiens en six classes, avec le service proportionné aux ressources de chaque classe , avait placé la force de l'État sur un terrain très-solide, parce que les jeunes gens des familles les plus riches étaient ceux qui avaient le plus à s'occuper de se pré-
parer à la guerre , de se livrer aux exercices du corps , au maniement des armes et aux manœuvres nécessaires pour faire prendre à une troupe Tordre qui convient à la circonstance de guerre ou à la nature du terrain. Non-seulement tout cet apprentissage était eotré dans les mœurs, mais le courage qui rend capable de braver le danger, le désir de la gloire et Tamour de la patrie grandissaient plus dans les rangs élevés de la société que dans les plus infimes. Ainsi les hommes appelés à avoir des votes prépondérants dans les comices étaient ceux qui avaient le mieux mérité de la patrie.^ L'aristocratie des patriciens dont le rôle et le prestige remontaient à un passé dont on ne connaissait pas les limites , renouvelait sans cesse ses titres à la confiance publique. Ces familles patriciennes possédaient un tel prestige qu'une loi antérieure, dont la date reste inconnue, avait prohibé les mariages entre patriciens et plébéiens. Celte interdiction était loin, il est vrai, de s'appliquer à l'ordre entier des chevaliers; elle ne comprenait qu'un petit nombre de familles distinguées par des attributions religieuses qu'elles avaient seules le privilège d'exercer. Les principales magistratures sacerdotales ont continué pendant des siècles h leur être réservées.
Les citoyens de haute naissance étaient l'objet d'une considération qui s'augmentait par leur gloire et leurs services personnels. Leur influence sur les comices populaires s'exerçait par l'intermédiaire des clients dévoués à leurs intérêts. Ils étaient choisis de préférence pour remplir les vides du sénat, qui, comme on vient de le voir, joignait à la conduite des affaires publiques et des relations extérieures le droit de décider quels projets de loi seraient soumis à Tacceptation des comices populaires.
Par ses lumières, son patriotisme et ses services, l'aristocratie romaine méritait d'obtenir et de conserver la direction de l'État; mais il était k prévoir que le sénat d'une part, et de l'autre le peuple réuni dans ses comices, auraient parfois sur certaines questions des opinions divergentes et seraient agités par des passions contraires. Les conflits étaient inévitables et l'on devait en appréhender les conséquences.
9a£s rie Ja manpgg
<«L Ce 5iC je aiuif sa ir^anÈs*»
.atûuL niL r^ait fft irnss nés •:=
lins ûf loifBi '£iiis Ses coniiifftT TUL smÊnEQst cstre les