CHAPITRE IV
Lei déceniTin.
Le gouvernement des décemvirs commença à foncticMiner en l'in 301 de la fondation de Rome^ et il eut des débuts trës-favorablei. Chacun des décemvirs rendait la justice pendant un jour aveclei douze faisceaux, tandis que les neuf autres marchaient avec mised appariteur. La justice était rendue avec la plus stricte équité pam que le décemvir chargé de juger prenait avis de ses collègues. U concorde régnant partout permettait aux décemvirs die tf^vaiOer séparément ou en commun à l'élaboration des lois. Ils eaittit llm» reuse pensée de porter leurs projets à la connaissance des citoyem pour mettre à profit toutes les observations, si bien que dix tables de lois, soumises ensuite aux comices par centuries, furent adopléei sans difficulté. • '^
Une année s'était écoulée, et comme elle n'avait pas suffi à VSbt boration complète des lois projetées, on procéda au renouvelle» ment des décemvirs par une nouvelle élection qui attira un grand nombre de candidats et s'opéra au milieu de la confiance publi« que.
Les nouveaux élus adoptèrent un plan de conduite différent de celui de leurs prédécesseurs. Chacun d'eux, accompagné de douze licteurs portant des haches à leurs faisceaux , montra qu'il se regardait comme possédant individuellement le droit de vie et de mort sans appel. La terreur commença à s'étendre dans les deux ordres , mais surtout parmi les plébéiens où le bruit se répandit que les décemvirs ne réuniraient plus les comices pour les réélections et qu'ils perpétueraient leur autorité. Ce bruit avait peu^ être quelque fondement, car les décemvirs pouvaient considérer comme nécessaire que leur lâche fût achevée par ceux qui en étaient chargés, sans passer encore une fois en d'autres mains. Us purent se croire en droit de garder leur pouvoir assez longtemps pour arriver à celte fin.
décemvirsy en effet , après avoir présenté aux comices par les^ deux autres tables de lois^ qui furent adoptées, laissèrent 5 s'écouler sans procéder à des réélections , ce qui parut à on publique y déjà inquiète , une preuve manifeste de leur d'usurpation. La crainte inspirée par leur autorité empêcha loins le mécontentement de se manifester. Mais la politique mre n'était sans doute pas dirigée^ pendant ce temps, avec }up d'habileté, car le territoire de la République se trouva en* e plusieurs côtés à la fois. Lés décemvirs, pour parer au dan- 3 décidèrent à convoquer le sénat , qui n'avait pas été réuni ; longtemps. Ce grand corps, malgré le mécontentement qu'il la par des critiques véhémentes, ordonna immédiatement la des troupes, ce qui s'exécuta sans difficulté. Mais la guerre ilheureuse; un insuccès se transforma en déroute complète ite du mauvais esprit des soldats. Alors le sénat, loin de se ' détourner de l'intérêt public par esprit de parti , ordonna er tous les citoyens capables de porter les armes et presde reprendre l'offensive pour éviter de se laisser renfermer lome.
choses en étaient là quand un incident analogue à celui de pt de Lucrèce vint mettre un terme au régime décemviral. ius tuant sa fille pour la soustraire à la coupable passion du vir Âppius occasionna un soulèvement des troupes aussi tible que subit. Les soldats du camp où Virginius était revenu •e sa place n'eurent pas plutôt appris ce qui s'était passé que, irant des étendards et abandonnant leurs chefs , ils marcheurs Rome, s'établirent en armes sur le mont Aventin, excitè- 5 peuple à recouvrer sa liberté et à élire des tribuns. Euxs élirent des tribuns militaires en remplacement de ceux qui dt leur nomination des décemvirs. Pendant ce temps, la searmée s'étant mise en révolte ouverte, comme la première, enue se joindre à elle. Toutes deux alors quittèrent le mont n pour aller occuper le mont Sacré ; leur marche s'opéra avec scipline parfaite et dans le meilleur ordre. Les femmes et les
enfants avaient rejoint les maris et les pères, de sorte que les rues dé la ville étaient presque désertes.
Les décemvirs, cédant au vœu du sénat , se démirent de leurs fonctions et la concorde se rétablit à des conditions plus douces qu'on ne devait le prévoir, car les révoltés n exigèrent pas autre chose que le rétablissement du tribunat et du droit d'appel au peiiple, avec amnistie pour tous ceux qui avaient pris part à la violation des lois.
Le consulat fut rétabli au même temps que le tribunat , de sorte que la constitution politique redevint telle qu'elle avait été avant l'établissement du décemvirat. La tentative faite pour opérer une réforme capable de mettre fin aux troubles du forum avait complétement échoué et elle ne se renouvela pas.
La création des décemvirs fut loin, malgré cela, d'avoir été sans utilité; Rome leur a dû l'ensemble des lois civiles connues sous le nom de lois des Douze Tables. Ce code consacrait le droit absolu do père de famille, non-seulement sur ses biens, mais sur sa femme et sur ses enfants comme sur ses esclaves. Son autorité sur lû siens ne pouvait finir qu'avec sa vie; la seule limite qui y fut mise consista en ce que le fils vendu trois fois fut soustrait à sa puissance. La propriété, qui jouait un si grand rôle dans la constitution politique parce qu'elle était la base des obligations militaires, fut protégée par des peines d'une sévérité excessive. Celui qui mène paître son troupeau dans le champ d'autrui pendant la nuit est voué à Gérés, c'es^à-dir6 condamné à mort pour être livré à la vengeance d'une déesse ofifensée. Celui qui met le feu à un tas de blé est lié et brftlé vif. Celui qui est insolvable peut être vendu. Les pénalités portées contre les sévices sur les pe^ sonnes sont relativement moins cruelles , car le coupable n'est puni de la peine du talion qu'à défaut du paiement d'une compensation en argent, fixée d'après la nature des blessures.
Le débiteur tombait, comme auparavant, au pouvoir sans limite de son créancier, qui disposait même de sa vie ; seulement l'esclave pour dettes fut mis dans une condition particulière. Des peines
furent portées contre l'usure ; le créancier qui avait prêté à un taux dépassant une certaine limite fut puni d'une amende quadruple de la somme prêtée et cette amende fut attribuée au débiteur. On peut considérer aussi comme des garanties données aux plébéiens les dispositions qui condamnaient à une mort infamante le juge corrompu^ de même que le faux témoin ; puis aussi celle qui donnait droit d'appel au peuple contre les sentences de tous les magistrats, y compris le dictateur. La loi réserva exclusivement aux comices, par centuries , le droit de condamner un citoyen à la peine ciapitale.
La révolte militaire qui mit fin au pouvoir des décemvirs fit courir le danger de conduire la République à sa perte. Ce péril fut évité parce que l'insurrection fut opérée avec une discipline admirable. Il faut reconnaître aussi que les passions cédèrent à l'intérêt de l'État. Au moment décisif de la crise le patriotisme triompha, dans toutes les âmes, de l'esprit de parti. C'est par de tels actes que le peuple romain a mérité et obtenu son avenir de gran* deur.