CHAPITRE VII
Effets du mercure employé au cours de l'anémie syphilitique
Si nous nous en rapportons aux travaux qui concernent l’'anémie chez les individus chargés de l'extraction du mercure (mineurs d'Almaden), ainsi qu'aux recherches de Guecer qui détermina une hypoglobulie notable chez des animaux auxquels il injecta du mercure d’une façon suivie, si nous nous en rapportons enfin aux récentes recherches de TRAvVERSA, nous serons intimement convaincus de l'influence particulièrement déglobulisante du mercure sur le sang. En réalité, il n'y a là qu’une question de dose.
Suivant que celle-ci sera faible ou forte, employée peu de temps ou durant une période prolongée, il se produira des effets diamétralement opposés. Si un organisme imprégné de grandes quantités de mercure est menacé d’une anémie plus ou moins notable, de petites quantités du métal ou de ses sels pourraient au {contraire déterminer une activité formatrice des appareils hématopoïétiques. Nous nous en rapporterons exclusivement aux recherches cliniques alliées aux procédés hémalologiques, pour exposer rapidement ce fait.
GazLziarD semble avoir démontré que, dans des cas d’anémie non spécifique, l'ingestion de pelites quantités
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de mercure peut remplacer avantageusement l’action du fer. Ses malades étaient atteints d'anémies secondaires à des infections banales. Chez eux, la nutrition générale bénéficiait, comme le sang, de la cure hydrargyrique.
D'ailleurs, HürELAND avait jadis remarqué que le mercure à faible dose produit une amélioration notable chez des gens débilités. Basset, MARTIN DAMOURETTE ont noté le même fait. Li£arois considérait le mercure employé à faible dose comme un reconstituant énergique, capable d'améliorer l'assimilation. Wicsoucaewircn, Keves ont affirmé aussi que le mercure ingéré en petite quantité pendant une période ne dépassant pas quatre semaines peut augmenter chez tous les sujets indistinctement le nombre des globules rouges.
Linpsrrom injecte à des syphilitiques des doses minimes de sublimé, doses trop faibles pour guérir les manifestations de la syphilis, et cependant il détermine une . augmentation des taux hématimétrique et hémochromométrique et la rétrocession de la leucocytose. La substance qu’il emploie est Le sublimé, à la dose de un à deux milligrammes par injection. L'influence du mercure se produit brusquement. Dès qu’on en cesse l'emploi, l’anémie tend à reparaître. Quand l’auteur injecte d'emblée dix à onze milligrammes de mercure, alors il constate l'amélioration parallèle des syphilides et de l’anémie concomitante. Au delà de la pénétration dans l'organisme de quatorze à quinze centigrammes de sublimé injectés en quinze jours se produit un nouveau retour vers l’anémie.
Nous devons donc admettre que, dans un organisme indemne de toute tare svphilitique, aussi bien que dans un organisme en puissance de syphilis, le mercure peut
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avoir deux actions propres dont les effets sont contradictoires en apparence. Il sera tantôt un anémiant, tantôt un reconstituant du sang,suivant qu’on l’utilisera à faible dose ou en trop forte quantité.
À cette double action, tantôt reconstiluante, tantôt destructive, se rapporte la réaction spéciale décrite par JUSTUS.
Nous exposerons successivement en ce qui concerne l’action du mercure sur le sang des syphilitiques :
1° La réaction de Jusrus; | 2° L'action curative du mercure ; 3° Son action anémiante chez les syphilitiques.
1° Réaction de Justus. — Jusrus, faisant chez des syphilitiques une injection intra-musculaire dehuit centigrammes de sozoiodol de mercure, constate la chute brusque du pourcentage de l’hémoglobine déjà amoindri par la maladie. Le sel métallique a détruit une certaine quantité d’hémoglobine de mauvaise qualité, incapable de résister à son action. Quand ce déchet a été éliminé, la courbe . de la matière colorante remonte, pour retomber sous l'influence d’une nouvelle injection de sozoiodol. (L'opération est pratiquée tous les huit jours.) Il existait donc encore à l’état circulant, au moment de la deuxième injection, une certaine quantité d’hémoglobine de composition anormale, incapable de résister à l’action particulièrement destructive du mercure. Cette chute de l'hémoglobine se produit dans les vingt-quatre heures qui suivent l'injection, mais, dès les jours suivants, le taux hémochromométrique remonte graduellement, ainsi que le chiffre globulaire. Désormais, l'amélioration du sang
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continue, activée par le traitement mercuriel lui-même, à moins que ce traitement ne soil trop prolongé.
Nous devons ajouter que cette réaction a été recherchée par l’auteur dans de nombreux cas d’'anémie non spécifique, et que, dans ces cas, elle manquait totalement.
° Action ourative du mereure dans l’anémie syphilitique. — Cette action a été méthodiquement recherchée par Wai- BOUCHEWITCH, dès 1874, à l'instigation de Mazassez. Il employait le mercure en ingestion, sous la forme de sublimé à la dose de quatre centigrammes et le protoiodure à la do$e de dix centigrammes. Cet auteur a remarqué que, sous l'influence du traitement, l'anémie, qui suivait une marche progressive, rétrocède rapidement si l’on administre le remède pendant une période ne dépassant pas vingt et un jours.
Brecansky, avec les frictions mercurielles, obtient, durant les dix premiers jours, une augmentation des globules rouges de 10 pour 100 dans 15 cas sur 17.
Le même auteur, avec les injections de calomel, constate une augmentation de l’hémoglobine de 18 pour 100. Dans six cas, le nombre des globules rouges s’accroit parallèlement pour arriver moins rapidement au taux normal.
Ress, avec des injections de sublimé, constate une augmentation de 20 pour 100 de l’hémoglobine à la fin du traitement.
FisiscaeLLA et Gocorr font des constatations analogues.
STOUKOVENKOFF et ZELENEFF, en employant des injections de benzoate de mercure, constatent que, sous l’influence de un centigramme de sel soluble, dès la sixième
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ou la septième heure qui suit l'injection (1), le pourcentage de l’hémoglobine et celui des globules rouges sont notablement augmentés, le taux normal pouvant être atteint dès la dixième injection.
Les travaux de Hayem, Rirrer, Keyes, LUGE, d'AMORE, Bosner, Jawain, Anrz, ne font que confirmer les conclusions précédentes.
Non seulement l’action curative du mercure sur l’anémie syphilitique paraît bien démontrée, mais encore elle est beaucoup plus marquée que pour les états anémiques d'autre nalure.
Nous n'avons envisagé celte action qu'au point de vue des variglions des taux hématimétrique et hémochromométrique. Or, l’anémie syphililique s'accompagne de réactions leucocylaires. Quelle est l’action du mercure sur la leucocytose ?
La plupart des auteurs sont d’avis que les leucocytes présentent une réaction inverse de celle des globules rouges sous l'influence du fraitement. (Brzaansky, Srou- KOVENKOFF, ANTZ, ZELENEFF, NEUMANN, Ritter, Ress, WiLBOUCHEWITCH, BOSNER.)
Le nombre des lymphocytes diminue ainsi que celui des grands mononucléaires et des éosinophiles. Le nombre des polynucléaires, dont le pourcentage était abaissé, revient au taux normal. Il existe cependant quelques variantes dans les opinions des auteurs précités, bien qu'ils s'accordent dans les grandes lignes.
C'est ainsi que Axrz voit, au début de la cure, le nom-
(1) Cette constatation paraît contredire totalement la réaction de Jusrus ; nous ferons remarquer que ces derniers auteurs employaient un sel mercuriel différent de celui qu'utilisait l’auteur précité.