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L'ANESTHESIE À L’ETHER

L'anesthésie à l’éther est la plus répandue actuellement en france. En chirurgie générale, elle a, depuis près de 30 ans, pris la place du chloroforme dans la plupart de nos salles d'opération. Son succès est dû avant tout à la facilité, à la simpliclité de son emploi grâce à l'appareil d'Ombrédanne. Cet appareil présente une graduation qui est toujours la même pour tous Îes malades. Ceci explique l’abus qu'on en a fait en le mettant entre toutes les mains.

Ce procédé présente sur tous les autres une supériorité, celle de ne donner presque jamais d'accidents graves immédiats. Le seul qui survienne de temps à autre est la syncope asphyxique, encore est-elle toujours due à une faute grossière de technique, et n’est-elle presque jamais mortelle.

Au point de vue toxique, l’éther est nettement moins dangereux que le chloroforme. Mais si l’anesthésie se passe généralement sans accident grave, il n'en est pas de même dans les jours qui suivent : l’éther porte la responsabilité de bien des accidents pulmonaires. Certes, la pratique de l’anesthésie locale en chirurgie gastrique a montré qu'on avait beaucoup exagéré le rôle de l’éther dans la genèse de ces complications, et d'autre part l'étude récente de la polypeptidémie post-opératoire a permis d'expliquer la pathogénie d’une grande partie des peumopathies jusque-là attribuées à l’anesihésie. Il n’en reste pas moins que l'éther, par le refroidissement qu’il provoque en s'évaporant au niveau des alvéoles et surtout par l'inspiration des mucosités bucco-pharyngiennes toujours abondantes, favorise hautement l'apparition de broncho-pneumonies qui peuvent être mortelles. ; D'autre part, son action toxique sur le foie et les reins pour ÉHERnone que celle du chloroforme, n’est cependant pas négligeable. Après les éthérisations prolongées, il n’est pas rare de voir survenir un ictère ou une néphrite qui peuvent être fatals chez un malade peu résistant.

Enfin, son action sur la circulation se manifeste parfois par une hypotension artérielle que les malades shokés ne sont pas toujours capables de supporter.

Bref, les accidents dus à l’éther ne se manifestent guère que pendant les suites opératoires et ne sont pour cette raison pas toujours mis sur le compte de l’anesthésie. Mais ils apparaissent avec évidence sur des statistiques portant sur un grand nombre de cas et établies de façon parfaitement impartiale. On verra plus loin sur des tableaux les proportions relatives des diverses complications post-opératoires dans une série de 2.200 anesthésies à l’éther et de 2.200 anesthésiés au cyclopropane. La supériorité de ce dernier est éclatante (page 135).

Mais ce n’est pas là la plus sévère critique que l'on puisse faire à l’éther. Mise à part la question si importante des complications et des accidents, la valeur d’une méthode peut se mesurer au pourcentage de bonnes anesthésies.

L’anesthésie idéale est celle qui donne 100 % d’anesthésies parfaites. Nous verrons que le cyclopropane réalise ce pourcentage. Avec l’éther, quelle est la proportion d’anesthésies parfaites? À peine la moitié. Sans doute, un anesthésiste expérimenté, endormant un malade bien préparé, même sans anesthésie de base, peut obtenir 60 à 70% de bonnes narcoses, mais combien de malades qui présentent la terrible période d’excitation du début, combien de malades qui poussent !

La période d’excitation, en particulier chez les malades alcooliques, ne peut être toujours évitée, même par un anesthésiste entraîné. Non seulement elle est très pénible pour le patient, mais elle peut aggraver des lésions telles que les fractures de jambe, provoquer la chute d’un malade qu’on n'arrive pas toujcurs à maintenir de force sur la table.

La poussée abdominale est extrêmement désagréable pour l'opérateur. On peut même dire sans exagération qu elle est la terreur du chirurgien. Quoi de plus fastidieux que ces opérations où l’on est obligé d'attendre que le malade dorme pour pouvoir

enfin refouler les anses intestiales à l'aide des champs. Quoi de plus pénible que de luttèr contre la contraciure des muscles abdominaux pour fermer une paroi? On est souvent amené à faire usage d'instruments puissants mais brutaux tels l’entéros- {at, la semelle, les fils de bronze. Ces trois procédés sont inélégants, traumatisants et combien dangereux. Les accidents provoqués par la poussée abdominale sont bien connus ; il convieni pourtant de les rappeler à propos de l’anesthésie à l’éther : Si j'opéré pousse, le chirurgien qui est responsable, mais n'a pas toujours pu suivre l’évolution de l’anesthésie, considère que celle-ci est insuffisamment profonde et exhorte l’anesthésiste à «monter à 8». C’est souvent une erreur, parfois une catastrophe. Il y a des malades qui poussent parce qu’ils manquent d'oxygène ou parce qu'ils respirent un mélange trop riche en CO*: Ce qui n'empêche pas qu'ils aient dépassé la concentration maxima en éther. Si l’anesthésiste, non prévenu du danger ou affolé, au lieu de retirer l’appareil, augmente la dose d’éther ou applique plus hermétiquement le masque, c’est la syncope bleue.

Lors de l’ouverture de l’abdomen, la poussée abdominale peut causer l'issue massive hors du ventre des anses intestinales. Cette éviscération est parfois mortelle, toujours elle aggrave lourdement les suites opératoires. Soit qu’elle provoque une faute d’asepsie, soit qu’elle crée un shock supplémentaire par refroidissement ou par hypotension artérielle brusques. Dans tous les cas, elle prolonge l'intervention et limite le temps d’exploration. Quelquefois, par sa soudaineté et sa force quasi- PRE elle est capable de déchirer une suture, de rompre une adhérence ou un cloisonnement.

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passif de l’éther. Ce peut être une

occlusion, une éventration. Ces accidents, qui se manifestent quelques jours après l'opération, sont bien loin d’être exceptionnels; tous les chirurgiens les ont observés maintes fois. Evidemment ils comportent à l’origine une faute de technique, mais celle-ci n’a été possible qu’en raison des difficultés opératoires supplémentaires inhérentes à un mode d’anesthésie défectueux.

La poussée abdomiale est donc le plus grand inconvénient de l’anesthésie à l’éther. Sans lui, l'appareil d'Ombrédanne aurait fait le tour du monde. Au lieu de cela, il est absolument inconnu à l'étranger, et c’est d'Amérique et d'Angleterre que nous viennent les méthodes qui doivent le faire disparaître.

En Allemagne, en Autriche, l’éther est encore parfois utilisé, mais il est donné à la compresse ou à l’aide d'appareils dosimétriques. En Angleterre et en Amérique, le flacon d’éther est un accessoire de secours placé sur les appareils à gaz, mais beaucoup moins utilisé que le chloroforme qui ne l’est lui-même qu’exceptionnellement.

L'appareil d'Ombrédanne a fait faire un très grand progrès à l’anesthésie et il est apparu comme inégalable... en 1908. Mais en 1937, il est inadmissible que l’on se contente encore d'un instrument aussi désuet. Il existe depuis peu en France des appareils dosimétriques permettant d’administrer l’éther en proportions connues avec l'oxygène et le gaz carbonique. Mais si l’on doit changer l’appareil, il vaut autant changer le produit anesthésique, puisque, même bien administré et bien dosé, l'éther reste une anesthésie pénible pour le patient, souvent insuffisante pour le chirurgien.

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