‹ L'Anesthésie au CyclopropaneChapitre 15 sur 42 · L'ANESTHESIE AU CHLORURE D'ETHYLE · texte numérisé non relu

L'ANESTHESIE AU CHLORURE D'ETHYLE

Le chlorure d'éthyle ou kélène est encore très couramment employé en petite chirurgie et en oto-rhino-laryngologie. Il est irès peu toxique, donne une anesthésie et un réveil rapides. C est un anesthésique commode, pouvant être donné à la compresse.

En grande chirurgie, il est beaucoup moins répandu. Quelques chirurgiens l'utilisent pourtant à l'aide d'appareils perfectionnés, d'un maniement assez simple. Néanmoins, il ne peut toujours donner une anesthésie suffisante et il est indispensable d'y adjoindre un dispositif permettant de compléter la narcose par du chloroforme. Il arrive en effet assez souvent que ie kéiène ne parvienne pas à procurer le relâchement musculaire indispensable à la chirurgie abdominale. Ce n'est donc pas un anesthésique se suffisant toujours à lui-même, puisque dans 13 % des cas (Caïllaud), on ne peut obtenir l’anesthésie suffisante sans le secours du chloroforme.

Avec l'éther, avec le chloroforme, la résolution musculaire s'obtient par l'augmentation progressive des doses. Avec le chlorure d'éthyle, quand l'augmentation a atteint les limites maxima (ceci est le point délicat de la technique), il est préférable de né pas pousser l’anesthésie, car au lieu-de la résolution, se serait la contracture qui pourrait se porduire.

La contracture est le terrible danger du chlorure d’éthyle. Elle Survient parfois brusquement au réveil. bloquant le diaphragme, Serrant les mâchoires, fermant la glotte.

Les accidents mortels furent très nombreux par ce mécanisme,

toujours conséquence d’un hyper-dosage. Il faut bien connaître

les ee de cette anesthésie, réputée inoffensive, et ne la confier qu à un anesthésiste compétent, utilisant un appareil

r précis; en tout cas, il faut proscrire formellement les appareils «en vase clos ».

LES MELANGES ANESTHESIQUES

Si, pour endormir un malade, plusieurs produits sont administrés simultanément ou successivement, leurs effets anesthé- Siques s’additionnent et non leurs effets toxiques. Ce grand principe, connu depuis longtemps, est certainement exact, mais il n'a pas toujours été mis correctement en pratique. Pour que son application soit rationnelle, il faut que chaque produit anesthésique soit donné à une dose inférieure à sa dose anesthésiante propre. La méthode de l’anesthésie de base réalise parfaitement ces conditions et prouve l'exactitude du principe.

Avant la découverte des anesfhésies par voie rectale et intraveineuse, alors qu’on ne disposait que des anesthésiques volatils et du protoxyde, on pouvait faire bénéficier le patient des avantages respectifs de plusieurs d’entre eux de la façon suivante: Pour le début, utiliser le protoxyde ou le kélène, qui sont les moins désagréables, les plus rapides, de façon à atteindre la perte de connaissance, l’analgésie; au bout de quelques secondes, changer d'appareil et administrer de l’éther; on endort ainsi le malade beaucoup plus vite et on observe moins souvent la période d’excitation. Enfin, si le malade pousse ou dort mal, remplacer l’éther par le chloroforme.

Cette méthode évite le désagrément du début de l’anesthésie à l'éther, mais elle complique beaucoup la technique; aussi a-t-elle cédé le pas à celle des mélanges anesthésiques dont le succès fut et reste encore aussi étendu qu'injustifié. Cette technique repose sur un principe exact, incorrectement appliqué. Elle est dangereuse. Elle consiste à employer, à l’aide de l'appareil d'Ombrédanne, un mélange préparé à l’avance de chlorure d’éthylie, d’éther et de chloroforme. Les proportions de ce mélange varient :

Dans le Schleich, il y a:

Éthér ACCRA CORRE 60 parties Chloroforme. =... 20 Chlorure d’éthyle ....... Ve Me Dans le mélange de Billroth:

Ghlorofotme entiere 100 parties Ethér VIRE Are Re ADS AKOO! EURE EEE SOPHIE Dans le mélange A.C.E., autrefois utilisé en Angleterre: AkcoGf "ES MEL A L Sas 1 partie Chloroforme ae 2, — ÉHREL ME TE ENTER ie

Mais, de tous, celui dont le succès fut le plus grand est le Balsoforme. Ce dernier mélange comporte :

Éther RC RSLE Le EE 6 parties Chloroforme tn entiere 2 — Chlorure d’éthylé 17"; ni Goménol ar LR EneReE out

C’est exactement du Schleich, auquel on a ajouté un peu de goménol. À quoi répond l'introduction d’un quatrième produit aussi inattendu que le goménol ? A l'intention de rendre le mélange plus antiseptique? De tuer les germes responsables de broncho-pneumonie post-opératoire? On peut être surpris d’une intention aussi puérile, le goménol étant un des plus faibles et l'éther un des plus puissants antiseptiques! il y a lieu surtout de s'étonner du succès remporté auprès du corps médical par un produit reposant sur un tel principe.

Le Balsoforme a été présenté comme un produit anesthé- Sique nouveau pouvant être administré, comme l’éther, avec l'appareil d'Ombrédanne. Il était donc paré de deux grandes qualités: la facilité et la nouveauté; mais en réalité, ce n’était

1 » « 2 le que ie vieux Schleich déguisé, avec tous ses inconvénients et ses dangers.

Le danger des mélanges anesthésiques administrés de cette

manière massive apparaît de façon presque évidente. Le grand Principe des anesthésies successives administrées à dose minima n'est plus appliqué. Les trois produits volatils mélangés dans l'appareil d'Ombrédanne s’évaporent à des températures différentes. Au début de l’anesthésie, le malade absorbe en abondance le plus volatil des trois, le chlorure d'éthyle. Cela lui procure certes une anesthésie rapide, mais il respire en même temps de l’éther et du chloroforme. Donc, aux inconvénients et aux dangers du kélène s’ajoute le risque de la syncope blanche, qui est indépendante de toute question de dose. L'anesthésie étant obtenue, l’anesthésiste cherche à l’équilibrer, c’est-à-dire à conserver un état de narcose suffisant avec un dosage minimum, comme il ferait avec l’éther. Pour cela, il maintient la graduation de l'appareil d'Ombrédanne au chiffre 2, 3 Ou 4, suivant le malade. De fait, pendant la première demiheure, le malade respire un mélange extrêmement riche en éther, dont tout le chlorure d’éthyle a disparu, mais qui, à mesure que l’anesthésie se prolonge, s'enrichit de plus en plus en chloroforme, celui-ci étant le moins volatil des trois. Si bien qu’au bout d’un certain temps, le malade ne respire plus que du chloroforme pur, avec un dosage établi pour un anesthésique bien moins puissant : l’éther. 11 en résulte qu’il subit à peu près sûrement un hyper-dosage au chloroforme. Ceci nous permet d'affirmer que cette manière d'opérer est infiniment plus dangereuse que l’anesthésie au chloroforme seul.

D'ailleurs, les faits confirment ces considérations théoriques. Les syncopes graves au cours de l’anesthésie au Balsoforme sont extrêmement fréquentes si l’anesthésie n’est pas confiée à un anesthésiste entraîné au maniement du chloroforme. En l’espace de trois mois, nous avons observé à Lariboisière, dans le service du Docteur Cadenat, sur une centaine d’anesthésies au Balsoforme, trois syncopes graves et une dizaine d'incidents sérieux. Il s’agit donc d’une méthode dangereuse à proscrire

définitivement.

sé,

Page 1