LE ROLE DE L’ANHYDRIDE CARBONIQUE
Cinq années se sont écoulées depuis que Gosset et Thahleimer, faisant connaître en France les travaux de Henderson, firent naître la vogue de l’anhydride carbonique en anesthésie. Jusque-là considéré comme un déchet, il est apparu comme le gaz vital, comme le « ressuscitator », comme le complément indispensable de toute bonne anesthésie. permettant de diminuer la dose narcotique, de régler la ventilation pulmonaire, de ranimer les malades syncopés.
Certes, le rôle de l’anhydride carbonique, excitateur de la fonction respiratoire, était méconnu. Mais à combien d’excès, à combien d'abus cette nouvelle méthode n’a-t-elle pas conduit !
Le rôle du CO est intimement lié à celui de l’oxygène :.la quantité de gaz anesthésique mise à la disposition du sang par l'atmosphère alvéolaire dans l’unité de temps, dépend de deux facteurs
— la concentration en anesthésique du mélange gazeux;
— la ventilation.
On peut faire varier la concentration tissulaire en agissant sur l’un ou l’autre facteur; sur la concentration en modifiant le réglage de l'appareil, sur la ventilation en modifiant l'apport de CO”.
Avec les anesthésiques nécessitant une concentration pauvre en oxygène, comme le protoxyde d’azote ou l’éther, on ne pouvait, sans risquer de priver le malade d'oxygène, augmenter indéfiniment la concentration. On a eu alors recours au deuxième facteur, l'apport de CO’, soit par la respiration en atmosphère confiné (principe des appareils d'Ombrédanne et de Desmarest, dans lesquels s’accumule le CO’? expiratoire) soit par l'apport d’anhydride carbonique à l’aide des appareils utilisant le sparklets.
Dans l’un et l’autre procédé, le CO* est utilisé sans aucune
mesure, et c'est là le dangereux excès qu'il faut mettre en lumière pour le combattre. La concentration normale en CO° de l’air alvéolaire est, d’une façon constante et précise, de 3,6 %. On peut évidemment, pendant un court espace de temps, par exemple au début de l’anesthésie, augmenter cette concentration, pour obtenir une ventiation plus rapide; mais au cours . d’une anesthésie prolongée, il est dangereux de maintenir cette concentration au-dessus de son taux normal, sous peine de voir survenir des irrégularités respiratoires, des phases de cyanose et d’apnée, une respiration forte, gênante en chirurgie abdominale et qui épuise le patient. Sans parler du rôle toxique de l’anhydride carbonique qui est peu connu. Rappelons que l'excès de CO? dans le sang diminue la diurèse, abaisse le p. h. et enfin fait monter la glycémie, ce qui peut avoir les pires conséquences chez les diabétiques.
Deux moyens permettent d'éviter ces fâcheuses erreurs dans ‘le dosage du CO*
° La mesure précise du débit des différents gaz sur un appareil à débit continu, laissant échapper au dehors les gaz d’expiration ; !
2° La neutralisation du CO respiratoire par la chaux sodée sur un appareil entièrement clos.
Ces deux principes correspondent à deux types d'appareils permettant d'administrer tous les produits anesthésiques possibles par inhalation. Le premier est le plus anciennement
utilisé, le second correspond au dernier perfectionnement de la technique moderne de l’anesthésie.