‹ L'Anesthésie au CyclopropaneChapitre 32 sur 42 · LES PRINCIPAUX APPAREILS · texte numérisé non relu

LES PRINCIPAUX APPAREILS

Tous les appareils employés couramment pour l’anesthésie au cyclopropane sont basés sur les principes de la débimétrie et de la respiration en circuit fermé avec absorption de CO?, suivant les schémas réprésentés sur les figures 7 et 8.

La plupart des appareils utilisés auparavant en Amérique suivant ces principes, pour l’anesthésie au protoxyde et à l’éthylène peuvent convenir. Un des plus anciens et des plus connus est l’appareil de Foregger, dont nous représentons deux modèles : le St Luke (fig. 9) et le Migdet (fig. 10), qui sont les plus récents. Le modèle « Montréal», préconisé par Harold Gritfith, a été un des premiers appareils débimétriques, à circuit fermé utilisé en France. Il fut présenté à la Société française d’anesthésie et d’analgésie par MM. Le Mée et Sanders, en Août 1935. Nous avons eu l’occasion de l'utiliser à l'hôpital américain de Neuilly. C'est un appareil extrêmement précis, dont le seul inconvénient est qu'il n'est pas transportable. Son encombrement est dû au type de ses débimètres qui sont constitués par des manomètres à eau. Chaque gaz passe dans un tube en impasse gradué, ouvert en bas et plongeant dans un réservoir d’eau. Dans chaque tube se déplace un petit flotteur, dont le niveau indique, le long de l’échelle graduée, le débit du gaz.

Parmi tous les appareils modernes que nous avons eu entre les mains, le plus perfectionné est sans conteste le Kinet-O-Meter d’'Heidbrink. Sa perfection réside dans la grande précision de ses débimètres (fig. 11 et fig. 12), qui sont extrêmement sen-

‘sibles et n’ont pas l'inconvénient d’être encombrants comme

ceux du système Foregger.

C’est cet appareil qu’utilise Hunter au King George Hospital d’Ilfond. Malgré son apparente complication, il est d'un maniement très simple. C’est avec lui que nous avons, pour la pre mière fois, utilisé le cyclopropane, et que nous avons eu la révé-

ER TNT CT d >.

CRADER Dee 07.)

Fig. 9 : Appareil Saint-Luke de FOREGGER. Cet appareil comporte

3 débimètres de grande précision (02, N20, C3H6) constitués par

des manomètres à eau; il est complété par le circuit fermé représenté sur la figure 3. C’est cet appareil qu’utilise BURFORD...

Fig. 10 : Appareil Midget de FoREGGER. Cet appareil est monté sui-

vant le même principe que le précédent, mais il est plus facilement

transportable; il comprend également 3 débimètres de précision

(02, C3H5, N20) et un réservoir à chloroforme; il est monté avec le

dispositif va-et-vient (Fig. 2). Cet appareil est celui qu’utilise Trour en Australie.

Pa

Le A er Mi Va tre

Fig. 11 : L’appareil Kinet-O-Meter d’Herperinx. Cet appareil extrémement précis comporte 4 débimètres; son circuit fermé peut utiliser indifféremment 3 chambres à chaux sodée contenues dans le même réservoir. Ce dispositif présente l’avantage de permettre le réglage du degré de chaleur et d'humidité du circuit. Cet appareil, malgré son aspect encombrant, peut être rendu trés facilement transportable. C’est celui qu’utilise HuNTER au King George Hospital d’Ilford. |

lation de l'avenir destiné à ce nouveau gaz. C’est un apparei! . Complet, permettant d’administrer absolument toutes les narcoses : protoxyde, acétylène, éthylène, cyclopropane et tous les anesthésiques volatils par le seul jeu de quelques manettes.

Il est moins encombrant que le Foregger et peut facilement être transformé en appareil transportable.

L'appareil de Magill, créé par King pour l'hôpital Brompton de Londres, a été spécialement conçu pour l’anesthésie au cyclopropane (fig. 13). C’est un appareil très simple, dont le maniement est facile; ses deux débimètres, peu encombrants, sotit constitués par deux petits tubes de verre verticaux, contenant un petit voyant très léger, qui monte plus ou moins, suivant la puissance du souffle du gaz, dont l’arrivée se fait à la partie inférieure. Chaque débimètre est gradué de o à 1000 cc. par minute C'est cet appareil que nous avons utilisé au Brompton et au Westminster Hospital, suivant les conseils de Machray et de Magill, et que nous avons rapporté en France. Il peut indifféremment être monté en circuit fermé ou en va-et-vient.

€ re 2 EVE

Fig. 13 : L'appareil à cyclopropane du Brompton Hospital de Londres. — C’est le premier appareil conçu spéc'alement par KiNG pour l’anesthésie au cyclopropane. Il comprend 2 débimè‘res (tubes verticaux vus à gauche), un ballon de rebreathing surmonté d’un manomètre ; un réservoir à chaux sodée, monté en circuit fermé. C’est l’appareil le plus couramment employé en Angleterre.

Avec un appareil tel que ceux que nous venons de décrire, la technique de l’anesthésie au cyclopropane est extrêmement Simple pour qui connaît bien la pratique des anciennes méthodes.

À condition toutefois d’être bien mis en garde contre la tendance que l’on a généralement à utiliser de trop fortes concenfrations de cyclopropane. Cette erreur est commise le plus souvent par les anesthésiste habitués au protoxyde d'azote. Avec ce gaz, en effet, on fait d’abord respirer au patient du protoxyde pur, auquel on ajoute bientôt une quantité minime d'oxygène.

Avec le cyclopropane, c’est l'inverse : le patient respire d’abord de l'oxygène, auquel on ajoute une très faible quantité de cyclopropane. |

Le masque étant d’abord appliqué très légèrement sur le visage du patient, on lui fait respirer de l’oxygène pur; puis le ballon étant rempli, on assure l'étanchéité du masque à l’aide d’une sangle passant sous la nuque. Le débimètre à oxygène est alors réglé de façon à donner un courant continu de 500 cc. par minute. On ouvre le débimètre à cyclopropane, qu'on règle à 400 cc. minute, pendant une minute (ce qui correspond à une dose de 400 cc.). On arrête alors complètement l'arrivée du cyclopropane, et on observe le malade pendant quelques respirations, pour laisser au gaz le temps de donner son effet maximum. Pendant ce temps, on surveille les premiers signes de l’anesthésie. Le plus souvent, le malade s’endort calmement en une minute environ; chez queques malades résistants, il faut ajouter une dose complémentaire de 100 à 500 cc.; chez d'autres, au contraire, en particulier chez ceux qui ont été préparés par une anesthésie de base, une dose totale de 150 à 300 cc. peut être suffisante.

Pendant toute la durée de l’anesthésie, un courant continu d'oxygène doit être amené dans le ballon. Au début, il a été réglé à soo cc. par minute; ce débit correspond à une moyenne qu il

faut maintenant adapter au besoin du malade; il doit représenter | exactement la consommation d'oxygène du patient. Comment la déterminer ? C’est extrêmement simple. Etant donné qu'aucun autre apport de gaz n’est fait dans l’appareil, puisque le CO* est éliminé par la chaux sodée et que la consommation en cyclopropane est nulle à partir du moment où l’anesthésie est obtenue, si le malade a besoin d’une quantité supérieure d'oxygène, la pression du ballon diminue; elle augmente dans le cas contraire ; il suffira donc de régler le débit d'oxygène sur la replétion du ballon.

Ce réglage ne demande que l’observation d’une dizaine de mouvements respiratoires; on remarque que leur amplitude est extrêmement faible. Le manomètre que l’on voit figurer au-. dessus du ballon sur l’appareil de King (fig. 13) n'indique que de très faibles oscillations.

Au cours de l’anesthésie, surtout si elle se prolonge, on sera amené, en se basant sur les signes physiques de l’anesthésie, à donner plusieurs doses nouvelles de cyclopropane (jamais plus de 500 cc. à la fois) ou à modifier le débit d’arrivée d'oxygène. En général, la dose unique de cyclopropane donnée au début suffit pour une anesthésie de 15 à 25 minutes. Au cours des opérations plus longues, on devra, toutes les dix minutes environ, la renouveler. On voit que la consommation totale pour une anesthésie d’une heure sera en moyenne de 2 litres 4.

Comme au cours de toutes les anesthésies, il est recommandé de maintenir leur liberté aux voies respiratoires supérieures. La sonde nasale de Magill, utilisée comme sonde endo-trachéale ou phaäryngée, est, à ce point de vue, infiniment supérieure au vieux tube de Mayo.

Le début de l’anesthésie est agréable pour le malade. Celui-ci ne ressent ni bourdonnements d'oreille comme avec l'éther, ni sensations de tournoiement comme avec le protoxyde; il s’endort très vite en 30 à 5o secondes, sans jamais se débattre. II ressent d'abord une impression de chaleur, rapidement suivie

d'une sensation de légèreté, et insensiblement il tombe dans l'inconscience. Cette succession est tellement constante que l’anesthésiste peut en avertir le malade, ce qui l’aide généralement à gagner sa confiance.

La facilité avec laquelle l’anesthésiste conduit son malade au plus profond de l’anesthésie sans le priver d'oxygène, ni avoir besoin de stimuler sa respiration, lui donne une sécurité, une maîtrise inconnues avec les autres agents.

Le relâchement musculaire est remarquable, rappelant celui des meilleures rachi-anesthésies. La respiration est toujours très calme, ce qui facilite grandement la chirurgie abdominale et thoracique.

Le réveil est très rapide, comme avec le protoxyde; il est : souvent accompagné de vomissements et, chose curieuse, plus souvent après les anesthésies de courte durée. Le vomissement est généralement unique et n’a rien de comparable à ceux qui suivent l’anesthésie à l’éther ou au chloroforme.

Page 1