À SIGNES CLINIQUES ET PHASES DE L'ANESTHESIE
AU CYCLOPROPANE
L'intérêt qu'il y a à diviser la durée de l’anesthésie en 4 phases et chacune de ces phases en trois degrés, a été certainement exagéré par certains anesthésistes américains. Néanmoins, la distinction de ces 4 phases est intéressante et mérite d’être conservée car elle permet de mieux comprendre et interpréter les signes cliniques, sur lesquels l’anesthésiste doit se guider.
Les signes de l’anesthésie générale, quel qu’en soit l’agent, sont toujours à peu près les mêmes; cependant le cyclopropane possède deux propriétés responsables d’une certaine différence dans cette interprétation :
1° Contrairement au protoxyde, le cyclopropane possède une puissance anesthésique considérable, comparable à celle-du chloroforme, mais il n’en possède pas les propriétés irritantes, de sorte que les concentrations élevées peuvent être atteintes sans que se produise le laryngospasme, qui constitue une protection physiologique quand on augmente brusquement la dose de chloroforme.
2° Le cyclopropane ne stimule pas la respiration comme ie font l’éther ou le protoxyde même en dehors de tout excès de CO*. Avec ces anesthésiques tant que la respiration est exagérée dans son amplitude on est assuré d’être au-dessous de la concentration dangereuse. Au contraire, avec le cyclopropane, l'amplitude est toujours faible et si l’on pousse l’anesthésie au-delà des limites normales elle diminue très progressivement jusqu’à cesser complètement.
La première phase ou induction corresppnd à la période écoulée entre l’état de veille et la perte de conscience. Le signe clinique
le plus fidèle, sur lequel on puisse se baser pendant cette première phase est le réflexe crnéen qui va en s’atténuant jusqu à disparaître tout à fait au moment où le malade entre dans la deuxième phase. Le patient est alors absolument inconscient et insensible. A mesure qu’il s'enfonce plus profondément dans le sommeil anesthésique, le relâchement musculaire augmente et le meilleur signe est alors donné par l'observation des mouvements du globe oculaire. Au début de la deuxième phase, ce sont des mouvements lents d’oscillation dont l'amplitude va en diminuant de plus en plus.. La disparition de ces mouvements se fait plus tôt qu’au cours des autres anesthésies car, avec le cyclopropane, le relâchement musculaire complet correspond à une anesthésie moins poussée.
Dès qu'ils cessent, le malade entre dans la troisième phase ou’phase d’anesthésie profonde au seuil de laquelle on doit maintenir le patient dans les anesthésies prolongées en grande chirurgie. À partir de ce point, les globes oculaires restent absolument fixes et le signe sur lequel on doit se guider est l’obseravtion des mouvements respiratoires. La respiration abdominale est normale, mais la respiration costale suglérieure est abolie. Au-dessus de ce degré extrême, la respiration diaphragmatique a tendance à diminuer et si l’anesthésie était encore poussée on atteindrait la quatrième phase ou phase d’apnée.
Ces 4 phases et leurs signes respectifs sont représentés d’une façon originale sur le schéma représenté figure 14, emprunté à Romberger.
Parmi les autres ‘signes classiques, signalons que la dilatation pupillaire n’a pas une bien grande valeur, surtout chez les malades ayant reçu une injection de morphine ; la coloration du visage n’a aucune valeur non plus car il n’y a jamais de cyanose, et le malade est toujours rose, même à la quatrième phase.
Les caractères du pouls constituent un signe plus fidèle. Normalement le pouls n'est aucunement modifié pendant l’anesthésie