III. — L’oreille
Nous avons à étudier dans l’oreille l’anesthésie de la caisse, du tympan, du conduit auditif externe, du pavillon, de la région mastoïdienne. Voyons d’abord leur innervation :
L’oreille moyenne reçoit sa sensibilité du rameau de Jacobson, branche du glosso-pharyngien et d’un filet du nerf pétreux superficiel. Le tympan et le conduit auditif externe sont innervés par deux nerfs qui pénètrent en avant et en arrière : en avant, c’est le nerf auriculotemporal, branche du nerf maxillaire inférieur, qui cravate le col du condyle maxillaire et fournit des filets à la paroi antéro-inférieure du conduit auditif externe; en arrière, c’est le rameau auriculaire du pneumogastrique, juxtaposé un instant au nerf facial. Ces nerfs pénètrent dans le conduit à l’union de la partie cartilagineuse avec la partie osseuse.
1. Ce paragraphe, et une partie du suivant, ont été rédigés par le D' Labouré, d’Amiens.
Le pavillon est innervé par le nerf auriculaire postérieur, l’auriculo-temporal, le nerf occipital et le rameau auriculaire du pneumogastrique.
La région mastoïdienne reçoit son innervation du nerf sous-occipital, du nerf cervical supérieur par les branches mastoïdiennes.
D’ailleurs, toutes ces branches nerveuses sont plus ou moins intriquées et leurs limites difficiles à préciser.
Anesthésie de la caisse et du tympan. — Dans la caisse, les nerfs sont superficiels sous la muqueuse et facilement imbibés par les solutions fortes de cocaïne' badigeonnages.
Le tympan résiste davantage à l’imbibition, et il vaut mieux recourir au mélange que voici (Bonain) ;
Chlorydrale de cocaïne
Menthol.
Phénol.
Adrénaline.
On peut ainsi faire sans douleur un curetage de bourgeon, une ablation de polypes dans la caisse, ou une paracentèse du tympan. Pour une intervention un peu plus importante, par exemple une ossiculectomie, il faut recourir à l’anesthésie du conduit auditif externe par le procédé suivant :
Méthode de Neumann (fig. 54). — La seringue et l’aiguille étant prêtes à portée de la main, on introduit un spéculum assez large dans le conduit, et, en lui imprimant quelques mouvements de latéralité, on aperçoit facilement l’union du cartilage et de l’os; c’est à ce niveau qu’on pique la peau du conduit en haut et en arrière à
cââ 1 gr.
0 gr. 001 mg.
Tunion des parois supérieure et postérieure; aussitôt qu’on a pénétré de 2 millimètres, on pousse quelques gouttes de solution, pas trop cependant, pour que la boule d’œdème ne masque pas le champ opératoire. On cherche alors le contact osseux qu’on suit quelque temps pour être sûr de pousser le reste de l’injection dans la zone sous-périostée. Cette injection anesthésie
la partie supérieure du tympan, la logette et les osselets. Il faut attendre dix minutes avant d’opérer. Le mode d’action de cette injection s’explique par des considérations anatomiques. Au niveau de la membrane de ScHRAPNELL, les deux épithéliums sont accolés, la fibreuse du tympan fait défaut. On comprend « qu’une injection de liquide suivant l’épithélium du conduit
fuse dans l’épithélium de la caisse, au niveau de la membrane flaccide, remonte sous la muqueuse tapissant la logette, puisqu’à aucun moment il ne trouve une barrière qui l’arrête. » (Molimar.)
Anesthésie régionale du conduit auditif externe. Procédé de Von Ecken. — Nous avons vu
Fig. 55. — Anesthésie dapav illon de l'oreille.
Par deux c boutons », une injection, poussée dans le sens des Oèches suivant la ligne pointillée, circonscrit complètement le pavillon.
par rapport au squelette.
que le conduit auditif était innervé par deux nerfs qui pénétraient en avant et en arrière, à l’union des portions osseuse et cartilagineuses; on peut essayer de les atteindre par le conduit, mais il est nécessaire de faire deux piqûres; elles sont douloureuses et pas toujours possibles, s’il s’agit par exemple d’inciser un
furoncle. Il est préférable de^piquer l’aiguille dans le sillon auriculo-mastoïdien. On la dirige d’abord en arrière
vers la scissure tympano-mastoïdienne, dans la direction du filet pneumogastrique. On injecte la solution novocaïnée au fur et à mesure qu’on pousse l’aiguille. Puis,"retirant l’aiguille d’un bon centimètre, sans la sortir, on se porte en bas, puis en avant vers le condyle maxillaire, et on injecte au fur et à mesure qu’on progresse 2 centimètres cubes de la solution jusqu’à 2 centimètres de profondeur maxima (fig. 56).
Les furoncles et même les exostoses du conduit ne demandent pas une autre anesthésie.
Anesthésie du pavillon et de la région mastoïdienne. — Cette anesthésie doit se combiner à la précédente en cas d’opération plus importante, comme l’antrotomie ou l’évidement.
On encercle le pavillon et la région mastoïdienne d’une série d’injections qui s’entrecroisent dans les deux sens et dans les plans superficiels et profonds. Il est inutile de chercher à pénétrer sous le périoste, on n’y parviendrait pas parce qu’il est adhérent, et d’ailleurs c’est inutile, car la substance osseuse reçoit son innervation de dehors en dedans, du cuir chevelu vers la profondeur, de sorte que l’anesthésie périphérique qui interrompt toutes les communications nerveuses avec le reste du corps humain suffit largement. On peut d’ailleurs ajouter l’anesthésie linéaire suivant le trajet du bistouri. Cinq piqûres d’aiguille, deux en avant du pavillon pour la ligne demi-circulaire antérieure, deux en arrière pour la ligne demi-circulaire postérieure, et une pour la ligne d’incision, permettent d’obtenir une anesthésie complète avec ischémie du champ opératoire (fig. 57 et 58).
Dans la mastoïdite et l’exostose, cette seule anesthésie
Pauchet et SOURDAT. — L’aneslhésie re'g'ionale.
injecte dar
circulaire est suffisante. Dans l’évidement pétro-mastoïdien, on peut combiner tous les procédés précédents. Dans les grosses lésions centrales : abcès extra-duremérien, abcès cérébral ou cérébelleux, on peut se contenter de l’anesthésie locale au début, et compléter sur la fin par une dose légère d’anesthésie générale, à faible dose : éther ou seulement chlorure d’éthyle administré avec le masque de Camus.