ACTE PREMIER
je savais fort bien que je ne serais pas payé ; niais j’ai toujours été dupe de mon bon cœur !
ARY
Monsieur!
VERSER
Aussi, je le répète, je ne suis pas surpris ; j’en avais fait mon deuil, et la preuve, M. Kœrner, c’est que je ne veux plus qu’il soit jamais question entre nous de ce que vous me devez. Je vous en liens quitte.
ART, indigné.
Quitte?...
KARL, qui était resté à l’écart, s'avançant tout à coup et faisant tomber, d’un revers de main, le bonnet que Verner gardait sur sa tète.
' Insolent!
M. de Stramberg!
MARTHE
Notre jeune parent !
KARL
Très-éloigné, monsieur, et qui voit que vous n’essayez >oint de rapprocher les distances, au moins par. la noblesse les sentiments.
Permettez !
VERNER
KARL
Mais, c’est une boule, en vérité, que vous osiez parler ainsi dans la maison du docteur des pauvres. Pour être aussi implacable envers ceux que la fortune oublie, il faut que vous ayez vous-même perdu la mémoire. La famille de ma très-bonoréc mère était pauvre, elle aussi, et vous étiez, monsieur, de la famille de ma mère, (se tournant aussi vers Marthe.) Sri vous êtes riches tous deux à celte heure, c’est à M. le comte de Slrantberg que vous le devez. On s’était montré généreux envers vous, vous eussiez dù vous montrer généreux envers les autres; mais non : pour quelques misérables florins, vous ne craignez pas d’insulter M. Ary Kœrner, mon ami. Eh bien...
(Retiraut en même temps une épingle de sa cravate et uue bague de sou doigt ; donnant un bijou à chacun d'eux.) Tenez... voici pour VOUS !
TOUS DEUX, refusant.
Par exemple!
KARL, avec hauteur.
Prenez... je le veux. Et, maintenant, vous êtes payés, sortez 1
Mais...
VERNER
KARL
Sortez, VOUS dis-je. (verner et dame Marthe s’éloignent la tête basse.)
l’ange de minuit.