ARY, KARL
ARY
Mon bon Karl... tu sais tout, maintenant... Tu le vois, nous sommes bien pauvres! plus pauvres, même, que ceux que nous secourons... Si bien, vois-tu, qu’il faut à ma mère le génie de la charité pour pouvoir faire encore le bien qu’elle fait... Je croyais rapporter quelque argent aujourd’hui, et je reviens les mains vides.. .Eh bien, vois-tu, elle n’e'st pas forte, ma mère; je sais qu’il lui faudrait du vin, moi, c’est tout au plus si elle a de la bière. Et ce n’est pas là tout ce qui lui manque 1... Et tu voudrais que je m’en allasse à travers vos joies, en la laissant ici?
KARL
Emmenons-la! Nous en ferons la reine de la fête!
ARY
Tu es fou. Non, va t’amuser encore cette journée, mon Karl, et laisse-moi dans la vieille maison de mon père. Elle n’est ni riche ni riante, mais c’est un abri cher à la mère et à l’enfant, et ce sont encore des heures douces que telles qu’ils y passent ensemble.
KARL
Que tu es bon, Aryl et comme tu mérites bien d’être aimé! (Gaiement.) Ah! du reste, si la terre entière ne t’aime pas, ce ne sera pas ma faute. 11 y a déjà longtemps que je t’ai fait îles amis dévoués; à commehcer par M. le comte de Strainberg et par mademoiselle sa lille. Chère petite sœur, lui ai-je assez parlé de toi! Ma parole, je crois que ça finissait par l'ennuyer.
ARY, souriant.
Ah!
KAIVL.
Elle s’y est habituée cependant, et, si bien, que c’est elle maintenant qui me parle d’Ary Kœrner, l’excellent üls, le grand médecin!
ARY
Enfant! (Pendant que Karl parlait, on a tu, au defaors, un homme passer devant la fenêtre. Aux derniers mots, on toit la porte agitée, comme remuée extérieurement.)
KARL
Qu’esl-ce donc? On dirait que quelqu’un est à la porte. (La
porte remue de nouveau.)
ARY
En effet !
KARL
Sans doute un pauvre malade qui n’ose pas entrer.