ACTE CINQUIÈME
son côté. Il pousse un cri étouffé et chancelle; il vient de reconnaître la Mort : celle-ci a paru derrière Karl, et Kart porte tout à coup >a main gauche à son poignet droit. Le combat s’arrête.)
LE COMTE, d’une voix éteinte.
Mon fils !...
ABY, courant à Karl.
Karl.., tu es blessé ?...
KARL
Ce n’est rien !... (avcc douleur.) OU !... je ne puis plus tenir mon épée.
LE COMTE
Domie-la-moi donc ! (il va pour la prendre.)
ARY, mettant le pied sur l’épée.
Laissez, mon père ! c’est à moi de remplacer votre fils ! (au baron.) A IllOIt tour ! (il ramasse l’épée.)
LE BARON', avec joie, avant de se mettre en garde.
Enfin !... Je t’ai dit un jour que j’étais de ceux qui ne pardonnent jamais... et depuis, tu es devenu l’amant aimé de Marguerite.... Pourquoi ne puis-je te tuer qu’une fois !...
ARY, qui vient d’apercevoir la vieille bùeheronne, à lui-même.
Je la vois... elle est là... Pour lequel de nous deux? (au
baron.) Défends-toi bien ! (La bûcheronne est venue s’accroupir sur ses genoux, derrière le baron. Sa faucille brille dans sa main. Le combat a recommencé pour la deuxième fois encore plus acharné. A un certain moment où Ary Kœrner se découvre en portant un coup désespéré au baron, la bûcheronne avance la main qui tient la serpe et touche celui-ci au talon. Le baron est frappé en pleine poitrine; il se redresse alors de toute sa hauteur, et tombe.)
LE BARON, avec un graud cri.
Ali ! je suis mort!
KARL, se dégageant des bras de son père, et courant au baron.
Enfin !... C6 papier?... (Le baron, qui a deviné son intention, prend le papier dans sa poitrine, et l’agite pour le donner à Lutx.)
LE BARON, luttant.
Ce papier... tu ne l’auras paâ... je veux... je... (ses forces l’abandouuent. 11 lâche le papier, Karl s’en saisit.)
KARL, le donnant au comte.
Tenez... tenez, mon père!...
RANSPACH, qui s’est penché sur le baron, à part.
C’est bien un homme fin:!...
LE COMTE, serrant Karl dans ses bras eu sanglotant.
Mon Karl!... mou enfant!... (voyant Karl qui chancelle tout à coup.) Qu’as-tu?... Ab! cette blessure?... Viens vite, parlons !
(il emmèue Karl.)
LE BARON, qui s’est un peu soulevé, est tout à coup pris d’un fou rire qui ressemble à une convulsion. D’un ton fiévreux.
Ah! ah! ah!... ah! ah!... (n rit plus fort.) Ah! ah! ah!... (s’arrêtant tout à coup.) Mais... mais je n’y vois plus clair, moi!... (il retombe*)
l’angè de minuit.
ARY, & Lutz.
Avez-vous une voiture ?
LUTZ, qui regardait le baron.
Oui, la sienne. Je vais la faire avancer, (il sort.)
ARY, qui s’est agenouille près du baron, à lui-même.
Allons, plus rien à tenter... rien!...
LA BUCHERONNE, à voix basse en passant derrière Ary.
Je ni appelle aussi Justice. (Elle disparaît un moment au milieu des arbres. Ary a frissonné. Un domestique , à la livrée du comte, entre rapidement d’un côté, tandis que Lutz revient de l’autre.)
LE DOMESTIQUE, à Ary.
Venez vite, docteur, M. Karl vient de s’évanouir!...
ARY
Mon Dieul... (Regardant le baron.) Mes soins sont inutiles ici... allons! (il sort avec le domestique.)
LUTZ, à Ranspach.
Docteur, je ne retrouve plus la voiture du baron !
RANSPACH, grelottant toujours.
Au diable!... Nous ne pouvons pourtant pas le laisser ici plus longtemps!... Comment s’appelle le cocher?
LUTZ
Hartmann.
RANSPACH
Eh bien, appelez de ce côté, je vais voir de cet autre •!...
(ils sortent rapidement de deux côtés différents. La neige redouble à partir d« ce moment.)