SCÈNE VII
CATHERINE, puis BECKMANN.
CATHERINE, seule, arrêtée sur l’escalier.
Que ste passe-t-il donc? Ary a la lièvre, et moi-même, qu’éprouvé-je ? Oh! si je souffre, c’est qu’il souffre, lui, mon lils...
(Descendant l’cscalicr.) Je veux le rappeler... ou le suivre, courons!
(Elle va pour sortir et se troure face à face avec Bcckmaun, qu’on a vu, par les vitraux, arriver de la droite et qui entre.)
CATHERINE, stupéfaite, reculant devant lui.
Vous, monsieur, vous, chez moi! Monsieur Beckmann chez moi!
BECKMANN, très-tranquillement.
Oui, Catherine; vous le voyez bien. Mais appelez-moi donc voire oncle, Catherine; vous n’avez pas cessé d’être nia nièce, que je sache?...
CATHERINE
Si, monsieur!
BECKMANN, s'asseyant.
Bah!
CATHERINE
Par parenté, on doit entendre affection et dévouement, protection et solidarité ; vous, monsieur, vous avez aboli tout cela entre nous, et nous ne sommes plus rien l’un à l’autre.
BECKMANN, d’un ton doux.
Allous! allons! vous vous échauffez là comme une méchante! A quoi bon? Je suis meilleur que vous, moi, puisque je viens vous voir. Voyons, comment se porte mon petit-neveu? et vous-même, ma nièce, la santé?
CATHERINE
En quoi cela vous touche-t-il, monsieur, la santé de mon fils ou la mienne? Avez-vous pensé aux dangers qu’elle pourrait courir, quand vous êtes parvenu à nous faire déshériter,
l’ange PE MINUIT.
on voire faveur, par nos derniers parents? J’ai su toutes vos manœuvres, monsieur, et, sur mon Ame et ma conscience, je peux jurer, et je vous jure, que vous avez dépouillé mon entant !
BECKMANN, sans changer (l’allure.
Allons, allons, ne nousûrritons pas! Eh ! mon Dieu! tout le monde a des forts, personne n’est parfait, pas même moi. Voyons, maintenant que nous voilà bons amis, parlons de mon petit-neveu; mais, avant tout, dites-moi donc, (Montrant du bout de sa caunc la porte d’entrée.) est-CÜ qu’on n’est pas encore venu apposer l’ufliche de vente, là, sur la porte de votre maison?
CATHERINE, effrayée.
. Comment?
BRCKMANN.
Vous deviez bien vous attendre à cela ! Le docteur Kœrner n’ayant pas, jusqu’ici, trouvé moyen de payer les taxes, la vente de sa maison aura lieu demain.
CATHERINE
Oh! mon Dieu !
BECKMANN
J’ai su cela à la maison de ville, moi, et je suis surpris que ça ne soit pas encore afliclié... mais ça ne peut pas tarder... j’attendrai; au fait, un est peut-être déjà venu, et... voyons
dont? (Pendant que Catherine, tombée assise, est restée le front dans jes mains, il Ta regarder le côté extérieur de la porte.) Eli! certainement, je disais bien : on est venu, mais l’afüche a été enlevée. (Regardant à terre.) Qll’esl-CC là? (Avec le bout de sa canne, il ramèhe du dehors, dans la salle, un papier qu'il pousse du côté de Catherine.) 1 enez, la
voilà sûrement, l’affiche. Voulez-vous la relever, Catherine? Moi, par suite de trop grand appétit, je ne peux plus me baisser.
CATHERINE, relevant brusquement le papier et l’ouvrant.
Oui, c’est cela, c’est bien cela! Ab! mon enfant! mon pauvre enfant! ( A Beckmann, qui est allé s’asseoir dans le grand fauteuil.) Et c’est par vous, monsieur, qu’il faut que j’apprenne ce malheur ! quand vous le saviez d’avance, quand vous auriez pu !... Ah ! ali ! tenez!...
BECKMANN
Mais ne nous emportons donc pas, puisque je viens parer à cet accident-là!... Notre jeune homme doit cent florins au bureau des taxes : je les lui apporte.
CATHERINE
Vous! Mais si vous dites vrai, pourquoi n’èlro pas venu hier? pourquoi n’avoir point épargné à mon fils un tel affront ?
BECKMANN
Je ne voulais venir visiter mon petit-neveu qu’après la
. ■ Je