UNE VOIX DANS LES ARBRES
Ary Kœrner!... (Ou entend sonner minuit.)
ARY, domptant scs terreurs.
Toi qui m’appelles, qui es-tu? (Voyant paraître la statue.) Qui donc êtes-vous?... (La statue porte une longue robe de lin, pareille S relie de Dante dans le tableau de Delacroix. Le bonnet ne fait qo'un avec le camail, de façon à cacher le eou et les ebeveux en encadrant le visage. Dés que la statue a quitté la barque pour mettre le pied sur la rive, la barque s'enfonce et disparait sous l'eiu. Ary reprend, plus ealme.)
Parlez! qui êtes-vous? je ne vous connais pas.
LA STATUE
Nous nous sommes rencontrés souvent, Ary Kœrner... muis c’est la première fois qu'il t’est donné de me voir.
ARY
Je ne vous comprends pas... et, encore une fois, qui êtesvous?...
LA STATUE
Je suis l’Ange de la mort!...
ARY
L’Ange de... (Riant.) Ah! ah! ahl... vous voulez dire l’Ange de la vie!... car vous êtes une femme!... Dites-moi votre nom?...
LA STATUE
Tu viens de l’entendre.
Ah! j’aurai mal entendu... Vous riez... lugubrement, madame, mais vous riez!... Tenez, vous êtes, je parie, quelque belle grande dame ennuyée, et vous voulez faire, d’une nuit d’été, une nuit de carnaval, avec un peu d’amour au bout, dans des voluptés neuves?... Oh!... en ce cas, madame, je ne suis point le joyeux cavalier qu’il faut à votre fantaisie; adieu donc, et bonne chance à vos amours d’une heure!...
(il prend la main de la statue et la porte à scs lèvres. La laissant retomber avec effroi.) Plus glacée que le marbre!... (Se rapprochant avec curiosité.) Voyons!... votre bouche est-elle de marbre aussi?... Oh! décidément, je rêve!...
LA STATUE
Non!...
Alors, j’ai donc bien entendu?... Il est donc vrai que tu m’as dit : Je suis l’Ange de la mort?
LA STATUE
Oui.
ARY, essayant de sourire.
La mort!... Mais... si je vous croyais, mon heure serait donc venue?...
l’ange de minuit.