I.A STATUE
Non... Je le regrette peut-être!... mais... je n’ai pas plus le droit de trancher une existence que le droit xle ne pas la trancher... (Levant les yeux au ciel.) J'obéis!...
ARY
Que me veux-tu, alors?...
LA STATUE, sans répondre.
Ary Kœrner... tu es un grand médecin'... le vrai médecin!... Tu sais et tu devines!... ton œil voit clair dans l’être!...
ARY
Que se passe-t-il donc en moi?... En t’écoutant, en te regardant... je crois aux miracles!...
LA STATUE
Tu m’y as fait croire, njoi, en me faisant reculer souvent!... (Mouvement d'Ary. La statue continuant.) Je sais bien que ceux-là que tu sauves, tu ne les rends pas immortels, et que je les retrouve toujours!... mais... ta science dérange l’ordre indiqué... Là où j’étais arrivée et où je te rencontre, il faut que je revienne plus tard; et... quand on a renouvelé tant de générations, quand on a moissonné à travers tant de batailles, on est fatigué, va!... Me comprends-tu?...
Oui, Oui, je... (Cherchant à secouer le charme qui s'ost peu à peu emparé de lui.) Mais... encore une fois, c’est un rêve!... ou bien, c’est la folie qui s’est emparée de mon cerveau! et je veux!... (Comme cédant à une force invisible.) Mais, non... non... une puissance inconnue... suprême... se révèle dans ta voix, dans ton regard!... Tu m’attires... tu me fascines!... (Avec un frémissement.) Àh! j’ai senti comme le vent de ton aile sur mon visage!., je ne doute plus!... je ne doute plus!... Mais, alors, pourquoi es-tu venue?... « Ma science dérange l’ordre indiqué... » as tu dit?... (La statue incline la tête.) Viendrais-tu donc offrir à ma science quelque pacte monstrueux?... me proposerais-tu d’abandonner ceux-là que je pourrais sauver?... (u statue dit oui.) Ah! j'ai donc bien compris!... Je refuse!... vat’en !...
LA STATUE, doucement.
Pourquoi?...
ARY
Parce que... rien n’est respectable et grand comme la vie, et que je suis son apôtre... Toi, tu es la mort, je te hais! tu me fais horreur!...
LA STATUE
Enfant!... L’humanité est un champ: l’amour sème, Dieu moissonne ! Moi, lière de ma tâche, je suis la faux!.,. Et... tu ne sais pas, toi, où va la récolte de Dieu!... (Lui montrant la voête étoilée.) Vois-tu ces légions d’astres qui peuplent l’infini?... La vie que j’interromps sur ce globe où tu passes,