‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 70 sur 116 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LES MÊMES, puis, successivement, ARY KOERNER, KARL, peu après LE COMTE, RUTTER et MARGUERITE, et enfin RANSPACH.

(Toute la première partie de cette scène doit être jouée fiévreusement, quoique à voix basse. — Celte fièvre semble animer chacun des personnages au milieu du silence morne qu’on observe dans la chambre d’un malade; ainsi, le notaire et son premier clerc se meuvent comme des ombres d’une table à l’autre, glissant sur le tapis .qui étouffe leurs pus, et remuant des papiers, dont on n'entend pas même le froissement.- — Luti, Marthe cl Verner parlent entre eux arec animation, mais on n'entend qu'un chuchotement, à peine perceptible; des domestiques vont et viennent précipitamment, se disant à l’oreille des mots que l'on n’entend pae. — Beckmann s’agite depuis un instant sur son siège, et se penche par moments pour écouter. — La plume du petit clerc grince toujours sur le papier. — Ce jeu du silence dure une minute, et tout à coup Ary Keerncr parait. — Il est pâle, agité.)

KARL, qui marchait dans ses pas, arrivant près de lui, et d’une voix tremblante, mais sourde.

Ary, que se passe-t-il donc?... Je suis dans l’épouvante!... D’où vient l’état où, maintenant, se trouve notre père?... Qu’as-tu donc fait?...

ARY, de même.

C’est mon secret, Karl... et... tu as confiance en moi!...

LE BARON, à voix basse.

Monsieur le docteur permettra-t-il, enfin?.,, (u montre le notaire.)

ARY

Pas encore, monsieur... (Le baron s’éloigne avec le papier que lui a remis le notaire et qu’il tient à la main. — A Karl.) Ecoute... J’ai regardé marcher cette aiguille (il désigne l'intérieur de la chambre du comte.)- avec des battements de cœur à tuer un homme; sais-tu pourquoi?... Eh bien, c’est que lorsque cette aiguille arrivera à une certaine minute, que je redoute, si ton père a recouvré le calme, si le transport effrayant que j’ai provoqué s’arrête, il est sauvé!

KARL

Sauvé!... (Le comle parait brusquement, entoure de Ruttcr et d’uu autre domestique. Marguerite entre avec eux. En ce moment, le deuxième clerc se lève, ainsi que tout le monde; Ary se trouve alon eu face de lui, et, saisi d'épouvante, reconnaît la Mort.)

AltY, à part.

Dieux ! je la reconnais ! C’est elle!... Je ne puis plus rien!

LE COMTE, dans une sorte de délire.

Laissez-moi!... laissez-moi!... Oit est le baron?... Karl, mon fils. .. où est ta sœur?.,. Ab ! te voilà, Marguerite!... Embrassez-moi, mes enfants, c’est la dernière fois!...

MARGUERITE, en larmes.

Mon père!...

ARY, les yeux attachés sur le petit clerc et se rappelant.

Elle m’a dit : « Si alors mon bras s’appesantit sur lui, si mon doigt le touche, si... » Que va-t-elle faire?...

LE CQMTE, s'élançant vers le baron, à voix basse.

Écoutez... je ne vous crains plus!... Comme je n’aurai pas longtemps à rougir devant eux, je vais tout dire... tout... tout!... (Avec de grands cris.) Approchez!... je veux qu’on m’entende!... Écoutez!... écoutez... tous!... je... je... (poussant un cri étouffé et tombant tout à coup sans forces dans un fauteuil.) Ail ! MARGUERITE, avec un cri.

Ciel!...

ARY, qui a vu la Mort s’éloigner peu à peu, à un geste d’abandon qu’elle lui fait, avec une explosion de joie, à Karl.

Karl!... ton père est sauvé!...

KARL ET MARGUERITE, avec un cri de joie.

Ah!... (ils tombent aux pieds du comte.)

TOUS, d’un ton différent.

Sauvé!...

RANSPACH , qui entrait.

ISECKMANN, à part.

C’est à ne plus compter sur rien!...

RANSPACH, accablé, à part.

Un homme que j’avais condamné !... Je suis déshonoré!...

LE BARON, froidement, déchirant le papier qu’il tenait.

Soit ! Il signera au contrat.

MARTHE, bas à Vcrner.

Partons-nous?

VERNER, de même.

Rah!... Attendons encore... qui sait?... (Luu tombe accablé dans un fauteuil, Beckmann dans un autre.)

LE COMTE, qui s’est remis peu à peu.

Oh! mes enfants!... mes enfants!... Dieu permet donc que je vive encore pour vous !...

MARGUERITE

Mon bon père!... (Regardant Ary.) Oh! que je suis heureuse!

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