‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 93 sur 116 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Lambech. Je me jetai à ses pieds ; je mis entre ses mains la lettre où je m’accusais du meurtre, je lui demandai pardon ! ... je le suppliai de venger son père en m’arrachant la vie!... H parut avoir pitié de mon désespoir!... «Je suis assez vengé, dit-il, par un tel repentir; le malheur n’a pas eu de témoins, le baron sera mort par l’effet de quelque maladie !... Pour moi, je vous pardonne!... »

ARY

Il savaitbien déjà n’avoir qu’une intention à vous pardonner.

LE COMTE

Longtemps après, comme le spectre de mon passé, un jour encore le baron Frite de Lambech s’est dressé devant moi, et il a osé me demander la main de ma fille. Tout jeune encore, il avait aimé la comtesse, et si je n’avais point demandé sa main, « elle l’eût aimé, disait-il; elle l’aimait peut-être! »

KARL

Il insultait ma mère !

LE COMTE, sans s’arrêter.

C’était bien le moins, selon lui, qu’il devînt l’époux de Marguerite, belle comme la comtesse, et qui lui rendrait le bonheur que, moi, je lui avais pris ! J’ai refusé. Alors il m’a montré l’aveu naguère écrit et signé par moi, au moment où je voulais mourir, et qu’il avait conservé ! Et comme je refusais encore : « Soit, a-t-il dit ; mais Marguerite et son frère sauront qu’ils sont les enfants d’un assassin !... » J'ai cédé à la terreur, et voilà, Karl, pourquoi j’ai promis au baron de Lambech la main de Marguerite !

ARY

Mais vous pouvez le braver désormais... Osez-le; et, s’il vous accuse, je répéterai ce que je tiens de mon père.

KARL

Et tu espères qu’on te croira plutôt que le papier signé par le comte lui-même? Insensé!... sais-tu ce que le misérable dira, et ce qu’il fera dire ? Que, voulant épouser Marguerite, tu tentes de justifier son père en invoquant le souvenir du tien, Ary ; et on le croira, et l’aveu publié nous flétrira tous.

ARY, avec rage.

Oh!...

LE COMTE, avec douleur.

Oh !... faudrait-il donc toujours se résigner... et sacrifier Marguerite?... Car le misérable est inflexible. Tout à l’heure encore, après lui avoir vainement offert toute ma fortune pour remplacer la sienne, que je croyais perdue, je me suis traîné à ses pieds, comme jadis; mais il ne m’a répondu qu’en me sommant de tenir ma promesse; et, pour m’effrayer, il agitait encore devant mes yeux le papier fatal qu’il avait sur lui.

ARY, à part, d’uu ton singulier.

Sur lui ?...

r.E COMTE.

Et il ne m'accordait qu'une heure avant de venir savoir ici ici même, tenez... quel jour j’aurai fixé pour le mariage. ’

KARL, à part, même jeu qu’Ary.

11 va venir!...

A R Y, très-calme.

Allons ! à chacun de nous sa part de malheur! Je saurai prendre la mienne. (Fausse sortie.)

KARL

Où vas-tu ?

ARY

Dire à ta sœur que je saurai me résigner, et...

Ary, tu mens!

Oui.

KARL, à demi-voix.

ARY, de même.

KARL, de même, en lui serrant la main.

Reste donc, il va venir!... (Haut.) Monsieur le comte, votre tâche est Unie : la nôtre commence. Il faut nous laisser terminer ceci.

LE COMTE, le pénétrant.

Karl! tu veux le battre avec le baron?

KARL

Et, quand cela serait, mon père?... Soyons francs... n’est-ce pas ce que vous feriez vous-même si vous croyiez le pouvoir?

LE COMTE

Veux-tu donc que je te laisse aller à la mort?

karl.

Aimez-vous mieux envoyer Marguerite à un malheur sans

LE COMTE, à lui-même.

O châtiment!... châtiment!...

KARL

Mais, rassurez-vous, dans cette crise, j’ai le bonheur d’avoir un ami... (n tient la main d’Ary.) Et il y a des heures où cela vaut une épée... Allez, mon père, et reposez-vous sur nous...

LE COMTE, à Ary.

Vous l’entendez, il va risquer sa vie.

_____ ARY, bas.

Après la mienne. (Haut.) Laissez-nous, monsieur le comte... vous m’avez permis d’espérer que votre honneur deviendrait le mien... souffrez que moi aussi je veille... sur notre honneur.

LE COMTE, au moment de sortir.

Karl... docteur... (Leur ouvrant ses bras.) Mes enfants!... (lis s précipitent.) Que Dieu soit avec vous!... (n sort.)

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