LE CONTEXJB DU BAGNE
sion. Au bord inférieur de ces lits, sont fixés de nombreux anneaux de fer dans lesquels on passe la chaîne de chacun des condamnés. Chaque salle a une destination particulière, suivant le degré de culpabilité de ceux qu'on y enferme.
Ceux qui ont à subir de cinq à dix ans de travaux sont séparés des prisonniers que la loi a frappés d'une peine plus longue ; ceux-ci, à leur tour sont séparés des forçats à vie. Les condamnés des deux premières classes ont des gardes-chiourmes armés ; ceux de la dernière catégorie ont encore à redouter le feu de deux pièces de quatre placées à l'entrée de chaque salle et séparées par une balustrade de fer hérissée de pointes ; en cas de révolte, les forçats seraient mitraillés. Sous le poids de cette menace de mort qui sans cesse tonne à leurs oreilles, sous la loi de gardiens armés jusqu'aux dents, qui n'ont aucune pitié de leurs tortures, les infortunés renfermés au bagne n'ont, la plupart, surtout ceux qui sont condamnés à vie , qu'une idée fixe et persistante : celle de s'évader. Ils façonnent des outils, percent la pierre, réalisent des miracles de patience, brisent leurs chaînes, retombent sous le joug et recommencent leur vaine tentative, sans y trouver d'autre résultat qu'une aggravation de peine et la perte de tout espoir de grâce possible.
Ah ! s'ils possédaient le sentiment de la foi, de quelque durée que lut leur condamnation , ils ne chercheraient pas à briser ces fers dont la société les charge on dation de leur crime ; ils les porterait ppurramouj;
de Celui que fit flageller Pilate, et auquel on préféra Barrabas; ils les porteraient en les unissant aux chaînes dont furent honorés ces martyrs du Christianisme qui tendaient, vers des chaînes réputées infamantes, des oiains pieusement avides. Les marques de leur captivité ne seraient plus qu'un appel au repentir ; l'expiation cesserait d'être une torture ; l'évasion serait jugée une folie. Le condamné attendrait tout du Ciel et des lettres de grâce. Il chercherait, pour épancher son repentir, le cœur d'un homme de Dieu voué à l'allégement des douleurs morales ; il jetterait dans cette âme pure le fardeau de son crime ; il pleurerait sans honte aux pieds de celui qui le relèverait au nom de son Maître. Il se jugerait lui-même devant le tribunal de sa conscience, se condamnerait et finirait par accepter le châtiment de ce monde , dans l'espoir d'être absous aux grandes assises du genre humain.
Et ce n'est pas seulement un aumônier qu'il faudrait au milieu de cette population de damnés, c'est trois, quatre, dix prêtres jeunes, ardents, dévorés du feu d'une charité céleste, qui, au lieu d'aller, comme leurs frères des Missions, enseigner les mystères du catholicisme aux malheureux sauvages, se voueraient aux populations corrompues des bagnes, enfouiraient leur vie dans cet abîme, s'offriraient en holocauste, verseraient sur ces fronts coupables le baptême d'une instruction chrétienne, qui souvent leur manque, les rappelleraient au sentiment de la probité, qui n'est pas éteint chez eux, à eelui de la famille, qui y survit presque toujours;